‹ La belle Gabrielle drame en cinq actes et dix tableauxChapitre 72 sur 126 · SCÈNE Vil · texte numérisé non relu

SCÈNE Vil

ESPÉRANCE, CR1LC0N.

CRIILON.

Eh bien, coureur, enfant pci du, ingrat, vous voilà donc! Uo «n d'absence, quand vous annoncez une promenade de quinze iour»!

Vous savez, monsieur, ce que c’est nue le voyage. La route a des attraits mystérieux, les arbres semblent vous tendre les bras cl vous appeler, de sorte que, de l’un à l’autre, on va très-loin sans s’en apercevoir.

CRI llo r».

Et pas de nouvelles...

ESPÉRANCE

J’ai écrit à Pontis.

Pontis n’avait pas de chance de recevoir votre lettre, toujours on campagne, comme moi, pour en finir avec ces brigands de ligueurs.

ESPÉRANCE

Ah! il y a encore des ligueurs 1

CRILLON

Vous ne le save* pas? cependant, si vous Ignorée leurs exploits de grand chemin, dernières convulsions des (actions vaincues, vous connaissez, mieux que personne, le général qui les commande. Son nom?... Cherchez bien, il est ikrit là, sur votre poitrine.

ESPÉRANCE

La Ramée !

CRILLON

Est chef d'une armée que l'Espagne lui paye. 11 tient la campagne contre le roi. Vous vous demandez s'il est fou. Oui... son amour insensé pour une autre «le vo» amies, mademoiselle dEnttagues, lui fait faire ces folies qui seraient sublimes si elles n’a bout lisaient à l’ovale d’un nœud coulant. l« lui a écrit qu'il la ferait princesse, et elle se moque de lui; mais en attendant il a ramassé sous la loque qu'il appelle son drapeau, une certaine quantité de canailles qui entre tiennent la guêtre civile dans la province, ce qui fait passer des nuits cruelles à notre pauvre mi. Mais tout cela ne vous regarde pas, vous êtes bourgeois, vous. Où avez-vous voyagé?

rsr-LtuNCE.

Je suis allé à Venise.

CRILLON, SomdS.

Ah!... qu’alliez-vous chercher là ?

ESPÉRANCE

Hais... rien.

CRILLON

Rien?... Vous ne me traitez pas en ami, soit ! (it ••ri. N tn* •»<* «*.) Parlons d'autre chose. L’ami lié de Ciülonl... qu'iM-ce que Cnllon, un vieux soudard, qui n u peut-être jamais été jeune.

ESPÉRANCE-

Ah! vous êtes cruel, vous m'arraches les secrets du cœur.

CRILLON

Ccst donc bien triste, Venise? En effet, c’est une ville ino-

•otüoe.

ESPÉRANCE

Oh! non, je ne m'y suis pas ennuyé. J’y ai été adorablement

heureux.

Le fait est qu’à tout prendre c'est un joyeux séjour pour les jeunes gens.

ESPÉRANCE

J'y ai bien pleuré.

CRILLON

Ah! mais, vous m'embrouillez terriblement. Très-heureux et ous pleuriez toujours, à quel propos T

ESPÉRANCE

Je ne Bais. Cela m'a pris tout de suite.

CRI1LON

A propos de cette coquine d'Enlragues qui a couru après vous aux Franciscains, je le mis ! vous en teniez encore pour elle, et voilà pourquoi vous nous avez quittés 1 ESPÉRANCE.

11 vit un peu de cela.

CRILLON

Mais ce n'était pas une raison pour pleurer, il y a assez d'eau à Venise, harnibieu !

ESPÉRANCE

Que voulez-vous; après l'assaut de la Porte-Neuve, je inc suis trouvé tout à coup seul au monde. A qui m'attacher? à vous?... pour aller semer mes misérables petites épines dans votre route

glorieuse. A Pontis? que j'eusse gâté par mou oisiveté... Savezvous à qui j'ai pensé?...

CRILLON

Ma foi, non.

ESPÉRANCE

A ma mère.

CRILLON, râm.

A... Quelle idée... puisque vous ne la connaissiez pas!

ESPÉRANCE

Précisément. Lorsque je vous remis une lettre d’elle au camp, vous la teniez ouverte, mes yeux ont lu, sans indiscrétion, je vous jure : de Venise au lit de mort, (cmioo imuin«.) Ce* motslà, monsieur le chevalier, avaient été tracés de la main de ma mère, ce lit de mort était le sien... De sorte que, l'envie de pleurer m'ayant pris, comme je vous le disais, j'ai été m’enfermer à Veni-c, où s'était exhalé le dernier soupir de cette femme Infortunée. Nul ne me connaissait, je ne voulais interroger personne, et j’ai cherché. Les palais, les églises, les couvents, tout ce qui est silencieux et sombre, tout ce qui est pompeux et bruyant, j’ai tout questionné, tout exploré, dans mes épanchemcnls douloureux. Je foulais dalle par dalle la place Saint- Maïc, la PiaszeUa, le quai des Enclavons, persuadé qu'à Venise il n'est pas une âme qui n’ait promené là son corps ; persuadé, par conséquent, que ma mère avait pou 1 le pied là où je marentifl. Que de fois, traversant, par une belle lune, les méandre* fleuris des Iles voisines, ne me suis-je pas dit que c’était une belle plaie pour une t rnbe mystérieuse, que ces oasis de joncs odorants, de grenadiers, de tamarins aux senteurs de miel! Et, la. dans ces solitudes, partout où j’ai vu brûler la lampe tremblante d’une ma Joue, partout où j’ai vu monter les cyprès dans l’herbe, derrière une église en ruines, je me suis dit : cette lumière brûle peut-être pour l’âme de ma mère, elle dort peut-être sous ces a' bres noirs! Et je pleurais... et j’aimais ma mère. C’est >i bon d'aimer quelqu'un! (crête* .<■ dé- Imim. Il ftipr* >(u p*«a, il *w»ie n t*le pour eicbtr md éaoOoo.) VuUS rit* Z

de moi, n'eelrte pas?

CRILLON

Ce diable de Zanict a empli le jardin de fumée. (« •'««io i»ru.«Dcni u« Enfui, vous voilà revenu. Vous êtes riche, nous allons nous divertir. Je vous mènerai à la cour.

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