‹ La belle Gabrielle drame en cinq actes et dix tableauxChapitre 92 sur 126 · GAB.MELLE · texte numérisé non relu

GAB.MELLE

Reine, je ne le suis guère... esclave, c'est différent.

ESPÉRANCE

Vous ne vous repentez pas. j'espère, vous êtes heureuse?

GABRIELLE , A tj btürr.

Oui... Vous avez, rue de la Cerisaie, une délicieuse habitation, monsieur Espérance.

ESPÉRANCE

Vraiment, madame?

Les jardins m'ont paru beaux...

Très-beaux.

OALiRlELLB.

Valent-ils celui des Franciscains?... Vous savez, avec ccs lis qui semblent de grands cierges la nuit, avec ces roses qui embaument au soleil et ccs œillets enivrants qui retombent dans les bordures de thym, oit, vers nfldi| bourdonnaient tant d’abeilles; vous rappelez-vous ce beau jardin?

ESPÉRANCE

Oui, madame.

GABRIELLE, riveatt ci mardiint IcaUBomt.

J'oubliais ces grands orangers dans l’allée près de votre porte. — En passant on froissait les brandies cl il tombait une neige de fleurs. — Un soir, en rentrant dans ma chambre, j'en trouvai dans mes cheveux et sous mes dentelles, ce fut le soir où vous me rendîtes service. Vous élûz bien souffrant encore; je vous trouvai fort bon pour moi et très-délicat. (E*t*r»e«> pA’n «t m? adimum. w«)d a l'wjb d« la croiide,] On était heureux dans ce tempslà!

ESPÉRANCE

Ne l'êlcs-vous plus? vous avez, dit-on , un fils, beau comme vous; que manque-t-il à votre bonheur?

CABRI). MX.

Vous me lépélcz tcla trop souvent, vous savez pourtant que vous me faites mal.

Mot!

ESPÉRANCE

Vous savez bien que je ne suis pas heureuse; pourquoi ditesvous que je le suis?

ESPÉRANCE

Vous tonte-puissante, vous adorée! ... Est-ce possible, madame ?

Moi! mais personne n'ose même faire cet effort de mentir poliment pour m’offrir un peu ü 'amitié. Vous qui parles, vous m'aviez autrefois juré la vôtre et vous reprenez votre ferment!

ESPÉRANCE

Il est des serments qui engagent au delà de noire puissance ; et l’homme est parfois une créature trop faible pour tenir ce qu’il a promis.

Ainsi vous me verrez souffrir, et vous me fuirez, et vous ne me tcudrez pas la main. Je vous croyais un cœur.

ESPÉRANCE

J'en ai un, madame, que vos injustes reproches déchirent! Pourquoi vous verrais-je, à quoi puis-je vous servir? n'csl-CC pas vous plutôt qui voulez que je touffue?

LA BELLE GABRIbLLE. *7

GAMt&LLS.

Souffrir, de quoi?

ESPÉRANCE

Par grâce, ne m'arrachez pas une parole de plus; vous voyez que je me contiens, vous voyez que je laite... Vous le w.y. z.

GAblUtltX.

Comment voulez-vous que je le voie? Je viens, je parle, j’évoque mille souvenirs, vous m'observez froidement, le cœur fermé! (s*w«y»ni mr JcK.bc.) Mais ctitea-le»-i>ioi, vos souffrances; vous voua déliez, c'est une injure; éprouvez d'abord mon amitié !

ESPÉRANCE

Eh bien, vous saurez tout, puisque vous m'y forcez. Ri je suis parti, brusquement, étrangement, comme vous dites, c'est que je vous avais vuo allant au Louvre, après la prise de la Porte- Neuve, c’est que, déjà, je vous accusais de trahison et de mensonge, c’est que je vous man dissais de m'avoir promis l'amitié et... et de ne pas m'avoir donné l’amour. — Je sais bien qu’en parlant ainsi, je me sépare à tout jamais de vous; mais la destinée m'eut raine; ce que je vous dis, je ne le répéterai plus, mon cœur y perdra tout son sang et avec le sang la douleur s'échappe.— Oui, je suis parti malheureux, et plus mallu ureux je suis revenu. Si je vous eusse trouvée joyeuse, enivrée, sans mémoire, oh! je l'espérais, l'aval» préparé à mon cœur la cnimdaiion de l'oubli, du ménns même. Vous voyez qiu* je me perds tout à fait. Mais au lieu oe cela vous m’apparaissez douce, tendre cl bonne, je v ou» sais malheureuse. Tout en vous intéiv ssc mon cœur et mon âme. Je sens que je vais vous aimer si follement que j'en perdrai le respect, comme l'en ai perdu le repos. Or, vous ii’ôtcs pa< liLre, et vous aimes le roi, c'est donc pour nt.vi deux fois la mort au >ut de chaque pensée. (c^borH* t.u Müirnnt.) J’id fini, inn(i cœur est vide; cncoie une heure, et peut-être j'y sentirais entrer le désespoir... («jM* irh — w i> u«b.| Ne vous irritez, pas plaigwz-moi, faites-moi la grâce de me laisser c nsevelir rua folie dan» un coin du monde où vous ne m’entendrez pas si je soupire, où vous ne sentirez pas si je tou> aune!

GABRIEL!*

Vous m'aimiez, n'csl-co pu»? l'an passé?

ESPÉRANCE

Oui.

GABRIELLE , leiKtunt *m!m mt ht Smc.

Je m'étais promise au roi.

ESPÉRANCE

Est-ce que sans cela vous m’eussiez aimé?

GALftlLI.LE.

Oui!... E»t-cc de l'amitié... Est-ce de l'amour, je n’y cherche pas de différence. Je ne savais pas même que je vous aimasse... beulciueut, tout à l'heure, en vous voyant pâlir, je m on suis Aperçue.

LSrÊRANCE.

Quoi! vous m’avez entendu et vous no me chassez pas?

GABDUU.LE.

Pourquoi?.,, que vous m’aimiez à mille lieues ou ici, qu'importe !... C'est hum .'une que vous aimez, puisque ma personne ne peut vous appartenir. Oh! ricu ne vous empécheia d’uiiner msn 4ine!... Ne me quitte/ pas, je n'ai plus d'umis, de soutien... Le roi! U me U'oiB|ie, voua le savez mieux que personne. ■Sam une drcusiütame ùmuoue que je ne puis vous dire, j'allais me séparer à jamais de lui et m'ensevelir dans une retraite éternelle : voyez, maintenant, tout ce qui m’entoure; ambitieux que je renverse, amlûtieux que je sers, femmes qui envient ou place... vous eu CMimitû»... Ici dés p«alidies... là, des fseges... un jour Je poignard, le poison... voilà nia vie, voilà nu mort! Et je n’auraU pas en voua l'auù qui me couplera, lui m'empêchera du désespérer à mou âge?..- Je suis hère, je mi» tcndie; j'ai de la force pour aimer... n’étes-vous pas de meme et ne donnerons- nous pu> à Dieu le spectacle de deux mm» »i cl listel non t ucti», si iwhleiueut dévoué* qu’il ne puisse refuser à notre uuûJié faillie «» LéiuxlicJious et sas sourires? Oh! depuis quelques hcuiu* CcUe idée a grandi dans mon sein, elle m'a épurée comme une flamme, c ost une joie ineffable’. Si vous saviez comice je vous aimerai ! vous sentirez les rayons

cette it'inlressc qui vous ira clic relier partout pour vous pénétrer comme un soleil vivifiant, (kc lewm.) Songez que mon otur déborde^ que j ‘ai vingt ans et que je mourrai jeune... Se- :'Hirez-moi, Espérance, ainnz-uioi 1

ESPÉRANCE

Vous me demandez là toute ma vie.

Toute.

ESPÉRANCE

C'était ainsi qu’il fallait uie parler pour être comprise. (s« ttUvaM.} Je me donne à voua pour jamais; mon esprit, iuon corps

et mon âme... prenez... mais voici le marché, je fixe le salaire.

Dites, dites!

ESPÉRANCE

Vous me parlerez quand vous pourrez, vous me sourirez quand vous ne pourrez m’adresser une parole, et vous in 'aimerez quami vous tic pourrez me sourire.

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