SCÈNE XYIÏI
Les Précédons, LE COLONEL.
Madame... je...
élisa va pour commencer la conversation avec le colonel, mais s' a percevant /jue Mademoiselle Turpin reste, elle lui dit:
Mademoiselle Turpin, laissez-nous.
aille. TUIU'IN.
Comment!..
élisa, plus sévèrement.
Laissez-nous.
Mile. TURPIN.
Ah! Dieu... {Elle sort.)
ÉLISA
Colonel, j'ai reçu votre lettre... On n'est pas plus aimable que vous... Oh ! je tenais beaucoup à ce congé.
LE COLONEL
Une folie de jeune homme... Il n'y avait rien de terminé... Mais voici la réponse à votre nouvelle demande.
ÉLISA
Le brevet... déjà! mais ce n'est pas possible.
LE COLONEL
Quand je vous ai parlé de mon crédit, vous pouviez me croire; et d'ailleurs, que n'eusse- je pas fait pour mériter la récompense que vous m'aviez promise !
él.tsa, baissant les yeux.
La récompense ?
Oui, madame, et vous la connaissez comme moi., celle que j'ai le droit d'attendre... que vous me devez... et que je réclame.
ÉLISA
Colonel, vous ètespressant... je ne vous demande qu un moment, le temps seulement de vous adresser une question ; et quand vous m'aurez répondu avec franchise... je vous promets de rn'acquilier envers vous...
LE COLONEL
Il se pourrait !.. parlez, madame.
ELISA
Eli bien!., lorsqu'à Strasbourg vous me faisiez une cour assidue, avouez-le, colonel, vous ne cherchiez qu'à vous distraire de vos chagrins d'un amour plus tendre , plus vrai...
LE COLONEL
Madame...
ÉLISA
Ah! ne mentez pas... vous aimez encore cette jeune personne, que des raisons de famille forcèrent avons taire son nom, et qui disparut tout-à-coup.
LE COLONEL
Comment, vous savez...
ÉLISA
Oui, je sais tout, colonel... et que votre amour-propre n'aille pas interpréter à son avantage les informations que j ai prises... on m'a parlé de cette jeune personne. Air : Hier, en cor , j aimais fidèle. Elle est aimable , elle est belle , elle est sage, Elle a surtout, dans ce siècle inconstant, Un grand mérite, un très-grand avantage , C'est qu'elle aime... et sincèrement.
LE COLONEL
Que dites-vous ?
ELISA
Autrefois , auprès d'elle,
Vons lui juriez de l'aimer en tout tems ; Vous lui juriez d'être toujours fidèl e, Et c'est elle qui tient vos sermens ,
C'est elle, oui, c'est elle
Qui tient vos sermens.
LE COLONEL
Il serait vrai?
LLISA.
Et que diriez-vous, monsieur, si je vous apprenais que je suis sa confidente, son amie... qu'elle m'a tout avoué... et que tout-à-1'heure encore, j'ai vu couler ses larmes.
LE COLONEL
O ciel!., elle pleurait!., et elle est ici!., et elle m'aime encore? (se reprenant) Pardon , madame, la surprise, l'étonnement.
ÉLISA
Vous n'avez pas besoin d'excuses... je vous pardonne tout., même votre joie; car, grâce au ciel... je vois que vous n'avez jamais cessé de l'aimer... votre trouble, votre embarras... ce bonheur même que vous cherchez à me déguiser, tout me le prouve... C'est le cas d'être infidèle, ou jamais... il y a si peu d'occasions où on puisse l'être avec l'approbation générale... et pour qui négligeriez-vous une jeune personne charmante?., pour une femme qui s'est donnée à uu autre, et qui s'est donnée par amour; car j'aime mon mari... il fut le guide, l'ami de mon enfance... je lui dois ma fortune et mon bonheur... j'ai promis de le rendre heureux, colonel, et je n'ai jamais manqué à ma promesse... maintenant, répondez... d'un côté le malheur d'un galant homme, le mien... le vôtre peut-être!., de l'autre, l'estime de mon mari, mon amitié, à moi, l'amour de la belle inconnue... choisissez.
LE COLONEL
Ah ! madame, pouvez-vous douter de ma réponse ?
ELISA
Je la devine , et comme vous méritez maintenant la récompense que je vous ai promise... je vais vous la donner.
I E COLONEL
Que dites-vous?
ÉLISA
Cette jeune personne dont je vous parle m'appelle sa belle-mère.
LE COLONEL
Il se pourrait !
ELISA
J'ai promis à mon mari de faire le bonheur de ses enfans... je veux commencer par sa fille... et c'est pour cela, colonel, que je vous la donne.
Ali î madame... c'est à vos genoux que je vous remercie.
ÉLISA
A mes genoux... à la bonne heure... voilà comme je a oïdais vous y voir.