‹ La Belgique sous le règne de Léopold IerChapitre 20 sur 178 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

«OÙ l'opinion libérale était en grande majorité (1), toute Bsatisfaction a été donnée aux intérêts de la religion, • les libertés les plus larges ont été consacrées. Puissent »ces libertés n'être jamais converties en monopole!» Ces paroles irritantes, précédées d'une digression trèsinopportune sur le sort des desservants, la création d'une ambassade à Rome, le traitement alloué au cardinal-archevêque de Matines, l'indemnité accordée à Févêché de Liège pour le transfert du séminaire de Rolduc à Saint-Trond, ces paroles où l'histoire était étrangement déGgurée n'étaient pas de nature à calmer les méfiances des catholiques (2). Mais un député de Liège, récemment arrivé à la Chambre, M. Delfosse, crut devoir donner au débat des proportions plus graves encore. II ne lui suffisait pas que ses adversaires politiques fussent systématiquement écartés du pouvoir : il s'en prenait au ministère lui-même, qu'il trouvait trop tiède, trop mou, trop peu avancé. Pour le satisfaire, il eût fallu, d'un côté, présenter un projet de réforme électorale formulé de manière à produire la prédominance politique des villes sur les campagnes, de l'autre, prendre des mesures sévères contre les rares fonctionnaires catholiques

(1) On a Ta ce que c'était que cette prétendue majorité libérale du Congrès (Voy. T. II, p. i2).

(2) Parmi les griefs de M. Verhacgen que nous venons d'énumérer on aura remarqué le subside accordé à l'évéché de Liège pour le déplacement du petit-séminaire de Rolduc. Ce subside , qui occupe une large place dans la polémique contemporaine^ était un acte de justice rigoureuse. Au moment de la promulgation du traité du 19 avril, le petitséminaire du diocèse de Liège se trouvait dans la partie du Limbourg que la Conférence de Londres avait adjugée à ia Hollande. Il était équitable que le trésor public contribuât pour sa part aux frais de déplacement d'un institut qui offrait tous les caractères de Tutilité publique. Le subside fat voté à une majorité imposante.

apparteDaut aux rangs supérieurs de la hiérarchie administrative, notamment à i*égard du gouverneur de sa province et du procureur du roi de Liège (1). Heureusement, cett« fois encore, l'honorable ministre de la Justice réussit à calmer les susceptibilités justement irritées des catholiques. « Le gouvernement, » dit M. Leclercq, « doit et veut rester étranger à ce débat; cette 9 opposition des opinions libérale et catholique, il ne ]»doit ni ne veut la reconnaître. Pour lui, il n'y a que 9 les droits et les intérêts de la nation qui l'occupent. Sa » tâche est de veiller à ces droits et à ces intérêts, et d'y X» veiller en prenant pour règle les principes de notre » Constitution, principes qu'il suivra avec la plus grande » fermeté.... Nul homme de bon sens, nul homme de «modération ne peut eu disconvenir, les affaires du pays » seront sacrifiées, si nous continuons à marcher dans » cette voie, si nous continuons à nous débattre sur les «oppositions de l'opinion catholique et de l'opinion libé- «raie, qui n'ont que faire dans nos travaux. « Cet appel au patriotisme ne resta pas sans écho au sein de la légisture. L'un des hommes les plus éminents de l'opinion catholique, H. Dechamps, fit à son tour un appel a la conciliation, et le budget de la Justice fut voté à l'unanimité moins une voix (3).

Depuis plusieurs années, deux partis puissants divisaient la Belgique ; mais c'était la première fois que

{{) M. Delfosse avait commencé Tattaque dans la discussion générale du budget de la dette publique; les discours qu'il prononça dans les discussions du budget de la Justice en étaient la continuation (Voy. le Moniteur du 8 et du 18 décembre).

(2) Voy. les discussions du budget de la Justice, Moniteur du 15 au 25 décembre.

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lesdénomlnalions de catholique et de libéral, commentées avec aigreur et dénaturées avec injustice, retentissaient dans Tenceinte des Chambres législatives.

Les inquiétudes des uns , les espérances des autres croissaient de jour en jour, lorsque la Revue nationaley commettant uia& nouvelle imprudence, crut devoir entonner \m hymne en l'honneur de fe politique ministérielle.

Cette fois encore, M. Devaux débutait par des critiques amères à l'adresse du ministre qui, pendant six* années, avait été le ehef et la personiiification de la majorité parlementaire. Suivant le directeur de la Revue^ M. de Theux n'avait jamais aperçu la pensée supérieurequi doit dominer toute la politique nationale. Au lieu de diriger et d'exciter le développement national, il le refroidissait et l'entravait. Sa politique, dépourvue de pensées élevées, était nécessairement frappéede stérilité. Son administration se traînait dans < la sphère d^s vues, icourtes et des idées étroites. » C*était en vain qu'on., voulait comparercette politique Vulgaire, mesquine^ in-, suffisante, stérile, àia politique large, glorieuse et féconde» des membres du cabinet du IB avril. Ceux-ci avaient enfin découvert un but national bien déterminé. Ils. savaient que la Belgique devait chercher sa grandeur et sa forée dans \% ^dévelo'p'pementnatioiial,'» Des hommes, de cette importance « pou/vaient laisser leurs adversaires »«e débattre dans une sphère inférieure. » Grâce à~ euXj les diverses nuances de l'opinion libérale faisaient, dans le sen« de l'union et de la modération, des progrès teU lement étendus qu'ils déconcertaient toutes les. prévisions. Les plaintes de leurs adversaires étaient des «pautvretés, des griefs ridicules. » On ne leur opposait que

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< de petites passions, de petits intérêts, de petites in tri- >giies. » Pour commander Testimedes esprits raisonnables de tous les partis, les ministres n'avaient qu'à rester eux-mêmes. « De quelles grandes fautes accuse- »t-on la politique que le eabinet a suivie? Quels actes »lui reproehe-t-on ?... Est-ce de méconnaître la gran- »deur des devoirs d'un gouvernement qui préside à la «fondation d'un Etat nouveau?... Oh! non, loin de là^ «l'opposition qu'il rencontre ne paraît pas même sotipliçonner qu'^à cette hauteur il y ait pour un gouvernement i>des devoirs à remplir ou des erreurs à éviter. Elle ne i^prend pas ses armes dans une sphère si élevée (i). »

M. Devaux savait que ses paroles étaient accueillies, commentées et scrutées comme autant de manifestations de la pensée, des vues et des tendances du cabinet. U n'ignorait pas que, malgré ses dénégations, on persistait; à l'envisager comme une sorte de président invisible du conseil. U savait que les catholiques avaient conçu des> soupçons et des craintes. Et au moment où un ministère, choisi dans les rangs de la minorité, s'efforçait de calmer ces craintes, de dissiper ces méfiances, lui, l'un des fondateurs de l'administration nouvelle, l'un des hommes les plus influents et les plus éclairés de la nuance à laquelle appartenaient les ministres, proclamait avec orgueil les progrès du libéralisme et l'impuissance de ses adversaires! Il accablait de son dédain l'homme qui pendant sept années avait eu pour appui la très-grande majorité des deux Chambres!

De même que les individus, les partis obéissent à

(1) Bévue nationale^ T. III (1810), p. 422 à 446.

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