ACTE PREMIER
AIMÉE
François Renaud ? (Midamo Dérouville, qni servait Fanvel, prèle attention.) non... depuis son départ pour le régiment, j’ai reçu deux lettres de lui... mais comme d’après les conseils de madame Dérouville, je n’ai pas répondu...
MADAME DÉROUVILLE.
Et tu as bien fait, mon enfant !
AIMÉE
Mon silence l’aura rebuté, et voilà deux mois qu’il n’écrit plus.
FAUVEL
Il t’a oubliée 1
HORTETNSE.
C’est probable l
MADAME DÉROUVILLE.
C’est ce qu’il pouvait faire de mieux ! je suis bien aise quo la conscription nous en ait débarrassées. Ce mari-là ne t’aurait pas rendue heureuse.
FAUVEL
Une espèce de braque... un cerveau brûlé...
» MADAME DÉROUVILLE.-
Et puis un garçon sans père ni mère... jeté sur le pavé, dès son jeune âge... un enfant trouvé...
Ahl ce n’est pas ça qui pouvait nous séparer... c’était au contraire un lien entre nous... Ne suis-je pas orpheline aussi ?... élevée par charité?
MADAME DÉROUVILLE, avec bonté.
Oh! toi... loi... (Lui tendant la main.) Tu as une famille d’adoption. (Aimée porte avec émotion la main de madame Dérouville
a tes lèvres.) Enfin, il est soldat... il est à Strasbourg... qu’il y reste 1
AIMÉE
Pauvre garçon 1
nORTENSE, k Aimée.
Tu le regrettes?
MADAME DÉROUVILLE.
Tu n’avais pas d’amour pour lui, au moins?
AIMÉE
De l’amour?... non... mais une sincère amitié... Il m’était si dévoué, il m’aimait tant!...
LA BERGÈRE D’IVRY
MADAME DÉROUVILLE.
A la bonne heure! mais, vois-lu, ma tille, pour toi-même, je crois qu’il vaut mieux qu’il soit parti.
Oui... en effet... peut-êlre avez- vous raison. Il avait un grand defaut, la jalousie. ,
FAUVEL, eo levant et prenant le milieu.
Et la jalousie ne fait faire que des sottises! Qu’un mari veille sur son honneur, très-bien!... c’est son devoir! mais soupçonner sa femme à tout propos... sans motif... voilà le loft! Ah! si elle abuse de votre confiance, si on acquiert la certitude d’une faute, alors c’est autre chose!... Quand un mari apprend qu’il est trompé...
MADAME DÉROUVILLE.
Eli bien?
FAUVEL
Oh! là-dessus j’ai mes idées, moi!... Quand un mari est trompé, il n’a qu’un parti à prendre... Punir les coupables, et se faire sauter la cervelle I
MADAME DÉROUVILLE.
Ah ! mon Dieu I
HORTENSE, à part, troublée. *
Que dit-il!...
Moment do silence. Les trois femmes se regardent avec émotion. FAUVEL.
Eh bien ! qu’avez-vous donc? vous voilà toutes tremblantes... (Gaiement et reprenaut son verre.) Ne parlons plus de ça... et à voire santé!.
Il retourno b la table et boit. — Brait an dobors. MADAME DÉROUVILLE.
Ah! voici nos travailleurs qui reviennent de l’ouvrage!... (Allant an fond.) Entrez, mes enfants... Entrez!...