‹ La Bible dans l'IndeChapitre 20 sur 77 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

BÉVÉLATIONS. — INCARNATIONS

Dès le début Je la seconde partie de notre œuvre, il est un besoin, une nécessité pour nous de dire que nous rejetons toute révélation, aussi bien celle de Manou, de Zoroastre et de Manès, que celle de Moïse; et toute incarnation, aussi bien celle de Ghristna et de Boudha, que celle du Christ.

Les causes de cette opinion sont faciles à produire.

Dieu, eu créant, a donné à la matière, à la nature physique des lois fatales qu'il ne peut ni ne veut changer. En créant l'âme, l'intelligence, la nature morale^ il Ta soumise également à des principes invariables, auxquels il n'est ni de sa dignité, ni de sa sagesse d'apporter la moindre modification.

Il a jeté, dans la»conscience de l'homme libre et responsable, les notions sublimes de Timmortalité dans la vie future, du mérite et du démérite par le bien et le mal, lui a fait comprendre que la main d'un être tout-puissant dodominait le monde; puis, a laissé sa créature accomplir dans son entière indépendance sa mystérieuse destinée ici-bas.

Voilà tout ce que je puis tirer de ma raison, de ma raison qui m'est un présent de Dieu lui-même. Mais, au moins, je trouve là une unité de vues de la sagesse éter-

nelle, dans la nature physique et morale, qui me satisfait et que je puis comprendre.

Il n'y a, pour moi, pas d'autre révélation. '

Manou, Christna, Boudha, Manès, Zoroastre, Moïse et le Christ, qui tous se sont prétendus descendus de Dieu ou envoyés par lui, ne furent que de» hommes qui, pour mieux se faire écouter des masses, surent habilement dissimuler leur origine, et appeler à leur aide les prodiges et les mystères.

Vous consentez à accepter Torigine divine du Christ et de Moïse comme prophète.

Mais oubliez- vous donc :

Que rÉgypte accepta Manès ;

Que la Perse reconnut Zoroastre ;

Que l'Inde divinisa Manou et Christna;

Que le Thibet, la Tartarie, la Chine, le Japon, adorèrent Boudha;

Et qu'à deux pas de vous, une portion de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique, ne s'incline encore aujourd'hui que sous Mahomet?

Oubliez-vous donc que tous ces peuples, qui forment majorité contre vous, rejettent vos prophètes et vos envoyés célestes avec autant d'acharnement que vous rejetez les leurs? Qui êtes- vous donc pour retenir le vrai et leur attribuer l'erreur?

Le hasard me fait naître ici ou là, le hasard va donc décider de la vérité ou de la fausseté de mes croyances.

Ici, Dieu recevra ma prière ; là, il la repoussera.

Oh ! comme Thomme est parvenu à faire son Dieu à son image ; à lui prêter toutes ses faiblesses, toutes ses imperfections; à l'asseoir au seuil de toutes les ambitions, de toutes les intolérances!

Et au nom de la suprême sagesse et de la suprême justice, on fait des nations brahmes et des nations parias. On ouvre aux unes les récompenses futures, et on les ferme

aux autres. ÂII0116 ! si les idées sociales et politiques ont marcbé, peur les idées religieuses nous en sommés encore aux temps brahmaniques.

Et voilà pourquoi je rejette la révélation, cause de toutes les dissensions humaines, de toutes les guerres religiieuses, de toutes les hécatombes, de tous les bû.chiers, de tous les despotismes sacerdotaux.

La révélation, e*est la crojanee en Dieu, la connaissance du bien et du mal, la foi en l'immortalité, et c'est la conscience qui est la révélatrice.

Tout le reste n*est que superstitions engendrées par le prêtre dans un but caché de despotisme.

Quant à l'incarnation :

Si j'étais né dans llnde, je devrais croire à celle de Christna; si j'étais né au Japon ou en Chine, je devrais croire à celle de Boudha.

Je suis né en Europe : dois-je croire à celle du Christ?

Non I Je me fais de Dieu une image plus grande et plus vénérée ; cette enveloppe mortelle qu'on lui prête n'est digne, malgré toutes les explications de la poésie et des légendes, ni de sa préscience, ni de sa sagesse ; et je laisse à ceux qui l'osent avoir, l'audace de le faire décheoir ainsi!....

Christna, Boudba, le Christ, ont joué un rôle humain, et Dieu les a jugés, comme tous, suivant le bien qu'ils ont pu faire.

Il est juste, au surplus, de dire qu'il n'apparaît pas qu'aucun de ces hommes se soit prétendu issu de la divinité. Chose remarquable, ils ont passé, donnant aux peuples qui les écoutèrent, l'enseignement de leurs exemples et de leurs paroles, sans donner à leurs doctrines la forme durable de l'écrit, laissant à leurs disciples le soin de conserver leurs leçons.

J'inclinerais facilement à croire que les successeurs, plus habiles que le Maître, firent un Dieu de ce dernier, pour

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rendre leur tâche plus facile, se présenter eux-mêmes aux peuples comme des envoyés célestes, et consacrer ainsi leur ambitieuse influence.

Et voilà pourquoi je repousse toute incarnation..

N'est-ce pas en son nom également qu'aux quatre coins du globe> dans l'Inde, en Chine et en Europe, on flt couler le sang et dresser des bûchers.

Ah 1 si Dieu eût jamais pu avoir l'idée de s'incarner, c'est à ces époques maudites où la torture régnait en son nom qu'il fût venu châtier les bourreaux qui s'abritaient sous sa loi ! ... .

Les nations sont parvenues à accomplir peu à peu leurs révolutions politiques et sociales; il leur reste à faire leur révolution religieuse.

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