LA BELLE GABR1ELLE
ESPÉRANCE, h Crllloa.
Monsieur, la commission vous serait-elle désagréable, ne m'en veuillez pas. J'ignore absolument ce qu’il peut y avoir dans cette lettre.
CRILLON, 1 pin.
11 lui ressemble en effetl... Dépetgncz-moi votre mère, si vous ne pouvez la nommer.
espéaancs.
Je no l’ai jamais vue.
CAILLOU
Qui vous a élevé, alors?
ESPÉRA NCI.
Une nourrice qui est morte quand j'avais cinq ans. Puis un vieux «avant qui «n’a donne des matin» de toute sorte, écuyers, officiers, qui m'ont appris à manier les armes.
CMLLOil.
A devenir méchant!
ESPERANCE
Moi méchant! oh non, nui nature est privilégiée, Dieu n'y a pas versé une goutte de fiel. Un méchant m'étonne. Je n’y crois jamais tout h fait. Je tourne autour comme autour d'uue bêle curieuse. S'il mord ou qu’il m'égratigne, je me figure nue c’est pour jouer. — S'il est venimeux et qu'il bh-sae, je récarte pour qu'il ne Tasse pas de mal aux autres. Oh ! non, monsieur le chevalier, je ne suis pas méchant.
CMU. ON, mm à l.i.miw.
11 a fallu bien du courage à votre mère pour se priver d’un fils tel que vous. Elle se révélera un jour, comptez-y. (n »’*«.ed,)
ESPERANCE
Je n’ai plus cet espoir. — U y a six moi*, dans la petite bure que j’habite en Normandie, je vis entrer un vieillard, d'une belle figure, vêtu de noir, qui, me saluant avec respect, et contenant un soupir, un sanglot, nie tendit une lettre pai cille à celle que je viens de vous apporter. Elle était cachetée de même. Et ce quelle renfermait, signifie que je ne reverrai, que je ne connaîtrai jamais ma rac-re.
CK 1 LUI N, limilant à tauto.r prr» de lai.
Ce qu’elle renfermait...
ESPÉRANCE
Écoutez : (u tfcotüh >m ijm*.) « Espérance, je suis votre mère.
* C’est moi qui du fond de ma retraite où votre souvenir m'a » fait supporter la vie, n'ai cessé de veiller sur vous. J’ai p bien souffert de ne pouvoir vous appeler mon fils, mais j'ai
* tellement soufTert de ne pouvoir vous embrasser, que ma vie » s’est consumée dans cette soif ardente comme une lièvre.
» L'honneur d’un nom illustre dépendait de mon silence. Le
* moindre pas que j'eusse fait vers vous, m'eût coûté votre » vie J Aujourd’hui, placée sous la main de la mort, bien sûre
■ du serviteur que je vous envoie, je dépose pour vous dans » cette lettre le baiser qui s’élancera de mes levres avec mon
» âme. (il •*«•» teTÔ *n» U Bo <le* 4erai«» mol».)
» On me dit que vous êtes grand, que vous ôtes beau : tout » le monde vous aimera. J'ai tâché que vous fussiez riche, et » pas un père de famille, fut-il prince, ne vous refusera sa fille » a cause de votre dot.
» Il faut que je vous quitte, mon fils. la chaleur de la vie » abandonne mes doigts, mon cœur seul est encore vivant. Je b wii* recommande de ne ino point maudire et d'accueillir
■ parfois mon fantôme triste et doux qui viendra vous visiter » dans vos rêves. Je fus une âme tendre et Hère dans un corps » que vous pouvez vous représenter noble et beau.
»> Adieu, je vous avais nommé Espérance, parce que en vous » était tout mon espoir sur la terre. Aujourd'hui encore, vous » vous nommez pour moi Espérance, je vous attends au ciel
* pour l’éternité.» — Et pas de signature!... *
(CriHoa M Ut* lileactrauwal, fait qndqur» pat, Mm, *fiM.) m CRILLON, Ibinf ta IcUM.
« Je fais connaître mon fils Espérance à M. de Crillon, afin » que le hasard ne les oppose jamais l’un à i autre, les armes à »* In main, lie Venise, au Ut delà niort. » — Et pas de nom! C'est cola! Oui, oui, noble femme! — Ce qu'elle n'avoue pas à son fils, ce n'est point à moi de le lui dire, je me tairai! j'en fais serment !
ESPÉRANCE, un prn A IVcail.
Votre lettre, monsieur, en dit-elle plus que la mienne?...
CRILLON
Non ; c’est une recommandation, mystérieuse, anonyme. —
Voyez.
E5IT U.VKCE, jrtU on r«ftnl ut la l«tU« que Crillon lai |iU>« «air an .««tant.
C'est vrai! (*»eeno *oapir.)Eh bien, puisque je n'ai plus ticuà faire ici, je prends congé de vous, monsieur, pu donnez-moi l’euibarras que je vous ai causé.
CRILLON
Vous mr quittez déjà?
ESPÉRANCE
On m'attend ce soir.
CRILLON
Où?
ESPERANCE
Assez loin d’ici. — A Ormes son.
CRILLON
A Ormesson? Mais, Ormcsson, c’est un château habité seulement par madame dTLntragiies. — CVst là que vous allez?... chez ces deux coquines, la mère et la fille qui font la guerre au roi et la cour à B ris sac, parce uu'il est gouverneur de Paris pour l'Espagne. — Vous allez dans ce nid de vipères où l'on conspire quand on ne tue pas?
Mais...
CRILLON
Vous n'allez pas là, pour la mère, ponr la vieille Marie Tou- Cbet C’est donc pour ce jeune démon qu'on appelle sa fille?
ESPÉRANCE
Monsieur!...
CRILLON
Un moment. Votre mère vous recommande à moi. Ormesson, c'est une maison funeste! n’y allez pas!
ESPÉRANCE
Vous me dites d'avoir peur d’une femme! vous! le brave Crillon! On voit bien que vous ne connaissez pas Henriette.
CRILLON
C'est vrai! — C'est Henriette qu'elle s'appelle 1
ESPÉRANCE
Vous savez son nom?
CRILLON
Et je sais aussi celui du malheureux Urbain du Jardin, qui est mort dans mes bras, et qu elles ont fait assassiner.
ESPÉRANCE
Elles! Mais ce jeune homme n’avait rien de commun avec les dames d’Entragues, Henriette m’a raconté celte histoire.
CRILLON
Je vous la raconterai à mon tour, (a •** r»*0 Ma’ 3 chevaux!
(a pr«d «la tambour, prt» d’irrori ?"ir I* wirlie il m colonel. — A Mporoac*.) Jfi
vais vous accompagner jusqu’à moitié roule; et si vous persistez apres m’avoir entendu, libre à vous.
ESPÉRANCE, rê«e«r, • p»rt.
Crillon le dit!