scène d’un music-hall, organisait pour la
quinzaine suivante un grand concours ouvert
aux seuls amateurs des deux sexes, qui. À étaient invités à présenter devant le jury à formé de personnalités du quartier un nu-
méro de leur composition.
Lizzie lut l'affiche à demi-voix, d’un ton | placide, distraitement, et se retournant, rencontra le regard de l’oncle, qui se frottait le «
menton en la contemplant d’unairgouailleur.
Ce fut seulement alors qu’elle comprit, et la 2] chose lui parut sur le moment d’une si prodigieuse énormité qu’elle ne put qu’arrondir, |
les yeux, hausser les épaules, et les doigts.
raidis d'émotion, laisser échapper un long. à soupir, pendant que tous les becs de gaz | de la façade entamaient devant ses yeux
une sarabande hystérique. Puiselle demeura immobile sur le trottoir, la tête encore vide
de toute idée, la bouche ouverte et arrondie 3 | en 0, retenant son souffle; et le bruit des
| voitures et des tramways sur la chaussée, “un moment suspendu, revint remplir ses Loreilles comme un tonnerre confus.
- Le premier instant de stupeur passé, elle | comprit plus clairement, et embrassant d’un kregard le large trottoir inondé de lumière, “la façade imposante et le portier en uniforme, ndouta d’elle-même.
E: — Oh ! oncle ! fit-elle. Vous croyez ?
L’oncle eut un sourire supérieur.
| — J'en fais mon affaire, dit-il. Nous avons “encore quinze jours, petite, et vous êtes en. bonnes mains |!
Après un instant de silence il ajouta :
— Et le premier prix est de deux livres.
Ils allèrent un peu plus loin dans Mile End Road, revinrent sur leurs pas et s’arré- tèrent de nouveau pour lire l’affiche avec at- tention, puis ils rentrèrent. Lizzie marchait | avec assurance au milieu du trottoir ; elle se : tenait très droite et les joues lui cuisaient un peu, mais sa surprise s'était tout à fait dis-
| sipée.
Elle se disait à elle-même, très posément,
qu’elle auraitbien pu deviner que c'était quel- | que chose de ce genre qui allait arriver. Une petite fille qui rêve de contes de fées ne se. donne guère la peine de calculer exactement | comment et quand le miracle va, pour elle, ; survenir ; et elle n’avait pas tenté de se figu- : rer ces détails d'une façon précise. Mais le miracle était là ; il n’était pas encore arrivé k vrai dire, mais il était presque à la portée js | la main, tangible, immanquable. L’oncle) Jim, qui ne croyait pas aux fées, en répondait. Il lui parut plus proche et plus certain en core quand elle fut rentrée dans la petite | maison de Faith Street où la plate-forme neuve, poussée dans un coin, semblait atten= | dre. La chambre n’était éclairée que par la!
lumière incertaine qui venait de la rue, et il n’y avait pas de glace ; mais Lizzie traina le carré de planches au milieu de la pièce, et de là, tournée vers la fenêtre, elle esquissas quelques saluts gracieux et peupla l’obscurité| de ses sourires. É.
Ce n'était toujours que Faith Street : on entendait par intervalles un bruit de que
D d une. qui, poussé au dehors Ra “lamentait et menaçait tour à tour devant sa porte fermée ; le silence [ui-même était peuplé de modulations vagues, des mille craque- | om ents anxieux des fragiles maisons de pauvres, et la faible clarté de la rue n’éclairait 3 le les murs écaillés, des fenêtres borgnes, l'étroite chaussée jonchée de détritus ; mais Lizzie pouvait maintenant evatén piles tout cela avec sérénité. Elle n’en voulait plus à personne, elle songeait déjà à l'heure présente avec une sorte d’attendrissement anti- “cipé, et n'éprouvait qu'une immense pitié pour tous ceux qui n'avaient rien à attendre. Elle se répéta doucement : « Dans quinze jours! » et esquissa un pas plein d’allégresse. Le TS de de ses semelles sur le
D. père était peut-être rentré et pouvait ê être dérangé dans son sommeil glaça son enousiasme. Elle sortit, referma la porte
avec an et retira ses bonres avant de monter l'escalier.
Cette quinzaine ne lui parut pas très lon- k gue. Elle avait attendu si longtemps que | deux semaines de plus ou de moins n'avaient \
vraiment pas grande importance, et ces deux |
semaines étaient différentes de toutes celles | qui les avaient précédées. Il ne s'agissait L
plus de songes creux ni d’espérances impro-
bables. L'événement merveilleux qui devait à inaugurer l’ère nouvelle avait pris forme,une
forme vraisemblablement et indiscutablement |
réelle. Ce n'était plus qu’une date sur le ca- | lendrier, une date soulignée à l'encre, que |
rien ne pouvait empêcher d’arriver. | Et puis Lizzie était bien trop occupée pour à ètre impatiente.
Il fallait d’abord choisir l’air de danse, l'air irrésistible qui devait assurer le triom- M phe ; il fallait en copier la musique sur du