A SES DISCIPLES
Il faudrait lire dans le texte même des ouvrages sanscrits, et notamment dans le Bagaveda-Gita , les sublimes entretiens de Christna avec ses disciples, et particulièrement avec Ardjouna, pour comprendre que la lumière s'était faite dès longtemps en Orient, lorsque ses reflets sont venus jusqu'à nous.
Les problèmes de la philosophie la plus relevée, les vérités de la morale la plus pure, l'immortalité de l'âme, les futures destinées de Thomme qui aura vécu selon la loi de Dieu ; tout est traité dans ces sublimes monologues, où les auditeurs ne sont là que pour donner la réplique, et fournir au professeur Toccasion de nouvelles leçons.
Dans l'impossibilité où nous sommes de donner dans ce cadre restreint le développement que comporteraient ces grandes choses, nous allons nous borner à donner l'entretien de Christna sur l'immortalité de l'âme , il suffira à faire juger les autres.
ARDJOUNA
Ne pourrais-tu nous dire, ô Christna, quel est ce fluide pur que nous avons reçu du Seigneur, et qui doit retourner à lui?
CHRISTNA
L'âme est le principe de vie dont la souveraine sagesse s'est servie pour animer les corps. La matière est inerte
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et périssable, Tâme pense et agit, et elle est immortelle. De sa pensée naît la volonté, et de la volonté naît Taction. C'est par là que Thomme est la plus parfaite des créatures terrestres, car il se meut librement dans la nature intellectuelle, sachant distinguer le vrai du faux, le juste de rinjuste, le bien du mal.
Cette connaissance intérieure, cette volonté qui se porte par le jugement vers ce qui la séduit, et se retire de ce qui lui déplaît, rend l'âme responsable de son action, responsable de son choix, et c'est pour cela que Dieu a établi la récompense et le châtiment.
Quand Tâme suit la lumière éternelle et pure qui la guide, elle est naturellement portée vers le bien.
Le mal, au contraire, triomphe quand elle oublie son origine et se laisse dominer par des influences extérieures.
L'âme est immortelle, et elle doit retourner dans la grande âme dont elle est descendue ; mais comme .elle a été donnée à l'homme pure de toute souillure, elle ne peut remonter au séjour céleste qu'après s'être purifiée de toutes les fautes que son union avec la matière lui a fait commettre.
ARDJOUNA
Comment s'opère cette purification ?
CHRISTNA
L'âme se purifie par un stage plus ou moins long, suivant ses fautes, dans les cieux inférieurs (enfers) ; la privation qui lui est imposée de se réunir au Grand-Tout est la plus grande souffrance qu'elle puisse ressentir, car son plus grand désir est de retourner à la source primitive et de s'absorber dans l'âme de tout ce qui existe.
ARDJOUNA
D'où vient l'imperfection de l'âme humaine, qui est une portion de la grande âme ?
290 LA BIBLE DANS L'iNDB
CHRISXNA ,
L'âme n'est poiut imparfaite daiui «on essence pure, la lumière de ce sublime aàaneara ne tire podat d'elle-même
son obscurit^é; s il existait dans la cature de Tâme un germe d'imparfeet io, rien ne pourrait l'anéantir, et >oe germe se développant, l'âme serait périssable et mortelle., ainsi que le corps. De son union seule avec la matière nait son imperfection; mais cette imperfection n'atteint point son essence, car elle n'est point dans sa oauso, qui est Tin* telligence suprême, qui est Dieu
Nous devons, bien malgré nous, nous arrêter ici dans cette citation. La suite de cet entretien fournit à Cliristna l'occasion de s'élever jusqu'aux régions les plus ardues de la métaphysique, et ses raisonnements ne seraient parfaitement compris, croyons-nous, que par les gens qui ont voué leur vie à l'étude particulière et approfondie des sciences philosophiques.
Au surplus , ce simple aperçu suffit complètement à éclairer les conclusions que nous prétendons tirer de l'œuvre du novateur indou.
En résumé :
Christna est venu prêcher à l'Inde :
L'immortalité de l'âme, le libre arbitre, c'est-à-dire la volonté et la liberté , la croyance au mérite et au démérite, au châtiment et à la récompense dans la vie future.
Il est venu apporter aux peuples :
La charité, l'amour du prochain, la dignité de soi-même, .la pratique du bien pour le bien, et la foi dans la bonté inépuisable du Créateur.
Il a proscrit la vengeance, ordonné de rendre le bien pour le mal, consolé les faibles, soutenu les malheureux et les opprimés, confondu la tyrannie.
Il a vécu pauvre et aimé les pauvres.
11 a vécu chaste et prescrit la chasteté.
Ce fut, nous ne craignons pas de le dire, la plus grande
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ûguve des -temps anciens^ et le Christ, plus tard, s'inspira de son œuvre de régénération, comme Moïse s'était inspiré de celles de Manès et de Manou.
Quelques lignes encore, et nous aurons ûm, trop brièvement peut-être, avec ce rédempteur, pour aborder le rôle joué par ses successeurs dans l'Inde, qui peu à peu oublieront les sublimes traditions du maître pour plonger le peuple, au profit de leur domination, dans un abrutissement et une dégradation morale qui rendirent possible le régne absorbant et despotique des théocraties antiques, issues, ainsi que nous l'avons vu, du brahmanisme indou.