CHAPITRE XXXIX
Signiûcation des fêtes nationales de 1856. — Réception du roi par les membres survivants du Congrès. — Discours du baron de Gerlache.
— Cérémonie religieuse accomplie sur la Place de la Société civile. — Le roi et le peuple de 1831 à 1856. — Progrés accomplis à l'intérieur.
— Succès diplomatiques. — Le bilan du pays après un quart de siècle de paix et de liberté. — La nationalité belge; ses caractères et son avenir. — Réflexions générales.
Le 21 juillet 1831, Léopold avait traversé les rues de Bruxelles pour se rendre à la Place royale, où notre immortelle assemblée constituante, réunie dans une dernière séance, devait recevoir le serment constitutionnel du premier roi des Belges. Le 21 juillet 1856, il suivit le même itinéraire, au milieu des acclamations de tout un peuple ivre de joie et de reconnaissance. Cette fois il n'était plus seul à la tète du cortège! Deux princes, l'orgueil et l'espoir de la patrie, marchaient à ses côtés, et la Belgique saluait en même temps le souverain de son choix et le fondateur d'une dynastie nationale. Arrivé sur la Place où, à pareil jour, à vingtcinq années de distance, il avait pour la première fois adressé la parole à son peuple, il vit les membres survivants du Congrès s'avancer à sa rencontre, et le baron de Gerlache, qui avait repris ses fonctions de président
à celte heure solennelle, lui dit avec une émotion profonde : « Sire, il y a vingt-cinq ans, qu'à cetle même » place, en ce même jour, le Congrès reçut, au nom de »la nation, le serment de Voire Majesté d'observer la s> Constitution et les lois du peuple belge et de maintenir «l'indépendance nationale. Les mêmes hommes, qui » furent alors témoins de ce solennel engagement, » viennent affirmer aujourd'hui, à la face du ciel, que »Votre Majesté a rempli toutes ses promesses et dé- » passé toutes nos espérances. Et la nation tout entière, »Sire, vient l'affirmer avec nous! Elle vient attester »que, pendant ce règne de vingt-cinq années, son roi »n'a ni violé une seule de ses lois, ni porté atteinte à »une seule de ses libertés, ni donné cause légitime de »plainle à aucun de nos concitoyens! Ici tous les dis- «sentiments disparaissent; ici, nous sommes d'accord; »nous n'avons qu'un même cœur pour associer dans «un commun amour et notre roi et notre patrie!...» Ce langage éloquent rendait avec sincérité les sentiments qui animaient la foule innombrable accourue de toutes les provinces. Les acclamations du peuple, les arcs de triomphe, les décorations somptueuses des rues et des édifices, n'étaient pas l'accompagnement banal d'une fête officielle. Vingt-cinq années de paix, de bonheur, de liberté, de progrès, avaient été le fruit de l'alliance contractée en 1831. Un roi fidèle à ses serments recevait les hommages d'un peuple libre. Une nation reconnaissante proclamait à la face du monde les titres impérissables que son chef avait acquis à la reconnaissance de la postérité. Une cérémonie non moins imposante s'accomplit sur