‹ La Bibliothèque canadienne ou Miscellanées historiques, scientifiques et littéraires [microforme] (volume 2)Chapitre 22 sur 81 · TT · texte numérisé non relu

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ANECDOTES, &c.

Aucun prince n'a reçu plus d'adresses de son peuple que Cancers II, Roi d'Angleterre, Elles étaient remplies d’assurances d’un dévouement sans bornes, mais c'était tout. Satisfait de ces vaines démonstrations dont il était prodigue, le peuple an-

jais laissait son roi dans une indigencé continuelle, et lui donnait à peine de quoi fournir aux dépenses indispensables du gouvernement, ce qui mit ce prince dans la nécessité de devenir, contre son gré, pensionnaire de la France. KILLEGREw, son bouffon, se moqua un jour assez plaisamment des offres stériles de la nation anglaise. Îl recommanda au tailleur du roi de faire au premier habit qu’il lui fournirait, une poghe très-grande, et l’autre extrèmement petite. Charles, étonné de cette CAprop OS et ayant appris qu’il la devait à Killegrew, lui en demanda la cause. La grande poche, répondit le bouffon, servira à contenir les adresses de vos sujets, et l’autre à recevoir l'argent qu’ils ont envie de vous donner,

J'HABITAIS, a dit dernièrement un Français, dans le Journal Inutile, une petite ville du Connecticut, lors du passage du général LAFAYETTE dans cette province. Je ne chercherai pas à décrire la réception qui lui fut faite; on sait qu’elle a été la même dans tous les Etats-Unis. Je dirai seulement, que me trouvant, quelques jours après, dans une société, on me présenta à une jeune delete qui, voyant la difficulté que j'avais à m'exprimer dans sa langue, voulut bien m’adressér la parole en français. La conversation s’engage; un seul sujet intéressait; Lafayette fut bientôt" celui de la nôtre. ‘ Avez-vous vu le général?” lui demanidai-je. ‘ Oui, monsieur; j'ai même eu le bonheur de lui être présentée la première.—Et que lui avez-vous dit?=—Que pouvais-je lui dire? Etais-je en état de parler? Mon émotion n’eût pas été plus forte, si j'eusse vu WasHINGTON lui-mème.—Vous aimez donc bien Lafayette?—Comment ne pas l'aimer? n’est-il pas l’ami dé nos pères, de nos frères, de tous les Américains, et le défenseur de notre liberté ?” -

Ea candeur avec laquelle cette aimable personne s’exprimait, jointe à la douceur de sa figure, formait, avec la force des ses expressions, un contraste rempli de charme.

J'ai su depuis, qu'ayant été présentée à Lafayette, elle s'était précipitée sur sa main, qu’elle avait mouillée de ses larises. Quelle harangue eût été plus expressive?

Ux entrepreneur de jeu invita M. D**** à lui rendre visite, en lui disant, ‘ quand viendrez-vous me voir?” Mais,” répondit M. D***#, 6 quand jaurai votre adresse.”

Nécrologie.

Ux paysan ayant été admis à prêter serment, répondit ay juge u’il ne savait pas jurer; mais, ajouta-t-il, j'ai mon fils, Je grente ier, qui s'en acquitte à merveille: je vais le chercher.

UN troupe de comédiens de compagne rexr#:entait la tragédie de Richärd III, dans une écurie, à Henley, ‘unité d'Oxford: au moment où Richard furieux crie, un cheval! un chenal! mon royaume pour un cheval! une troupe de palefreniers accourut, et força les portes, en criant à tue-tète, qui demande un cheval? Il y en a quarante tout sellés à la porte. Les éclats de rire furent si universels et si prolongés, que la pièce en resta là.

a NE'CROLOGIE.

Du Quesec Meñcuny du G Décembre 1825,

DimaxcHe dernier, 4 du présent mois, à trois heures de l’après: midi, Sa Grandeur, Monseigneur Josepn-Ocrave PLessis, Evèque Catholique de Québec, a terminé sa carrière mortelle. Dans la mort de ce pieux Prélat, son Eglise a à regretter un chef habile, modéré, et cependant zélé et infatigable; ses ouailles, un pasteur humain, bienfaisant et charitable, dont le cœur était toujours sensible à leurs besoins, et la main toujours prompte à les soulager; et le Roi, un sujet loyal et éprouvé; en un mot, toutes les classes de la société et toutes les communions religieuses se réunissent pour déplorer la perte de Monseigneur FLessis, et pour rendre à sa mémore le juste tribut de respect et de vénérar tion dù à cette bienfaisance véritablement chrétienne et examplaire qui le caractérisait.

De la Gazette de Québec publiée par autorité du 8 Décembre 1825,

C’Esr un devoir pénible pour nous d’avoir a annoncer la mort de cet excellent Prélat, Monseigneur JosepH-Ocrave PLessis, Evèque Catholique de cette Province; et c’est avec vérité que nous ôsons dire qu’il est rarement arrivé à notre connaissance de voir un homme revètu d’un caractère public dont le décès ait causé des regrets plus universels et plus sincères. Cet évenement a eu lieu à l'Hopital-Général, Dimanche dernier, et le corps a été de là transporté, Mardi, en grande pompe, à la chapelle de lHotel-Dieu. Le chemin et les rues étaient remplis fe monde durant cette cérémonie, Le corps était revêtu des- habits pontificaux, et était placé dans un cercueil ouvert, ayant la mître sur la tête et un crucifix entre les mains: il était précédé d’environ cent cinquante enfans de chœur, tous dans leurs habillemens d'office,

et avec en noir la com du régi:

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Nécrologie: 19

et avec leurs câmails, ceux de St, Rocb en écarlate, et les autres en noir. Il était escorté par une garde d'honneur composée de la compagnie des grenadiers du 78e, Montagnards, avec la bande du régiment qui, de tems À autre, jouait la marche funèbré,

De la Gazette de Québec du 8 Décembre 1825,

Les obsèques de fea Monsigneur Jostrn Ocrave PLsesis, Evèque catholique de ce diocèse; ont été eélébrées, hier, 7 de ce mois, avec les cérémonies dues au rang de l’illustre mort, et en présence d’une multitude immense.

Dès Lundi dernier, Son Excellence le Gouverneur-en-chef offrit à Monseigneur l'Évêque actuel de faire assister les troupes de la garnison sous les armes, au convoi funèbre, et lorsque le vq « du défunt prélat fut transféré, Mardi dernier à deux heutes, de l'Hôpital-Général 4 l'Eglise de l'Hôtel-Dieu de cette ville, une

rade d'honheur accompugna le convoi, composé du clergé et des Ésbitens ce cette ville assemblés en aussi grand nombre qu'aux offices des principales fêtes de l’année. Hier à neuf heures et demie du matin, les boutiques et les atteliers de éette ville étaient fermés, et les citoyens de Québec, pour ainsi dire en masse, occue paient l’espace entre la Cathédrale catholique et l'Eglise de l'HÔtel-Dieu. L’artillerie royale et les 71e. et 79e. régimens sous les armes, avec leurs drapeaux déployés, bordaient les rues entre les deux églises et gardaient, entre deux lignes, un passage libre pour la procession funèbre.

cortége était composé d’un clergé nombreux qui précédait le corps du défimt Evèque exposé dans sa bierre, suivi de Son Excellence le Comte de DazHousi£, Gouverneur-en-chef, et de son état-major, des conseillers législatifs, des principaux officiers du gouvernement, du barreau en corps, et des margulliers de Québec aussi en corps; puis suivait la foule immense des citnyens de Québec, de tous les états et de toutes les croyances, également empressés à manifester leur respect pour la mémoire du digne pasteur. L'Eglise Cathédrale était tendue de noir, mais.le deuil était exrimé d’une manière bien plus éloquente par la tristesse et la doueur empreinte sur tous les visages.

Le vénérable Evèque PANET, successeur du défunt au siége de Québec, a célébré le service funèbre, et vers le milieu de cette triste cérémonie, M. DEMERs, grand-vicaire de ce diocèse, à monté en chaire, où avec une vive émotion il a rappelé à sa nombreuse assistance, les vertus sublimes et les bienfaits signalés du digne pasteur dont nous déplorons la perte; son zèle pour le salut des âmes, ses prédications et ses instructions fréquentes, son voyage en Europe pour l’avantage de son Eglise, ses visites pastorales, multipliées dans toutes les parties de ce vaste diocèse, malgré le poids des aûs et des infirmités; sa charité et son désin-

80 Nécrologie.

téressement manifestés par la fondation de l'Eglise de Saint-Roch, où les habitans de ce faubourg populeux reçoivent avec plas de facilité les sacremens de l'Eglise et les instructions religeuses, et

trouvent pour leurs enfans l’avantage signalé d’une bonne édüca- .

tion; par l'établissement du collége de Nicolet, séminaire précieux aux yeux de la religion et sous le rapport des sciences; par plusieurs écoles qu’il a établies et soutenues, enfin par des bonnesœuvres infinies dont ce pays a été le théâtre, et dont nous sommes les témoins.

Le simple récit des actions de cet illustre Evèque fait son plus ,

bel éloge, et justifie pleïnement les paroles du texte adopté par M. Demers: ‘ Il était chéri de Dieu et des hommes.” 6

A la suite du service et après les cérémonies imposantes prescrites pour la sépulture des Evèque:, le corps de Monseigneur JosxPH-OcrTAve PLessis, Evèque catholique de Québec, un des plus grands prélats qui aient gouverné l’Eglise canadienne, a été inhumé dans la Cathédrale, et son cœur a été déposé le même jour à l’Eglise de Saint-Roch.

Mr. Jean Baprisre Broussarp, Acadien, est décédé à la Louisiane, dans la paroisse de Lafayette, le 23 Octobre dernier, à l’âge avancé d'environ 193 ans. Mr. Broussard se trouva avec les Français aux deux sièges de Louisbourg, dans l’île du Cap

Breton, et servit sous Mon'rcazm, à Québec, où il fut fait prison- .

nier par les Anglais. Il émigra à la Louisiane èn 1763, et y de-

, meurs jusqu’à sa mort. Mr. Brousserd laisse après lui une ré- k

‘putation sans tache, et une nombreuse postérité. À l'exception d’une légère surdité, il conserva initactes, jusqu’à ses derniers momens, toutes ses facultés mentales et corporelles.

Longévité.—Le dernier Annuaire Mortuaire de l’Empire Russe, publié à St. Petersbourg, fait mention d’un homme décédé près de Pollosk, sur les front:ères de la Livonie, à l’âge extraordinaire de 168 ans. Il avait vu sept souverains sur le trône de Russie, et se rappellait ia mort de Gusrave Abozre. Il avait été soldat dans la guerre de trente ans, et à la bataille de Pultowa, livrée en 1709, il était agé de 5l'ans. A l’âge de 93 ans, il se maria à sa troisième femme, avec laquelle il vécut 50 ans. Les deux plus jeunes fils issus de çe mariage, étaient âgés, en 1796, l’un de 86 ans, et l’autre, de 62: les plus vieux de ses autres fils avaient cette mème année 1796, l’un 95 ans, et l’autre, 93. Toute la famille de ce patriarche moderne comprenait 138 descendants, qui vivaient tous ensemble au village de Pallatzna; village que l'impératrice CATHERINE II avait fait bâtir exprès pour eux, leur accordant en même tems une étendue de terre considérable pour leur maintien. Dans la 168e. année de son âge, ce nouveau Nestor jouissait de la sarité la plus parfaite.

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Tous IL.

l La Bibliothèque Canadienne.

FEVRIER, 1826, Nomxro 3.

HISTOIRE DU CANADA

. Lx lendemain, vingt Juillet, Louis Kertk mouilla dans ia rade, avec ses trois vaisseaux; celui qu’il montait était de cent tonneaux et avait dix pièces de ‘canon; les deux autres étaient des pataches de cinquante tonneaux et de six canons, Champlain alla lui rendre visite à son bord, et en fut bien reçu, 11 demanda et obtint des soldats pour garder la chapelle et les deux maisons religieuses. Kertk descendit ensuite à Québec, et prit possession du fort, puis du magazin, dont il remit les clefs'à un nommé le BaïcLir, qui s'était donné aux Anglais, ou plutôt à séé o-religionnaires, avec trois autres Français, Étienne Bruue’, de Champigny, Nicholas MarsoueT, de Rouen, ét Pierre Rave, de Paris, : Charlevoix parlé de ce dernier comme d’un homme du plus méchant caractère. commandant ne voulut pas souffrir que Monsieur de Champlain quittât soh logis, et il lui donna une copie signée de sa main de l'inventaire qu’il avait fait dresser de tout ce qui s'était trouvé dans la place, Il était de l'intérêt des vainqueurs que ceux des habitans qui avaient des terres défrichées demeurassent dans lepays; du moins Kertk le crut ainsi, et pour Les y engrger, il leur fit les offres les plus avantageuses. Il les assura même que si, après y'être demeu: ré une année entière, ils ne s’y trouvaient pas bien, il les fernit repasser en France. Comme sa conduite les avait fort prévenus en sa faveur, et que plusieurs auraient été obligés de mendier, s'ils avaient repassé la mer, presque tous prirent le parti de rester, Toutes choses étant ainsi réglées, et Thomas Kertk étant ve: nu joindre son frère, Champlain partit avec lui le vingt-quatre, pour Tadoussac, où l'amiral David s'était rendu depuis quelques jours. Peu s’en fallut que dans ce voyage, les victorieux et les vaincus ne changeassent de sort, ÆEmery de Caen, qui allait à Québec, et ne savait rien de ce qui s’y était passé, rencontra lé navire de Thomas Kertk qui portait Monsleus de Champlain, et qui s'était séparé des deux pataches avec lesquelles il était parti: i] l'ats taqua, et il était sur le point de s'en rendre riaître, lorsqu’ayant crié quartier, pour obliger les Anglais à se rendre, Thomas Kertk prit, cette parole dans un sens opposé, et cria de son côté, don

Tous II-No. 3. (| s

Histoire du Canada.

quartier : à ces mots, l’ardeur des Français se ralentit un peu: de Caen qui s’en apperçut, voulut:les rassurer, et se préparait à fäire un "dernier effort; mais Monsieur de Champlain se montra, et lui conseilla de profiter de son avantage, pour faire ses conditions bonnes, avant l’arrivée des pataches, qui faisaient force de voile et qui étaient déja fort proches. | Il est certain, dit Charlevoix, que si tous les Français avaient fait leur devoir, le navire Anglais aurait été pris avant qu’il eût pu être secouru : la peur qu’en -eut le commandant, ajoute-t-il, lui fit même commettre la acheté de menacer Monsieur de Champlain de le tuer, s’il ne-faisait cesser le combat. Emery de Caen se comporta en homme brave, mais il ne fut pas bien secondé des gens de son équipage, composé.en grande partie de protestans qui ne se battaient pas alors volontiers contre les Anglais, à ph siège de la Rochelle. | , , utre les transfuges dont il a été parlé, il y avait sur l’escadre anglaise, avec le titre de .contre-amiral, un nommé Jacques Mi- CHEL, calviniste enthousiaste, qui avait donné des mémoires à l’amiral anglais, pour l’engager à cette expédition, Au reste l’escadre de Kertk, n’était pas à beaucoup près aussi forte qu’on l’avait publié; et si Emery de Caen fût arrivé huit jours plutôt, il eut ravitaillé Québec, .et Champlain r’eut pu y être forcé, Les Anlais furent encore heureux en ce que la paix ayant été renouvelée entre les deux couronnes, le commandeur de Bazilli qui armait pour aller au.secours de la Nouvelle France, reçut un contre-ordre. La cour de France croyait sans doute que Kertk,recevrait aussi la défense d’aller plus loin ; mais il était à la voile, et on l'ignorait à Paris. , :

Cependant cet amiral ne voulut pas retourner en Angleterre sans avoir visité sa conquête; il monta jusqu’à Québec, et à son retour à Tadoussac, il dit à Champlain qu’il tfouvait la situation de cette ville admirable, que si elle demeurait à l'Angleterre, elle serait bientôt sur un autre pied, et que les Ange tireraient parti de bien des choses que les Français avaient négligées, ou qu’ils ne connaissaient point. L’admiral David n’était pas à beaucoup près - aussi généreux que Louis son frère, qui même ne soutint par son caractère jusqu’à la fin, et Champlain et les jésuites surtout eurent à essuyer bien des mauvaises manières de leur part. Michel leur avait persuadé que ces religieux étaient fort riches; bientôt détroupés, ils déchargèrent sur lui une partie de leur chagrin, Les trois frères lui devaient.tout le succès de cette campagne et de la précédente; c'étaient de bons. marchands, qui s'étaient enrichis par. le commerce, mais qui ne savaient point la guerre; Michel était homme de mer et brave soldat: dans le. combat naval contre M. de-Roquement, il avait empêché David Kertk d’être accroché par ce commandant, qui ne pouvait répondre à son Canon, mais qui l’aurait enlevé sans peine à l’abordage; il avait servi de guide

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‘Histoire du Canada. 83

et de pilote à ses deux frères, qui ne conniaissaient point le fleuve St. Laurent, et qui sans lui n’auraient jamais osé s’engagtr si avant. ;

Mais soit mauvaise humeur de la part des Anglais, en voyant coïnbien peu leur conquête les avait enrichis, soit mécontentement de la part du contre-amiral, qui ne crut pas peut-être ses services assez récompensés, il parut bientôt plus que du refroidissement entre eux et lui. Michel fut mème le prenrier à éclater et à se ré-

andre en plaintes amères et contre les Qi ve et contre l'amiral David, son compatriote et co-religionnaire. Cependant étant mort, quelque tems après, dans une espèce de fureur frénétique, on l’inhuma avec toutes les cérémonies en usage dans les églises protestantes et les honneurs militaires dûs à son rang.

L'amiral employa le reste de l'été à carener ses vaisseaux. Il mit à la voile dans le mois de Septembre, et mouilla, le 20 Octobre, dans la port dé Plymouth, où i! apprit que les différens des deux cours étaient terminés. On a même avancé qu’il en avait eu des avis certains avant la prise de Québec, mais qu’il avait cru pou-. voir prétendre l’ignorer.

On parut d’abord à la coar de France fort choqué de cette invasion des Anglais, après la conclusion d’un traité qui avait em-

èché qu’on ne s’y opposät; mais les raisons d'honneur à part,

ien des gens doutèrent si l’on avait fait une véritable-perte, et s'il était a-propos de demander la restitution de Québec.. Ils représéntaient que le climat y était trop dur; que les avances excédaient les retours; que le royaume ne pouvait s’engager à peupler un pays si vaste sans s’affaiblir beaucoup: que depuis cinquante ans qu’on connaissait le Canada, on n’en avait rien tiré; que ce pays ne pouvait être d'aucune utilité à la France, ou que du moins elle pouvait s’en passer sans inconvénient,

À ces raisons d’autres répondaient que le climat du Canada s’'adoucirait à mesure que le pays se découvrirait; que l'air y était sain et le terroir fertile; qu'avec un travail modique on pouvait s’y procurer toutes les commodités de la vie; qu’on pouvait, sans dépeupler le royaume, faire passer tous les ans en Amérique un certain nombre de familles, y envoyer des soldats réformés, avec des filles tirées des hopitaux, et les placer de mañière qu’elles pussent s'étendre à mesure qu’elles s: rnultiplieraient; qu’on avait déja l'expérience que les femmes françaises y étaient fécondes, que les enfans s’y élevaient sans peine, et qu'ils y devenaient robustes, bienfaits et d’un beau sang; que la seule pêche des morues était capable d’enrichir le royaume; qu’elle ne demandait pas de grands frais; que c'était une excellente école pour former des matelots; mais que pour en tirer tout l’avantage qu’elle pouvait process il fallait la rendre sédentaire, c’est-à-dire y occuper lez:

abitans mêmes de la colonie; que les. pelleteries pouvaient aus: ;

devenir un objet considérable, si on avait attention de n’en p#

gées de cette colonie,

Histoire du Canada,

épuiser ‘la source; en voulant s'enrichir tout d’un coup; qu’on pouvait profiter pour la construction des vaisseaux des forêts qui couvraient le pays, et qui étaient des plus belles du monde; enfin que le seul motif d’empècher les Anglais de se rendre trop puissants dans cette partie de l'Amérique, en joignant les deux bords du St. Laurent à tant d’autres provinces, où ils avaient déja de bons établissemens, était plus que suftisant pour engager la France à recouvrer Québec, à quelque prix que ce fût. Quant aù peu de progrès qu’on avait fait en Canada depuis tant d'années, on eñ rejettait la cause sur les sociétés particulières qui s'étaient char- . Aux raisons de politique et d'intérêt qui n'avaient pas persuadé la meilleure partie du conseil, on en ajouta d’autres qui achevèrent de déterminer Louis XIII à ne point abandonner le Canada. Elles étaient prises du côté de l'honneur et de la religion, et personne ne les fit plus valoir que Champlain qui avait beaucoup de piété et était bon Français. On négocia donc pour retirer Québec des mains des Anglais, et afin de donner plus de chaleur aux négociations, on armia six vaisseaux qui devaient être sous les ordres du commandeur de Razilli. La cour d’Angletérre, à la persuasion de Milord MoxrziGu, rendit de bonne grâce’ ce qu’on se disposait à lui enlever de force. Le traité én fut signé à St. Germain en Laye, le 20 Mars 1632, et l’Acadic y fut comprise, aussi bien que l'ile du Cap Breton, nommée depuis 77e Royale. C'était bien peu de choses que l'établissement que les Franais avaient alors dans cette île; Fi sa ce poste, le port de Québec environné de quelques méchantes maisons et de quelques barraques, deux ou trois cabanes dans Pile de Montréal, autant eut-être à Tadoussac, et en quelques endroits sur lé fleuve St, pesto pour la commodité de la pèche et de la traite; un commencement d'habitation aux Trois-Rivières, et les ruines du Porït- Royal, voila en quoi consistait la Nouvelle-France, et tout le fruit des découvertes de Vérazani, de Jacques Cartier, de Roberval, de Champlain, des grandes dépenses du marquis de la Roche et de M. de Monts, et de l’industrie d’un grand nombre de Frañçais, qui-auraient pn y faire un grand établissement, s'ils eussent été bien conduits, . a | Un des articles du traité de St. Germain portait que tous les effets qui seraient trouvés à Québec, et dont ôn avait dressé ün inventaire, seraient restitués, aussi bien que les vaisseaux pris depart et d'autre, avecdeur charge, ou l'équivalent; et comme les sieurs de Caen avaient le principal intérêt dans cette restitution, Emery de Caen fut envoyé en Amérique pour porter à Louis Kertk le traité, et en solliciter l'exécution. Le roi jugea mêmé à-propos de Jui abandonner le roinmerce des pelleteries pour un an, afin de le dédommager des pertes qu’il avait faites pendant la guerre. I] partit pour Québec au mois d'Avril de cette mème

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Histoire du Canada. 85

année 1682, et à son arrivée, le gouverneur je lui remit la lace et tous les effets qui lui appartenaient, Néanmoins, toute

cette année et la suivante, les Anglais continuèrent à trafiquer as vec les sauvages, contre la teneur du traité qui interdisait ce commerce aux sujets de la Grande-Bretagne. |

En 1683, la Compagnie de la Nouvelle France rentra dans tous ses droits, et l’Acadie fut concédée au commandeur de Razilli, un de ses principaux membres, à condition qu’il y ferait un établissement. Il en fit un en effet, mais assez peu considérable, au port de la Haive. La même année, M. de Champlain, que la Compagnie avait présenté au Roi, en vertu du pouvoir qu’elle avait reçu de sa Majesté, fut nommé de nouveau Gouverneur de la Nouvelle France, et partit pour sy rendre, avec une escadre qui portait beaucoup 4 que ne valait alors tout le Canada, menant avec lui les PP. Masse et de Brébeuf, : I y retrouva la plu. part des anciens habitans, et il les engagea, ainsi que ceux qu'il avait amenés avec lui, à profiter des fautes qui avaient causé les malheurs passés. ;

Sa première vue fut de s'attacher la nation huronne, et de tâcher de la soumettre au joug de l’évangile, persuadé qu’il n’est pas de lien plus fort que celui de la religion, Les pères récollets et jésuites avaient déja fait quelques prosélytes chez ces’ sauvages, mais le christianisme n’avait pas encore pris racine parmi eux. On se flattait néanmoins que quand ils auraient eu'urie plus longue fréquentation avec les missionnaires, Hs deviendraæïent plus dociles, Mais pour exécuter ce projet, il aurait fallu se pourvoir d'un certain nombre d'ouvriers évangéliques, et les mettre en état de tirer teur subsistance d’ailleurs que d’un pays dont les habitans avaient à peine le nécessaire pour vivre; et la chose ne paraissait pas très-fhcile: d’un côté, la Compagnie s’était laissé per: suader que dans une colonie naissante, des religieux mendians seraient plus à charge qu’utiles aux habitans, et elle en exclut, au moins pour un tems, les PP: récoltets: de l'autre, on craignaît que le zèle des personnes qui avaient fourni jusque la aux jésuites tout ce qui leur avait été nécessaire, ne se fût refroidi, en conséquence des pertés qu’elles avaient faites. Cependant, presque tous ceux qui s'étaient intéressés dès ke commencement en faveur de la Nouvelle France, se crurent obligés de mettre les jésuites en état, non seuiement de n'avoir pas besoin des habitans pour la vie, mais encore de contribuer au défrichement et à Fétablissement du pays, en même tems qu’ils Gonneraient leur prineipale attention à l'instruction des Frariçais et à la conversion des sauvages. |

Ainsi dès l’année 1632, c’est-à-dire, immédiatement après la conclusion du traité de St. Germain en Laye, les PP. Pauz Le JEUNE et ANNE DE No, s'embarquèrent pour Québec. Ile trouvèrent que le peu de prosélytes qu'on avait faits aux environs

86 Histoire du Canada.

de cette ville, n'étaient plus dans les sentimens: où on les avait laissés; mais ils n’eurent pas beaucoup de peine à les y faire rentrer. Les Anglais, dans le peu de tems qu’ils avaient été les maîtres du pays, n’avaient pas su y ar des sauvaes: les Hurons ne parurent point à Québec, tant qu’ils y furent: es autres, plus voisins de cette capitale, et dont plusieurs, pour des mécontentemens particuliers, s'étaient déclarés ouvertement contre les Français, à l'approche de l’escadre anglaise, s’y montrèrent même assez rarement. Tous s'étaient trouvés un peu dé- ‘concertés, quand, ayant voulu. prendre avec ces nouveaux venus les mêmes libertés que les Français ne faisaient nulle difficulté de leur permettre, ils s’apperçurent que ces manières ne leur plaisaient pas.

Ce fut bien pis encore au bout de quelque tems, lorsqu'ils se virent chassés à coups de bâton des maisons où jusque là ils étaient entrés aussi librement que dans leurs cabanes. ‘Cette différence dans le caractère et dans les manières des Français et des Anglais à l'égard des sauvages, n’a pas peu contribué à leur faire donner la préférence aux premiers, et à les: attacher fortement dans la suite à leurs intérêts. : | ,

En moins de trois ans, il y eut quinze pères jésuites dans la colonie, sans compter trois ou quatre frères lais attachés à l’instruction des enfans. Bientôt aussi il n’y eut plus en Canada un seul Calviniste. Cette exclusion qu’on pourrait regarder comme le fruit de l'intolérance qui était l'esprit du tèms, et non moins chez les protestans que chez les catholiques, était aussi une mesure de politique: on était persuadé à la cour de France, que:l’entreprise et le succès des Anglais étaient dûüs principalement aux intrigues de quelques protestans de France, et à la connivence de. ceux de la colonie, et l’on crut qu’il était de la prudence de ne pas trop approcher les réformés des Anglais, dans un pays où l’on n'avait pas assez de forces pour les contenir dans le devoir et dans la soumission à l’autorité légitime.

On avait d’ailleurs appcrté une très-grande attention au choix de ceux qui s'étaient présentés pour aller s'établir en Canada, et il n’est pas vrai que les filles qu’on y envoya de tems à autre, pour les marier avec les nouveaux habitans,: aient été prises dans des lieux suspects, comme l'ont avancé, dans leurs relations, des voyageurs ou trompés ou trompeurs. On eut soin de s’assurer de leur conduite avant que de Îes embarquer, et celle qu’on leur a vu tenir dans la colonie est une preuve qu’on y avait réussi. On continua, les années suivantes, d’avoir la même attention, et l’on vit bientôt dans cette partie de l’Amérique, continue le P. Charlevoix, commencer une généraiion de véritables chrétiens, parmi lesquels règnait la simplicité des premiers siècles, et dont la postérité n’a point perdu de vue les grands exemples que leutfs-ancètres leur ont laissés. Les missionnaires, soit chez les Français,

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Histoire du.Canada. 87 soit chez les. sauvages, mais surtout parini ces derniers, se distinguaient par une piété, un zèle, une resignation et un dévouement qu’on pouvait regarder, même alors, comme extraordinaires.

Parmi le grand nombre de tribus idolâtres qui ouvraient aux missionnaires un vaste champ pour exercer leur-zèle, aucune ne leur parut mieux mériter leur attention que la huronne. M. de Champlain, comme on l’a vu plus haut, n’avait rien tant à cœur que de convertir ses sauvages au christianisme, En ayant trouvé

jusqu’à sept cent qui l’attendaient à Québec, à son retour de

France, il leur proposa d’envoyer des missionnaires dans leur pays. Ils applaudirent d'abord à ce dessein; mais lorsqu’or y pensait le moins, ils changèrent de sentiment. Le gouverneur crut leur en devoir marquer sa surprise et leur en témoigner son ressentiment: il leur is même en homme qui ne se voyait p np comme les années précédentes, dans une situation à être offensé impunément, et il eut lieu de juger qu’il les avait rendus plus dociles. Dans cette supposition, il voulut agir. avec hauteur, et de concert avec le P. LEJEUNE, supérieur de la mission, il disposa toutes choses pour le voyage des PP. de Brébeuf et de Noue, qui avaient été nommés pour accompagner ces sauvages. Non seulement ceux-ci acceptèrent les missionnaires, on crut mème appercevoir entre les chefs des différents villages, une espèce d’empressement à les posséder de préférence; mais un accident imprévu vint rompre toutes les mesures du gouverneur. Un Algonquin ayant tué un Français, M. de Champlain qui tenait le meartrier en prison, résolut d’en faire un exemple. Les sauvages qui avaient d’abord trouvé raisonnable qu’il fût puni de mort, ne volurent plus y consentir, et déclarèrent qu’ils n'embarqueraient aucun missionnaire dans leurs canots, ni même aucun Frepéole, que le gouverneur n’eût mis l’Algonquin meurtrier en liberté. Au reste, plus d’une raison -engageait M. de Champlain à souhaiter que les missionnaires accompagnassent les Hurons dans leurs bourgades. Il croyait ces sauvages plus propres que les autres à accréditer le christianisme. -Il voulait par le moyen de ces missions préparer les voies à l’établissement qu’il méditait de faire dans leur pays, situé très avantageusement pour le commerce, et d’où il serait très-aisé par le moyen des lacs dont il est presque environné, de pousser les découvertes jusqu’à l’extrémité de l’Amérique Septentrionale. Enfin, il était bien aise de s'attacher une tribu de laquelle il paraissait y avoir beaucoup à craindre et à espérer, pour l’affermissement et le progrès de la colonie française. Les missionnaires se persuadaient de leur côté, qu’en fixant le centre de leur mission dans un pays qui était regardé comme le centre du Canada, il leur serait aisé de poïter la lumière de l’évangile dans toutes les parties de ce vaste continent: aussi ne perdaient-ils paint de vue le dessein qu’ils s'étaient proposé de concert avec le gouverneur; et après quelques nouvelles tentatives

88 Botanique.

infructueuses, trois d'entr’eux, savoir les PP. de Brébeuf, Daniel et Davos, réussirent à nr La pour le pays des Hurons, les deux premiers de Québec, et le dernier avec deux laïcs, des Trois Rivières. Les détuils des contradictions qu’ils eurent à essuyer d'abord, des maux qu'ils souffrirent, et des conversions qu’ils oO l'histoire ecclésiastique du Canada qu’à celle que noùs écrivons: et en nommant les missionnaires dont ils est parlé dans l’histoire de Charlevoix, nous mettons ét mettrons de côté par la suite leurs travaux purement religieux parmi les sauvages. (À continuer. )

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