‹ La Bible dans l'Inde: vie de Iezeus ChristnaChapitre 8 sur 72 · CE QUE VALENT LES LEÇONS DE L HISTOIRE · texte numérisé non relu

CE QUE VALENT LES LEÇONS DE L HISTOIRE

L'histoire, telle que nous la possédons, telle qu'on l'enseigne à ceux dont on veut faire des hommes, n'est pas une science, c'est un vulgaire trompe-l'œil, un instrument dont se servent les passions des uns et des autres pour grandir ou rapetisser les choses, admettre, nier ou atténuer les faits, tour à tour élever sur le pavois ou traîner dans la boue certains hommes, créer des influences factices, en repousser d'autres sérieuses et réelles, au gré

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des temps» des partis et des ambitions triomphantes ou yaincues.

Je ne puis sans indignation entendre parler de la grande voix de l'histoire, du jugement de l'histoire, de l'impartialité de l'histoire, etc., quand je regarde de près cette grande voix, ce jugement, cette impartialité,, tous ces mots sonores, enûn, dont se paye l'admiration de la foule, et que les habiles exploitent audacieusement dans leur intérêt.

L'histoire jugeant de haut, et avec impartialité, est encore à naître; pour le moment, elle n'est qu'un souteneur complaisant et servile de toutes les causes, de toutes les opinions.

Harmodius et Aristogiton assassinent Hipparque au nom de la liberté, disent les uns ; parce que le prince avait séduit leur sœur, disent les autres, et l'histoire leur décerne des couronnes.

Brutus poignarde son bienfaiteur, et l'histoire n'a pas assez de louanges pour le vertueux citoyen.

Tournez quelques feuillets du livre, laissez s'écouler quelques siècles, et Jacques-Clément, Ravaillac et Louvel sont par la même histoire marqués au fer rouge du sceau de l'ignominie et de la réprobation.

Que signifie cette indigne comédie? Pourquoi ces branches de laurier et ces louanges pour les uns, cette sainte indignation pour les autres? Pourquoi n'as-tu pas le courage, toi qu'on appelle la leçon des peuples et des rois, de flétrir les assassins de toutes les époques, et de repousser comme moyen la trahison, le poignard et le sang?

Je cherche en vain tes principes et ne les peux trouver.

Est-ce que le fameux axiome justifiant la fin par les moyens émanerait de toi? J'inclinerais à le croire, en te voyant appeler sans pudeur sur le même forfait tantôt /admiration, tantôt le mépris des races futures. Qui donc

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te paye cette œuvre ténébreuse de bassesse et d'immoralité? Est-ce là tout ce que tu peux et doit nous enseigner?

Un fou bouleverse l'Asie; pendant quinze ans il traîne à sa suite les dépouilles de vingt peuples vaincus et décimés; il marque profondément sa trace sur ce globe, par le fer, le feu et la dévastation, et tu n'as, en face de tant de ruines, de tant de misères, que des chants de triomphe pour ce nom maudit qui devient, grâce à tes stupides adulations^, Alexandre le Grand.

Ah I cependant ton héros n'est pas complet; tu trouves une ombre au tableau : Alexandre s'enivrait, et il a tué Clitus. Et, oubliant les milliers d'hommes dont ce forcené a creusé la tombe, tu daignes lui faire une petite morale, et prouver en plusieurs points que, s'il eût été plus sobre, il n'eût pas tué son ami.

Puis, toujours avec la même logique, Attila, Tamerlan, Gengis-Khan, sont un peu plus tard traités par toi, impartiale histoire, de âéaux dévastateurs et de monstres altérés de sang.

Pourquoi? C'est qu'ils ont fini par être vaincus, et qu'avec leur» hordes indisciplinées ils n'ont pu parvenir à rien fonder.

Applaudir aux audaces heureuses, frapper sur les audaces qui échouent, élever sur un piédestal les destructeurs de nations, et oublier les victimes, traiter de conquérants ceux qui réussissent et d'aventuriers ceux qui succombent, voilà ton rôle. Allons donci ne viens plus nous parler de ton impartialité, de ta grandeur, adulatrice des chances heureuses, vile esclave du résultat !

César, qui détruit, n'est-il pas pour toi plus grand que Vercingétorix qui défend sa patrie, et as-tu jamais su courber tes jugements sous cette éternelle loi morale qui apprécie l'acte, par l'acte, flétrit le crime parce qu'il est

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crime, et ne faiblira jamais jusqu'à excuser par rintention et le but?

Qu*as-tu fait aussi de cette grande idée de la divinité? Lorsque tu ne la nies pas complètement, tu la mêles si étroitement aux làcbetés et aux faiblesses de Tespèce humaine, qu'on ne sait en vérité s'il ne vaut pas mieux encore que tu n'en parles pas.

Sais-tu pourquoi l'humanité lutte si péniblement depuis des siècles pour arriver à conquérir le bien, et cette universelle fraternité qui doit être la seule ambition de l'avenir? C'est que, vieille conteuse à l'esprit faible, tu n'as pas eu le courage de déblayer notre berceau de toutes les fables, de toutes les superstitions qui l'entourent; et que l'homme que tu formes est obligé d'employer les forces de son âge mûr à extirper, avant de pouvoir marcher en avant, toutes les erreurs que ton enseignement lui a léguées.

De même que la science a mis des siècles pour faire tourner la terre, parce qu'il avait plu à un illuminé d'arrêter le soleil ; de même, avec les buissons ardents, les mystères d'Isis ou d'Eleusis, les révélations sur les montagnes entourées d'éclairs et de tonnerres, les sortilèges et les miracles que tu as enregistrés sans oser les combattre, la raison moderne ne peut marcher avec sa pleine indépendance, arrêtée qu'elle est parfois par toutes ces illusions du passé qui ont leurs partisans acharnés et qu'on ne peut vaincre en un jour.

L'histoire qui méritera ce nom sera celle qui, basée sur éternelle justice, Té ternelle morale, l'éternelle vérité, repoussant tout tempérament, toute transaction de conscience, jugera avec la même sévérité, pèsera dans la même balance les actions du faible et du fort, les fautes des peuples et des rois, les crimes des aventuriers et àe& conquérants.

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Jusqu'à présent la morale historique ne s'est pas élevée au-dessus de cela :

Cartouche n*a jamais pu réunir une troupe de plus de trois cents hommes; c'est un brigand...

Alexandre a pu traîner à sa suite cent mille pillards ; c'est une grand génie.

Le connétable de Bourbon a levé le drapeau de la révolte contre son roi : il a échoué; c'est un traître.

César a foulé aux pieds les lois de son pays : il a réussi ; c'est un grand homme.

Quel pervertissement de semblables études ne doiventelles pas apporter à l'intelligence I

Nous qui rêvons pour l'avenir une époque de concorde, de travail, de paix et de liberté, élevons nos fils dans la haine de ce passé corrompu, éloignons d'eux la prostituée historique qui n'a jamais su que se coucher à plat ventre devant la force brutale, les traîtres favorisés par le sort et les destructeurs de nations. Enseignons-leur que ceux qui lancent les peuples les uns contre les autres, comme des bêtes fauves en rut ou des gladiateurs payés, sont des êtres maudits, des fléaux de Thumanité, et qu'il faut les noter d'infamie.

Sachon» leur faire distinguer lés héroïques défenseurs du sol natal, du foyer domestique, de ces vulgaires ambitieux qui se font un trône d'un champ de carnage..... Enseignons-leur qu'il n'y a pas de Dieu des armées, et que les chants vainqueurs de Te Deum et à'Hosannah, alors que vingt ou trente mille hommes se sont égorgés la veille, ne sont que des manifestations barbares et impies, et que TÊtre suprême, dont la bonté égale la puissance, doit détourner la tête pour ne pas les entendre.

Puis, ruinons par la base tous les mythes, tous les mystères, tous les miracles qui sont des non-sens physiques, des moyens de domination inventés dans l'enfance des peuples, et qu'on se garde bien de re^ûgMlôrà l'époque

IVERSIT

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de leur maturité; chassons toutes les intolérances religieuses qui font du divin et du révélé des instruments de puissance, pour ne suivre que les lumières de la conscience et de la raison.

Ainsi nous aurons creusé profondément le véritable sillon de Tavenir, jeté la semence et préparé la moisson.

Qu'on le sache bien, Theure est solennelle... Il faut rompre sans hésitation, sans retour, avec un passé qui, jusqu'à présent, n'a été puissant que pour la destruction, si nous ne voulons servir aux générations futures un exemple de plus de civilisation tombée par la corruption et la théocratie.

CHAPITKE IV

LIGUE DB MANOU ET DES PRÊTRES, POUR CONFISQUER A LEUR PROFIT LA SOCIÉTÉ PRIMITIVE DBS VEDAS. — CRÉATION DES CASTES.

Divide et impera.

Les Vedas créèrent par la révélation religieuse une époque de foi ardente qui, bien que le libre arbitre et la raison aient été en honneur chez les premiers peuples de l'Inde, dut merveilleusement préparer le terrain pour l'œuvre de la domination brahmanique ou autrement dit des prêtres; domination qui s'établit dans cette antique contrée à la suite de l'avènement de Christna, qui vint accomplir' la parole de Dieu et racheter l'humanité des fautes commises par ses ancêtres.

Certes s'il fut au monde une société, une civilisation

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fortement constituée, destinée à braver les siècles et à survivre aux invasions de toute nature, ce fut la société brahmanique, encore vivante aujojard'hui malgré la perte de son ancien prestige et de sa puissance politique.

Comme elle avait su façonner ses hommes pour l'obéissance et le respect, ne laissant à leur volonté, à leur initiative aucun acte de vie publique ou privée, réglementant même le droit de manger et de se vêtir, elle avait supprimé à jamais ces deux adversaires gênants de tout pouvoir despotique, la volonté et la liberté.

B'où sont donc venu ces brahmes qui parlaient la langue la plus belle, la plus perfectionnée qui soit au monde, qui ont creusé, retourné, fouillé en tout sens le problème de la vie, et n'ont rien laissé à innover aux chercheurs de l'antiquité et des temps modernes dans le domaine des sciences morales, philosophiques et littéraires? D'où sont donc venus ces hommes qui, après avoir tout étudié et tout mis en doute, tout renversé et tout reconstruit, en étaient arrivés, en dernière analyse, à rapporter tout à Dieu avec la foi la plus viyace, et, conséquents avec leurs principes, à édifier une société théocratique qui n*a pas eu d'égale, et, depuis plus de cinq mille ans, résiste à toute innovation, à tout progrès, flère de ses institutions, de ses croyances, de son immobilité. .

Nous allons voir qu'elle fut la source de toutes les sociétés anciennes qui la copièrent plus ou moins servilement ou plutôt qui conservèrent la tradition portée aux quatre coins du globe par les émigrations successives.

Suivant les uns, les brahmes furent des envahisseurs guerriers qui asservirent l'Inde sous leurs lois; suivant les autres, les brahmes furent les descendants, les successeurs du novateur Christna, qui profitèrent des grands souvenirs laissés par ce dernier dans le peuple pour confisquer à leur profit la tradition religieuse et asseoir leur puissance.

La seconde àe ces opinions paraît être la plus véritable, la plus conforme à la logique des faits.

Si, en effet, la domination brahmanique eût été le résultat d'une invasion brutale, le pouvoir nouveau qui se serait fondé sans rejeter complètement rinfluence religieuse eût été, sans aucun doute, plus féodal, et tout au moins les chefs des tribus envahissantes, en se faisant rois, n^enssent jamais consenti à se reléguer au second plan, et à n'être que les vassaux et les serviteurs de leurs prêtres.

Ce pouvoir sacerdotal n'a dû et n'a pu s'établir que grâce à la puissance habilement exploitée de l'idée religieuse sur les consciences; sans cela il n'eût été accepté ni par les chefs ni par le peuple qui ne devaient retirer aucun avantage de leur esclavage.

Les brahmes sentirent le besoin de donner une origine divine à la société qu'ils étaient parvenus. à dominer; aussi, conservant pour, eux la tradition primitive de l'Ecriture sainte sur la Genèse et la création de l'homme, firent^ ils jouer à Brahma un rôle à leur convenance qui devait pour toujours assurer leur supériorité.

Ils eurent par la suite des imitateurs constants, et depuis eux on peut dire, l'histoire des peuples à la main, que Dieu ne fut plus que Tinstrument docile du prêtre.

Suivant eux :

Brahma de sa bouche produisit le Brahme, c'est-à-dire le prêtre ;

De son bras sortit le Tchatrîas ou le roi ;

De sa cuisse naquit le Vaysias ou le marchand et le cultivateur ;

De son pied, enfin, il tira le Soudras, c'est-à-dire l'artisan, le serviteur, l'esclave des autres castes.

Aux Brahmes fut réservé l'enseignement des Vedas on Ecriture sainte, l'accomplissement des sacrifices et la surveillance des rois.

Le Tchatrias eut pour devoir de gouverner, suivant la

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loi de Dieu, avec l'appui des prêtres, et de protéger le peuple.

Le Vaysias fut obligé de cultiTer la terre, soigner les bestiaux, tisser les étoffes, fabriquer tous les objets nécessaires à la vie, pratiquer rechange, faire le commerce et payer l'impôt.

Quant au Boudras, créé le dernier , il dut se résigner, ainsi que nous Tavons dit, à Tobéissaiioe et au ser-vage.

Chaque homme, et ce fut la règle inflexible, ne put ni pour services rendus, ni pour action d'éclat, ni pour tout autre motif sortir de la caste où il était né, et dès lors nulle ambition ne venant Fagiter, nul espoir d'une situation meilleure n'étant offert comme stimulant à son énergie, rindou, dont chaque pas, chaque mouvement, de la naissance à la mort, fut compté, réglementé par des habitudes et des lois, se plongea dans cette vie de rêve, de superstitions religieuses, de fanatisme et de matérialisme qui est encore celle qu'il mène aujourd'hui,, et qui lui fait repousser tout changement comme un mal, tout progrès comme un crime.

Certes, les Brahmes se préparèrent ainsi une nation facile à gouverner, impuissante à secouer le joug, et sans force même pour se plaindre ; ils en obtinrent longtemps honneurs, dévouements, richesses et respect. Mais du jour aussi où les populations du Nord regardèrent d'un œil jaloux les splendeurs et les richesses de l'indoustan, du jour où l'invasion mongole lança contre eux ses hordes rapides, en vain il essayèrent de se défendre, tous leurs efforts furent impuissants à galvaniser pour la lutte ce -peuple dont ils avaient fait un troupeau d'esclaves, et qu'ils avaient atrophié pour assurer leur domination. Seuls les Tchatrias se firent tuer, mais sans pouvoir reculer l'heure fatale de la chute commune. Et les Brahmes, tout en implorant dans leurs pagodes un Dieu impuissant

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à les sauver, virent s'écrouler le prestige de leur nom et leur pouvoir politique, grâce aux précautions mêmes prises par eux pour les conserver.

Depuis, rinde a été la terre classique des invasions, et ses peuples se sont toujours soumis, sans murmure^ au joug nouveau qui venait s'imposer, peut-être même n'assistaient-ils pas sans plaisir au renversement de ces hautes castes qui les avaient si longtemps dominés.

Parmi les écrivains anciens remontant à la civilisation des Yedas était Manou, le sublime et sacré législateur. Les peuples en avaient conservé le souvenir ; il avait inscrit en tête de ses lois religieuses et politiques la responsabilité des actes, l'égalité de l'homme, le libre arbitre et la liberté ; il était dangereux de le conserver tel quel, aussi les brahmes eurent-ils pour premier soin de falsifier cet ouvrage en le réduisant et l'adaptant à leurs nouvelles doctrines, en donnant le prétexte spécieux, à ceux qui auraient pu s'apercevoir <Je l'altération, que le livre original était réservé à l'étude des sages et des héros.

Nous lisons dans la préface d'un traité de législation do Nârada, préface écrite par un des adeptes, un des complaisants du pouvoir brahmanique : « Manou ajant écrit le& lois de Brahma en cent mille slocas ou distiques qui comprenaient vingt-quatre livres et mille chapitres, donna l'ouvrage à Narada, le sage parmi les sages, qui l'abrégea pour l'usage du genre humain en douze mille vers, qu'il donna à un fils de Bhrigou nommé Soumati, lequel, pour la plus grande facilité de la race humaine, les réduisit à quatre mille. Les mortels ne lisent que le second abrégé,^ fait par Soumati, tandis que les dieux du ciel inférieur et les musiciens célestes étudient le code primitif. »

Il est clair, ajoute William Jones, que les lois de Manou telles que nous les possédons, et qui ne comprennent que deux mille six cent quatre-vingts slocas, ne peuvent être Touvrpge attribué à Soumati, qui est

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probablement celui qu*on désigne sous le nom de Vriddha- Manava ou ancien Code de Manou, et qu'on n'a pu encore reconstituer en entier, bien que de nombreux passages de ce livre aient été conservés par la tradition et cités souvent par les commentateurs.

Ainsi les Brahmes abrégèrent Manou et 'en firent un soutien de leurs nouvelles doctrines. Ce qui leur importait surtout était que les castes ne pussent franchir la ligne de démarcation par eux tracée, pour former un peuple qui eût pu réclamer son indépendance. Dans ce but Ils prohibèrent non-seulement les mariages entre les castes différentes, mais encore toutes les associations, toutes réunions, de quelque nature qu'elles fussent.

On ne put même prier, manger ou se divertir qu'avec les gens de sa propre condition, et cela sous peine de dégrculation et de bannissement.

Manava-Dharma-Sastra, livre X, slocas 96 et 97 :

M Que l'homme de basse naissance qui vit en se livrant aux occupations des classes supérieures, soit à Tinstant privé par le roi de tout ce qu'il possède et banni.

«* Il vaut mieax s'acquitter de ses propres fonctions d'une manière défectueuse que de remplir parfaitement celles d'un autre,, car celui qui vit en accomplissant les devoirs d'une autre caste perd sur-le-chfimp la sienne. >♦

Cette prohibition atteignit les Brahmes et les rois aussi rigoureusement que les gens de basse extraction. On conçoit qu'il y avait nécessité plus urgente encore à ce ^ue le mauvais exemple ne pût venir d'en haut.

Manava-Ûharma-Sastra, livre X, slocas 91 et suivants :

M Si le brahme se fait marchand de grains au lieu de les employer à préparer sa nourriture et à en faire des oblations, qu'il revienne lui et ses descendants dans le corps d'un ver immonde au milieu des excréments d'un chien.

« S'il vend du sel, de la chair ou de la laque, il encourt

la dégradation ; s'il vend du lait, il tombe immédiatement dans la caste des soudras.

« S'il rend d'autres marchandises moins dégradantes, au bout du septième jour il devient Vaysîas.

u Le brahme devra plutôt mendier que de se livrer au moindre travail des mains et s'abaisser au niveau de l'artisan, f

Même ouvrage, sloca 102 et suivants :

M Le brahmane qui est tombé dans la misère doH recevoir de qui que ce soit; car, d'après la loi, il ne peut pas advenir que la pureté parfaite soit souillée.

« En enseignant la sainte Écriture, en dirigeant des sacrifices, en recevant des présents dans des cas interdits, les brahmes ne commettent aucune faute: s'ils sont malheureux, ils sont aussi purs que l'eau ou le feu.

« Celui quij se trouvant en danger de mourir de faim, reçoit de la nourriture de n'importe qui, n'est pas plus souillé par le péché que Téther subtil par la boue.

« Adjigarta, étant affamé, fut sur le point de faire périr son fils Sounahsèpha; cependant, il ne se rendit coupable d'aucun crime, car il cherchait un secours contre la fan(iine. »»

Le commentateur CoUouca Batta dit que Adjigarta attacha son fils à un poteau pour l'offrir en holocauste au Seigneur, mais que ce dernier, satisfait de son obéissance, arrêta son bras. Nous reviendrons sur cette légende qui trouvera même sa place aux origines bibliques.

« Vamadèva, qui savait distinguer parfaitement le bien et le mal, ne fut nullement rendu impur pour avoir désiré, dans un moment où il était pressé par la faim, manger de la chair d'animaux immondes.

« Le rigide pénitent Bharadwadja, étant tourmenté par la faim, et seul dans une forêt déserte avec son fils, accepta plusieurs vaches de Thumble artisan Vridhou.

« Viswamitra, qui fut un saint personnage succombant

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de besoin, se décida à manger la cuisse d'un chien qu'il avait reçue d'un fossoyeur. »»

On peut Yoir, d'après ces passages, si rinterdiction de tout travail, qui les eût fait déroger et perdre de leur prestige aux yeux de la foule, fut sévèremcAt formulé pour lesbrahmes.

Il en fut de même pour les rois et toutes les autres castes; rien ne fut égalé comme crime à la tentative de changer de situation, punie' en ce inonde par la dégradation et rinfamie, et dans l'autre par la migration des âmes souillées de ce forfait dans le corps des animaux les plus immondes.

A partir de ce moment^ la brillante civilisation de l'Inde s'arrôte, l'ignorance s'empare des masses qui, oublieuses de leur passé. glorieux, ne songeant qu'à la satisfaction de leur sens, se plongèrent dans la corruption la plus éhontée, corruption favorisée par les prêtres au profit de leur influence.

Et seuls les Brahmes gardèrent par devers eux les antiques traditions philosophiques, religieuses et morales qui devinrent un sujet d'études privilégié pour cette caste, et un moyen de conserver les rois sous leur domination, par le double prestige du respect religieux et de la science.

Au culte religieux simple et pur de la révélation primitive et des Vedas, ils substituèrent peu à peu pour la foule l'adoration de personnages nombreux qui, sous le nom de devas ou anges et saints, étaient regardés les uns comme les agents immédiats entre Dieu et ses créatures, les autres comme des Brahmes qui, après avoir vécu sur la terre dans la pratique de toutes les vertus, étaient allés s'absorber dans le sein de la divinité.

Brahma, la pure essence divine, n'eut bientôt plus d'autels, et les prières des mortels durent, pour parvenir à lui , s'adresser à ces êtres inférieurs dont les images

peuplèrent les pagodes et les temples, et que Boudha vint essayer de renverser plus tard par une réforme qui n'est pas sans analogie avec celle tentée par Luther au moyen

âge.

Ce fut le coup le plus terrible porté à Tancienne société

indoue, la dernière main mise à cette œuvre de décadence' et de décrépitude dont nous aurons bientôt l'occasion d'étudier les effets.

Le prêtre se renferma dans le dogme et le mystère, se prétendit le seul gardien, le seul dispensateur de la vérité •en matière morale et religieuse, et, appelant à son aide lés lois civiles qui se mirent servilement à sa disposition, bannit la libre pensée et la raison, courba toute volonté, toute liberté sous la foi, et imagina, enfin, ce fameux adage qui depuis a su faire un assez beau chemin : « Qull n*y avait rien de plus agréable à Dieu que de croire sans comprendre ; que de s'incliner sans savoir; que d'apporter sur le parvis de ses temples une intelligence privée de ce qui constitue l'intelligence, c'est-à-dire l'examen et la croyance raisbnnée. »

Nous allons voir bientôt l'Egypte, la Judée, la Grèce, Bome, toute Tantiquité, enfin, copier îa 'société brahmanique dans ses castes, ses théories, ses opinions religieuses, et adopter ses Brahmes, ses prêtres, ses lévites comme elles avaient déjà adopté le langage, la législation et la philosophie de l'ancienne société des Vedas d*où leurs ancêtres étaient partis pour aller semer dans le monde toutes les grandes idées de la primitive révélation.

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