CHAPITRE V
OUBQUOI MOÏSB ATTBIBUF-T-IL A L*IN1TIATITE DE LA FEMME LA FAUTE ORIGINELLE? — LA FEMME DES VÉDAS BT LA FEMME DE LA BIBLE.
L'Inde des Vedas eut pour la femme un rentable culte, ce dont on semble fort peu se douter en Europe, lorsqu'on accuse les contrées de l'extrême Orient d'avoir méconnu la dignité de la femme et' de n'avoir su faire de cette dernière qu'un instrument dé plaisir et d'obéissance passive.
Ce qui est vrai pour l'antiquité ne l'est pas quand il s'agit de l'Inde ancienne; et les sublimes efforts du Christ n'ant fait que rendre à la femme la situation sociale
qu'elle avait déjà possédée aux premiers temps de l'humanité.
Il faut que Ton sache bien que ce fut l'influence sacerdotale et la décadence brahmanique qui, en changeant l'état primitif de l'Orient, rejeta la femme dans cet état d'asservissement qui n'a pas encore complètement disparu de nos mœurs.
Qu'on lise ces maximes, cueillies au hasard, dans les livres sacrés de llnde :
« L'homme est la force, la femme est la beauté ; il est la raison qui domine, mais elle est la sagesse qui tempère ;
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Tan ne peut exister sans l'autre, et c'est poar eela quelle Seigneur les a ccéés deux,, pour un seul but.
» L'homma n'est eompiiet que peur la femme , et tout homme qui ne se marie pas dès l'âge de la virilité doit êtro . B/Oté d'infîunie.
«i Celui qui méprise uive femme, méprise sa mère !
M €elui qui est maudit par une femme est nutudit par Bien.
«^ Les larmes dea femmes attirent le feu: céleste sur cens qui Les font co^er.
« Malheur à qui se rit des souffiraneea des femmes ! Die» se rira de ses prières.
«• Les ehants des femmes sont doux à l'oreille du Seigneur; les hommes ne doivent point, s'ils veulent être écoutés, chanter les louanges de Dieu sans les femmes.
M Que le prêtre laisse la femme brûler les parfums sur l'autel, quand il sacrifie pour la eréatien, pour les fruits, pour les maisodiâ et pour les fieurs.
*( Les femmes doivent être entourées, de soins et comblées de présents par tous ceux qui désirent de longs jours.
u C'est à la prière d'une femme que le Créateur a pardonné aux hommes ; maudit soit celui qui l'oublie I
« La femme vertueuse est exempte de toute purification, car elle n'est jamais souillée, même par les contacts les plus impurs.
«i Celui qui oublie les souffrances de sa mère quand elle l'a enfanté, renaîtra dans le corps< d'une chouette pendant trois migrations successives.
« Il n'y a pas de crime plus odieux que celui de persécuter les femmes et de profiter de leur faiblesse pour }es dépouiller de leur patrimoine.
K En accordant la part qui lui revient à sa sœur^ ehaque frère doit y ajouter du sien et lui donner en cadeau la plus belle génisse de son troupeau, le plus pur safran de sa récolte, le plus beau bijou de son écrin.
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« La femme veille à la maison, et les divinités (devas), protectrices du foyer domestique sont heureuses de sa présence. On ne doit jamais lui confier les durs travaux des . champs.
« La femme doit être pour l'homme de bien le repos du travail, la consolation du malheur. »»
Les sentiments qu'expriment ces citations ne sont pas isolés et le fait d'un seul ouvrage ; tous les livres anciens sont empreints du même amour et du même respect de la femme. L'abrégé même de Manou, fait par les brahmes au profit de leurs idées dominatrices, quoique venant placer la femme dans une situation plus soumise « plus effacée, n'a pu s'empêcher, en maintes circonstances, de se faire l'écho de ces principes primitifs qu'on ne pouvait faire si vite oublier.
Nous avons en effet déjà cité un passage de ce livre qu'il ne nous paraît pas inutile de rappeler ici ;
« Les femmes doivent être comblées d'égards et de présents par leurs pères, leurs frères, leurs maris et les frères de leurs maris, lorsque ceux-ci désirent une grande prospérité.
« Partout où les femmes vivent dans î'affiiction, la famille ne tarde pas à s'éteindre ; mais lorsqu'elles sont aimées, respectées et entourées de soins, la flamille s'augmente et prospère en toutes circonstances.
a Quand les femmes sont honorées, les divinités sont satisfaites, mais lorsqu'on ne les honore pas tous les actes sont stériles.
« Les maisons maudites par les femmes auxquelles on n'a pas rendu les hommages qui leui| sont dus, voient la ruine s'appesantir sur elles et les détruire, comme si elles étaient frappées par un pouvoir secret.
*( Dans toutes les maisons où le mari se plaît avec sa femme, et la femme avec son mari, le bonheur est assuré pour jamais. **
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Nous lisons encore dans le même ouvrage :
« Lorsque les parents, par égarement d'esprit, se mettent en possession des biens d'une femme, de ses voitures ou de ses bijoux, ces méchants descendent au séjour infernal.
« Si une femme n'est pas heureuse et parée d'une manière digne d'elle, elle ne remplira pas de joie le cœur de son époux, et si le mari n'éprouve pas de joie, le mariage sera stérile.
« Lorsqu'une femme est heureuse, toute la famille Test également.
« La femme vertueuse doit n'avoir qu'un seul époux, de même que l'homme de bien doit n'avoir qu'une seule femme. »»
Sous l'empire des Védas , le mariage fut considéré comme tellement indissoluble que la mort même d'un des époux ne pouvait rendre à l'autre sa liberté, si des enfants étaient issus de cette première union. Celui qui restait sur cette terre d'exil devait vivre, par le souvenir et dans le deuil, jusqu'au jour où la mort lui permettait de retrouver dans le sein de Brahma la partie de lui-même, la sainte affection qu'ir avait perdue.
Combien fut grande, par la conscience, l'idée du devoir et les sentiments dur cœur, cette civilisation des premiers âges qui, si près du berceau de l'humanité, n'avait pas encore vu naître les tristes ambitions qui depuis, en se partageant le globe, en le couvrant de ruines, ont fait oublier à l'homme son origine céleste et la sainte innocence de ses premiers pas.
Vous voyez bien que nous ne pouvons accepter le judaïsme, avec ^n cortège de superstitions, d'immoralité et de cruautés, comme le gardien de la révélation primitive et l'initiateur de l'esprit moderne. La Judée, comme la Perse et l'Egypte, est issue du brahmanisme et de la décadence indoue, et elle ne s'est souvenue de quelques-unes
des belles traditions de la mère^patrie que pour les tronquer et les adapter aux mœurs de l'époque.
Le premier résultat de la triste domination des prêtres dans rinde fut rabaissement et la dégradation morale de la femme, si respectée, si bonorée pendant toute la période védique.
La caste sacerdotale, en Egypte, suivit les inspirations des brabmes et se gardât bien de rien changer à cette situation.
Si vous voulez régner sur des corps d'esclaves et sur des consciences abruties, il est un moyen d'une simplicité saiis égale que nous livre l'histoire de ces époques honteuses : Dégradez la femme y pervertissez-lui le moral et vous aurez bientôt fait de l'homme un être avili, sans forces pour lutter contre les plus sombres despotismes; car suivaiit la belle expression des Vedas, «« la femme est l'àme de l'humanité I »»
Comme il avait compris, cet auteur mystérieux et inconnu des livres sacrés de l'Inde, que la femme, fille, épouse et mère^ tenait la famille par tous les liens les plus sacrés du cœur, et qu'en inspirant la famille par ses douces et chastes vertus, elle moralisait la société
Mais comme ils comprirent bien aussi, ces prêtres corrompus et affamés de pouvoir, que là était le joint, le nœud qu'il fallait trancher pour mieux asseoir leur domination !
Moïse est-il venu changer cet état de choses et rendre à La femme son véritable rôle, celui dont elle avait déjà joui dans les temps primitifs de l'Orient?
Non!
A-t-il cédé aux mœurs de son époque contre lesquelles il fut impuissant à réagir? C'est possiUe; mais alors c'est une raison de plus pour qu'on ne vienne pas nous parkr de révélation
Ah ! partisans de Jéhovah, quelle petite idée vous eb«r-
GBNàSB INDOUE 243
chez à nous donner de Dieu, et sur quelles traditions singulières reposent vos croyances 1
Comment l yoilà une civilisation pli^ ancienne que la vôtre, vous ne pouvez pas le nier, qui fait asseoir la femme à côté de l'homme, et leur donne à tous deux une place égale dans la famille et dans la société, la décadence arrive et renverse ces principes... Vous naissez, vous vous intitulez orgueilleusement « peuple de Dieu, >» et vous n'êtes qu'un fruit de la décadence indoue , et vous ne savez pas retrouver les pures doctrines des premiers âges,... et vous ne savez pas relever la femme, relever votre mèrel...
Allons donc, peuple d'Israël, peuple de parias, cesse de nous prêcher ton origine divine ; ton règne fut celui de la force et du massacre, et tu ne sus pas comprendre la femme qui, seule, eût pu te régénérer !
Tu as Ruth, il est vrai^ dont tu vantes la candeur et la figure poétique et touchante... Nous savons ce qu^elle vaut et comment elle se prostitue à Booz, d'après les conseils de sa mère, pour se; faire épouser.
C'était dans les mœurs de Tépoque, dira-t-on.
Et voilà précisément ce que je vous reproche, à vous qui prétendez descendre de la révélation I
Pourquoi ne les avez-vous pas changées ces mœurs? Vous avez bien su édicter le code de la conquête par le pillage, le fer et le feu ; mais vous avez été impuissant pour édicter le code de la pudeur et des chastes vertus.
Souvenez-vous donc des filles de Loth se prostituant à leur père ! D'Abraham qui abando^ine les enfants qu il a «us de ses servantes! De Thamar se livrant à son beaupère I
Souvenez-vous de ce prêtre, de ce lévite d'Éphraïm qui, pour calmer la fureur de quelques hommes ivres et leur échapper, leur jette sa femme en pâture et l'abandonne à leurs outrages pendant toute une nuit...
Il est temps de juger toutes ces choses à leur valeur !
Si vous n'êtes pas la révélation, j'accepte votre excuse et j'admets avec vous que ces tristes choses étaient dans les mœurs du temps.
Si vous êtes la révélation je vous repousse et vous dis : Votre révélation est immorale !
Oh I vous voudriez nous faire croire que Dieu a créé une morale progressive et perfectible?... Qu'il y a une loi ancienne tolérant l'impudeur et une loi nouvelle qui la proscrit?
Eh bien ! je vous réponds qu'il n'y a qu'une loi de morale éternelle donnée par Dieu au berceau de l'humanité, et que tous les peuples qui la méconnurent violèrent la loi de Dieu.
Une chose qui m'a toujours beaucoup étonné est de voir les sommités du protestantisme moderne, de cette religion du libre examen, rejeter de leur communion ceux des leurs qui nient la révélation, en se basant sur les lumières de la raison.
Un homme que l'on dit illustre, parce qu'il a fait crouler un trône et qui en ferait crouler bien d'autres s'il n'était pour le moment en disponibilité pour cause de vice rédhibitoire, s'est mis, dans ces derniers temps, à prêcher dans des livres.
Il n'est pas catholique, parce qu'il n'a pas cette foi ardente et sainte qui pourrait l'excuser.
Il n'est pas protestant, parce qu'il proscrit l'indépendance et la libre pensée.
Il n'est pas juif, parce qu'il admet la loi: ancienne pour le passé et la rejette pour le présent.
Qu'est-il donc?
Ce fut un homme qui méprisa les hommes, un ministre qui méprisa les ministres, un député qui méprisa ses électeurs, un sujet qui méprisa son roi...
GENâSB INDOUE * 245
Et c'est enfin un homme qui, après avoir eu du mépris pour tout... et pour tous,... est en train de recevoir aujourd'hui ce qu'il a si lihéralement donné.
Eh hien 1 cet homme, qui s'est mis à prêcher dans des livres,*s*est fait le souteneur de la révélation judaïque.
11 croit à ceci, parce que cela lui convient; il rejette cela, parce que cela lui déplaît; il est éclectique, mais c'est d'un éclectisme à lui ; il est lihre penseur, mais sa libre pensée est à lui, et il ne veut pas de celle des autres...
Qu'est-ce qui le pousse à ce dernier rôle?
L'envie de faire un dernier bruit autour de son nom.
Allons, monsieur Guizot, quittez votre plume, comme vous avez quitté le ministère , vous écœurez les croyants et les libres penseurs, c'est tout ce que je puis vous dire au nom delà jeunesse pensante.
On doit respecter qui défend une idée et un drapeau, mais jamais ceux qui n'ont d'autre idée et d'autre drapeau qu'eux-mêmes.
Je viens de relire ce hors d'œuvre qui n'a peut-être aucune raison de noircir ces pages, dois-je l'effacer?... NonI En marchant au hasard, ma plume a peut-être rencontré un cri de la conscience publique I...
Le nom s'est présenté de lui-même parmi tous les défenseurs de la révélation hébraïque, et c'est le seul qui m'ait entraîné, paj*ce que c'est le seul qui ait tant tiré de son moi,., et personnifié en lui l'égoïsme social, l'égoïsme politique, l'égoïsme religieux.
Supposons que tout ceci ne soit qu'une parenthèse et revenons à notre sujet.
Je disais à la révélation qu'elle n'est point la révélation, parce qu'elle n'a pas su relever la femme, et que, repoussant les traditions de l'Inde ancienne, de l'Inde des Védas, elle n'a su que continuer les traditions de l'Inde des temps brahmaniques.
La femme des Védas est une femme digne et chaste ; la femme de la Bible n'est qu'une esclave et souvent qu'ixne prostituée.
La femme des Yédas est une compagne pour l'homme et l'honneur du foyer domestique.
La femme de la Bible n'est qu'une concubine.
L'Indou ne pouvait avoir qu'une seule femme.
L'Israélite faisait des excursions sur le territoire de ses voisins pour se procurer des filles vierges, et il ne craignait pas de vendre ses propres filles lorsqu'il en trouvait un bon prix.
Il n'est pas nécessaire de rechercher ailleurs que dans la corruption des mœurs des Hébreux les motifs qui ont poussé Moïse à intervertir les rôles et à tronquer la ver« sion indoue sur la création du monde, qu'il copia, en Egypte, dans les livres sacrés des prêtres.
Le législateur hébraïque ne put, à cette époque du règne de la force, entrevoir la belle et touchante figure de la femme libre, chaste et dévouée, et régnant par le cœur sur son mari et sur ses enfants. Disons-le, du reste, à sa décharge, s'il eût eu le courage de faire une tentative dans ce sens, son peuple ne l'eût point compris et il eût infailliblement succombé sous une révolte générale.
Dans tout l'Orient, la femme était devenue Tesclave du maître et nul ne songeait encore à l'émanciper, à lui res^ tituer sa place; et Moïse, pas plus que les autres," n'eut l'idée de revenir aux primitives traditions.
D ne pouvait donc pas, dans ces circonstances, transcrire la légende indoue dans toute sa sublime simplicité. Faire l'homme auteur de la faute originelle eût été diminuer son prestige, choquer l'orgueil de ce despote et faire comprendre à la femme que c'était à tort qu'on l'avait asservie au nom de la Divinité.
Ce n'est point en cela seulement que Moïse oublia l'Inde;
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dans la Genèse, Jéhovah n'annonce pas de réderopteur à Adam et à Eve après leur faute, et ce n'est pas, je Tavoue, sans étonnement que je vois l'idée chrétienne s'appujer sur Moïse pour soutenir qije le Seigneur annonça le Messie à nos premiers pères.
Voilà comment s'exprime la Genèse lorsqu'Adam fut chassé du paradis terrestre :
« Et il dit (Jéhovah) : Voilà Adam devenu presque comme un de nous (Jéhovah ne me -paraît point certain d'être ^ul et unique Dieu), et sachant le hien et le mal; maintenant il faut le chasser, de peur qu'il ne lève de nouveau la main sur l'arbre de vie, et que mangeant de ses fruits il ne vive éternellement.
« Dieu le fit sortir alors du paradis de délices afin qu'il allât travailler la terre, d'où il avait été tiré.
« Et l'en ayant chassé, il mit des chérubins devant ce paradis de délices , qui faisaient étinceler une épée de feu pour garder l'arbre de vie, »
J'ai vainement scruté chaque phrase, chaque expression, non-seulement de ce livre, mais encore des quatre autres attribués à Moïse, il m'a été impossible d'y rien découvrir qui, de près ou de loin, au propre ou au figuré, puisse s'appliquer au Rédempteur.
Ce n'est que plus tard que les prophètes recueillirent cette tradition que l'Inde avait léguée à tous les peuples et que l'on retrouve dans tous les livoes sacrés du globe.
Il n'est pas inutile non plus de remarquer que Moïse ne dit pas un mot de la création et de la révolte des anges, ce qui, selon nous, est encore un emprunt fait postérieurement aux croyances de l'Orient.
Ainsi, cette religion hébraïque se forme peu à peu de pidces et de morceaux, recueillis çà et là dans toutes les mythologies antiques et mis sous la sauvegarde d'une révélation qui ne soutient pas l'examen.
248 LA BIBLE DANS l'INDÏ:
Il résulte de tout cela que Moïse connut bien moins les livres sacrés de l'Inde et de TÉgypte que les léTites et leg prophètes qui vinrent compléter son œuvre.