‹ La bibliothèque de Napoléon à Sainte HélèneChapitre 1 sur 5 · DC211 A · texte numérisé non relu

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1894a SAL

STANFORD LÏBRARIES

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Du même auteur :

Notices sur Alexandre et Auguste Adviclle, d'Arros, soldats de b levée de 1S12. Brochure in-8^

VICTOR ADVIELLE

LA

BIBLIOTHÈODE DE NAPOLÉON

PARIS Librairie LECHEVALIER, 39, quai des Grands AugnstiDS

Tiré à joo exemplaires

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[n 1875, j'habitais la rue du PonJt de Lodî, n° I, H Paris. Dans la même maison demeurait un marchand de vieux papiers nommé Bénit, que tout le commerce a connu. Son magasin, vaste et toujours rempli, était au fond de la cour. C'est là que les libraires des quais déversaient le trop plein de leurs resserres; c'est là aussi que, des divers points de la capitale, des officiers ministériels et des particuliers faisaient porter les papiers et les li\Tes dont ils voulaient se débarrasser. Bénit achetait presque sans voir, à tant les cent kilos, et du jour au lendemain, sans rien trier, expédiait le tout, en sacs, aux grands marchands qu'il appro\i>ionnait.

C'était une incessante entrée et sortie de marchandises les plus di\ erses, et de provenances les plus diverses aussi.

De temps en temps, j'allais, en bibliophile intéressé, lui rendre une petite visite; et chaque

fois je rentrais chez moi avec un li\Te, un parchemin, un autographe offrant quelque intérêt.

Un jour, j'aperçus dans un coin du magasin, un tas de volumes brochés qui avaient fait partie de la bibHothèque de Napoléon a S-* Hélène.

A en juger par les papiers qui s'y trouvaient mêlés, ces volumes venaient du général Bertrand. J'en fis, à la hâte, un paquet que je mis sur la balance, que je payai quelques sous et que je montai de suite dans mon appartement. Puis, je redescendis, pour savoir de qui Bénit tenait ces livres, et s'il en avait d'autres.

Bénit était bien le plus agréable voisin qu*on put désirer; mais, dès que la question négoce était agitée, il devenait muet comme une carpe : il ne savait pas! il ne se souvenait plus!! il n'avait pas remarqué!!!... En réalité, il ne voulait point parler, parce qu'il avait sans doute appris à ses dépens, que si ia parole est d* argent^ le silence est d'or.

Le cher homme, très certainement, avait souvent acheté des papiers et des livres dérobés aux Dépôts publics: aussi, dès qu'on l'interrogeait, en commerçant prudent qu'il était devenu, il s'esquivait, ce qui valait mieux encore. Je ne pus donc rien tirer de lui; mais je soupçonnai que les sacs, au pied de.-jquels j'avais recueilli ces épaves, étaient pleins de livres, de brochures, de papiers peut-être.

provenant aussi de Napoléon et du général Bertrand. J'en ai même la conviction, me souvenant toujours des réticences de Bénit, quand je lui demandais ce qu'il y avait là-dedans.

Hélas! tout passa à \2i fonie^ après avoir passé par des mains incapables de discerner ce qui est bon de ce qui est mauvais.

De sorte que sur la totalité des volumes vendus, en 1875, P^^ 1^ famille Bertrand, ay marchand de vieux papiers de la rue du Pont de Lodi, il n'échappa à la destruction, que ceux que j'ai recueillis et dont voici les titres :

Itîneraiy 0/ the Morea : heing a description of the routes of that Pcninsuîa. By sir W. GeîL London^ Martin^ 181 7, in-8.

Sur le faux titre, ces mots : V Empereur Napoléon. — Au haut du ^itre, qui est complet, cachet noir aux armes impériales, mais sans meolion maottscrite.

La Jeune Aveugle. Imité de i'anglaisy par la baronne Isabelle de MontoUeu. Paris, Arthus Ber^trand, 1819, in- 12.

Le haut du titre enlevé. — Dans sa couverture jaune du temps.

Ondine. Conte. Traduit de l'allemand de M, le baron de Lamotie-Fouque', par la baronne de Mon» tolieu. Paris, Arthus Bertrand^ 1819, în-I2.

Oo Ht en haut du faux titic, de la main du général Bertrand : c Donm par VEmp' Xapclcon au O* Beitrand %, — Dans sa couverture rouge du temps.

Maître Etienne^ ou ies Fermiers et les Châte' lains, par le baron de JL.. Paris, Hubert, 1819, 2 vol. in- 12.

Le haut des titres enlevés. -» Dans sa couvcrtuie verte ou temps.

Zm Bannière noire, ou le Siège de ClagcnfuUh, Paris, DentUy 1S20, in- 12 (tome l").

Le haut du titre enlevé ; on y distingue encore quelques bou'^ de lettres du mot Xjpohon, — Timbre noir, aux armes impériales. — Sur la couverture, dont la partie supérieure a aussi été enlevée, ces mots à la main : hy lord Dathurtt permission (1). — Dans sa couverture lose du temps, portant impiimés ces mots : c Du m.ngasio de Pi^oreau, libraire pour les Romans. >

Charles de Valence, roman historique. Par M^^

Louise Dauriat, Paris, Lerouge, 1820, 2 vol. in- 12.

£0 haut du titre de chaque volume ces mots : c Kapo-

Itùn front T. V. Ihlland » (2), et au-dessous, cachet noir

aux armes Impériales.

La Jeune Ursule, conie moral. Par IL Lcmaire, Paris y Eymery, 1S20, in- 18.

Le haut du titre enlevé. — Reste de cachet noir aux armes impériales.

( I > Pat U pemÛMion de lord DaihnrU.

(2) Napoléon, venu de T. V. HoUaode.

On a remarqué que le haut du titre de plusieurs volumes avait été enlevé; cette mutilation est inputable à Tun des descendants du général Bertrand, à celui qui vendit ces livres, comme papiers sans valeur, en 1875.

Pour l'Empereur Napoléon, ces livres constituaient, il faut bien le reconnaître, une piètre littérature; aussi, n'a-t-il pas ouvert les pages du premier, et s'est-îl borné, pour les autres, à les omTir avec le dr^igt. En tout cas, c'étaient pour lui des souvenirs de France!

Je relève dans le catalogue de la librairie Joly, (février 1887), la mention ci-après :

Œuvres compicUs de SainU-Foix.ParùyDucfusne^ 1778, 6 vol. in-8, V., port et fig. de Marillier, rel. médiocre. 15 fr.

Proveoast de la Bibliothèque de Napoléon à Saiote- HèlèDe, avec l'estampille au titre de chaque volume.

C'est encore une épave de cette bibliothèque. Enfin, un autre libraire a fait figurer dans ses catalogues, cet article non moins airieux :

Notices de livres offerts à Napoléon I*' et à l'impératrice Joséphine, dont la vente publique a été annoncée en 1839, par 3 notices imprimées de 4, 8 et 12 pages. 5 fr.

Ces exemplaires px ècieux par leur urigioe, 00 1 été offerts au géuèral Bonaparte, puis à Napoléon I*', et à Timpèra-

triœ Joséphine. I!s sont dètaîllfs avec soîd diDs un de ces trois catalogues, dont voici l'intitulé : Notice bibliographique et de'taillée sur quelques ouvrages précieux^ uniques ou rares, manuscrits, dessins, estampes, plans^ etc., etc, provenant des plus riches Bibliothèques de France, achetés depuis î8t4, et qui sont à vendre, à Pamiable, à la Librairie Encyclopédique, rue d^Argenteuil, j8. Cette notice contient la description minutieuse de 34 numéros d'ouvrages dans des conditions exceptionnelles, et la plupart offerts à l'Empereur et à l'Impératrice.

On sait peu de chose de la bibliothèque que Napoléon avait formée pour son usage pendant sa captivité.

Le Mémorial de Sainte-Hélène se borne à deux mentions, dont voici la première (20 décembre 1815) :

.< On entre à Long\('ood, par une pièce qui venait d'être bâtie, destinée à ser\ir tout à la lois d'anti-chambre et de salle à manger; de là on passe dans une pièce attenante, dont on avait fait le salon; on entre ensuite dans une troisième fort obscure, en travers sur celles-d; on Tavait désignée pour recevoir les cartes et les livres de TEmpereur ; elle est devenue plus tard la salle à manger. — En tournant à droite, dans cette chambre, on trouvait la porte de Tappartement de l'Empereur... A l'opposite de cet appartement, à l'autre extrémité du bâtiment, était le logement de Madame de

Montholon, de son mari et de son fils, local qui a formé depuis la bibliothèque de TEmpereur. » Voici la seconde (20 octobre 1816) :

< J'ai passé la journée à l'estimation des livres qu'on a envoyés de Londres, et pour lesquels on a réclamé à l'Empereur une somme énorme.

Notre estimation n*a pu en atteindre la moitié.

€ Je n'élève assurément aucun doute sur le déboursé fait par le Gouvernement, de la somme qu'il rédame à l'Empereur; mais ayant quelques données sur les marchés de cette nature, je n'hésite pas à prononcer que le libraire en a reçu tout au plus un tiers, peut-être moins encore.

< Du reste, l'inexactitude, l'incune et des irrégularités manifestes ont présidé à cet envoi, et le caractérisent particiilièrement

« I® On n'a point envoyé les livres qui ont été demandés, et nous en avons reçu grand nombre qui n'étaient pas sur notre liste de demande.

€ 2^ Les éditions sont mauvaises, et la plupart des ouvrages é\idemment de rebut Plusieurs sont incomplets et défectueux; c'est un libraire dont on a fiacilité les intérêts, et. nullement quelqu'un qu'on a cherché à satisfaire. A coté de ces omTages de rebut, on en trouve d'un luxe très recherché et fort inutile, tels que Gentil Bernard etc., etc. C'est que le libraire favorisé les aura

eus en boutique, qu'il a voulu les faire passer, et a ainsi écoulé ce qu'il lui a plu.

€ 30 On ne saurait alléguer pour excuser le prix et les éditions, que c'est là tout ce qu'on a pu se prrxnirer à Londres, et c'est pourtant ce qu'on a osé faire, La lenteur mise à exécuter cette commission a laissé cent fois le temps de se pour\'oir à Paris, où l'on eut trouvé tout ce qui avait été demandé, d'où l'on n'eut fait venir que ce qui avait été demandé, et où on l'eut obtenu bon et aux \Tais prix.

€ 40 Les droits énormes d'importation en Angleterre ne sauraient non plus nous être portés raisonnablement en compte, puisque ces livres, achetés pour Sainte Hélène, ont dû être sujets à un draw'back (retour), ou même n'auraient pas dû entrer du tout en Angleterre. Qud est donc le simple particulier qui, d'après tous ces motifs, n'aurait à élever de très justes griefs, sur lesquels les tribunaux ne manqueraient pas de prononcer favorablement? Mais tout cela est encore trop bon pour Sainte-Hélène et l'illustre captif sur son sol; lui et les siens demeurent en dehors de toutes lois! »

Qu'ad\icndra-t-il plus tard de cette bibliothèque formée dans lexil?

On a ^*u, par ce qui précède, que pendant son

séjour à rîle de Sainte Hélène, Napoléon avait donné de la main à la main, plusieurs volumes au général Bertrand.

n dut, nécessairement, donner à d'autres personnes, à Las Cases notamment, quelques nouveautés parisiennes sur lesquelles il se bornait à jeter un coup d'œil.

Les autres volumes restèrent à Longwood, à la disposition de tous, jusqu'à sa mort .

A ce moment le testament de TEmpereur fut ouvert, et Ion apprit qu'il léguait (codicille du 24 avril 182 1, 12^} 25,000 francs à Saint-Denis, l'un de ses valets de chambre et le « garde » de ses livres.

Le même testament porte : « Je lègue à mon fils les boîtes, ordres et autres objets, tels qu'argenterie, lit de camp, armes, selles, éperons, vases de ma chapelle, livres, linge, qui a servi à mon corps et à mon usage, conformément à l'état annexé, coté A. » Or, cet État A débute ainsi : « i'* Quatre cents volumes, choisis dans ma bibliothèque, parmi ceux qui ont le plus servi à mon usage; 2^ Je charge Saint-Denis de les garder, et de les remettre à mon fils quand il aura seize ans. »

C'est tout ce que les documents nous apprennent de la bibliothèque de Napoléon à Sainte Hélène.

Il est probable que le surplus des quatre cents volumes, fut partagé entre les officiers et les serviteurs de la maison de Longwood, et que c'est ainsi que des volumes, précieux seulement par les souvenirs qu'ils rappellent, se sont trouvés dans la succession du Général Bertrand.

On sait d'ailleurs, qu'outre un legs de 500,000 francs que lui avait fait l'Empereur, le général Comte Bertrand, fut avec Montholon, Marchand et Las Cases, l'un de ses exécuteurs testamentaires, et qu'en cette qualité, il fut chargé de liquider certaines parties de la succession.

Le général Bertrand était aussi dépositaire de divers objets précieux, notamment du nécessaire d'or qui avait servi à l'Empereur, c le matin d'Ulm, léna, Eylau, etc. »

Dans Napoléon en Exil, du docteur O'Meara, on trouve, à la date du 25 juin 181 8, cette douloureuse mention :

€ Je suis allé en Wlle, et j'ai essayé de me procurer une copie des observations sur le discours de lord Bathurst, dont il était arrivé, m'avait-on dit, quelques exemplaires dans l'île. Le capitaine Bunn, du vaisseau U Mangle, que je priai de m'aider dans mes recherches, me témoigna combien il était surpris de ma demande, ajoutant qu'aussitôt après son arrivée, sir Hudson Lowe et sir Thomas

Reade avaient pris cinq copies de ce pamphlet, pour en envoyer, disaient-ils, deux ou trois à Longwood, et qu'il les leur avait remises lui-même. Il dit que ces messieurs avaient demandé avec beaucoup d'empressement un détail exact des livres qu'il avait apportés, et s'étaient emparés de tous les ouvrages modernes qui traitaient de politique, et de tt>us les exemplaires de la Revue d'Edim^ bourg, »

La surveillance sur les livres reçus par Napoléon était, on le voit, des plus rigoureuse.

J'aN'ais pensé qu'une partie de la bibliothèque de Napoléon avait pu rester à Long^ood; mais M. le Gouverneur général de l'île, auprès de qui je me suis renseigné, a daigné m'envoyer cette réponse :

« J'ai fait tout mon possible pour vous servir dans ce but; mais je n'ai pas pu trouver aucune trace des livres composant la Bibliothèque... Il paraît que cette Bibliothèque a été envoyée après la mort de Napoléon à la famille Bonaparte, à l'Ile de Corse. Dans les archives du bureau du Gouvernement, j'ai trouvé les listes des aiticles qui existaient dans les deux maisons de Long>K-ood au moment de la mort de Napoléon I^; ces listes ne mentionnent ni livres, ni autres articles ayant appartenu à l'Empereur, et c'est presque certain

que toute sa propriété personnelle a été rapportée en Europe par les officiers de sa Maison. »

M. Vignaly, avocat, bibliothécaire de la ville d'Ajaccio, m*a fait aussi l'honneur de m'écrire :

« J'ai le regret de vous faire connaître que la Bibliothèque d'Ajaccio ne contient aucun document sur la composition et l'importance de la Bibliothèque de Napoléon l^ à Sainte-Hélène. Je me suis adressé à des personnes possédant des doamients particuliers sur Napoléon I**^ : leurs recherches, ainsi que celles des Archivistes, communal et départemental, ont été infructueuses. »

A la mort de Napoléon, des Inventaires avaient été dressés; et l'on exécuta ses intentions du mieux qu'on put.

Quant à la bibliothèque, elle fut, dit Quérard, d'abord vendue en bloc à un libraire de Londres, Bossange, qui, après l'avoir écrémée, fit vendre le reste aux enchères publiques, dans cette même ville, par un expert qui prit soin de publier un Catalogue, devenu rarissime, mais dont heureusement la Bibliothèque Nationale possède un exemplaire, coté A 14229 (i), qui lui vient de !a collection Jullien.

(1) HdU pagM iB-8', U «ecoDde (qne je ne reproduis pas), réservée pour les conditions ds vente. T'ai cru pouvoir rectifier le texte en plusieurs endroits et mettre partout TonLofraphe, nèflifée quelquefob.

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