‹ La Bible française au moyen ageChapitre 74 sur 137 · BIBLE DE GENEVE · texte numérisé non relu

BIBLE DE GENEVE

(Jean Chouet, 1610.)

Un liomme avoit deux fds, dont le plus jeune dit a son père : Mon pcre , donne moi la part du bien qui m'appartient. Ainsi il leur partagea les biens. Et peu de jours après, (piand le plus jeune iils eut tout assemblé, il s'en alla debors en un païs lointain, et la dissipa son bien en vivant prodigalement '"'.

Dont, estant revenu a soi mesme, i7 dit : ... Je me lèverai, et m'en irai vers mon père, et lui dirai :

Mon père, j'ai pecbé contre le ciel et devant toi, et ne suis plus digne d'estre appelle ton fils : fai moi comme /'un de tes njercenaires . . .

OSTERVALD.

(Tfixte des Sociétés bibliques.)

Un bomme avait deux fils, dont le plus jeune dit à son père : Mon père, donne-moi la part du bien qui me doit échoir. Ainsi le père leur partagea son bien. Et peu de jours après, ce plus jeune fils, ayant tout amassé, * s'en alla debors dans un pays éloigné, et il y dissipa son bien en vivant dans la débauche. . .

Etant donc rentre en /(«'-même, il dit : ... Je me lèverai et m'en irai vers mon père, etjf'e lui dirai : Mon père, j'ai pécbé contre le ciel et contre toi , et^e ne suis plus digne d'être appelé ton fils : /rrt(7e-nioi comme l'un de tes domestiques . . .

^'' Noie : ou dissolainciU.

Ainsi donc il parût, et vint vers son II partit donc et vint vers son ])èrc. père. Or, lui e.s/«H^ encore loin , son Et comme il était encore loin, son pore le vid, et fui esmeu de com- père le vit, et fut touché de compaspassion, et accourut et se jetta a sion, et, courant à lui, il se jeta à son col, et le baisa. . . Or le père son cou et le baisa. . . Mais le père dit a ses serviteurs : Tirez moi hors dit à ses serviteurs : Apporte: la la plus belle robbe, et le vestez. . . plus belle robe, et l'en revêtez. . . Ucstoit perdu, mais il est retrouvé. Il était perdu, mais il est retrouvé.

Si nos citations, qui du reste seront continuées tout à l'heure, ne paraissent pas au lecteur suffisamment concluantes, nous le prions de considérer qu'en pareille matière un jugement quelque peu scientifique ne peut s'établir que sur des collations aussi multipliées que minutieuses; or il n'était pas de notre sujet d'entrer dans le détail de cet examen. Nous devions seulement indiquer à d'autres critiques une question qui est intéressante à bien des égards. Il ne faut certainement pas exagérer l'influence des textes du moyen âge sur ceux de la Renaissance et de la Réforme; il nous a pourtant semblé que ces influences existent, et elles suffisent pour établir la tradition qui unit les traductions anciennes aux versions modernes. S'il ne reste que peu de mots de la Bible du moyen âge dans la Bible d'aujourd'hui, ces quelques mots suffisent à créer un lien entre le présent et le passé.

Nous pouvons aller plus loin et nous demander si la tradition du Psautier, interrompue parmi les protestants en i535, ne s'étend pas au delà de cette date pour les versions catholiques. A priori, la chose est vraisemblable. En effet, le Psautier du moyen âge, perpétué par l'édition de Le Fèvre, convenait parfaitement aux habitudes de la piété catholique, qui n'avait pas rompu avec le Vsautier gallican. En fait, nous pouvons dire avec assurance que la Bible de Louvain, le seul texte qui ait eu de la popularité dans l'Eglise catholique avant d'être détrôné par la Bible de Sacy, n'est pas autre chose, tant pour le Psautier que pour le reste du livre, qu'une Bible de Le Fèvre à peine retouchée. Les revisions mêmes qui ont été faites de la version de

Louvain l'ont si peu modifiée, que nous pouvons affirmer ceci : la Bible de Louvain, telle qu'elle a été imprimée vingt-cinq ou trente fois de i55oà 1690, continue, pour le Psautier comme en toutes ses autres parties, la tradition du moyen âge, et le Psautier de Louvain est encore, avec assez peu de changements, le Psautier du manuscrit de Montebourg. Cette célèbre revision des docteurs de Louvain n'a pas borné son influence à l'Eglise catholique. Au milieu des persécutions dont le protestantisme français était l'objet, la Bible de Louvain, traduite par des catholiques et approuvée par la Sorbonne, était moins suspecte que les Bibles de Genève et exposait à moins de dangers ceux qui la conservaient. C'est ainsi que, si l'on en croit M. Douen, on ne trouvait guère, au siècle dernier, que des Bibles de Louvain chez les protestants du nord de la France. Le Psautier du moyen âge y était du moins accompagné des numéros de l'hébreu, et le vous, qui n'a été introduit dans les prières des Psaumes que par la Bible de Sacy, n'avait pas encore remplacé le iu. Nous pourrions aller plus loin et soutenir que la célèbre version de de Sacy, la seule actuellement en usage parmi les catholiques français, n'a pas échappé elle-même à l'influence de la Bible du moyen âge. Nous pourrions montrer la filiation qui rattache cette célèbre édition aux anciennes versions par l'intermédiaire de la Bible de Louvain, qui a certainement fourni la base du travail de de Sacy. Mais cette recherche excéderait la juste mesure; la Bible de Lemaître de Sacy est, au fond, presque autant une paraphrase qu'une traduction proprement dite, et les ressemblances qui peuvent exister entre elle et les versions du moyen âge appartiennent sans doute à la catégorie des infiniment petits.

Il est temps de montrer, par un tableau comparatif, la transition presque insensible du Psautier de Montebourg à la Bible de Louvain. Je souligne tout ce qui dislingue un texte du texte précédent.

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