‹ La Bibliothèque canadienne [microforme]Chapitre 57 sur 177 · L. XIE, page · texte numérisé non relu

L. XIE, page

ANECDOTE AMFRICAINE.

Ceux que nous appellons sauvages ou barbares, le sont bien moins que certains Européens fiers de leurs lumières, et laissent souvent éclater des sentimens remplis de délicatesse et d'honneur. En voici un exemple frappant, Un Chactas par- Jait un jour fort mal des Français, et disait que les Indiens voisins de sa nation étaient leurs chiens, c’est-à-dire leurs esclaves, Un de ceux-ci, indigné de ces injures, le tua et se retira à la Nouvelle-Orléans. La nation des Chagtas voulut en tirer vengeance, et envoya des députés au gouverneur pour réclamer le coupable. Elle refusa tous les présens qu’on lui offrit pour assoupir cette affaire, et menaça de bruler le village de l'assassin, si on refusait de le luilivrer. On fut donc obligé de le remettre entre leurs mains. Un officier français se chargea de cette triste commission, et le meurtrier fut conduit près de l'endroit où le crime venait d’être commis. Les Chactas assemblés reçurent leur victime en présence de la peuplade outragée, qui s'était rendue au mème liey. Le coupable d’un crime bien excusable aux yeux des Français, harangua de bout, suivant l’usage de

ces peuples, et dit: ‘Je suis un homme (c’est-à-dire je ne .

crains point la mort;) mais je plains le sort d’une femme et de quatre enfans, que je laisse après moi dans un âge fort tendre; je plains mon père et ma mère, qui sont vieux, et que je fuisais subsister par ma chasse. Je Îles recommande aux Français, püisque c’est pour avoir pris leur parti que je suis sacrifié.”

A peine eut-il achevé ce discours, que son père, qui était présent, se leva, s’avança au milieu de l’assemblée des deux nations, et parla en ces termes : C’est avec justice que mon fils meurt, puisqu'il s‘est rendu coupable d’un meurtre ; mais étant jeune et vigoureux, il est plus capable que moi de nourrir sa femme, sa mère et quatre jeunes enfans. Il faut donc qu'il reste sur la terre pour en prendre soin, Quant à moi, je suis sur la fin de ma carrière; j'ai vécu assez; je souhaite même que mon fils parvienne à mon âge pour élever mes petits-enfans. Je

En 1793, M. Marrinez observa à Madrid un homme bicéphale que l’on :

y montrait pour de l’argent.

Siassenr dit aussi avoir vu unenfant double supérieuremeut, simple inférieurement. 1.’un mangeait, l’autre ne mangeait point. Souvent ils se battaient ensemble. L'un étant mort, l’autre survécut à peine quatre jours.

vs

}40 Convivialité Canadienne.

ne suis plus bon à tien ; quelques années de plus ou de moins me sont indifférentes. J'ai vécu en homme, je veux mourir de

même; c'est pourquoi je vais prendre.sa place.”

En entendant ces paroles, qui exprimaient l’amour paternel d’une manière aussi forte que touchante, sa femme, son. fils, sa belle-fille, et ses petits-enfans fondaienten larmes autour de ce tendre et courageux vieillard. 11 les embrassa pour la der. nière fois, et prenant ses petits-enfans dans ses bras, il les pré. senta aux Français et les leur recommanda. Il s’avança ensuite vers les parens du mort et leur offrit sa tête: elle fut acceptée, Ces sortes d'échanges sont ordinaires chez les sauvages. Le vieillard s'étendix sur un tronc d’arbre, et on lui abattit la tête

. d'un coup de hache. Tout fut assoupi par cette mort. Le

jeune homme füt contraint de livrer lui-même la tête de son père; et en la ramassant, il lui adressa ces mots :.‘ O mon père, ardonne-moi ta mort, ‘et souviens-toi de ton fils dans le pays des âmes.” Tous les Français qui assistèrent à cette tragédie furent attendris jusqu'aux larmes, en admirant le sacrifice héroïue du vieillard. Les Chatas prirent la tête, la mirent au bout ’une perche, et l'emportèrert comme en triomphe dans leur

village,

Et CONVIVIALITE! CANADIENNE.

ON nous a communiqué par lettre la description d’un diner donné, le 20 du courant, par quelques jeunes Messieurs de Berthier à leurs amis du village. Quoique nous ne croyons pas devoir mettre sous les yeux du:public les détails que nous a fournis l’auteur de la lettre en question, nous dirons néanmoins que loir de regarder ces manières de se réunir amicalement, comme indifférentes en elles-mêmes, et absolument indignes d'occuper l'attention d'hommes graves et sensés, nous ÿ voyons au contraire la commémoration 3h bonheur de nos ancêtres, la perpétuation de leurs mœurs et surtout de leur socialité. Nous entendons parler de celles de ces réunions où règnent, comme ont régné dans celle dont il s’agit ici, l’urbanité franche, la tént soit peu bruyante, mais toujours aimable hilarité, l’attrayante convivialité canudienne, en un mot, si l’on veut bien nous passer cette expression, Ce:qui relève surtout un repas vraiment canadien, ce sont les bons-mots, les lardons, les reparties

. fines ou caustiques, les rétorsions de ceux qu’on ‘agace ainsi,

non dans la vue de les offenser, mais pour égayer la compagnie, et rehausser, pour ainsi dire, la qualité et le goût des mets et des boissons ; ce sunt les chansons, chantées quelquefois à gorge déployée, quand il ne s’y mêle rien de trop trivial, ni, ce qui pis serait,

ins me urir de

baternel à fils, sa tour de la der.

les préa ensuite acceptée, ges. Le t la tête ort. Le le son pènon père, a le pays 2 tragédie ce héroiat au bout dans leur

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“mettre de l’ordre

Le Coin du Feu. 14}

d'indécent. Sans nuire à la gaité, nôn plus qu’a honnête liberté des convives, la présidence, la vice-présidence et les santés viennent à propos donner un ton imposant à la réunion, ans le repas, et restreindre dans les justes bornes de l’hilarité ceux qui autrement pourraien: être tentés d'aller au-delà. Les jeunes Messieurs qui se sont assemblés en la présente occasion, ont mérité d’être loués de leur loyauté, de léur patriotisme, de leur retenue dans la joie et de leur sobriété. La première santé a été portée à notre Souverain G£orce IV ; la seconde à son Excellence Sir James Kewpr, notre digne Administrateur ; la troisième à la prospérité du Canada; la quatrième aux honorables membres de la Chambre d'Assemblée, &c. L'air national, God save, &c. a terminé le repas. Puissent tous ceux de nos jeunes compatriotes qui se réuniront dans le même but, se comporter toujours de manière à mériter des éloges, loin de se mettre en butte à la censure, et préserver les antiques,

* loyales, et honnètement joviales manières canadiennes dans les

repas.

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