CHAPITRE XXXVlIt
une commission, composée de généraux, d'officiers d'Etat-major el de membres de la représentation nationale. C'était à cette espèce de comité consultatif qu'il avait confié le soin d'étudier tous les détails de l'organisation militaire, toutes les nécessités de la défense nationale. Après un examen consciencieux et approfondi, la commission demanda que l'effectif général des forces du pays fût fixé à 100,000 hommes, y compris la réserve. Celait réclamer en faveur de l'armée une dépense annuelle de trente-deux millions : charge considérable pour un peuple dont le budget des voies et moyens atteignait à peine quatre fois ce chiffre.
Le conseil des ministres ne se fit point ilkasion sur rénormité de la dépense, et cependant il n'hésita pas à présenter à la législature un projet de loi d'organisation de l'armée, formulé dans le sens de l'avis émis par la commission. Il crut à bon droit que, dans une question de cette importance, les intérêts, la sûreté et l'indépendance du pays ne devaient pas être subordonnés à des considérations pécuniaires. Le ministre des Affaires étrangères disait avec confiance: « Le pays s'inquiète, et ï>il a raison, du chiffre des dépenses; mais il se préoc- »cupe bien plus encore de l'indépendance nationale, de ^l'honneur national. Finances, pouvoir judiciaire, jury,. » enseignement, administration provinciale et commu- »nale, tout a été constitué sur des bases stables et réguilières. Une seule de nos grandes institutions, et préci- » sèment la plus essentielle, l'armée, est toujours restée sdans un état précaire et incertain... Il importe à tous, il »est dans les vœux de tous, et il est sans doute dans les x> intentions des Chambres dont les sentiments ont tou-
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» jours été si patriotiques, que cette question reçoive 3>une solution prompte et appropriée à la situation poli- » tique du pays (1). » Le projet rencontra d'abord une opposition assez vive. La section centrale de la Chambre des représentants proposa nettement le rejet, et par suite le maintien de la loi du 19 mai 1845, qui fixait l'efTectif de nos forces militaires à 80,000 hommes. Les députés qui, dans les sessions précédentes, avaient demandé la réduction du budget de la guerre à 25,000,000 firent entendre des plaintes énergiques, et la plupart des feuilles libérales, mises à l'aise par le départ de leurs patrons, plaidèrent encore une fois le thème des économies sérieuses. Mais l'attitude habile et décidée du gouvernement triompha de toutes les résistances. Après un débat solennel, où les diverses faces du problème furent examinées avec une attention digne de leur importance, la Chambre vota la loi par 71 voix contre 21 (2).
Les ministres rencontraient la critique et le blâme dans les bureaux de quelques journalistes; mais Timmense majorité des hommes d'ordre applaudissaient à leurs efforts, et les événements mêmes semblaient seconder leur politique ferme et vraiment nationale. Le prince royal, ayant atteint la majorité constitutionnelle, vint occuper son siège au Sénat, et, quelques mois plus tard, il épousa l'archiduchesse Marie-Henriette-Anne d'Autriche, arrière-petile-fille de l'impératrice Marie-Thérèse, dont le règne glorieux a laissé tant de souvenirs chers aux Belges. L'Eglise, l'armée,
(1) Discours de M. H. de Brouckere, séance du 4 mai 1853.
(2) Ànn. pari,, 1832-55, p. 1355.