‹ La belle-mère; comédie-vaudeville en 1 acteChapitre 2 sur 25 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

M. DUVERSIN, LE COLONEL.

M. DUVERSIN.

Non, colonel, non... ma caisse n'est jamais fermée pour vous... voici le montant de vos traites.

LE COLONEL

Ali ! monsieur , c'est un véritable service que vous me rendez... s'il fallait avoir affaire à un autre que vous...

M. DUVERS1N.

Eli mais ! je ne le veux pas... comment donc? mais je tiens à être toujours votre banquier... et votre confident! car vous savez que je suis votre confident ( lui donnant des billets ), voyez, c'est la somme, je crois, 9000 fr.

LE COLONEL

Oui, oui, parfaitement... Vous savez bien que je n'ai pas lhabitude de compter.

Air du Piège.

Au diable ces gens froids et lourds , Qu'on voit , pleins de terreurs secrètes , Passer la moitié de leurs jours A compter dépenses , recettes.

Ah ! pour mes revenus, je crois Que je suis un meilleur système ; Car , sans compter , je les reçois , Et je les dépense de même.

m. duversin* Sans clouie... vous êtes toujours occupé d'affaires plus importantes... Et dites-moi, comment vont les amours?

LE COLONEL

Ah! que me dites-vous là!

M. DUVERSIN.

Est-ce que par hasard vous ne seriez pas éperduement amoureux?

LE COLOJNEL.

Au contraire... vous devez me trouver triste, abattu, défait...

M. DUVERSIN.

Allons, vous adorez encore une jolie femme, j'en suis sûr.

LE COLONEL

Bah!., qui est-ce qui n'aime pas une jolie femme! il s'agit bien d'autre chose!.

M, DUVERSIN

Vrai!., qu'est-ce donc?

Une jolie femme!.. puiLleu! j'en aimai toujours une> moi... mais aujourd'hui...

M. -DUVERSIN.

Aujourd'hui?..

LE COLONEL

J'en aime deux.

M. DUVERSIN.

Deux !

LE COLONEL

Air du Vaudeville de la Somnambule.

Ali ! vous allez sermoner , je parie ; J'aime deux femmes.

M. DUVEBSIÎf.

Deux , vraiment !

Rien que cela...

LE COLONEL

Mais quoi donc, je vous prie?

Ce n'est pas trop.

M. DUVEBSIN.

Eh ! non assurément.

Mon cher ami , lorsque j'avais votre âge , Il me semblait , incertain dans mon choix ,

Qu'on pouvait , sans être volage ,

Les aimer toutes à-la=fois.

Oh! ce n'esi pas une plaisanterie! d'honneur! elles sont là toutes les deux... deux demoiselles !.. je ne vous les nommerai pas, ce serait indiscret , et puis il y en a une dont je ne sais pas le nom; mais toutes les deux sont charmantes... et j'ai pour elles un amour également tendre, également sincère... Ah! je crois cependant que l'aihie mieux la brune; elle a l'œil plus vif, la tailL- plus... Il est vrai que la blonde a plus de charme, des traits plus doux... et je ne sache pas quM y ait une femme qui plaise davantage... si ce n'est l'autre, peut-être.

M. DUVERSIN.

A la bonne heure, au moins... on peut comparer... choisir...

LE COLONEL

Choisir ! ça ne se peut pas... vous croyez que je suis infidèle... hein?.. Oui., eh bien ! non... c'est impossible .. il y a delà fatalité dans mon aventure... une jeune personne que j'ai connue il y a six mois, en province, où elle était avec sa tante.

M. DUVERSIN.

Ah ! c'est la blonde !

LE COLONEL

Justement; et je l'adorais... lorsqu'un matin j'appris qu'elles venaient de partir en poste pour Paris... et depuis lors, je n'ai pas revu ma charmante inconnue.

M. DUVEl'.SIN.

Mais c'est un roman cela...

LE COLONEL

N'est-ce pas qu'en y mettant deux ou trois duels et un enlèvement , ça serait quelque chose de drôle... Jugez de

mon désespoir j ses traits charmans ne sortaient plus de ma pensée, je ne pouvais quitter les lieux où je l'avais vue, où je lui avais parlé ; c'est alors que nous changeâmes de garnison, et que je connus...

M. DUVERS1N.

La brune?..

LE COLONEL

Oui... Jamais je ne vis plus de grâces, plus de beauté.

M. DUVERSIN.

Et l'autre fut oubliée...

LE COLONEL

Non, oh! non... l'autre doit aimer plus tendrement !.. que voulez-vous? je les adore toutes les deux , et quoi qu'il arrive, vous voyez bien que je serai toujours le plus malheureux des hommes.

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