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Tome IX. No.—XII

226 Flistoire du Canada.

davantage. . Les garde-magasins ne parlaient jamais, dans leurs demandes, -de ce qu’il leur en restait entre les mains, afin que ce qui serait demandé ensuite, en addition à l’approvisionnement ordinaire, et qui se trouvait a la disposition de l'inspecteur, pût être revendu a la couronne à un prix exhorbitant.—Quant à ]a fourniture d’habillemens pour les troupes et les milices, elle fut confiée à Péan, pour les postes d’en haut, avec l'autorité de prendre dans les magasins du roi, tout ce qu’il Jui faudrait, et l’on peut croire qu’il sut tirer bon parti de son nouvel emploi,

Cependant les habitans de Québec souffraient de la rareté et de la cherté du pain, vu la difficulté de se procurer du bled, dans les campagnes, au prix de six livres le minot fixé par l'in. tendant. Cadet, qui savait qu’il y avait beaucoup de bled chez les cultivateurs, conseilla à l’intendant de le saisir ; et celui-ci fit’ aussitôt sortir l’ordre de ne plus porter ni moudre de bled à aucun des moulins de la province. Un nombre de commis chargés de cet ordre furent envoyés dans les différentes seigneuries pour voir à ce qu':l fût exécuté, excepté pourtant chez ceux des seigneurs à l’égard desquels la compagnie dont nous avons déjà parlé désirait se montrer indulgente. Cet ordre mit bientôt en vente une grande quantité de bled. Cadet, le secrétaire de l’intendant, et plusieurs des commis envoyés avec lui dans les campagnes, y firent un énorme profit, en le revendant vingt. quatre livres le minot.

Malgré la prise de Beauséjour par les Anglais, la somme d'argent accordée aux Acadiens: émigrés, sous le gouvernement de M. de la Galissonnière, continuait à leur être payée annuellement, et comme c'était une assez riche mine à exploiter, Bi-

ot y envoya un garde-magazin, et Cadet un commis pourvu

‘une grande quantité de marchandises sèches et autres cffets, Le garde-magazin avait ordre de ne faire aucun commerce particulier, mais de prendre chez le commis de Cadet tout ce qui lui serait nécessaire, et de donner des reçus de ce qui lui serait fourni. Par ce moyen, le conimis accapara pour le maître tout l'argent donné par la couronne aux Acadiens, sans parler de l‘énorme profit fait sur la vente des marchandises. Afin de ntre point troublé dans un jeu aussi profitable, la compagnie ajouta d’elle-même aux appointemens du commandant du poste, et fit un traitement considérable au surveillant qui avait été accordé à la prière de: Acadiens.

En conséquence de l’ordre envoyé de France a M. de Vaudreuil de défendre les frontières de la colonie, et d'agir sur l’offensive, quand il croirait pouvoir le faire avec avantage, il envoya, pendant l'hiver, plusieurs partis de Canadiens et de sauvages, pour reconnaitre le pays, sur les frontières des colonies anglaises. Un de ces partis, qui avait pénétré au-delà du lsc

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Champlain, revint avec la nouvelle que les Anglais étaient aetivement occupés à fortifier le fort George, à l'extrémité méridionale du lac de ce nom, et y avaient amassé une grande quane tité de vivres et de munitions. Le gouverneur et le marquis de Montcalm eurent un pourparler sur le sujet, et ils furent d’a-

vis qu’il fallait attaquer le fort, avant que les ouvrages fussent

achevés, et qu’il y eût été assemblé une forte garnison.

Comme il n’y avait pas de temps à perdre, M. de Montcalm forma un détachement de cent cinquante hommes de troupes de la colonie, de six cent cinquante Canadiens et de quatre cents sauvages, pour cette expédition. Le commandement de ces troupes fut confié à M. Rigaud de Vaudreuil, frère du gouverneur général, lequel, conime gouverneur particulier, ( des Trois-Rivières,) avait dans la colonie le rang de colonel, et il eut pour second, le chevalier de LonGueiz, lieutenant de roi à Québec. Ce dernier s'était déja distingué par sa bravoure et son habileté dans le métier des armes. Les troupes du roi étaient commandées par M. PonLari£’, capitaine au régiment du Roussil- Jon, et celles de la marine, par M. Dumas, qui était descendu du fort Duquesne. Le chevalier LEMERCIER agissait comme ingénieur en chef. M. Rigaud avait pour instructions d'attaquer le fort par escalade, et s’il était repoussé, de mettre le feu aux bateaux, aux magazins et aux bâtimens qu’il y avait auprès. M. Ponlarié devait obéir en tout awieordres da commandant, et s'eflorcer de maintenir la bonne |luteliigence entre les troupes du roi et celle de la colomie; et sil différait d'opinion avec M. Rigaud, dans le cas où il y aurait un conseil de guerre, il devait exposer ses raisons par écrit.

Toutes les dispositions nécessaires ayant été faites, M. de Rigaud partit de Montréal au commancement de Mars, et campa le 17 du mème mois, derrière une coline, à une lieue et demie du fort George. Le dessein du commandant français avait été de surprendre la garnison ; mais n’y ayant pas réussi, il prit le parti d'investir le fort. En mème temps qu’il employa une partie de son armée à amasser des fascines, il posta un corps de sauvages sur le chemin du fort ÆZdward, afin de couper la communication avec Albany. Le 21, M. de Rigaud fit sommer le commandant anglais de se rendre, mais celui-ci le refusa, en disant qu'il était résolu de se défendre jusqu’à la dernière extrémité. : Désespérant de pouvoir emporter le fort par escalade, le commandant français se vit contraint de s’en teuir à la seconde partie de ses instructions : il brula toutes les maisons qu’il y avait aux environs du fort George; l’hopital, trois hangards remplis de provisions, trente bateeux, et un grand Ne de chaloupes; après quoi, il reprit la route de Montréal,

Histore du Canada, 227 |

228 IT'sloire du Canada.

‘Le gouverneur général approuva ce qu'avait fait son frère, et vit dans l’incendie des magazins et des bateaux des Anglais, au fort George, un moyen de retarder leurs progrès, s'ils avaient dessein d'attaquer Carillon, ou la Pointe à la Chevelure, Afin de mettre les forts qu’il y avait en ces endroits, dans un meil. leur état de défense, M. de Bourlamaque y fut envoyé, avec deux bataillons, pour continuer les ouvrages, et s’assurer de la communication entre les deux lacs, (de Champlain et du St Sacrement). Le capitaine PoucHor fut envoyé en mème temps à Niagara comme commandant, avec ordre de mettre ce fort dans le meilleur état de défense possible. Cet officier envoya aux tribus du nord et de l’ouest l'invitation de faire’ descendre Jeurs chefs à Montréal, pour assister au grand conseil qui devait s’y tenir. Elles acquiescèrent toutes, et promptement à linvi. tation ; les chefs descendirent, accompagnés d’un grand nombre de guerriers, et dans l’audience que leur donna le gouverneur général, il leur dit en substance, “ que, comme ils n’ignoraient pas les derniers succès qui avaient couronné les armes dü grand Ononthio leur père, il espérait qu’ils n’auraient plus aucune communication avec les Anglais, ses ennemis; que ces derniers avaient bâti sur le terrain de leur père, un fort qu'il avait reçu ordre de détruire, et qu’il ne doutait pas qu’ils ne fussent d’eux-mèmes portés * ‘aider dans cette entreprise, Ils lui répondirent en peu de’, #$fs, qu’ils avaient écouté attentivement son discours, et qu'ils étaient déterminés à se conformer à sa volonté. Pour les affermir dans cette résolution et leur témoigner sa satisfaction, M. de Vaudreuil leur fit distribuer

plus de présens qu’il ne s’en donnait ordinairement, en ces occasions.

Comme l’entreprise contre le fort D exigeait, pour réus-

sir, plus de moyens que n’en avait eu M. de Rigaud, on assembla à S/. Jean, où il avait été bâti un fort en 1749, des troupes et des milices de toutes les parties de la province. Le transport des vivres et des munitions, qui se fit, en grande partie, par batteaux, de Montréal à Sorel, et de là à St. Jean, fut encore pour la plupart des employés corrompus et prévaricateurs du gouvernement, un moyen d’amasser des richesses par toutes sortes de fraudes et de déceptions, ou plutôt par le pillage de l'argent et des effets du roi. Si l’on ajoutait foi à tout ce que rapporte M. Smith, en cet endroit, plusieurs officiers de troupes, et quelques Canadiens, employés dans ce transport, auraient eu part au brigandage; mais nous aimons mieux croire qu’il y a ici erreur, ou du moins exagération, de la part d’un historien, dont la prévention paraît être la passion dominante, et qui, par un nombre d’avancés plus que suspects, avertit indirectement son lecteur d’être constamment sur ces gardes.

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Histoire du Canada. 229

Quoi qu’il en soit, le chevalier de Lévis, qui commandait à $t. Jean, reçut, le 3 Juillet, l'ordre de traverser le lac Champlain, pour aller joindre le marquis de Montcalm à Carillon, ou Ti-

onderoga, où ce dernier était occupé à faire ses préparatifs

our traverser le lae du St. Sacrement.

Après la jonction, l’armée se trouva composée de cinq mille cnqcents Français et Canadiens, et de dix-huit cents sauvages. Elle s'embarqua aussitôt, et arriva le 5 Août, à l’extrémité du lac. Le fort George fut aussitôt investi, et le général français envoya au colonel Munro, commandant de la place, par M. FonTBRUNE, son aide-de-camp, une lettre, où il le sommait de se rendre, en lui disant, qu’il avait une armée nombreuse, un train considérable d’artillerie, et un grand corps de sauvages, dont il ne pourait plus restreindre la fureur, si quelques uns d'eux étaieut tués ; qu’il lui était inutile d'entreprendre de défendre sa place, dans l'espoir d’être renforcé, vu qu’il avait pris toutes les précautions pour qu’il ne pût lui arriver aucun secours; et qu'il lui demandait une réponse immédiate et décisive.

Le colonel Munro lui répondit d’un ton un peu fanfaron, qu’il reettait la proposition avec mépris, et qu’il défendrait son fort et ses retranchemens, tant qu’il lui resterait un homme pour tirer un coup de canon. Ce qui rendait cet officier si hardi, c'était la persuation où il était que le général WrgB, qui était à peu de distance avec quatre mille hommes, attaquerait Montcalm, et le contraindrait à lever le siège de son fort, ou du moins parviendrait à y faire entrer des secours. La lenteur, ou plutôt l’inactivité de Webb ne surprit guère moins le marquis de Montcalm que le colonel Munro lui-même, et le premier en rrofita pour pousser le siège avec vigueur. La garnison se défendit avec bravoure ; mais ayant épuisé toutes ses munitions, et n'espérant plus d’être secourue, le commandant demanda à capiculer, Les principales eonditions furent, que la garnison sortirait de la place avec les honneurs de la guerre, et serait conduite au plus proche des forts anglais par une escorte de einq cents homines, pour la méttre à couvert des insultes et de la barbarie des sauvages. Malgré cette précaution, ces barbares encore plus animés par l’amour du pillage que par l'esprit de vengeance, et épiant le moment favorable, celui de l’éloignement du corps de l’armée française, tombèrent sur les Anglais, dans la route pour se rendre au fort Edward, et en massacrèrent un grand nombre, en dépit des efforts de l’escorte française, obligée elle-même d’agir avec prudence et ménagement pour éviter d’être enveloppée dans le massacre. Les sauvages prétendaient qu’on leur avait promis les armes et le bagage de la garnison du fort George; et quand ils virent qu'elle emportait tout, ils résolurent de se payer de leurs mains. C'est du moins ce qu'ils

250 Les Patagons,

dirent pour s’excuser; et malheureusement, leur grand nom. bre et le besoin qu’on avait d’eux empèchèrent que les princi. paux coupables, au moins, fussent pans comme il le méritaient, C’est ce qui est arrivé, toutes les fois qu’on a mis les armes en. tre les mains des sauvages, sans être assez résolu, ou assez puis. sant pour les contraindre à observer les lois de la guerre.

(A CONTINUER

re LES PATAGONS.

Plusieur voyageurs ont raconté des choses surprenantes de la taille des Patagons. D’autres ont prétendu que ces sauva. ges étaient de la taille ordinaire des Européens. Ce qu’il y a de sûr, c’est que, sans être des géans aussi monstrueux qu’on avait voulu d’abord le faire croire, ce sont des hommes d’une taille fort extraordinaire, Beaucoup d’entre eux ont plus de sept pieds : le plus grand nombre a de six pieds et demi à sept pieds; aucun n’en a moins de six, Ils ont un embonpoint proportionné à la hauteur de leur corps, et sont agiles autant que nerveux, forts et robustes.

Les Patagons ont la figure d’une couleur bronzée. Ils se peignent de différentes couleurs, et tracent des cercles noirs et jaunes autour (le leurs yeux, Quelques uns y dessinent la forme d’un cœur, Ils ont les cheveux longs et noirs. Il les tei.

nent quelquefois en blanc, et les .attachent sur le sommet de la tête. lis les coupe sur le devant en forme de couronne.

Les Patagons sont insoucians par caractère : il ne s'occupent

u’À la chasse et à la pèche, et changent de demeure, lorsque les lieux qu’ils habitent ne leur fournissent plus en assez grande quantité leur nourriture açcoutumée. Ainsi ces peuples mènent la vie nomade. Quelques branchages entrelacés leur tiennent lieu de maisons. Leurs mœurs sont rudes comme le climat, mais elles n’ont aucune teinte de férocité. Leur esprit n’est pas porté à la défiance; lorsque des voyageurs européens abordent sur leurs côtes, ils leur tendent les bras comme à des amis, et la plus grande amitié s'établit aussitôt entre les uns et les autres. Ils sont prévenants, communicatifs et hospitaliers : cependant ils sont susceptibles et fiers, et n’endureraient pas patiemment une violence.

Ces peuples ne paraissent pas avoir de culte ni de gouvernement : ils semblent cependant reconnaître un chef. Un Lbonnet de plumes d’autruches lui sert de couronne : un tablier d’étoffe est touie sa parure. Toutes ses prérogatives consis-

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Les Patagons. 231

tent à ne rien faire et à ne se mêler de rien ; prérogatives sinulières dans un chef. Ils n'ont de déference bien marquée

que pour les vieillards, Pour les femmes, elles sont dans une rande dépendance des hommes.

Le soleil et la lune sont les deux seuls objets dans la hatufe à qui les Patagons rendent quelque hommage. A la nouvelle June, les habitans de la Terre Magellanique s’assemblent : ils marchent solemnelement en prossession autour de leurs cabanes, précédés de leur chef, qui fait pirouetter un cérceau garni de sonnetes, et semblent vouloir imiter, par ces démoristrations emblématiques, la révolution périodique de l’astre qui préside à la nuit, Leur langage est assez doux, mais tous leurs sons viennent du gozier ; et ils ont un cri fort, qui appreche du mugissement du taureau.

La polygamie n’est point en usage chez les Patagons. Quand une femme est sur le point d’accoucher, tout le monde abandonne la cabane, et la femme, restée seule, n’a pour se délivrer d’autres secours que ceux de la nature. A peine aceouchée, la mère prend le nouveau né dans ses bras, et vient ellemême le présenter à la famille. On emmaillote aussitôt l’enfant dans une peau de mouton, et, pendant les premiers mois, la mère le plonge tous les matins dans la rivière; ce qui fait que pendant l'hiver, qui est rigoureux en Patagonie, les enfans tous nus bravent le froid et la neige, et n’en paraissent pas incommodés.

La sobriété, la vie active des Patagons font que chez eux la viallesse est toujours exempte de décrépitude. Ils se nourrissent de la moëlle et de la chair demi rôtie ou plutôt erue, des guanaques, des vigognes et des ânes sauvages. On n’a pas encore pu les accoutumer à l’eau de vie.

La flèche est l’arme principale des Patagons. (Cette arme leur sert aussi d’instrament de chirurgie. Ils s’en piquent pour se faire saigner, ils se l’enfoncent dans la gorge pour se forcer à vomir, lorsqu'ils veulent se purger. Leurs arcs n’ont guère que trois pieds neuf pouces de long, et leurs flèches dix-huit pouces. ,

Ils ont une autre arme fort singulière; elle consiste en deux pierres, dont l’une ronde et de la grosseur d’un boulet de deux livres, est ajustée dans une bande de cuir qui est attachée et cousue au bout d’un cordon de boyaux tressés en façon d’un cordon de pendule, Au bout opposé à cette pierre ronde, èst une autre pierre plus petite de moitié que l’autre, et couverte d’une espèce de vessie qui la joint bien partout. Ils tiennent cette petite pierre dans la main, après avoir passé la corde entre leurs doigts, et, ayant fait le mouvement du bras, comme pour la fronde, ils lâchent le tout sur l’objet qu’ils veulent at-

239 Les Patagons.

teindre, et vont le frapper jusqu’à la distance de quatre cents as. ”

w Les cérémonies qu’ils observent dans les funérailles sont très simples ; aussitôt qu’un des leurs a rendu le dernier soupir, ils l’ensevelissent dans une peau de cheval, avec son arc, ses flèches et tout son petit mobilier, et le portent loin de son habitation, dans une fosse creusée en rond, qui est ensuite comblée sur le champ. Ceux qui doivent pratiquer le deuil, se retirent dans la solitude, pendant un certain temps, où ils s'occupent à conjurer les démons et les revenans, dont ils ont une extrême frayeur, Pour cela, ils frappent sans cesse sur les peaux de cheval qui tapissent l'intérieur de leurs huttes. ;

Le vêtement des Patagons consiste en une simple peau de cuir, qui leur couvre la moitié du corps. Quelques uns d’entre eux en nouent les extrémités avec un fil de boyau. Par. dessus, il mettent un grand manteau de peaux de guanaque cousues ensemble par pièces, le poil en dedans, qu’ils attachent avec une ceinture, et qui descend presque jusqu'aux ta.

ons. Ils laissent ordinairement retomber en arrière la par. tie faite pour couvrir les épaules, de sorte qu’ils sont presque toujours nus de la ceinture en haut. Quelquefois, cette casa. que de peau, d’une forme approchant des manteaux des mon. tagnards écossais, leur couvre le dos, et vient se fermer sur la poitrine, en laissant les épaules nues. Plusieurs portent le vètement que les Espagnols appellent poncho, pièce d'étoffe carrée, qui n’a d'ouverture que pour passer la tête: ce vètement descend jusqu'aux genoux. Les hommes et les feñmes sont habillés à peu près de même, Les Patagones, presque blanches, et d’une figure agréable, sont coquettes à leur manière. Elles portent des bracelets de cuivre ou d’or pâle, quand elles peuvent s’en procurer, ou bien quelques grains de collier de verre bleu, qu’elles attachent sur deux longues tresses de chev:ux qui leur pendent sur les épaules. Les jeunes se peignent les paupières en noir. Elles aiment les ajoutemens et mettent toutes beaucoup de soins à leur parure.

Les Patagons ont des espèces de bottines de cuir de cheval, ouvertes par derrière, quelquefois ornées autour du jarret d’un cercle de cuivre, d’en”iron deux pouces de largeur, armées au talon d’une cheville de bois qui sert d’éperon. Les jeunes gens se font des colliers avec des grains de rassade jaunes et blancs, et des grelots. Leurs cheveux, presque aussi rudes que des soies de cochon, sont noués avec une fiscelle de eston.

Ces sauvages font usage d’une espèce de caleçon qu'ils tiennent fort serré, et de brodequins qui descendent du milieu de la jambe jusqu’au eoude-pied pardevant, et qui, par derrière passent ue talon. Le reste du pied est découvert.

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ner ANECDOTES AMERICAINES.

Anecdoctes Américaines. 338

Les Patagons ne sont pas jaloux: la paix règne toujours dans leurs ménages; leurs femmes et leurs filles jouissent d’une assez grande liberté. Cependant il est une de leurs tribus dont le caractère est essentiellement différent : les sauva-

es de cette tribu n’adorent ni le soleil ni la lune ; mais seulement le ciel et l'univers entier.

Les Patagons aiment à exercer l’hospitalité : leurs hôtes sont traités avec une confiance qui peut paraître extraordinaire, Ces sauvages ont une manière de faire politesse aux étrangers qui est fort bizarre; ils vous font courir pèle-mêle avec eux; puis ils s'étendent sur vous au nombre de trois ou quatre, pour vous empêcher de sentir le froid. Les étrangers tâchent, autant que

ssible, de se soustraire à cette marque de leur amitié.

Depuis qu’ils orit été visités par les Éspagnols, ces Indiens ont introduit quelques mots espagnols dans leur langue. Ils fument à la manière du Chili, renvoyant la fumée par les narrines, et sont très amateurs de pipes et de tabac. Leurs chevaux sont petits et faibles ; mais ils les mainient avec beaucoup d’adresse. Autrefois, ils étaient montés sur des animaux semblables à des ânes.

(Beautés de l Histoire d'Amérique ;

ne ———

ie * | En l’année 1720, les Espagnols entreprirent de former des établissemens à l’ouest du Mississipi. L’envie d’éloigner tous les naturels du Nouveau-Méxique, dort les entreprises et l’esprit inquiet leur donnaient de l’ombrage, et pouvaient leur devenir préjudiciables un jour, leur fit former le projet d’établir une colonie puissante bien au-delà du terrain où ils avaient jusqu’alors arrêté leurs limites. La troupe nombreuse qui devait la composer, partit de Santa Fé avec tout ce qu’il fallait pour former un établisemernt solide, et prit sa route du côté des Osages, nation indienne à laquelle on voulait se joindre pour exterminer une peuplade voisine, dont on se proposait de pren-. dre la place. Mais les Espagnols se trompèrent de route, et: s'adressèrent présisément à la nation dont ils avaient conjuré:. la ruine. Le chef des Missouris, instruit par leur méprise, du! danger que sa nation avait couru, fut assez habile pour dissi-\, muler et profnettre son secours: il ne demanda que deux jours; pour rassembler ses guerriers. Illes rassembla en effet, et amusant les Espagnols par des fêtes et des danses, il les surprit endormis, et massacra toute la troupe, jusqu'aux femmes et aux enfans. L’aumônier, qui était un moine jacobin, échap-

234 Anecdoctes Américaines.

pa seul à ce massacre, et ne dut son salut qu’à la singularité de son vêtement, qui fit sans doute croire à ces sauvages vil n’était pas de la nation de leurs ennemis. JM pe L'événement extraordinaire que nous allons rapporter, prou ve que le remords accompagne toujours le crime, et que soute * il contribue lui-mème à sa punition. vs Au mois d’Août 1812, dans la ville de Pittsburg, capital du Kentucky, on avait amené devant la cour criminelle un indi. vidu accusé d’avoir assassiné son maître et de l’avoir volé Le délit était bien constaté ; le concours des cirçonstances Lates même du coupable, ne laissaient aucun doute à cet égard. Cet homme, nommé Harrison, journalier dans les environs de Fayette-town, étant devant le président, nommé James W###*#, ce magistrat se leva pour prononcer la sentence de mort ; mais au moment de prendre la parole, une paleur subite se répandit sur son visage; son corps fut agité d’un trem blement universel, et il resta (eaballe de proférer un deuil mot : on le transporta à son logis, dans un état affreux de

convulsion et de délire.

Un grand nombre de citoyens se rendirent dans la maison

de ce magistrat, et la stupeur fut générale, lorsque revenant à lui-même, il demanda pardon à Dieu et aux hommes de l’assassinat qu'il avait commis sur la personne de William Bates Ecossais, dont il avait été le domestique, vingt ans auparavant, et dont il s'était approprié les dépouilless On s’ima ina w’il était dans le délire; on chercha à le calmer; mais Fi le efforts fuient inutiles: il parsista dans sa déclaration, et on le traduisit en prison. Voici le terrible aveu que le remords et la vérité lui arrachèrent. Je passai en Amérique avec Mr. Bates qui avait bien voulu me prendre à son service dans un moment où j'étais dénué de tout: il me montrait beaucoup de bonté, me traitait plutôt comme son ami que comme 4 domestique. Arrivé à New-York, il résolut de se rendre dans l'état de Kentucky, où il voulait acheter des terres et fixer sa demeure. Il avait avec lui vingt mille dollars en billets de banque ; il me proposa de le suivre, et jy consentis avec joie Pendant le voyage, il me vint une foule d’idées sinistres que fe m’efforçai d’abord de repousser. Toutes les fois que nous <a sions dans une forêi, je réfléchissais combien il me serait Pise de tuer mon compagnon de voyage et de rs’approprier l'argent dont il était possesseur: je me représentais la vie heureuse et indépendante que je ménerais avec une pareille somme, et ‘ comme je n'étais pas dénué d’instructrion, j’espérais m'avancer dans un pays naissant, et prendre un jour une place honorable parmi mes nouveaux concitcyens. Enfin, je ne pus résister au funeste penchani qui m’entrainait, et an jour, près des bords de

yOhio, ent quai mon ie Je n Jernier SOL ma, tu n rai {TissOr ma reute.

de m'8 ric entai Se P qu" Mule soyant pre hine À MOI jétendis m ousai UN l'office de que moi.

ne m'aban oir un SP veux arde keureux, 4 mis ces vi ment affec poine de crime que tendu ces divine !

m'est rése secret q Jimplore La just vidence ; timent q

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maison enant à lassas- Bates, ravant, magina tous les et on le ‘ds et la Bates, nm moup de on do- > dans Xer sa ets de C joie.

que je US pasit aisé argent use et ne, et, vancer orable ter au

rds de

La vraie amitié. 235

Ohio, entre deux rochers, à vingt milles de Pittsburg, j'attaquai MON maitre avec un bâton noueux, et je le privai de la , Je n’oublierai jamais qu'étant sur le point de rendre le kmnier soupir, il me dit ces terribles paroles : 4%! malheuma, tu n'échapperas pas à la justice divine ! Ces mc. me fintrissonner. Je pris les vingt mille dollars et je poursuivis ne reute. Arrivé à Pittsburg, je cachai la plus grande partie lem:a richesses ; j’achetai une petite boutique, où je me conntai Se petits profits, afin de ne pas trop attirer l'attention ur mu J’eus soin de changer de nom. Mes voisins me voyant prospérer par degrés, attribuèrent ces faveurs de la forune à mon industrie et a mon activité. Après quelques années, 'étendis mon commerce, j’obtins la considération générale, j’épousai unie femme que j'aimais, j'eus des enfans, Je parvins à l'flice de juge,. et personne en apparence n'étais plus heureux que moi. Cependant le souvenir du crime que j'avais commis ne m'abandonnait jamais ; souvent au milieu des nuits, j'ai ctu voir un spectre se placer au pied de mon.lit, fixer sur moi des “ux ardents, et me répéter ces paroles foudroyantes: Malkeureux, tu n’échapperas pas à la justice divine. Je considéis ces visions sinistres comme l'effet d’une imagination vivement affectée; mais lorsqu’au tribunal, j'allais'prononcer la pine de mort contre l'individu condamné pour le genre de crime que j'ai commis, le spectre a paru à mes yeux, et j’ai entendu ces paroles: Malheureux tu n’échapperas pas à la justice divine ! Mes sens se sont glacés. Dieu me pousse au sort qui west réservé; je ne puis garder plus tongtemps le terrible scret qui opressait mon cœur; la mort ignominieuse que jimplore finira tous mes tourmens.”

La justice tardive des hommes seconda les rrojets de la proridence ; et ce crime, si longtemps impuni, reçut enfin le chàtiment qui lui était dû.

( Beantés de à Histoire des Etats-Unis.)

= ce

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