‹ La belle aventure: comédie en trois actesChapitre 24 sur 55 · ANDRE, HELENE · texte numérisé non relu

ANDRE, HELENE

André. — Hélène!

HÉLÈNE. — Vous ici ! C'est mal d'être revenu !

André. — Au dernier moment, je n'ai pas pu y tenir. J'ai voulu voir votre bonheur.

Hélène. — Mon bonheur! Vous n'avez pas le droit d'être ici.

André. — Il faut que je vous parle!

Hélène. — Vous n'avez rien à me dire... Allezvous-en !...

André. — Ainsi, vous avez pu tout oublier! Mon amour si tendre, si respectueux, si fervent!

HÉLÈNE. — Comment ? Que dites-vous ?... Ah!

mais non, il est inutile de revenir sur le passé... Laissez-moi.

André. — Oh! pardon, vous me devez une explication.

HÉLÈNE. — Je ne vous en dois pas, je ne vous en demande pas. Vous avez agi comme bon vous semblait. Il vous a plu de manquer à vos promesses, à vos engagements envei"s moi... C'est bien, restonsen là.

André. — Hélène, qu'est-ce que vous me dites? De quoi parlez-vous?

HÉLÈNE. — De ce que vous n'aVez pas eu la franchise et le courage de m'avouer vous-même et que vous avez chargé votre mère de m'apprendre.

André. — Mais je n'ai chargé ma mère de rien... Expliquez-vous... quand... comment?

HÉLÈNE. — Vous le savez bien.

André. — Mais non...

HÉLÈNE. — Vous ne savez pas ce qui s'est passé le lendemain de votre départ...

André, — Dites, dites, je vous en supplie...

HÉLÈNE. — Votre mère est venue me retrouver dans ma chambre et elle m'a parlé doucement, oh! avec beaucoup de btnté, car elle savait que je vous aimais... depuis longtemps elle se doutait...

André. — Oui, quelquefois déjà elle avait essayé de me détourner de vous.

HÉLÈNE. — Ah !

André. — Après... après...

HÉLÈNE, avec effort. — Eh bien, elle m'a dit: « André a pour toi beaucoup d'affection, et je crois que tu la lui rends. Mais si tu l'aimes vraiment, c'est justement pour cela qu'il ne faut plus penser à lui. Tu n'as ni la fortune, ni la situation qui lui conviennent. Tu serais un obstacle dans sa vie et dans sa carrièçe. Il ne tarderait pas à t'en vouloir et vous seriez très malheureux tous les deux. D'aiUeurs, il a reconnu que j'avais raison, il s'est rendu compte qu'il avait pris pour de l'amour une camaraderie un peu tendre. Il regrette de t'avoir dit certains mots, de t'avoir fait, peut-être, certaines p^-omesses, et c'est pour ne pas t'abuser plus longtemps qu'il a demandé un jioste à l'étranger et qu'il est parti brusquement.

André, hors de lui. — Elle a menti ! Elle a menti ! Kt vous avez cru ça, et vous n'avez pas crié: « Ce n'est pas vrai !... ce n'est pas vrai ! » Et vous ne vous êtes pas révoltée... Et vous avez douté de moi, comme ca tout de suite... Oh I vous ne m'aimiez pas !

LA PETITE ILLUSTRATION

HÉLÈNE, avec déchirement. — Moiî

André. — Sans ça est-ce que vous ue vous seriez pas adressée à moiî Est-ce. que vous ne m'auriez pas écrit î

HÉLÈNE. — Après ce que votre mère m'avait dit. Ah! non!

André. — Oui... oui, votre fierté, votre dignité! Eh bien, soit, mais comment n'avez- vous pas répondu à mes lettres, à moi?

HÉLÈNE. — Vos lettres?

André. — Oui, mes lettres, où. je vous suppliais de m'écrire, de me donner de vos nouvelles. Et si vous aviez jamais eu pour moi la moindre tendresse, si vous n'aviez pas été résolue à vous débarrasser de moi, elles auraient suffi à vous prouver que je n'aimais et que je n'ai jamais aimé que vousl

HÉLÈNE. — Vous m'avez écrit?

André. — Mais oui!

HÉLÈNE. — André, écoutez, c'est très grave. Vous me jurez que vous me dites la vérité?

André. — Je vous le jure.

HéLÈNE, chancelante. — AlorS... alorS... cest

effrayant...

André. — Qu'est-ce que vous avez?

HÉLÈNE. — Je... Je ne peux pas parler... J'étouffe !

André. — Hélène! .

HÉLÈNE. — André... vos lettres... Je n'ai jamais rien reçu!

André. — Oh!

HÉLÈNE. — Jamais. J'attendais... Oh! comme j'ai attendu! Et votre silence m'a été plus douloureux encore que tout le reste!

André. — Oui... oui... maintenant je comprends tout... C'est bien simple. Ma mère a voulu être une mère qui sait son métier... Une bonne mère... Elle avait un grand parti en vue... Alors, tout lui a été bon ! Pendant qu'elle vous trompait sur moi, elle me trompait sur vous... Ah! elle n'a rien épargné...

HÉLÈNE. — André... André... Ce serait trop affreux! Que vous m'ayez toujours aimée...

André. — Je vous ai toujours aimée, Hélène.

HÉLÈNE. — Et que je l'apprenne aujourd'hui seulement... aujourd'hui...

Elle montre sa robe de mariée.

André. — Mais comment avez-vous pu consentir?

HÉLÈNE. — J'étais si lasse, si découragée. Je n'avais plus qu'un désir, quitter cette maison, ne plus vous revoir. Alors, j'ai dit oui...

André. — Et vous avez eu le courage de me l'annoncer vous-même...

HÉLÈNE. — Je ne me suis mariée que pour vous l'annoncer !

André. — Oh!

HÉLÈNE. — Mon mariage! Si vous saviez tout ce qu'il représente pour moi de tristesse résignée et de vengeance douloureuse. Ah! André, mon mariage, c'était encore de l'amour pour vous.

André. — Hélène !

HÉLÈNE. — Vous ne me croyez pas?

André. — Si, je sens que c'est vrai, et c'est ce qui me désesi)ère!

HÉLÈNE. — Ah! Pourquoi êtes-vous venu si tard?... Maintenant, c'est fini, c'est fini!

André, avec violence. — Eh bien, non! non! Je n'accepterai pas cela. 11 n'est pas trop tard. Je vais parler à ma mère, à votre fiancé, provoquer un éclat.

HÉLÈNE, éperdue. — André, VOUS ne pouvez faire cela...

André. — Je le ferai. Par tous les moyens, je veux empêcher votre mariage.

HÉLÈNE. — Mais c'est impossible! Regardez-moi... Et tout ce monde qui est là, qui m'attend... Un tel scandale!... Non, André, je vous en supplie... Allezvous-en !

André. — Soit. Je vais m'en aller, mais vous, Hélène, vous allez me siûvre.

HÉLÈNE. — Vous êtes fou !

André. — Je vous sauverai... vous allez me suivre.

HÉLÈNE. — Vous savez bien que je ne peux pas.

André. — Que craignez- vous ! Ce n'est pas une aventure que je vous propose... Je vous aime de tout mon cœur... Je veux faire de vous ma femme, Hélène, venez!

HÉLÈNE. — Non, non, je ne peux pas! Je n'en ai pas le droit.

André. — Pas le droit, quand on nous a trompés, séparés par des moyens indignes ; pas le droit, quand nous nous aimons!

HÉLÈNE. — Non, non, c'est impossible. 11 faut nous résigner.

André. — En amour, il ne faut jamais se résigner. Quand on se résigne, c'est qu'on ne r'aime pas, c

HÉLÈNE. — Mais songez aux enga^ .menis que j'ai pris, à la parole que j'ai donnée, à mon devoir, à ma conscience.

André. — Qu'est-ce que tout cela contre le bonheur! Hélène, en cette minute, c'est votre vie tout entière qui est en jeu, et vous pouvez hésiter?

HÉLÈNE. — André!

André. — Un instant de faiblesse et de peur, et c'est votre condamnation que vous prononcez.

HÉLÈNE. — Hélas! je n'aurai jamais le courage d'être heureuse...

André. — Hélène!

HÉLÈNE. — Partez, André, partez... Vous m'oublierez... Vous aurez une vie libre et heureuse, tandis que moi, je ne peux déjà plus rien espérer, plus rien. Vous voyez, c'est moi qui suis la victime, et c'est moi pourtant qui vous dis de partir. Ayez pitié de moi.

André. — Non, je n'aurai pas pitié, parce que c'est mal ce que vous faites. C'est mal envei-s vousmême, c'est mal envers cet homme à qui vous apportez, sans qu'il le sache, un cœur qui n'est plus à vous. C'est mal envers moi qui ne me consolerai jamais... Ah! je n'avais pas mérité cela...

HÉLÈNE. — Taisez-vous! A peine suis- je assez forte contre mon propre chagrin, et je me sens si faible contre le vôtre.

André. — Alors, vous voulez bien?

HÉLÈNE. — Non, non...

André. — Allons donc, vos paroles sont encore résignées, mais vos regards ne le sont déjà plus...

HÉLÈNE, pleurant presque. — Oh! je ne Sais pluS...

je ne sais pas... j'ai la tête perdue...

André. — Hélène, songez-y: l'un à l'autre, pour toujours... pour toujours!

HÉLÈNE. — Non, je ne peux pas, je ne dois pns!

La Voix de Jkanne, au dehors. — Hélène! Hélène!

HÉLÈNE. — On vient... on vient...

André. — Mais...

Hélène. — Je vous en supplie... Entrez là- un instant, qu'on ne vous voie pas.

André entre dans la chambre d'Hélène.

Seine XVIII

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