SCÈNE VI
ESPfiHASCSi GABRJKLLB.
Espérance !
GABRIELLE, à 11 porte du Coud.
Vous, mon âme, ml vie!
le roi m’a fait dire d'attendl* chez moi, aujourd'hui, une visite Importante, et comme je n’aurai» pas eu le temps d’aller aux bains de Diane, comme je ne vous aurais pas vu, j’accours ici par le chemin que vous auriez suivi.
Chère Gahrielle! Que de bontés! Mais êtes- vous seule?
Oui.
ESPÉRANCE
Pour plus de sûreté, fermons!... tu fcrm* wm portM.) Oh! vont changez cette masure en un paradis! (Gttwkn*, atmMe. ba** u Hit.) Qu avez-vous? Ce n'est pas là une émotion de joie... cm dirait que vous ave* pleuré !
Mais....
ESPÉRANCE
Vous pleurez encore ! Oh, mot qui venais le sourire aux lèvres un chant joyeux dans le cœur... Vous pleurez!
Ce «ont des larmes de faiblesse... je suis lâche, je suis fcUq car j’apporte une bonne bouvellë; mon Espérance aimé.
l’ne bonne nouvelle !
GABfilEtLÉ.
Je vais être libre, je vais être toute à voüs?
ESPÉRANCE, iraiitftorlé.
Dites-vous une chose vraie? une cl ose possible! fit n rcgmi*. n t'iuembrii.) Insensé que je suis de me prendre à aes paroles que démetit ce visage désespéré!... Ah! Gahrielle, râMürra-mol bien vite! Il n'est pas de malheur que je ne redoute A la place de celte bonne nouvelle que vous m'annoncez en sanglotant.
GABRIÊI.LE.
Celte liberté bienheureuse me coûtera peut-être quelques sacrifices... quelque effort... C’est un grand événement, Espérance, j'en suis encore un peu troublée. Mais soyez indulgent, écoutes-moi.
ESPÉRANCE
Oh ! j’écoute !
Hier au soir, le roi est venu chez moi, ie ne t'attendais pas... 11 était seul, recueilli... je fus troublée a sa vue. J’ai toujours une conscience qui murmure et je connais la rage de mes ennemis. Le roi me pria de le suivre dans les parterres. M<*n cœur battait violemment, Je l'avoue ... {rite «? Ut*.) a Gabricllc, trie » dit-il, je vous ai causé souvent du chagrin, vous ne m’aves b donné que joies et consolations; patiente quand je vous ofb fetirais, quand d'autres vous offensaient aussi; vous inéri- » tez de ne plus souffrir ni par moi, ni par les autres. Je » veux vous mettre au-dessus do toute inimitié, UldMU b même de mes caprices et de mes erreurs... Votis allez deveb nir ma femme !...» (R§psr«oce pUit«t(*iiaafn«min«Bt.) ohl vous frissonnez !
ESPÉRANCE
Non, non... i’admire. Seulement si c'est là cette liberté que vous m'annonciez tout à l'heure...
Oh ! mon umi, vous devinez bien qtie je n’oi pas accepté un honneur que je ne mérite pas; car cette générosité du roi n’a pu réchaufler inon cœur, car je n'ai pour lui que de L'amitié, tandis que mon amour est toul à vous !
ESPÉRANCE
Permettez... le roi ne cherchait-il pas à vous éprouver? Pour qu'il se marie, il faut que son divorce soit accepté à Rome.
GARNI LLÇ.
Il attendait, in’a-t-il dit, la réponse du Saint-Père. Ah! mais ce sera un refus. D’ailleurs, je n’ai pas consenti, vous non plus, je suppose.
ESPÉRANCE
Donne Gabiielle’... je devrais être joyeux el triomphant, n'est-ce pas, car vous laites là ttrt immense sacrilice, mais je lie veux pas l’accepter.
CAimiEME.
Vous voulez que j’épdttSë le roi?
ESPÉRANCE
Oui.
C’est notre séparation éternelle!
ESPÉRANCE
Oui.
Fière de rester innocente et pure, la maîtresse du roi a pu jeter les yeux sur un homme digne d’être aimé. KUc a pu permettre à cct amour d'envahir toute sa pensée, toute sa vie. — Mais la femme du roi! ruais la reine! Oh! Espérance! la reine ne pourrait plus aimer, même dan» l’ombre la plus profonde de son cœur !
ESPÉRANCE
C’est vrai !
Voilà bien pourquoi je ne veux pas d'une couronne, et pourquoi toul à l’heure je vous annonçais ma liberté.
espérance.
' 11 faut être reine, madame, votre honneur en dépend, ie
mien aussi! Votre fils l’exige, lui qui un jour pourrait vous demander compte du rang que lui ferait perdre votre Causse générosité. Priverez-vous ce fils d’un si illustre père! Oh! vous ue savez pas w que souffrent les enfants qui no lrou\ent pas l'honneur dans leur berceau. Je le sais, moi! Ma mère, du fond de son tombeau, me jette en vain des trésors. J’aimerais mieux un seul de ses sourires. Son baiser ne m'a pas béni, voilà pourquoi rien ne ine réussira jamais en ce monde.
Espérance I
espérance.
Si j'acceptais votre sacrifice, si je vous condamnais à vivre humiliée, ensevelie, quand Dieu 11 e vous a créée si belle et si parfaite que pour vous asseoir sur un trône, oh ! je ne serais plus l'homme que vous avez aimé, je tomberais au dessous de moi-même, et dans la retraite avilie où Poserais cacher cette reine, je mourrais de honte, comme un larron meurt de faim sur les jotaux d'une couronne volée. — Soyez reine, Gabrielle, et ne repoussez pas mon souvenir, car c’est moi qui vous aurai conduite à ce trône. C'est moi qui vous aurai conservé votre fils, et cliaque fois que voua verrez cet entant embrasser son père, vous serez Hère de m’avoir aimé, vous aurez le droit de me regretter et de m’aimer toujoius.
gabrielle. *
Espérance ! oh ! si j'eusre été meilleure pour vous, plus cou rageuse, moins égoïste, si j'eusse, en me donnant à vous, consacre entre nous un lien éternel, vous ne me diriez pas aujourd'hui : Séparons-nous!., C’est impossible , E>pérance , vous m'accuseriez, vous me maudiriez, vous ne m'aimeriez plus. Pas de respect, pas de trône, pas d’honneur s'il le faut, mais votre amour! votre amour !
ESPÉRANCE
Gabrielle! tant que mon cœur battra! tant que mes yeux verront la lumière, j*> vous aimerai. Cet amour est ma vie. C'est mon sang, c’est mon âme. Mais je vous le demande à mains ointes, séparons-nous, (ta cri rrtt«ne t'opa**.)
GAMUELLE.
Ecoutez !
ESPÉRANCE
Un cri!
La voix de Gratienne!
ESPÉRANCE
Oh ! mon Dieu l
(llf 11 courir. Grand bruit à U portu de g«*cb«. Il •'«tance wr l’epCe quU
a wauwe,)
GABRIELLE, l'arrAUal.
Je VOUS en supplie. (La porte craque et e«U i»« frac*».,