‹ La Bibliothèque canadienne ou Miscellanées historiques, scientifiques et littéraires [microforme]Chapitre 65 sur 90 · ToMe VIL: OCTOBRE, 1898. Numero V · texte numérisé non relu

ToMe VIL: OCTOBRE, 1898. Numero V

HISTOIRE DU CANADA

… Vers la fin d’Aout (1697), le sieur de Lamotte-Cadillac, à qui M. de Callières avait fait savoir les bruits qui couraient l'un armement destiné à la conquête du Caneda, arriva à Montréal, avec un grand nombre de Français et trois cents sauvages, Hurons, Éaiseuais Sakis et Pouteouatamis, qu'il avait eu l’adresse d'engager à venir au secours de la colonie. Le comte de Frontenac se trouvait alors dans cette ville, et dans l’audience qu’il donna à ces guerriers, il leur témoigna beaucoup de satisfaction de leur zèle, et surtout de Rs avec laquelle ils avaient poursuivi les Iroquois pendant toute tette campagne. Ils avaient en effet tué ou pris plus de cent Tsonnonthouans, depuis le printemps, et il venait de se passer Une action de vigueur, où des sauvages de ces quatre tribus avaient eù part, :

Les Iroquois s’étant mis en campagne pour aller joindre le Baron, qui était alle s'établir près d'Orange, avec trente familles de sa tribu, quatre de leurs découvreurs rencontrèrent Kondiaronk, ce fameux chef huron dont il a déja été parlé. Il était à la tête de cent cinquante guerriers, et avait mis pied à terre dans le fond du lac. Deux des découvreurs iroquois furent tués; les deux autres furent faits prisonniers, et lon apprit d'eux, que leurs gens n'étaient pas loin; qu’ils étaient au nombre de deux cent cinquante; mais qu’ils n'avaient de canots que pour soixante an plus.

Sur cet avis, Kondiaronk s’avança avec toute sa troupe vers l'endroit où on lui avait dit que les ennemis étaient campés : lorsqu'il en fut à une portée de fusil, il feignit d’être surpris et effrayé de leur nombre, et de prendre la fuite. Aussitôt soixante [roquois se jettèrent dans leurs canots pour le pour-

suivre: Kondiaronk poussa au large et fit force de rames

jusqu’à ce qu’il fût à deux lieues de terre. Alors il s'arrêta,

se mit en bataille, essuya, sans tirer, la première décharge des

Iroquois, qui ne lui tuèrent que deux hommes; puis, sans

leur donner le temps de recharger, il fondit sur eux avec tant

de füurie, qu’en un moment tous leurs canots furent percés ou TomME Ÿ U

IL—No. V.

162 Histoire du Canada.

fracassés. ‘Trente sépt furent tués, quatorze furent pris, et les autres se noyérent.

Kondiarork avait rendu un autre service aux Francais, en avertissant les Miamis de se défier du Baron, qui sous prétexte de vouloir faire alliance avec eux, ne songeait qu’à les trahir, et en empêchant ses compatriotes de suivie ce chef dans la Nouvelle-York. Il était descendu à Montréal avec M. de Lamotte, et il eut la première part aux caresses du gouverneur général, suivant que s'exprime Charlevoix: Mais, continue cet historien, les sauvages ne se repaissent pas de fumée, et ceux-ci n'étaient point venus à Montréal pour recevoir des complimens, ni même uniquement pour faire la guerre aux Anglais.

M de Frontenac, qui savait à peu près tout ce qu’ils avaient dans l’âme, leur déclara que s'il y en aväit parmi eux qui eussént quelque sujet de se plaindre, ils poûvaient s'ouvir à Jui en toute liberté, qu’il leur ferait faire toute Ja satisfaction qu’ils pontraient souhaiter; mais il ajouta qu’ils devaieut bien se garder de prendre le change, en s’affaiblissant mhtuellement, et qu’il était de leur intérêt de continuer à pousser vivement les Iroquois, qu’il était luismême bien résolu de ne point épargner.

Alors Oxaxaurcr’, chef des Pouteouiatamir, prit la parole au nom de tous, et dit qu’on leur promettait ordinairement beaucoup plus qu’on n’avait apparemment dessein de leur tenir ; qu’on les avait souvent assurés qu’on ne les laisserait pas man qer de munitions, et que néanmoins il y avait plus d’un an qu'on ne leur en avait point fourni; que les Anglais n’en nsaient pas de même avec les froquois, et que si l’on continuait à les abandonner de la sorte, ils ne paræitraient plans â Montréal.

Le général teur réponpit qu’il était vrai qu'ils n'avaient pas reçu cette année ce qu’on avait coutume de leur fournir annuellement ; mais qu’ils n’y perdraïient rien; qu’il avait eu besoin de tout son monde pour un grand projet de guerre, dont il ne pouvait pas s'ouvrir à eux dans le moment; mais que dès qu'il pourrait disposer d’un certain nombre de Français, il sem presserait de leur faire porter toutes les choses dont ils pourfaient avoir besoin. Cette réponse parut satisfaire les sauvages, et M. de Frontenac les congédia, sans exiger d’eux aucun service, parce qu'apparemment on était rassuré alors au sujet des entreprises des Anglais contre le Canada.

Ce général était presque uniquement occupé de l’entreprise pour laquelle il avait au ordre de tenir ses ‘troupes prètes, et qui était encore un mystère pour lui, A le 7 Septembre, M. pes Ursixs mouilla devant Québec. Cet officier lui remit une lettre du marquis de Nesmoxn, par laquelle il apprit qu’il

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de affai Préf inar lui.

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les bâtimens destinés pour le Canada, qui étaient venus à

Efistoire du Canada. 163 \

s'agissait de la conquête de la Nouvelle Angleterre, dont M. de PONTCHARTRAIN avait formé le projet, mais que c'était une affaire manquée. Dans une lettre qu'il écrivit au ministre, le 15 Octobre suivant, le comte de Frontenac lui mande que ses préparatifs étaient si avancés, qu’il aurait pu se mettre en inarche huit jours après avoir reçu les ordres qu’il attendait de lui. | |

D’après le plan de M. de Pontchartrain, le marquis de Nesmond, à qui l’on donnait une escadre de douze ou treize vaisseaux de guerre, devait, après avoir achevé de chasser les Anglais de Terre-Neuve, se rendre à Pentagoët, et de là détacher un vaisseau pour aller à Québec, donner avis au comte de Frontenac de sa marche, afin que ce général püût l'aller joindre avec les quinze cents hommes qu’il avait dû tenir prèts. Cette jonction fuite, et les troupes embarquées, l’escadre devait aller à Boston, sans perdre de temps, et cette ville prise, ranger la côte jusqu’à Pescadoué, ruinant, suivant la manière

de faire la guerre siors en Amérique, toutes les habitations le

plus avant qu'il se pourrait dans les terres, de sorte que les Anglais ne pussent les rétablir de longtemps. Le .grand âge du comte de Frontenac ayant fait douter qu’il püt conduire lui-même ses troupes et ses milices à cette expédition, on lui laissait la liberté, ou de marcher en personne, ou de substituer a sa place le chevalier de Vaudreuil, qui, dans ce cas, serait subordonné en tout au marquis de Nesmond, au lieu que le comte de Frontenac, s’il venait, devait commander, sans dépen-

dance, les troupes de terre.

Si après la prise de Boston et le ravage de la Nouvelle

. Angleterre, il restait encore du temps pour faire quelque autre

conquête, la flotte avait ordre d’aller à Manhatte (New-York,)

et après la prise de cette ville, y laisser les troupes du Canada,

qui, en s’en retournant dans la colonie, ravageraient encore la Nouvelle York.

M. de Nesmond était parti trop tard de Larochelle, pour pouvoir exécuter tant et de si grandes entreprises; et il fut en

. Outre retenu plus de deux mois sur mer par les vents contraires : de sorte qu’il n’arriva à Plaisance que le 24 Juillet,

Il tint un grand conseil de guerre pour délibérer s’il était à propos d'aller d’abord à Boston: tous opinèrent pour la négative, et leur principale raison fut que quelque déligence qu’on fit pour avertir le comte de Frontenac, les troupes du Canada ne pourraient arriver à Pentagoët avant le 10 Septembre; et qu’alors la flotte, qui n’avait que pour cinquante jours de vivres, ne serait plus en état de rien entreprendre. Sur cela, M. de Nesmond dépêcha le sieur des Ursins, à Québec, avec tois

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PRES FPRE TRES

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Plaisance sous son escorte. Il resta encore quelque temps mo dans ces parages, dans l'espoir de prendre au moins quelques | uné vaisseaux anglais; mais il fut contraint de s’en retourner en à lier France, sans avoir eu occasion de tirer un seul coup de canon. à pêc Le Canada vit se former, cette année, un projet qui aurait | cho eu sans doute un heureux succès, si celui qui en fut le principal que auteur, avait été secondé autant qu’il méritait de l'être. IL y étal avait déja plusieurs années que quelques négocians s'étaient E associés pour établir des pêches sédentaires en Canada; mais rend ils n’avaient pu encore convenir d’un lieu sûr et commode pro pour une pareille entreprise. Le sieur Riverin, dont il a déja vent été parlé, homme entendu, actif et entreprenant, et que Îles | Mai obstacles ne rebutaient point, vint enfin à bout, après bien des de s difficultés, de faire accepter le havre du Mont-Louis, situé sur. auct la côte méridionale du fleuve St. Laurent, et à peu près à cont moitié chemin entre Québec et la pleine mer. be Il nd On ne pouvait choisir un endroit plus convenable tr petit tous les rapports, d’après la description suivante qu’en fait ‘née 4 Charlevoix. ‘ ee | tout ‘ Ce have est l'embouchure d’une jolie rivière ; le mouillage cet |

y est bôn, et l’on n’y est exposé, dans ia rade, qu’au seul vent U du nord, qui souffle rarement en été, La rivière peut recevoir. ; les a des bâtimens de cent tonneaux: ils y sont à l’abri de tous les de l mauvais temps, et à couvert des ennemis, (objet important atten alors), parce qu’on n’y peut entrer que ol la marée est fusse: haute ; et que quand elle est basse, il n’y reste pas deux pieds servi ‘eau, quoique dans la rivière même ils pussent être toujours | Québ à flot. D'ailleurs, cette entrée est facile à défendre, aÿant, moin: d’un côté, des montagnes inaccessibles, et de l’autre, une lan- dont gue de terre qui fait une presqu'île d’une portée de mousquet de, | “Il: largeur au plus, et sur laquelle on peut construire un fort. Cette ces b: même langue de terre est aussi très propre à sécher le poisson, jours très abondant sur cette côte, depuis le Cap des Rosigrs, qui est facile à l'entrée du fleuve, jusqu’à la rivière de Matane, c'est-à-dire dé «1 dans l’espace de près de quatre-vingts lieues. On peut même voir c faire la pêche des baleines encore quinze lieues plus haut. mois | © Pour ce qui est du terrain de Mont-Louis, il est propre à tons 1 produire du froment, et toutes sortes de grains, et l’on y. etapr trouve de fort bons pâturages. Tous les-navires qui montent rait, il à Québec passent à la vue de Mont-Louis, et l’on retirerait pour | beaucoup d'utilité de ce poste, en le peuplant, pour secourir. des 0 les bâtimens qui pourraient se trouver en peine, et manquer homn d’eau et de vivres, dans une nengehee aussi longue et aussi | déma: périlleuse que c*lle du fleuve St. Laurent. Avec cela, on y | prêts avait découvert une carrière d’ardoise; il y a beaucoup de que le salpètre, et un sauvage apporta, un jour, au sieur Riverin, un en ra

Histoire du Canada. 163 morcrau de cuivre très pur, qu’il assurait avoir trouvé dans une ravine, entre deux montagnes. Enfin, quelques particuliers s'étant avisés d’aller pêcher dans ce hâvre y firent une pêche très abondante, quoiqu’ils manquassent de bien des choses nécessaires pour ce travail; et ce fut sur leur rapport que les associés du sieur Riverin çonsentirent à y faire leur établissement.”

Plusieurs habitans étaient déja partis en chaloupe pour s’y rendre, et un bâtiment chargé de sel et de toutes sortes de provisions était dans la rade de Québec, n’attendant qu’un vent favorable pour mettre à la voile, lorsque, vers la fin de Mai, le comte de Frontenac reçut l’ordre, dont il a été parlé, de se tenir en garde contre les Anglais, et de ne permettre à aucun vaisseau de descendre le fleuve. Il fallut obéir, et ce contretemps dégouta entièrement les associés de M. Riverin. Il ne se rebuta pourtant pas lui-mème: il sut encourager le

petit nombre d'habitans qui étaient déja à Mont-Louis; et l’an-

née suivante, la pêche et la récolte y furent si abondantes, que tout le monde reprit cœur. Mais lu suite ne répondit pas à cet heureux commençement. | Une bonne partie des troupes et des milices avait été sous les armes depuis le commencement du printemps jusqu’à la fin de l’automné, d’abord préparées à recevoir l'ennemi, qu’on attendait, ensuite à exécuter les ordres de la cour, quels qu’iis fussent; mais, remarque Charlevoix, si ces Drdrétil ne servirent ni à repousser une seconde fois les Anglais de devant Québec, ni à faire sur eux des conquêtes, ils continrent du moins les Iroquois, ec: procurèrent :.x habitans une tranquillité dont ils avaient presque perdu le souvenir. | Il ne restait plus, coñtinue notre historien, qu’à humiliér ces barbares de manière à les mettre entièrement et pour toujours hors d’état de troubler la colonie ; et la chose paraissait facile avec les forces qu’on avait sur pied ; mais avant de prendre sur cela une dernière résolution, M. de Frontenac voulait voir ce que produiraient les propositions qu’il avait faites, au mois de Novembre, aux quatre Cantons supérieurs. Ces cantons lui avaient envoyé des députés pour lui demander la paix ; et après leur avoir déclaré à quelles conditions il la leur accorderait, il leur avait donné jusqu’au mois de Juin de l’année suivante, pour prendre leur résolution, en les obligeant de lui donner des otages. : Il projetta ensuite d’envoyer cinq à six cents hommes contre les Agniers, qui seuls n'avaient fait aucune démarche pour se reconcilier avec lui; mais lorsque tout était prèt pour cette expédition, il changea d'avis, sous le prétexte. que les neiges n'étaient pas assez bonnes pour marcher dessus en raquettes. |

Pons 7 EAST ET

Fistoire da Canada.

Ce qui contribuait surtout à entretenir le comte de Frontenaç dans l'espérance d’une paix prochaine avec les Iroquois, c’est qu’ils avaient can plusieurs échecs dans la campagne précédente. Un parti d’[roguois s’étant mis en campagne nour sur.

rendre les Outaouais, fut découvert et entièrement défait par les Hurons. Un autr': parti s’étant approché de Catarocouy, sus li conduite de la Chaudière-Noire, ce fameux chef Onnontagué dont nous avons (léja eu occasion de parler, fut surpris, près de la baie de Quinté, par un parti d’Algonquins, qui en tua la moitié, parmi lesquels fut le çhef lui-même, et prit sa femme et quelques autres prisonniers. Les Abén:quis s'étaient aussi rendus maîtres d’un fort situé à six lieues seulement de Boston,

Ourevubaré ‘arriva à Québec à peu près dans le n.sne temps qu'on y apprenait ces nouvelles. Il assura que son canton de {ioyosouin était sinçèrement disposé a la paix. Peu de temps. après sou arrivée, ce cheftomba malade d’une pleurésie qui l’emports ‘1 peu de jours. Il fut enterré avec les mêmes honneurs que l'on rendait aux capitaines des compagnies. Il fallait, dit Charlevoix, que ce sauvage eût slans le caractère quelque chose de fort aitablle ; car toutes les fuis qu'il paraissait, soit à Québec, soit à Montréal, le peuple var mille témoignages d'amitié. M. de Fronténag le regretta C’au-

tant plus, qu'il avait toujours compté sur san crédit pour la

conclusion de Ja paix avec les Iroquois. Ourequharé était chrétien depuis plusieurs années; et c’est de lui qu'on a dit, que son confesseur lui parlant, dans sa dernière maladie, des opprobres et des ignominies de la passion de JEsus-CHrisT, il entra dans un si grand mouvement d’indignation contre les Juifs, qu'il s’écria: % Que n’étais-je là! je les aurais bien,empèché de traiter ainsi mon sauveur.” | | |

Au mois de Février, quatre Anglais arrivèrent d'Orange à Montréal, apparemment pour traiter de l'échange dés prisonniers; et ce fut par eux qu’on eut la première nouvelle de la paix entre lés puissarces de l’Europe. Cette nouvelle fut confirmée, au mois de Mai, par l’arrivée du colonel ScHuILLER, major d'Orange, et du ministre DELLIUS, qui ramenaient une vingtaine de prisonniers français. Ils présentèrent au comte. de Frontenac une lettre du chevalier de BELLAMONT, gouverneur général de la Nouvelle-York, laquelle était datée de New- , York, le 22 Avril, et portait en substance:

Qu'il lui envoyait les articles de la paix qui avait été publiée à Londres, au mois d'Octobre; que MM. Schuiller et Dellius, porteurs de sa lettre, lui amenaient tous les prisonniers français qui s'étaient trouvés entre les mains des Anglais dans la Nouvelle York; que quant aux prisonniers qu’avaient faits les Iroquois, il enverrait ordre qu’ils fussent mis en liberté au

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£fistoire du Canadu. 167

plutôt, avec une éscoîte hour les mettre à l’abri de tout danger, s’il était nécessaire; qu’il le dôutait pas que, de son côté, M. de Frontenac ne fit relâcher tout ce qu’il avait de prisonniers, soit Anglais, soit sauvages sujets du roi de la Grande-Bretagne, tels qu’étaient les Iroquois:

M. de Frontenac lui répondit, par une lettre datée de Québec, le 8 Juin, que queiqu’il n’eût pas encore reçt du rai son maître la confirmation de la paix, il ne ferait aucune difficulté de remettre à MM. Schuiller et Dellius les Anglais et les Hollandais qui étaient prisonniers dans son gouvernement, et qui voudraient bien s’en retourner ; qu’il n'avait jamais refusé de faire ces échanges, même au fort de la guerre, malgré Je mauvais traitement qu'avaient éprouvé de la part des Anglais le capitaine de Villieu et plusieurs autres prisonniers français ; qu'il ne pouvait comprendre qu’il eût chargé ses ‘envoyés de redemanéer les Iroquois prisonniers dans la Nouvelle France; en promettant de faire mettre en liberté les Français qui étaient captifs chez eux; que ces peuples étant, depuis l’automne dernier, en pourparler avec lui, et lui ayant laissé dés otages, pour ‘sureté de leur parole, c'était à ceux qu’ii avait à faire ; qu’il était inutile de se donner la peine de se mêler de cette négociation, puisque les Iroquois avaient toujours été regardés comme sujets du roi de France; même avant que les Anglais fussent devenus maitres de la Nouvelle York; qu’il avait des ordres si précis de ne se point départir de ce principe; qu’il ne pouvait se dispenser d’y obéir, jusqu’à ce qu’il en eût reçut de contraires; qu’au reste, il avait pris de bonnes mesures pour empècher les sauvages domiciliés dans la colonie française de continuer leurs hostilités contre les habitations anglaises ; qu’il avait donné le même avis aux Cannibas et autres sauvages de l’Acadie, mais que comme ils étaient fort éloignés de js et fort irrités de ce qu’on retenait plusieurg de leurs gens prisonniers à Boston, il appréhendait qu’ils ne se portassent à quelque extrémité fâcheuse; si l’on ne se hâtait de les satisfaire sur ce point,

MM. Schuiller et Dellius partirent avec cette réponse. Environ deux mois après, des Iroquois du Sault Louis, qui avaient été voir leurs parens dans le canton d’Agnier, descendirent à Québec, et apprirent à M. de Frontenac des nouvelles

ui lui firent beaucoup de plaisir. Ils lui rapportèrent que pendant le séjour qu’ils avaient fait dans leur pays, le chevalier de Bellamont y avait tenu un grand conseil, où avaient assisté les anciens des cinq cantons; que les Agniers avaient débuté par lui déclarer qu’ils étaient les maîtres de leurs terres; qu’ils y étaient établis longtemps avant que les Anglais y eussent paru; que pour lui faire voir que tous les lieux occupés par la nation

168 Histoire du Canada.

lui appartenaient en propre, ils allaient jetter au feu tous les papiers qu’on leur avaient fait, signer, en diverses occasions : ce qu’ils firent sur-leschamp: Ils proposèrent néanmoins à M. de Belmont d'arrêter. les Sahvages du Sault St, Louis qui étaient chez-eux, jusqu’à ce que le gouverneur, du Canada leur eût renvoyé tous les Iroquois qu’il retenait, Ïl n'osa pas consentir à cette proposition, craignant sans doute que l’hdieux de la perfidie ne retombât sut lui. Îl leut dit même que pour avoir la paix avec les Français, ils devaient la demander par une députation générale de toute la nationi qu’il voulait bien les aider à obtenir cette paix nécessaire à lept conservation ; mais que pour cela; il Stait à propos qu’ils lui remissent tous leurs print ie qu’il se chargerait de faire conduite À Montréal. l'ajouta qu’il savait que de tout temps ils avaient fait la guerre aux tribus qui se disaient alliées des Français; qu’il leut laissait la liberté de la continuer ou de faire la paix; mais qu’il leur défendait toute hostilité contre les français où les salvages domiciliés parmi eux. x R Sur ce que les sauvages lui ajoutérent que les anciens avaient ugréé la proposition du chevalier de Bellamont; de lui livrer tous leurs prisonniers, mais sans déterminer le temps où cela se poufrait faire, M. de Frontenac comprit qu® le gouverneur anglais et les Iroquois se ménageaient mutuellement et se défaient les uns des autres; que les derniers étaient bien aises de s'appuyer di premier pour faire leurs conditions meilleures, et que le chevalier voulait profiter de l’occasion pour établir le e droit de soüveraineté de la Grande-Bretagne sur les Cantons. Îl crut qu’il ne serait pas impossible de se sétvir de.ces dispositions des uns et des autres pour les diviseï; et que le moyen le plus probable d’y parvenir étaitde gagner les Iroquois, eñ leur. persüadant que les Anglais voulaient disposer eï maîttes de leur pays et de leuts personnes.

Dans cette vue; ayant apptis que des Agniers étaient venus. au Sault St. Louis, pour y visiter aussi leurs parens, non seulement il ënvoya recommandèr à ceux-ci de lès bien traiter, inais il les fit même inviter à aller. à Montréal, où, par son ordre, on n’oublia rien pour les bien régaler, et leur témoigner. le plaisir qu'on avaitide les voir. :‘ C'était, dit Charlevoix, quelque chose de bien flatteur pour ces sauvages, de se voir. ainsi recherchés, de deux puissances, dont chacune pouvait les détruire en moins d’une campagne, et dont ils avaient su mettre si utilement en œuvre la jalousie mutuelle, pour se faire craindre, et en quelque façon, respecter de l’une et de l’autre.” |

Une seconde lettre du chevalier de Bellamont, datée de.

New-York, le 13 Août, confirma M. de Frontenac dans la

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