‹ La BhagavadgìtaChapitre 50 sur 54 · RENONCEMENT ET DÉLIVRANCE · texte numérisé non relu

RENONCEMENT ET DÉLIVRANCE

ARJUNA dit :

; ' \. i. Je voudrais, ô héros aux grands bras, connaî-

tre la nature du détachement et du renoncement,

i ■}'■' o Hrishîkeça, ô vainqueur de Keçin, et ce qui les

distingue.

BHAGAVAT dit :

2. S'abstenir des actes qu'inspire le désir, voilà ce que les maîtres entendent par détachement; renoncer à tout fruit des actes, c'est ce que les hommes éclairés appellent renoncement.

}. Suivant certains sages, tout acte implique faute, et il faut renoncer à tous ; d'autres estiment qu'il ne faut pas renoncer aux pratiques du sacrifice, de l'aumône, ni de la pénitence.

4. Écoute donc ce que j'enseigne sur le renoncement, ô le meilleur des Bhâratas. Du renoncement, ô Tigre des hommes, on distingue trois sortes.

5. Il ne faut pas renoncer aux pratiques du sacrifice, de l'aumône et de la pénitence; il faut les accomplir. Le sacrifice, l'aumône et la pénitence

sont pour les sages des moyens de sanctification.

6. Mais ces pratiques mêmes, il faut les accomplir sans s'y attacher, ni à leurs fruits ; voilà, ô fils dePrithâ, quelle est ma formelle et suprême doctrine.

7. Il ne convient pas de s'affranchir .d'un acte prescrit ; y renoncer, c'est s'égarer, c'est être sous l'empire du tamas.

8. Si quelqu'un, par crainte de la souffrance physique, se dérobe à quelque acte, le jugeant pénible, il agit sous l'empire du rajas ; il ne saurait cueillir le fruit du renoncement.

9. Accomplis l'acte prescrit, ô Arjuna, par la seule raison qu'il doit être accompli, sans attachement, sans égard pour ses fruits ; c'est là le renoncement qui relève du sattva.

10. L'homme qui pratique vraiment le renoncement, l'homme pénétré de sattva, affranchi du doute, n'éprouvé pas plus de répulsion pour un acte pénible que d'attrait pour un acte agréable.

1 1 . Quant à renoncer complètement à tous les actes, l'âme, liée au corps, ne le peut pas; c'est celui qui renonce aux fruits des actes qui vraiment pratique le renoncement.

12. Le fruit des actes est de trois sortes : désagréable, agréable, mélangé ; il est le partage, après cette vie, de ceux qui n'ont pas pratiqué le renoncement; jamais de ceux qui ont vécu détachés.

i). Apprends de moi, ô guerrier aux grands bras, les cinq facteurs que la réflexion révèle dans l'accomplissement de tous les actes,

14. Le sujet, l'agent et les organes divers, les différents modes d'activité et enfin, en cinquième, le destin.

15. Quoi que, en acte, en parole ou en pensée, l'homme entreprenne de bien ou de mal, toujours apparaissent les cirtq facteurs.

16. Les choses étant ainsi, celui qui est assez irréfléchi pour penser que l'âme en est l'agent indépendant, celui-là voit mal, il se trompe.

17. Celui que n'égare pas l'égoïsme, dont l'intelligence n'est* pas troublée, tuât-il toutes les créatures, ne tue pas, 11 ne se charge d'aucune chaîne.

18. La connaissance, l'objet à connaître et le sujet qui connaît sont les trois éléments qui préparent l'action; l'organe, l'acte, l'agent, les trois éléments qui embrassent l'acte lui-même.

19. La connaissance, l'acte et l'agent sont de trois sortes selon le guna qui y domine. C'est ce qu'enseigne la théorie des gunas ; écoutes-en le détail fidèle.

20. La doctrine qui reconnaît dans tous les êtres une essence unique, impérissable, indivisible, quoique répandue dans des objets séparés, sache que cette doctrine procède du sattva. ,

21. Mais la doctrine qui, égarée par la multiplicité des objets, admet dans tous les êtres des entités diverses et distinctes, dérive, celle-là, du rajas.

22. Quant à cette doctrine superficielle et bornée qui, sans remonter aux causes, s'attache à un objet particulier comme s'il était tout, celle-là procède du tamas.

; 23. L'acte prescrit que ne suggère aucun attrait, qui s'accomplit en dehors de toute passion, de toute haine, et sans préoccupation de ses fruits, cet acte procède du sattva.

24. Mais l'acte qu'on accomplit avec effort, sous l'empire du désir ou d'une pensée égoïste, cet acte est de la nature du rajas.

25. L'acte est dit procéder du tamas que Ton entreprend à l'aveuglette, sans mesurer sa force, sans se préoccuper des- suites, des pertes qu'il entraînera en biens ou en vies.

26. L'agent procède du sattva qui est affranchi de tout attachement, ne se préoccupe pas de soi, est capable de volonté et d'énergie, ne se soucie ni du succès ni de l'insuccès.

27. Celui qui est passionné, préoccupé du fruit de l'acte, cupide, violent, impur, impressionnable à la joie et à la souffrance, un pareil agent relève du rajas.

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