LA BERGERE CHATELAINE, ROBERT
Oh ! oh ! ta as de l’humeur ?
Oui , j'en ai.
Eh ! pourquoi ça ?
LOUISE
ROBERT
LOUISE
C’est que tu es amoureux de Lucette.
ROBERT
Ah ! voilà donc, le fin mot ! T’es jalouse ?
Et j’en ai sujet.
LOUISE
Eh ben ! à la bonne heure ; ça me flatte.
LOUISE
Oh! ne t’en vante pas. Si je suis jalouse, c’est pas par amour, c’est par colère.
ROBERT
En ce cas-là , bonjour ; je u’aime pas le bruit.
LOUISE
Oh! je te tiens. Reste là , et réponds.
ROBERT
Mais, pour répondre, faut entendre des questions. LOUISE.
Ah! tu veux des questions ? Tiens , eu voici :
AIR
Ne m’as-tu pa» fait la cour ?
Ne disais-tu pat : uia nue , Que je te trouer jolie !
N’eat-ce pat là de l’amour?
Quand , dans la verte prairie , Tu cueillait joli bouquet.
Aussitôt j’élait choisie Pour en fleurir tnon corset.
Tu 6s jouer , pour ma fêle , Tambourin et chalumeau j Toujours tu parais ma lête De quelque ruban nouveau ;
Le dimanche , «oui l’ombrage ,
S tiand la danse était en train ,
’avais-lu pas pour usage De toujours serrer ma main ?
Et quand à la cli-musette Nous jouions sous la coudretle ,
Quelle était donc la fillette t
Sans cesse prise par toi ?
N’était-ce pas toujours moi ?
J’en dirais bien davantage,
Mais je suis trop en courroux I Pailcx, me répondrei-vous ,
Volage! volage! volage!
Ne m’as-tu pas fait la cour?
* Ne disais-tu pas : ma mie ,
Que je te trouve jolie !
N'est-ce pas là de l’amour?
N'est-ce pas là de l’amour ?
Voyons, maintenant, qu’as-tu à répondre à cela ?
ROBERT
Je réponds : oui, oui et oui!
LOUISE
Qu’est-ce que cela veut dire ?
ROBERT
Ça veut dire que c’est vrai, que je t’ai fair la cour; mais on change dans ce monde ; ce n'est pas ma faute, ni la tienne ; c’est celle de la gentillesse de Lucette.
LOUISE
Malhonnête !
RORERT.
Non ; c’est pas pour te fâcher : tu es toujours charmaole; mais que veux-tu que je te dise , moi P Je ne suis pas menteur.
LOUISE
Mais pourquoi me préfères-tu Lucette ?
ROBERT
Oh ! pourquoi!.... pourquoi!..,. Est-ce qu’il y a des pourquoi en amour?
LOUISE
Oui , et je veux des raisons , moi !
ROBERT
Tu en veux absolument?
LOUISE
Oui. ,
ROBERT
Eh ben! attends, je vas chercher.... Ah! oui, c'est ça : tu m’as trop fait enrager, vois-tu?
LOUISE
Je ne t’ai jamais dit que des amitiés.
ROBERT
C’est égal. Un amour tourmentant comme le tien ne m’amuse plus. J’aime le repos, moi : j ai les manières tranquilles ; je suis venu au monde comme ça.
Louise, en colère.
Oui dà ! eh ben, sois tranquille ; monsieur le Bailli est mon parrain ; tu tiens beaucoup à sa protection ; lu es vaniteux d’étre son homme de confiance. Je vas lui parler, moi.
BOB F RT, à part.
Ah! jarni, v’Ià ce que je crains. ( Haut.) Eh ! mais, mon Dieu , ne te désole pas : c’est un mauvais moment à passer, et v là tout. Je t'aime toujours pas mal.
LOUISE
Tais-toi , trompeur , perfide , traître !
ROBERT
Allons, v’ià les fureurs , à présent ! C'rsti assez bizarre , le cœur d’une fille? Quand je voulais d'elle , elle ne pouvait pas inc souffrir ; et à celle heure , elle raflolle de moi, parce que j'ai pris un air un peu dégagé. Mats , c est pa» l’embarras , eiles sont toutes comme
Louise , frappant chez le Bailli.
Mo nsieur le Bailli?.... Mon parrain
robert , s'enfuyant.
! v’ià que je me sauve !
ENSEMBLE