LA SCIERIE
dessus de la terre le seuil de la Cathédrale, — l'étiquette, ronde comme une tonsure, qui sous la pourpre
du cachet présente la croix monacale et les majuscules discrètes D. ©. M., — hommage de reconnaissance
à la céleste bonté, — tout dans le choix des lettres, le dessin des encadrements, la couleur jaunie des papiers, vous suggèrera : vous penserez à la fois à quelque charte authentique, établissant victorieusement un titre de noblesse, et à un bréviaire, mélant dans un hymne d'allégresse aux joies permises de la terre le constant souvenir de la gratitude nécessaire et de la charité plus indispensable.
”. Ces idées d'allégresse et de charité se précisent encore, quand les yeux du visiteur, détachés du flacon lui-même, se reportent sur la salle où la bou-
teille revêt les parures sous lesquelles elle fera figure dans le monde : une
ruche joyeuse de jeunes filles, aux doigts agiles, est là, qui travaille, sous la surveillance attentive et maternelle des Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul. Elles donnent à la toilette de la Reine du lieu sa dernière touche d’élégance. Ces enfants appartiennent en partie à l'orphelinat de ? La Béni- DICTINE ”. La rapidité de leur travail, la grâce de leurs gestes, sont un spectacle riant qui charme le visiteur surpris de tant d'adresse et diverti par lhabileté vraiment remarquable du tour de main.
Le même monte-charge, qui vient d'apporter les bouteilles à l'étiquetage, les redescend alors toutes parées et enveloppées.
Il faut suivre les précieux flacons. Nous arrivons avec eux dans la salle d'emballage et d'expédition. Cette salle, aux vastes proportions, abrite les caisses qui sont destinées aux envois journaliers : on les voit s'élever le long des murs en hautes pyramides, s’aligner sur le sol en files interminables. C’est ici la dernière de toutes les manipulations industrielles : la mise en caisse. Après cela, la Bénédictine peut entreprendre les plus lointains voyages, se rendre partout où l'appelle la demande de la consommation.
Ce qui frappe surtout au cours de cette intéressante promenade à travers les salles de la Distillerie et les ateliers, c'est l'esprit de méthode, de précision qui, dans la maison entière, régit l'organisation du travail, c’est l'unité de conception et d'impulsion, qui, jusque dans les plus infimes sms détails, révèle l'œil du maître et fait sentir sa main. C’est surtout l’ardeur joyeuse avec laquelle chacun accomplit sa tâche; c'est, enfin, la coopération vraiment remarquable de toutes les bonnes volontés à l'œuvre commune.
C'est que, ici encore, cette même intelligence
Entrée de la Cour d’arrivage des marchandises.
directrice, passionnément éprise des choses qui réunissent le double caractère de la Beauté et de la Solidité, s’est penchée avec affection sur la vie de ceux qui la servent. Dans les murs mêmes de l'Etablissement, une Société musicale — l'Harmonie de ” La BÉNÉDICTINE ” — développe ses penchants artistiques parallëlement au fraternel eflort de diverses Œuvres d'assistance ou de mutualité.
Pour ce qui est des Œuvres de prévoyance, citons, entre autres, une caisse de secours qui, depuis nombre d'années, fonctionne, au profit des ouvriers chargés de famille et des travailleurs atteints par la maladie. Des pensions alimentaires sont servies aux anciens ouvriers dont la vieillesse ou les infirmités ont glacé l’activité.
? La Bénénicrne ” prend de plus à sa charge les risques d'accidents et le chômage qui peuvent atteindre son personnel. Et dans le goût qu'elle a d'éduquer la prévoyance individuelle, elle encourage le plus grand nombre de ses ouvriers à faire partie d’une Association de secours mutuels et de retraites, dont M. Marcel Le Grand est le Président, et que la Société de ” La BÉNÉDICTINE subventionne dans
un esprit de large générosité. 8 * *
On ne saurait trop conseiller, à ceux qui auront visité ” La Bénénicnne ” de Fécamp, de gravir, sur la fin du jour, ces falaises, qui dominent d’un côté la mer, de l’autre les bâtiments de ” La BÉNÉDICTNE” : Un parfum délicat montera à leurs narines et ils demanderont :
— Quels sont ces champs entretenus comme des jardins ? Quelles sont ces plantes qui embaument ?
Ce sont les herbacées que le voisinage de la mer sature de brome, d'iode, de chlorure de sodium, que les continuateurs de Vincelli récoltent, infusent aux époques de la sève, de la floraison, et qui développent, conservent, dans les liquides spiritueux et sucrés, leurs principes vivifiants. C’est à l'union de ces simples avec des eaux-de-vie de vin, soigneusement triées, que la Bénédictine doit la netteté incomparable de son goût, son octuosité franche et fondue, ce délicieux bouquet que les années améliorent, ces vertus antiapoplectiques, apéritives, digestives, antispasmodiques, qu'elle a, pure ou mélée à l'eau, et qui, au moment où il rendait à Vincelli son verre vide, inspirérent au Roi François It cette parole joyeuse :
— « Je n'oublierai point que, pour coup d’étrier, vous m'avez versé rasade d’or potable ! »