‹ La Belle et la bête [microforme]Chapitre 15 sur 23 · EN · texte numérisé non relu

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rons beaucoup. M. le chapelain permettra — je le ni demanderai — Qu’'Yves n’assiste pas à l’école du soir. Nous irons tous les jours, à l’aventire, en vrais vagabonds. Tu seras de toutes nos parties, bonne Corentine. 11 te faudra régler ta besogne en conséquence.

Mais, ma mignonne, vous n’avez pas besoin de vous embarrasser de moi ; je garderai le logis -ans regret.

- Tu nous manquerais trop.

- Vous êtes gentille tout plein, seulement vous oubliez que mes vielles jambes ne pourraient vous suivre et mettraient dans votre plaisir trop ‘de retardement.

Yves proposa :

- Nous louerons le poney de Mme Temple. Je -uis conduire.

On rit.

Toute la soirée, on fit des projets. Penchés sur une carte du pays, les enfants traçaient des itinéraires. On goûterait chez les paysans ; on pourrait quelquefois déjeuner dans une auberge. Ce serait le plus grand de tous les divertissements,

Ce programme reçut, dès le lendemain, un commencement d'exécution.

La bande joyeuse s’en alla à pied, le long du lac. À partir d'un point qui ne s’apercevait pas ‘lu cottage, le chemin s’enfonçait dans des gorces d'une fraîcheur délicieuse. Au delà, il lon- “eut d’interminables champs d’avoine et de pommes de terre ; plus de forêts, plus d’arbres ni d'arbustes. Dans les plaines vaguaient des troup‘aux sans bergers et sans chiens.

— (C’est triste proclama Raymonde.

— Affreusement, appuyèrent les petits.

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Quelques masures Plaine désolée.

À la porte de la plus Pauvre, un cheval att:

ché piaffait d'impatience. |

-— Un cheval de gentleman, remarqua Yves.

— C'est celui du docteur, je le reconnais, «li Raymonde,

Le sentier rasait les murs de la maisonnette +. travers la porte mal close, Passaient des plain tes et des gémissements.

Une voix l'homme que Ja c eissait dit :]

— Voyons,

s'éparpillaient dans cet

OMmpassion adou-

Pauvre femme, mer, J'ai absolument besoin Vous ne pouvez m'ê plus de Courage.

Poussée par son instinct de dévouement, Ghis. laine dit à ses jeunes COMmpagnons :

— Attendez-moi à l'ombre de Offrir mon aide

tâchez de vous cal.

de vos services at tre utile que si vous montrez

ce hangar, je vais ? à ces pauvres gens,

eux-tu que je t'accompagne ? demanda Raymonde empressée,

— Non, non, reste avec Yves et Armelle qui ne sauraient que devenir.

En achevant de Parler, Ghislaine poussa la porte. Un flot de soleil inonda brusquement Pièce misérable, éclairant tion, une femme qui sanylot banc, et M. Faroll debout, maintenant à grande

peine une fillette en proie à des convulsions terribles,

la une scène de d'sola-

ait, écroulée sur un

Il se retourna quand la visage soucieux laine,

Porte s’ouvrit, et son

s'éclaira en apercevant ({his-

— C’est Dieu qui vous envo mez le fou et faites

selle.

dd

ie, dit-il. Vite, «!lubouillir de l’eau, Mademoi-

La jeune fille se hâta d’obéir.

Bientôt l'enfant dont la face était violette, les

S cette

l'atta. veux révulsés, les membres secoués de spasmes,

… fut mise dans un bain tiède où elle parut éprou-

Ft “run soulagement rapide.

18, dit frès bas, M. Faroll expliquait :

re - Trois enfants de cette malheureuse sont, pa-

AE rait-il, morts de la même atroce maladie, et le

pré à succombé à l'épilepsie, il y à quinze

IOUrS,

atou- Où ! c’est affreux, reprit Ghislaine navrée le pitié.

s tal La mère elle-même est très atteinte, une tu-

ie. berculose très avancée, C’est une effroyable mi-

re, Et il ne se tronve dans le voisinage ni hô- . pital, ni dispensaire, aucun secours, rien. Ghis- c] Q ' CP SAUT: lé « Eh bien ! que la charité privée supplée à l'action publique, Monsieur.

Di - Comment l’entendez-vous ?

J'ai une idée, je vous la dirai tout à l’heu- 54 anda re. La petite malade me paraît calmée.

; - Oui, la crise va finir.

er [l'avait proféré ces mots sur un ton plus élevé qui pénétra dans l’entendement de la mère. NS + la La malheureuse cessa de crier ; elle s’approcha . ee ‘t, tombant à genoux auprès du lit, elle regarda h . “a fille que Ghislaine venait d’y déposer. ae Son visage ravagé de douleur prit une expresne ‘ion d’extase, Elle joignit les mains et balbuter- tia :

— Elle ne mourra pas comme les autres, n’est- ‘* pas ? vous empêcherez qu’elle s’en aille, car his- vous êtes belle et bonne comme un ange de Hd ur de <d A La fillette s’endormit. HSE

— Je me retire, dit Ghislaine, les enfants m’at-

on

tendent sous le hangar. Je reviendrai, pauvre femme.

— Vous deviez, rgppela le docteur, me communiquer une idée, Mademoiselle.

— Oui, Monsieur, je vais y réfléchir et vous reparlerai.

— Voulez-vous m'accorder l’honneur d’un entretien, soit chez ma mère, soit chez vous ?

— Chez le père Humphrey plutôt : son avis serait précieux et son concours indispensable,

— À quand ?

— À demain matin, vers dix heures. Serezvous libre ?

— Comptez sur moi,

— On ne peut d'ici là abandonner à elle-même cette malheureuse que la douleur affole. Je vais chercher quelque voisine pitoyable qui s'installerait ici en attendant la décision que je vous demaderai de prendre.

— Epargnez-vous ce souci, j'enverrai une garde très entendue, avant une heure.

Et, se dégageant des effusions de la mère qui, toujours à genoux, jui baisait les mains avec une reconnaissance indicible, le jeune homme sortit, sauta en «selle et partit au galop.

Ghislaine dut subir le flot de parcles enthousiastes de la paysanne qui la bénissait et bénissait le docteur. Elle put enfin se retirer ; la soirée s’avançait.

La petite troupe aurait tout juste le temps de regagner le cottage avant le dîner.

auvre mmuus ren en-

is se-

Le père Humphrey achevait son catéchisme :; il reviendrait au presbytère dans quelques minutes. (hislaine et Faroll, exacts au rendez-vous, l'attendaient en causant, sur un banc du jardin.

Tout près, le sacristain arrosait les carrés de lémes.

En cette belle journée de juin, tout semblait de la vie en fleur, et les deux jeunes gens se sen- ‘dent l'âme légère, l'esprit alerte : leurs poumons se dilataient aux vivifiantes effluves que le vent apportait des forêts.

Le docteur donnait à Mlle de Kerhir des nouvelles de leurs protégées ; leur bonne action de la veille créait entre eux un lieu très doux.

Je suis retourné là-bas, ce matin de bonne heure, dit George ; la petite n'a pas eu de nouelle crise, et la mère se remet un peu de ces terreurs

La sauverez-vous ?

Faut-il le désirer ? Un effroyable atavisme reserve, sans doute, à la pauvrette, une existence -: misérable que la mort serait pour elle un bientait. Enfin, nous ferons de notre mieux. Je dis nous, puisque vous êtes de moitié dans la charité. (I reprit, après quelques secondes ). Vous ‘tes admirable de sang-froid, mademoiselle de Kerhir : dans les cas graves, vous pouvez rendre ‘éminents services. Les femmes perdent facilement la tête ; vous faites exception.

Ch ! j'étais très remuée tout de même.

- L’émotion est inévitable chez les natures dé-

mots

licates, et vous êtes, vous, supra sensible. (11 ajouta un peu bas ): Je crains même — c'est le médecin qui parle, Mademoiselle — que cette sensibilité n'amène un résultat néfaste, Je n'ose insister, mais je voudrais une fois de plus vous mettre en garde contre le danger de la fréquenta.tion habituelle du château, Vous paraissez fatiguée depuis quelque temps.

Ghislaine ne répondit pas parce qu'elle se souvint tout à coup d'une phrase écrite par Mme Pawell : ‘Nous vous avons trouvée un peu pâle ces jours-ci.” Elle songeait que ce pluriel était au moins étrange. Lord O'Brian, que ‘“‘rien n'intéresse au monde,” s'inquiétait-il done de la santé de la dame de compagnie ?

Et sa pensée filant sur cette piste, elle revit avec une netteté dont elle frissonna le visage irrité du châtelain dès qu'elle soulevait la moindre contradiction.

Le docteur remarqua le léger tremblement des lèvres de la jeune fille qui blanchirent.

— L'ombre de ces arbres est froide, dit-il : rentrons ; d’ailleurs, j'entends les élèves du bon chapelain qui prennent leur volée dans la cour.

— Non, je n'ai pas froid, protesta Ghislaine. On est bien ici.

— Vous avez frissonné.

— Par réminiscence, J'ai tout à coup revu lord Philippe dans ses colères sauvages qui le rendent éffravant. Oh ! mais, je n'ai pas peur, reprit-elle très vite. Il n'est pas méchant.

I hocha la tête d'un air perplexe, et voulant éclaircir un doute :

— Avez-vous remarqué sa singulière attitude devant moi ?

— Oui, mais je me l'explique.

— De quelle façon ?

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Elle sourit en regardant le jeune homme.

Il est jaloux, horriblement jaloux de tous

aux qui sont bien bâtis. Il leur en veut de ne int être infirmes comme lui-même,

Vous crovez que cette raison mesquine me ut son antipathie ?

I n'y en a pas d'autre, je l'affirme.

Voilà M. le Chapelain, cria la servante.

Elle allait et venait dans la pièce, sous la fenetre de laquelle était placé le banc occupé par lL< visiteurs.

Bonjour, Mademo: »lle, bonjour, mon cher enfant, dit le vieillk . en s'avancçant les deux mains tendues. Qu. admirable hasard vous amène tous deux à la fois ?

Ce n'est pas le hasard, mon bon père...

Nous venons en consultation, acheva Ghisuine, :

Vous voudriez vous épouser ? demanda Île prètre d’un ton de bonhomie joyeuse.

George devint presque aussi rouge que Mlle de Kerhir, et il v eut un très court moment de gêne extrême qu'il rompit enfin en prenant le parti de VIF;

Cher bon père, vous allez vite en besogne.

Non, il ne s’agit pas de mariage. Je ne sais même pas très nettement ce que va vous demander Nlle de Kerhir, mais je suppose qu'elle veut vous onsulter sur l’organisation des secours charita- Lies dans cette paroisse dénuée.

Ü'ette phrase un peu longue, prononcée lentement, avait permis à Ghislaine dé -rmenter son cmbarras. En elle-même, elle souriait à présent. n'y a, se disait-elle, qu'un vieux er saint misnnaire, pour aller d'un bond et si simplement au cœur des choses et imaginer les plus invrai- “inblables arrangements du monde.

sn DE

Il ne pouvait savoir que Ghisiwine ctait résslue à ne pas se marier, avant déja charge tmater nelle,

Elle prêta une oreille atroutive à l'exposé très précis que M. Faroll faisait de le -ituation.

Hé je la connais, otanit le vieillard, je m'en attriste, mais n'y puis rien, Il faudrait de 2rosses sommes pour créer un dispensaire et un hospice méme tout petit, et vous, mon cher ami, qui êtes certainement le plus fortuné de mes

onailles, vous ne pouvez seul assumer ces frais :

considérables, Vous êtes mieux pourvu de cœur que de rentes. (IT interpella Ghislaine ). Espérez-vous, Mademoiselle, que lord O'Brian.….

Je ne demanderai rien à lord O'Brian, mon père.

— Alors ?

— D'abord le petit troupeau catholique fera ce qu'il pourra. M. Faroll donnera ses soins gratis à nos pensionnaires...

Le prêtre rit de bon cœur.

— Je ne crois pas que George compte pour vivre sur l'exercice de sa profession.

— D'autant que je ne soignerai les riches qu'exceptionnellement, en cas d'accident imprévu, où l'urgence d'un médecin s'impose. Autrement, ils s adresseront aux fameux praticiens d’Inverness. Je n'ai ni ambition ni besoins et me trouve suflisamment à l'aise. Le docteur vous est donc acquis, Mademoiselle, Hélas ! ce n’est que la moindre chose.

— Je quêterai pour le lover de la maison, Mme Pawell est très charitable.

— Mais la fortune est à son frère.

— Les petites aumûnes font les larges charités.

— J’engage ma mère pour cinq lits, Mademoiselle, elle ratifiera ma promesse.

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