‹ La bergere chatelaine, opera comique en trois actes, represente, pour la premiere fois, sur le Theatre Royal de l'OperaComique, par les comediens ordinaires du roi, le 27 janvier 1820. Paroles de M. Planard. Musique de M. AuberChapitre 11 sur 42 · I.E BAILLI, à part · texte numérisé non relu

I.E BAILLI, à part

Qu’il est préoccupé !

MONTFORT, à part.

Je crains.... Elle souffre ainsi que moi.

LE BAILLI

Monseigneur, j’ai appris avec joie que le Duc de Bretagne

MONTFORT

Oui , j'attends un message à chaque instant. Dès que le prince aura débarqué , j’irai avec de braves chevaliers et

ï4 LA BERGERE CHATELAINE,

mes hommes d'armes , lui rendre foi et hommage. Je viens chez vous , éciire mes ordres , pour que demain mes vassaux célèbrent dignement l’heureux retour de noire souverain.

LE BAI 1,1.1

Voire noble conduite, pendant ces dix huit ans d’absence, vont vous meure eu haute faveur près de lui, et bientôt vous brillerez à la cour.

MONTFORT, distrait

Oh !.... la cour !.... Bailli , je vous recommande cette chaumière. Lucette, sa mère....

LE BAILLI

Elles méritent votre intérêt.

MONTFORT

Et mes bienfaits. Je veux leur donner le verger qui bordé le ruisseau , et puis

LE BAILLI

Ah! Monseigneur, votre générosité....

MONTFORT, vivement.

Qu’appelez- vous ma générosité ? Dites plutôt ma reconnaissance. Oubliez-vous que cette jeune bergère m’a sauvé la vie ï

AIR

J’ai vu conserver mes jours Par les soins de l’innocence ,

Mon tendre ctrur veut toujours En garder la souvrijance.

Eans l’un de nos derniers combats,

En poursuivant lis vils soldais Eu seigneur de la Roclieforte ,

Je fus blessé près de ces lieux ;

Un voile vint couvrir nies yeux :

Je tombai loin de mon escorte.

Mon sang coulait , j allais périr ,

En ange vint me secourir:

Une Bergère tremblante Soutient ma marche chancelante ,

Me conduit auprès d’un ruisseau ,

Me désaltère avec une onde pure,

Cueille une plante au bord de l’eau ,

Et ce baume , sur ma blessure ,

Soulage le mal que j’endure.

Dr larmes coulaient de ses yeux ,

Nrs deux nui us lécha ufhtient la mienne ;

Se* cri» font retentir la plaine Et près de moi sa voix ramène Mes soldat» victorieux!

( À demi - voix, )

O souvenir cruel et tendre !

Comment payer un tel bienfait !

• Mon cœur me le dit en secret ,

Mai» le monde ne peut m’enUndre.»

( Au Bailli. )

J'ai tu conlervrr mr§ jout»

Par les toiot <lr l'iunoccuce ,

Mon tendre cœur veut toujours En garder la aouveuance !

LE BAILLI

Je reconnais bipn Lucetie à une telle action ; son cœur est excellent ! Mais, Monseigneur , tous vos vassaux en auraient fait autant.

MONTFOIXT.

Oui , mais non pas comme elle.

LE BAILLI, à part.

Allons! j’ai toujours tort !

MONTFORT

Sa mère est pauvre ?

Oui , Monseigneur. 11 y a sei/.e ou dix-sept ans qu’elle vint s'établir ici avec Lucetie qui était au berceau. Elle était vassale du châtelain de la norheforte , et , comme bien d’autres paysans, elle voulut fuir une terre où les vexations cl les cruautés augmentaient chaque jour, depuis la mor^de la bonne et ancienne châtelaine.

MONTFORT

Je ne puis exprimer à quel point Lucette m’intéresse. A travers sa touchante naïveté, je lui trouve un langage , des sentimens, une intelligence, qui semblent au-dessus d'une simple bergère.

LE BAILLI

Je le crois bien , Monseigneur ; c’est moi qui ai fait son éducation. Sa mère venait chaque jour me supplier de l’instruire. 11 est vrai que son esptit et son cœur ont parfaitement secondé les soins que je lui ai donnés !

iG LA BERGERE CHATELAINE.

MONTFORT

Oui . je le crois ; elle a bien profilé «le vos leçons , ...... et

chaque jour je remarque en elle Mais , entrons chez vous ;

je vais écrire mes ordres.

LE BAILLI

Passez, Monseigneur.

( Montfort entre chez le Bailli. )

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