‹ La BhagavadgìtaChapitre 20 sur 54 · Parfaitement calme, libre de crainte, fidèle · texte numérisé non relu

Parfaitement calme, libre de crainte, fidèle

(*) Une herbe spécialement affectée à différents usages liturgiques.

à la chasteté, la pensée maîtrisée, l'esprit plein de moi, qu'il demeure concentré, tendu vers moi.

15. Le yogin à l'intelligence domptée, qui toujours s'exerce de la sorte, atteint le repos, la paix suprême qui a son- siège en moi.

16. Pas de yoga, ô Arjuna, pour qui abuse de la nourriture, non plus que pour celui qui s'en prive complètement, pour qui veut trop dormir non plus que pour qui prétend ne dormir jamais.

17. L'effort qui mesure les aliments et l'exercice, qui, dans l'action, mesure le mouvement, qui mesure le sommeil et la veille, voilà ce qui constitue le yoga destructeur de la souffrance.

18. Quand l'esprit discipliné se replie uniquement sur lui-même, alors, on dit que l'homme, libéré de tous les désirs, a atteint le yoga.

19. Une lampe à l'abri du vent dresse sa flamme immobile; c'est l'image consacrée du yogin qui, l'esprit maîtrisé, parvient à se concentrer en soi.

20. Quand la pensée s'arrête suspendue par la pratique du yoga, quand, découvrant par soi-même l'âtman (Pâme), l'homme trouve sa satisfaction en soi ;

21. Quand il connaît ce bonheur infini qui, n'étant accessible qu'à l'esprit, dépasse les sens, et au sein duquel il ne peut plus s'écarter de la vérité,

22. Dont la possession fait apparaître insignifiant tout autre bien, que ne peut atteindre aucune disgrâce, si cruelle qu'elle soit ;

2). C'est cette libération de la souffrance qu'on appelle yoga. Ce yoga, il le faut résolument poursuivre d'une volonté que rien ne décourage.

24. Il faut s'affranchir pleinement de toutes les passions, filles du désir; il faut dominer complètement par l'esprit la troupe des sens ;

25. Puis, peu à peu, l'esprit soutenu par une volonté ferme, glisser dans le calme et, s'enfermant en soi, ne plus penser.

26. Toutes les fois que l'esprit, remuant, mobile, prétend s'extérioriser, chaque fois il faut le réfréner et le ramener en soi à la soumission.

27. Un bonheur parfait pénètre le yogin qui a l'esprit pacifié, qui, la passion calmée, sans tache, s'identifie à Brahman.

28. Le yogin, affranchi de souillure, qui toujours se gouverne ainsi, atteint aisément le bonheur infini qu'est l'union en Brahman.

29. Il découvre l'âtman (l'âme) dans tous les êtres et tous les êtres en l'âtman, l'homme gouverné par le yoga qui reconnaît l'identité de tout.

30. Celui qui me voit en tout et qui voit tout en moi ne se sépare jamais de moi, et jamais je ne me sépare de lui.

31. Celui qui, réalisant l'unité, m'adore dans tous les êtres, ce yogin, .où qu'il se meuve, demeure. en moi.

32. Celui, ô Arjuna, qui, à l'image de l'unité en l'âtman, voit que tout est identique, plaisir ou souffrance, celui-là est réputé yogin parfait.

ARJUNA dit :

33. Ce yoga, ô vainqueur de Madhu, que tu définis par l'impassibilité parfaite ('), j'ai peine à comprendre, étant donné notre mobilité, comment il se peut asseoir fermement ;

34. Car l'esprit, ô Krishna, est mobile, impérieux, violent, tenace; autant que le vent, il est difficile à enchaîner.

BHAGAVAT dit':

35. Assurément, ô guerrier aux grands bras, l'esprit est mobile et malaisé à enchaîner; cependant, ô fils de Kuntî, on le peut réduire à force d'application et de détachement.

( l ) Pour bien comprendre la liaison avec ce qui précède, il faut se souvenir que, dans ce passage, « l'identité » qu'exprime le mot sama enferme un double aspect : il s'agit à la fois de l'identité métaphysique de tout dans l'être universel et de l'identité de toutes choses,, plaisir, souffrance, etc., au regard de l'homme également détaché de tout. Sâmya que je traduis par impassibilité embrasse ainsi a la fois et la notion théorique du monisme et l'indifférence absolue du sage que rien ne peut toucher.

36. Le yoga, je l'avoue, est d'accès difficile pour qui n'a pas l'âme domptée; mais celui dont l'âme est maîtrisée et qui se donne de la peine, y peut parvenir par des efforts bien conduits.

ARJUNA dit :

37. Celui qui ne parvient pas à l'ascèse, qui, encore que possédant la foi, ne s'élève pas jusqu'au yoga, à défaut de la perfection du yoga, quel but atteint-il, ô Krishna ?

38. Est-ce que, manquant également tous ses objets, il ne se perd pas, ô guerrier aux grands bras — tel un nuage qui se déchire — égaré sans point d'appui à la recherche de Brahman ?

39. Dissipe clairement pour moi cette incertitude, ô Krishna ; seul tu le peux.

BHAGAVAT dit :

40. O fils de Prithâ, celui que tu dis ne se perd ni dans ce monde, ni dans l'autre; qui fait le bien, ô mon frère, ne saurait aller à sa perte.

41. Cet homme qui a manqué le yoga, élevé au séjour des gens de bien, y demeure des années infinies, puis il renaît de parents purs et fortunés ;

42. Ou, mieux encore, il revit dans une famille de sages yogins ; car une pareille naissance est la plus rare à obtenir en ce monde.

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