L'INDE SN FACE DES TEMPS ANCIENS
clés futurs , vous creuserez des lacs , détournerez d'immenses cours d'eau, vous ôdiûerez de gigantesques palais^ vous traînerez , à Tarrière de votre char de triomphe , cent mille esclaves conquis à la guerre, l'histoire servile vous tressera des couronnes; les brahmes, les lévites et les prêtres, que vous aurez gorgés d'honneurs et de richesses, chanteront vos louanges, vous présenteront aux peuples prosternés comme un envoyé de Dieu qui accomplit sa mission ; mais pour le penseur et le philosophe, pour l'histoire de l'humanité, et non celle des dominateurs, vous n'aurez été qu'une pierre d*achoppement de plus, à ce travail de progrès par la concorde et la liberté, qui est le but donné par Dieu, et que chaque nation doit s'efforcer d'atteindre. Vous n'aurez été qu'un fait brutal, venant faire mieux comprendre la faiblesse de la nature humaine, et comment les nations tombent dans la décadence.
C'est ainsi que, sous la main des prêtres et des rois, l'Egypte ancienne s'achemina pas à pas vers la ruine et l'oubli après la chute de son gouvernement théocratique ; n'y étant point préparée et n'ayant rien à mettre à la place, elle n'avait plus qu'à mourir.
Ainsi, en Daettant face à face ces deux antiques contrées pour en faire le parallèle, l'Inde et l'Egypte, nous voyons le même gouvernement, les mêmes divisions de castes, les mêmes institutions produire un résultat identique, et interdire à ces peuples tout rôle dans l'histoire de l'avenir.
En présence de pareils rapprochements, nul ne viendra, je crois, contester à l'Egypte une origine purement indoue, à moins d'admettre que le hasard ait fait éclore dans ce pays une civilisation calquée sur celle de l'extrême Orient ou, ce qui serait plus absurde, que ce soit l'ÉgJ^pte qui ait colonisé l'Inde, et Manou qui ait copié Manès.
Je conçois qu'une pareille opinion puisse germer dans l'esprit de gens intéressés à nier, ou ne connaissant pas rinde ; je me bornerai à leur répondre : Vous n'avez à votre
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service qu'une affirmation, et cette phra«e banale que j'ai déjà entendu prononcer : •• Et qui vous dit que ce n'est pas l'Inde qui a copié l'Egypte ? *» et vous demandez que cette affirmation soit combattue à Taide de preuves, ne pouvant laisser place à l'ombre d'un doute.
Pour être alors complètement logique, enlevez à llnde le sanscrit, cette langue qui a formé toutes les autres, mais montrez-moi une feuille de papyrus, une inscription de colonne, un bas-relief de temple qui vienne me prouver qu'elle a pris naissance en Egypte.
Enlevez à l'Inde tous ses monuments de littérature, de législation et de philosophie, qui sont là encore debout, conservés dans la langue primitive et défiant les âges et la main des profanes, mais montrez-moi quelles furent leurs sources en Egypte.
Détruisez, je le veux bien, ce grand courant d'émigration par l'Himalaya, la Perse, l'Asie Mineure et l'Arabie, dont la science a retAuvé les traces. Mais montrez-moi l'Egypte colonisatrice, faisant rayonner ses fils sur le globe. Quelle langue, quelles institutions a-t-elle légué au monde que nous puissions retrouver aujourd'hui ?
Est-ce que l'on ne voit pas que l'Egypte de Manès, l'Egypte sacerdotale n'eut des institutions identiques à celles de rinde que dans les premiers âges ; qu'oubliant peu à peu la tradition qu'elle avait reçue, elle secoua par ses rois la domination des prêtres, et qu'à partir de Psaméticus elle renversa l'idée théocratique pure pour lui substituer l'idée monarchique, qui désormais allait dominer les civilisations nouvelles ? Ne savons-nous pas que les divisions de castes furent abolies sous les Ptolémées?
Le mérite de l'Egypte est là iout entier, mais ce serait errer que de lui en prêter d'autres. La première dans l'antiquité elle eut la force de renverser ce gouvernement du prêtre qui avait pris naissance dans l'extrême Orient sans
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pouvoir toutefois éviter la chute, que rinâuence délétère et corrompue de ce dernier lui avait préparée.
Au surplus, si nous pouvions nous laisser aller à creuser ce sujet dans ses détails, si nous ne trouvions point que ces grandes similitudes dans les principes, qui sont la base de Texistence des nations, sont suffisantes pour étayerla thèse que nous soutenons, nous prouverions avec la plus grande facilité que Tunité de Dieu, admise par les prêtres de Memphis, que Knef, Fta etFrè, qui sont les trois dieux démiurges, les trois créateurs par excellence, les trois personnes de la trinité dans la théologie égyptienne, sont de symboliques importations indoues ; que les ci-byances aux animaux, à Tibifi ou au bœuf, par exemple, sont des superstitions venues de l'Inde par une tradition dont il est facile de suivre la marche. Qvte la matière ou limon primitif appelée Boute par les initiés «t représentée sous la forme fécondante d*un œuf, n'est qu'un souvenir des Vedas et de Manou, qui comparent le germe de toutes choses à « un œuf brillant comme de l'or. »»
Qu'il nous suffise d'avoir indiqué ces grands points de contact qui, pour mous, expliquent l'Egypte ancienne par rinde et l'influence brahmanique, et soulèvent logiquement, dans la mesure du possible, ub coin de ce voile obscur qui couvre le berceau de tous les peuples.