‹ La BhagavadgìtaChapitre 35 sur 54 · Donc, lève-toi, conquiers la gloire ; triomphe · texte numérisé non relu

Donc, lève-toi, conquiers la gloire ; triomphe

de tes ennemis et jouis d'un royaume prospère. C'est moi qui, d'abord, frappe tous ces guerriers; sois seulement, ô toi l'habile archer, l'instrument dans ma main.

34. Drona, Bhîshma, Jayadratha, Karnaettous ces autres héros, c'est moi-même qui^ les frapperai ; frappe-les, toi aussi; n'hésite pas. Combats! Tu vaincras dans la lutte tous tes rivaux.

SANJAYA dit :

35. A ce discours de Keçava, le héros au diadème, tremblant, les mains jointes pour l'hommage, adorant Krishna avec épouvante, répondit d'une voix coupée par l'émotion.

ARJUNA dit :

36. C'est justice, ôHrishîkeça, que, à t'entendre célébrer, le monde soit transporté de joie et d'amour, que les mauvais esprits épouvantés s'enfuient et que toutes les troupes des Siddhas tombent en adoration.

37. Comment ne t'adoreraient-ils pas, ô grand Êtrej toi premier agent plus vénérable que Brahmâ même! O maître infini des dieux, appui de l'univers, tu es l'Impérissable, tu es l'être et le nonêtre et ce qui est par-delà.

38. Tu es le premier des dieux, l'Esprit, l'An- 'cien, tu es le support suprême de tout cet univers;

tu es le sujet et l'objet de toute science et le bien suprême; par toi, ô dieu aux aspects infinis, le tout a été déployé.

39. Tu es Vâyu, Yarria, Agni, Varuna; tu es la Lune; tu es Prajâpati; tu es l'Ancêtre. Adoration, mille fois adoration à toi, et puis, encore et encore, adoration, adoration à toi !

40. De l'est et de l'ouest, adoration à toi, adoration de tous les points de l'horizon, ô toi qui es tout. Immense et sans limite est ta puissance. Tu pénètres tout et ainsi tu es tout.

41. Ne voyant en toi que l'ami, si je me suis laissé aller à m'écrier : « O Krishna, ô Yâdava, ô ami! » méconnaissant ta grandeur par légèreté ou par entraînement de tendresse,

42. Si, par plaisanterie, je t'ai manqué de respect, dans l'agitation ou le repos, dans des réunions ou des repas, soit seul, ô Àcyuta, soit devant témoins, je t'en demande pardon, à toi, l'Immense.

43. Tu es le père de ce monde animé et inanimé, tu es son maître vénérable, adorable. Tu n'as pas d'égal, combien moins de supérieur! Dans les trois mondes ta puissance est incomparable.

44. C'est pourquoi, la tête inclinée, tout entier prosterné, je t'implore, toi, le maître digne de toute louange. Comme le père au fils, comme l'ami à l'ami, comme l'amant à l'aimée, daigne, ô dieu, m'être indulgent.

45. Devant ce spectacle inouï, je frissonne et mon esprit est ébranlé par la crainte. Montre-moi seulement ta forme de dieu; fais-moi cette grâce,

1 ô maître des dieux, support de l'univers!

?: 46. Je désire te revoir simplement ainsi avec le

diadème, la massue et le disque. Reprends cette figure ' à quatre bras, ô dieu aux mille bras, aux formes infinies. >

BHAGAVAT dit :

47. C'est pour te témoigner ma faveur que, par un effet de ma puissance, je t'ai révélé, ô Arjuna, ma forme suprême, toute resplendissante, totale, infinie, primitive, cette forme qu'aucun autre que toi n'a jamais vue.

48. Au prix d'aucune étude, veda ni sacrifice, d'aucune aumône, d'aucun rite, fût-ce de la plus terrible pénitence, je ne saurais, ô chef des Kurus, être, dans le monde des hommes, vu sous cet aspect par personne autre que toi.

49. Ne t'effraie ni ne te trouble pour m'avoir vu sous cette forme redoutable. Cependant, bannissant toute crainte et le cœur satisfait, contemple maintenant de nouveau ma forme coutumière.

SANJAYA dit :

50. Parlant ainsi, Vâsudeva se manifesta de nouveau à Arjuna sous ses traits ordinaires ; et le grand

Etre rendit le calme au guerrier terrifié, en apparaissant derechef avec son air de bienveillance.

ARJUNA dit :

51. En voyant, ô Janârdana, ta forme humaine à l'expression bienveillante, voici que j'ai repris mes sens; je suis redevenu maître de moi.

BHAGAVAT dit :

52. Elle est bien malaisée à voir cette forme de moi que tu as vue; en vain les dieux eux-mêmes y aspirent sans cesse.

Page 1