‹ La belle PauleChapitre 10 sur 16 · ISAURE, PAULE, CLAUDE · texte numérisé non relu

ISAURE, PAULE, CLAUDE

PAULE

Ce n'est pas seulement de la légèreté,

Isaure, mais

ISAURE

Attends, quand je t'aurai conté Ce qui m'a fait agir avec cette imprudence, Tu me condamneras si tu veux, mais je pense Que tu n'en auras pas le cœur.

PAULE

Nous verrons bien !

ISAURE

J'aime ce cher enfant comme s'il était mien, Comme une mère, ou mieux comme une sœur aînée. Il était gai, joyeux, espiègle l'autre année.

Tout à coup sans raison je le vis dépérir

D'un mal qu'on ne pouvait deviner ni guérir :

Il t'aimait, mais sachant toute espérance vaine,

Il se mourait damour et me cachait sa peine.

L'heure arriva pourtant où je pus tout savoir :

La fête-Dieu venue, espérant bien te voir,

Il se met aux aguets devant la cathédrale ;

Mais bientôt se répand la nouvelle fatale

Que pour toujours chez toi tu viens de te cloîtrer,

Fermement résolue à ne te plus montrer.

Alors, de son malheur mesurant l'étendue,

N'ayant d'autre bonheur au monde que ta vue

Et se voyant de toi pour jamais séparé,

Sa raison l'abandonne, il part, désespéré,

Et — l'aventure ici devient assez vulgaire —

De retour dans le parc il court à la rivière.

— Une barque longeait la rive en ce moment. —

Gaston ne la voit pas et, délibérément,

Sans un signe de croix et sans autre parole

Que ces mots murmurés : « Paule! ma chère Paule ! »

11 se jette dans l'eau.

PAULE

C'est donc vrai ! pauvre enfant !

On m'amène bientôt un pêcheur triomphant Portant Gaston tout pâle et respirant à peine.

(Elle s'arrête ici comme émue.)

PAULE, avec un intérêt évident.

Achève donc!

CLAUDE, à part, la regardant.

O femme!

ISAURE

Avant une semaine L'enfant était sur pied, mais en ouvrant les yeux Il avait murmuré qu'il était odieux Qu'on voulût l'obliger à se tuer encore. Comprends-tu maintenant?...

PAULE

Je te pardonne, Isaure

ISAURE

Oh! tout ce qu'il voulut je le promis, ma foi !

Je ne savais comment l'introduire chez toi. Je connaissais trop bien ton Argus et toi-même Pour oser... J'eus recours à ce vieux stratagème Depuis longtemps déjà familier aux amours.

CLAUDE

Vieux mari, vieux moyens!... ça réussit toujours.

PAULE

Je voudrais... je devrais être bien en colère, Et je ne puis.

CLAUDE

Parbleu !

PAULE

Mais à présent que faire?

CLAUDE

Mon Dieu, je ne sais trop, Madame; en pareils cas Les conseils à donner sont assez délicats, Et je m'abstiens.

PAULE, à Isaure.

Et toi ?

ISAURE

Moi, j'ai bien une idée.

PAULE

Dis vite !

ISAURE

Ma foi non, car je suis décidée A te forcer la main de nouveau.

PAULE

Bah! vraiment ?

Et tu te passeras de mon consentement r>

ISAURE, à Claude.

Oui! mais j'ai besoin d'aide en cette circonstance. Monsieur Claude, avec moi faites-vous alliance?

CLAUDE

Contre un mari? parbleu î

Pour nous entretenir

Nous sommes mal ici...

Jls se dirigent vers le fond.)

PAULE

Mais Gaston va venir

ISAURE

Eh bien?

PAULE

Si cet enfant ne trouve plus personne?

ISAURE

Et toi?

PAULE

Mais je vous suis, je veux savoir...

ISAURE

Pardonne Gomme je te l'ai dit, nous agirons sans toi.

PAULE

C'est trop fort, à la fin... tu disposes de moi...

TSAURE.

Non, reste! N'as-tu pas des excuses à faire A ce pauvre garçon? Prépare-les, ma chère.

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