Né en 1782, L. Justin Lafaugère, élève
de Daressy, maître à Agen, fut certainement le plus grand exécutant de cette époque dont Jean-Louis a été le plus grand démonstrateur.
Les noms des deux hommes qui, pendant près d'un demi-siècle, tinrent si haut et si ferme le drapeau de Tescrime, sont forcément liés Tun à l'autre ; chacun d'eux cependant possédait un talent d'un caractère bien différent.
Jean-Louis était le classique par excellence, Lafaugère, le romantique déclaré (j'entends dans le sens tout à fait artistique).
Aux personnes qui pensent qu'une grande taille est généralement indispensable pour devenir habile à Tépée, on pourrait présenter Lafaugère comme preuve du contraire.
Il était admirablement fait, mais comptait .parmi les plus petits hommes de son temps (il n'avait pas cinq pieds), ce qui ne l'empêcha pas de battre les plus grands et les plus forts et d'être désigné par Napoléon I«'' comme devant être le professeur du Roi de Rome.
Peindre, était la passion dominante de cet original, et rien ne lui était plus agréable que de s'entendre complimenter à ce sujet.
Il lui arriva plusieurs fois de quitter brusquement Lyon, où il avait une Salle renommée et florissante, et d'aller passer trois mois soit en Italie, soit en Espagne, non pour y étudier Tescrime étrangère, mais les peintres anciens.
Dans les assauts où il assistait, nul n'avait l'éloge plus facile et la critique plus légère ; en revanche, il ne pouvait voir une peinture quelconque sans lui découvrir de nombreux dé-
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fauts et se croire obligé de prodiguer ses conseils; à ses amis ou à ses élèves, il allait même jusqu'à leur offrir de retoucher leurs tableaux.
Des leçons d'armes ou des assauts de Lafaugère ne s'obtenaient pas toujours aisément, mais il eût, avec bonheur, accroché de ses toiles chez tous les gens qu'il connaissait.
Dans un voyage qu'il fit à Paris en 1825, lors de la deuxième édition de son Traité, des amis à lui imaginèrent de le présenter, sans le nommer, dans un de ces assauts de second ordre qui se donnaient, à cette époque, tous les dimanches.
Les bénéficiaires de l'assaut vinrent aussitôt en plaisantant inviter ce petit homme à tirer. « Je le veux bien, dit-il, mais mon jeu n'intéressera guère, j'ai eu un maître qui suivait une méthode déplorable. « Je ne sais pas toucher^ et on ne me touche pas ». Tous éclatèrent de rire à son nez et on l'obligea à prendre un fleuret. Trois tireurs vinrent successivement se présenter devant lui. Lafaugère ne toucha pas un seul coup malgré ses efforts apparents; mais pas un coup ne l'avait atteint ; ses contorsions de bras, de mains semblaient prodiguer maladroitement des parades que la chance et le hasard seuls paraissaient lui faire réussir. Personne ne riait plus et les tireurs se regardaient effarés. Tout à coup quelqu'un s'écria : c'est Lafaugère; il n'eut que le temps de fuir pour se soustraire à l'enthousiasme général.
S'il fut peintre médiocre et faible démonstrateur, il faut reconnaître en lui le premier tireur de son époque, en même temps qu'un
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grand cœur et un écrivain très présentable.
Le musée d'Agen, sa ville natale, possède un beau portrait représentant Lafaugère accoudé sur une table, près d'un livre et d'une épée.
3o. Le comte de Bondy, préfet de la Seine sous Louis XVII 1, était élève de Gomard père et jouissait d'une réputation étendue et méritée de tireur hors ligne. (Seul, Lafaugère lui était supérieur,)
Le bruit des sanglants exploits d'un certain R..., spadassin établi à Caen, le fit un jour accourir incognito dans cette ville, et le soir même de son arrivée, de Bondy se rendit avec un ami dans le café où le duelliste venait parader d'habitude ; il s'assit dans un coin.
R..., dont il avait le signalement, jouait au billard et était, facilement d'ailleurs, reconnaissable par l'accueil dédaigneux qu'il faisait aux sourires et aux félicitations d'une galerie aussi craintive qu'enthousiaste.
Sur ces entrefaites, un jeune homme qui entrait dans le café, efBeura en passant et par mégarde la queue de billard du triomphateur qui s'élança vers lui, rouge de colère, en l'invectivant grossièrement et en le provoquant. Le jeune homme ahuri, tout tremblant, se confondait en humbles explications.
A ce moment, on entendit une voix vibrante et inconnue : « Allez commander un enterre-
ment de première classe pour monsieur ; » et de sa place , Bondy, paraissant s'adresser à son vis-à-vis, indiquait du doigt le duelliste qui se tourna aussitôt de son côté et vint à lui avec des allures de tigre.
— Un enterrement pour moi, avez-vous dit ; et qui donc, s'il vous plaît, me préparera cet enterrement ?
— Moi, fit rinconnu, tout en sirotant sa chartreuse.
— Ah! Et... vous êtes?
— Le comte de Bondy!
A ce nom redouté, R... chancelle et devient blême; il cherche ses mots, ses excuses.
— Ce n'est pas à moi qu'il faut faire vos excuses, mais à ce jeune homme, et que ce soit votre dernière affaire, ne l'oubliez pas.
Inutile d'ajouter que, ses excuses faites, le spadassin s'éclipsa au milieu des huées et ne reparut plus en scène.
Une autre fois, le comte de Bondy se trouvait, par hasard, à déjeuner dans un restaurant à la mode du Palais-Royal. Non loin de lui, trois messieurs, somptueusement attablés, causaient, à haute voix, de choses et d'autres. Leur conversation, que de Bondy entendait, en arriva à tomber sur lui, et ce fut à qui déchirerait le mieux : « Ce mauvais préfet, ce fâcheux politique dont on surfaisait les mérites aussi bien que la force à l'épée. »
De Bondy laissa passer les premiers jets, mais bientôt, agacé par l'explication détaillée de ses vices et méfaits, il tire une carte de son
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portefeuille et la place dans une assiette, puis, il prie, à voix basse, le patron de rétablissement d'aller poser cette assiette sur la table de ces messieurs; Vautre, croyant à un acte de politesse, s'empressa de servir délicatement ce plat d'un nouveau genre. Les trois individus lurent et se regardèrent hébétés Leur déjeuner, singulièrement refroidi, fut à peine terminé et tous trois filèrent aussitôt.
3i. De Liancour mourut à Paris en 1732, après avoir enseigné Pescrime pendant 52 ans. Il est regardé comme le premier des Maîtres de répoque de Louis XIV.
32. Moreau, père de l'auteur, et maître d'armes à Nantes également, avait eu l'occasion de tirer avec le chevalier de Saint-Georges et d'être complimenté par lui.
33. Le manuscrit de Palladini se trouve à Paris dans une collection particulière.
34. La Êimille des le Perche fournit en France des Maîtres pendant plus d*un siècle.
L'auteur est le plus connu ; il portait les prénoms de Jean-Baptiste et tenait sa Salle d'armes rue' de la Harpe.
Il fut enfermé pendant quelque temps à la Bastille pour des propos imprudents débités par lui sur Louis XIV et M™« de Maintenon.
33. Les noms de MM. de la Pervenchère et du Marquis de Valfons, resteront liés à l'histoire de notre escrime, pour l'initiative et l'appui que ces deux députés ont apporté dans le projet de loi voté en iSyS parle Parlement, en vue de l'amélioration à accorder aux situations de nos Maîtres militaires.
36. L'auteur espagnol Quevedo Villegasf dans son roman VAventurier Buscon, a mis en scène d'une façon très amusante l'escrime mathématique que quelques auteurs déjà, avant Rada, avaient tenté d'expliquer et d'établir.
37. Rowlandson, le célèbre dessinateur anglais, fréquentait beaucoup, à Londres, la Salle d'armes d'Angelo et y a trouvé les sujets de diverses scènes d'escrime, rendus par lui d'une façon très heureuse, et qui ont été gravés.
38. Saint-Martin, officier français, était un des meilleurs élèves du fameux Danet.
Attiré en Autriche, il conquit à Vienne une réputation et devint le professeur en titre de l'aristocratie autrichienne.
39. On annonce cependant qu'un collectionneur aurait acquis dernièrement, à Londres, un exemplaire de V Académie de VEspée de G. Thibaust, semblable à celui que possède la Bibliothèque de Versailles.
40. Le manuscrit original de l'œuvre de Philibert de la Touche, se trouve, avec gravures avant la lettre, au département des manuscrits de la Bibliothèque Nationale. L'exemplaire de
ce livre qui a appartenu à Louis XIV se trouve à la réserve des imprimés.
41. Vers 1600, Patenostrier et H.Cavalcabo, maîtres italiens, jouissaient en Europe d'une brillante renommée. Brantôme, dans ses mémoires, les cite avec éloges et raconte : « Que des seigneurs françois sont allés en Italie ap^ prendre du Patenostrier la milice de F escrime. ï> Brantôme parle aussi du Grand Tappe de Milan-
42. La Boëssière père, le professeur de Saint- Georges, inventa, vers ijSo, le masque à treillis, à peu près semblable à celui dont nous nous servons aujourd'hui, mais sans les côtés. Plusieurs maîtres refusèrent longtemps de Padopter dans leurs Salles comme étant une garantie indigne des bons tireurs. Ce ne fut qu'au commencement de notre siècle, et à la suite de plusieurs accidents graves, qu'il fut rigoureusement imposé dans les assauts.
43. Jean-Louis a été le plus complet démonstrateur de notre siècle ; il n'a malheureusement rien fait imprimer du merveilleux mode d'enseignement qu'il établit et que suivent, par tradition, les nombreux maîtres qu'il a formés. L'École qu'il fonda à Montpellier, en 1829, devint un centre d'escrime d'où est sortie une brillante phalange de maîtres et d'amateurs, et où les plus grandes réputations allèrent chercher leur consécration.
La seule femme qui soit jamais parvenue à une sérieuse force à l'épée, a été M"® Jean- Louis, morte il y a peu d'années; elle avait épousé un médecin de Toulouse.