SCÈNE VI
AIMÉE, MADAME DÉROUVILLE.
Elle regarde s’éloigner Hortenso et Fanrol ; pois, en silence, elle rient s’asseoir près de 1a table & gauche et parait rérer.
AIMÉE, s'approchant.
Vous ne dites rien, madame 1 vous voilà devenue toute triste... toute rêveuse...
MADAME DÉROUVILLE.
Hélas i
AIMÉE
Vous soupirez!... Ah! mon Dieu! auriez-vous quelque sujet de tourment, de chagrin?
MADAME DÉROUVILLE.
Oui... je te l’avoue, l’avenir m’inquiète.
AIMÉE
Comment? Que dites- vous?
MADAME DÉROUVILLE, lai prenant la main.
Tu m’aimes, mon enfant?... '
Ahl je serais bien ingrate si je ne vous aimais pas!... vous nravez recueillie... élevée comme votre enfant... En vous j’ai trouvé la tendresse d’une mère... en votre fille, l’amitié d’une sœurl... Si je vous aime?... Ah! je ne demande au ciel qu’une chose dans mes prières... c’est de me donner l’occasion de vous prouver ma reconnaissance et mon dévouement 1 - -
MADAME DÉROUVILLE.
Eh bien! mon enfant, cette occasion est venue.
AIMÉE
Oh! parlez!... parlez, madame!
MADAME DÉROUVILLE.
Écoute-moi... depuis quelque temps, j’observe Hortense... Et je remarque dans son coraclère, dans sa conduite, un changement qui m’afflige... qui m’effraye...
AIMÉE
Qui vous effraye?
MADAME DEROUVILLE.
Je n’accuse pas son çmir, ma& sa tête... Elle est vive, légère...
LA BERGÈRE D’IVRY
AIMÉE
Auriez-vous appris?...
. Rien; mais mon amour de mère me dit qu’Horlense est ' sur une pente funeste.
AIMÉE
Ah ! mon Dieu !
MADAME DÉROUVILLE.
Si elle se laissait entrainer à quelque imprudence... si une faute venait compromettre, détruire le repos, le bonheur de son ménage... Tu as entendu son mari!... il ne pardonnerait pas.,, il serait sans pitié.
AIMÉE
Ah ! cette pensée seule me fait frémir !
MADAME DÉROUVILLE.
Oui, sans pitié!... Et moi, moi... je [ne survivrais pas à un pareil malheur!
AIMÉE, très-émoe.
Ah 1 disposez de moi !... que faut-il faire?... A quoi puis-je vous être utile ?
* MADAME DÉROUVILLE, se lovant.
L’œil d’une mère, si vigilant qu’il soit, peut, quelquefois être en défaut ; aide-moi à veiller sûr Hortense , mon enfant... Unissons-nous pour défendre l’honneur de ma fille!
AIMÉE
Oh! oui, je veillerai, madame!... je vous le promets, je vous le jure! mais sans doute le danger est moins grand que vous ne supposez... Hortense n’a reçu de vous que des exemples de vertu, et je la crois incapable...
Que le ciel t’entende!
AIMÉE
Quoi qu’il en soit, je remplirai avec zèle la mission dont vous me chargez. Comptez sur moi, madame, je ferai bonne garde!
MADAME DÉROUVILLE.
Merci, njon enfant, merci!... cette promesse me rend plus tranquille... mais il commence à être tard... Tu dois avoir besoin de repos... je te quitte... Bonsoir, Aimée 1
AIMÉE
Allez, madame... et bon espoirl bon espoir!
Madame Déronville l’embrasse, pois elle sort par la droite.