‹ La bibliothèque des prédicateurs (volume 2)Chapitre 27 sur 30 · QUI ONT ÉTÉ GRANDS DU MONDE · texte numérisé non relu

QUI ONT ÉTÉ GRANDS DU MONDE

AVERTISSEMENT

C'est assez de savoir qu'un roi est déclaré saint par l'Eglise pour conclure que c'est un grand saint , puisqu'il faut que toutes les vertus, les saintes actions, lu victoire sur les passions, les grands services qu'il a rendus à, Dieu et à l'Eglise, en un mot, le grand bien qu'il a fait par son exemple, et le mal qu'il a arrêté par son autorité, soient autant de preuves d'une sainteté éminente.

Pour faire donc l'éloge d'un saint roi en particulier, il ne faut point chercher d'autres matériaux que ses saintes actions et les vertus qui ont éclaté en sa personne, f/r, comme d'ordinaire elles lui sont communes avec les autres monarques qui se sont faits saints, presque tout ce que l'on peut dire de l'un se peut dire de celui que nous honorons, puisqu'ils ont tous marché par la même voie. Ainsi, sans s'étendre sur le haut rang ou Dieu a élevé un souverain pour être la vive image de la majesté divine, ni sur le respect et la soumission qu'on doit à cette qualité, nous ne considérons dans le prince dont nous faisons l'éloge que la sainteté qui l'a rendu grand dans le ciel, et par quels moyens il y est arrivé, surtout sa piété, ayant été aussi soumis à Dieu qu'il a eu d'autorité et de pouvoir sur le commun des hommes. Il faut seulement prendre garde, dans ce panégyrique, de s'étendre tant sur les devoirs attachés à cet état, qu'on ne descende point dans le particulier, à ce qui est propre à celui dont on célèbre la fête, et aux circonstances qui peuvent davantage le caractériser.

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[la sainteté dans les rois]. — Magnificentia in sanctificatione ejus La magnificence paraît dans la sanctification de ce grand saint (Ps. xcv). — Comme Dieu, Messieurs, n'a jamais fait éclater plus hautement la force et le pouvoir de la grâce que lorsqu'il a assujetti les grands du monde sous le joug de l'Evangile, on peut dire aussi que jamais la sainteté n'a paru avec plus de magnificence que lorsqu'elle a été placée sur le trône, et qu'elle a fait une heureuse alliance avec la noblesse du sang, la puissance des souverains et le courage des conquérants. Il n'en faut point chercher d'autre raison sinon que, personne n'ayant de plus grands obstacles à vaincre, pour être saints, que les grands de la terre, dès-là qu'ils ont assez de courage pour l'entreprendre et pour y réussir, on peut dire sans crainte qu'ils méritent l'admiration du reste des hommes : soit parce que l'éclat de leurs vertus se répand plus loin et avec plus de fruit, soit parce qu'il n'y a rien qui fasse mieux connaître le mérite et le prix de la sainteté que de voir qu'elle donne même du lustre à la majesté des rois. C'est ce qui fera, Messieurs, l'éloge de l'incomparable S. N. dont nous célébrons la fête, en vous faisant voir que la sainteté n'a jamais paru avec plus de magnificence que dans ce grand monarque : Magnificentia in sanctificatione ejus. {Essais de Panégyriques).

[Ceqae c'est que la grandeur |. — Comme un homme peut être grand à raison de plusieurs louables qualités, dont chacune peut donner le nom de grand à celui qui la possède, on ne peut en donner une notion commune, et une définition qui convienne à toutes. On peut être grand devant les hommes par sa vertu et son mérite, par sa naissance et sa dignité, par sa science, par son pouvoir et son autorité, et enfin par ses belles actions. On peut donc seulement dire, en général, qu'être grand par quelqu'une de ces belles qualités c'est la posséder avec quelque degré d'excellence, qui distingue celui qui la possède du commun des hommes. Mais, comme nous considérons la grandeur par les avantages de la naissance et de la fortune, lesquels attirent le respect, et particulièrement les dignités, les charges, l'autorité et le pouvoir, voici ce que la morale et la religion nous apprennent là-dessus. Il n'est pas difficile de remarquer que la vraie grandeur doit toujours être accompaguée de soumission et de dépendance envers Dieu, par la raison que la grandeur légitime, selon S. Paul, n'est qu'une espèce d'émanation et d'écoulement de la grandeur de Dieu même, et par conséquent, elle cesserait d'être si elle cessait d'en t. xvii. <8

dépendre. La fausse grandeur a un effet tout eontraire : comme elle tire son origine de l'orgueil de l'homme, elle n'inspire que des retours vers l'homme même, et elle ne veut dépendre que*de lui. Témoin ce malheureux prince qui ne voulait point reconnaître d'autre Dieu que soi, et qui disait insolemment : Qui est donc ce Dieu, qui peut m' obliger à lui obéir. Quis est Dominus ut audiam vocem ejus. (Exod. v). — (Houdry).

[Principes certains, dont il est nécessaire que les grands soient instruits], — Voici quelques principes qu'il est nécessaire de savoir quand il s'agit de grandeur? de puissance, de charge et d'autorité, pour servir de conduite à ceux qu1 sont élevés à quelque dignité, et qui ont du pouvoir sur les autres. — 1°. Toute charge doit venir d'une autorité légitime, parce que toute charge a ses pouvoirs et ses devoirs, et il n'appartient qu'à une puissance légitime de donner des pouvoirs et d'imposer des devoirs. — 2°. Il n'y a point de puissance légitime dans le monde qui ne soit réglée, parce que toute puissance légitime vient de Dieu, et que toute puissance qui vient de Dieu est toujours réglée, toujours clans l'ordre : Non estpotestas nisi à Deo, quœautem sunt à Deo ordinata sunt (Rom. ni). — 3°. Les pouvoirs qui sont donnés par une puissance réglée sont toujours des pouvoirs justes et raisonnables ; les devoirs qui sont prescrits et imposés par une puissance réglée sont toujours des devoirs justes et raisonnables. Il n'y a point de charge, et il n'y en peut avoir, dont les devoirs ne soient imposés par une puissance réglée. Donc il n'y a point de charge, et il n'y en peut avoir dans aucune république, dont les pouvoirs et les devoirs ne soient justes et raisonnables.— 4°. Les devoirs d'une charge ne peuvent être justes et raisonnables qu'autant qu'ils sont subordonnés au grand et au premier devoir que nous avons de servir Dieu et de travailler à notre salut. Du moment qu'ils ne s'accordent pas à ce devoir, qui nous est essentiel et indispensable, ils cessent d'être des devoirs. Ainsi, quelque charge qu'ait un homme et quelques affaires qu'elle lui attire, il ne se doit jamais donner tout entier ni à la charge ni aux affaires. Il n'est ni de la charité ni de la justice qu'il leur donne tout son temps. Il est, au contraire, de la charité et de la la justice qu'il les donne à Dieu ; il est de la charité et de la justice qu'il se doit à lui-même, qu'il prenne tout le temps pour ménager avec Dieu l'affaire de son salut. (Houdry, Sermons).

[Conduite de Dieu en établissant la nouvelle loi]. — Dieu, Messieurs, dans le progrès du christianisme et de l'Evangile, n'a pas tenu la même conduite que sa sagesse avait gardée d'abord dans son premier établissement. Car, si vous y faites réflexion, quand il fut question de publier cette nouvelle loi et d'y soumettre toutes les nations, pour faire voir que c'était uniquement un ouvrage de sa main, il n'y employa ni les sages du monde ni les grands de la terre ; il ne voulut se servir ni des armes des conquérants ni de la puissance des souverains ; mais, pour confondre les sages et les savants, pour soumettre les peuples et les rois, et pour faire chan-

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ger de face à tout l'univers, il n'employa qo& de pauvres pécheurs sans

Bcience, sans armes et sans autorité : et avec ces faillies instruments il a établi la religion par tout le monde, et placé la croix jusque sur le diadème des rois. C'est ce qui a l'ait dire à S. Paul qu'il a choisi ce qu'il y avait do plus faible, de plus méprisable, ce qui avait même quelque apparence de folie, pour confondre et renverser ce qu'il y avait de plus grand, de plus sage, et qui semblait le plus inébranlablement établi : Quœ stulta sunt mundi elegit Deus ut confundat sapientes, et infirma mundi elegit Dels ut confundat fortin, et ignobilia mundi elegit Deus, et ea quœ non sunt, ut eu quœ sunt destrucret (I Cor 1). Mais après que cet Evangile a été reçu et répandu par toute la terre, Dieu a trouvé bon de changer de conduite, et de se servir d'un moyen tout opposé : pour porter ces mêmes chrétiens à la sainteté et à la pratique des plus hautes maximes do l'Evangile, il a employé les plus sages têtes du monde, les plus grands monarques, les plus glorieux conquérants, dont l'exemple semble maintenant plus puissant pour animer le reste des hommes, et plus propre à confondre la lâcheté de ceux qui n'ont pas le courage de les imiter.

C'est pourquoi, pour vous faire voir aujourd'hui, dans la personne du plus saint de nos rois, le plus magnifique modèle de sainteté que Dieu ait fait paraître ici, permettez-moi de changer l'oracle de S. Paul, lequel n'a eu lieu que dans l'établissement de la religion ; et, au lieu de dire que Dieu s'est servi de ce qu'il y a de plus vil et de plus méprisable pour confondre ce qu'il y a de plus grand, disons qu'il emploie la noblesse la plus illustre, la majesté d'un des plus grands du monde, pour faire régner l'humilité chrétienne, et faire voir la plus grande mortification au milieu des grandeurs et des délices de la cour. Au lieu d'ajouter, avec le même Apôtre, qu'il a fait choix de ce que les hommes appellent folie pour confondre la prudence du siècle, montrons, dans l'exemple de ce sage monarque, que la sagesse de l'Evangile, qu'il a prise pour règle dans le gouvernement de son état, est la seule chose qui rend les royaumes heureux et florissants ; et enfin, au lieu de publier que Dieu a choisi les choses les plus faibles pour renverser les plus fortes, je dis qu'il s'est servi de la force et du courage du grand S. N. pour défendre et pour accroître l'empire du Fils de Dieu. C'a été un roi humble et mortifié au milieu des grandeurs et des délices, un sage qui n'a point employé d'autres lumières que celles de l'Evangile pour gouverner son état, un conquérant qui a employé son courage pour défendre les intérêts de Dieu. (Houdry, Sermons.)

| Vices à éviter par les grands |. — 1° Il ne faut pas se laisser surprendre aux flatteries qui pervertissent l'esprit des grands, dont la condition est si malheureuse en ce point, qu'on ne leur dit presque jamais la vérité dans les choses qu'ils sont obligés de savoir. Chassez, grands du monde, loin de vous les flatteurs, et croyez que ce sont vos plus grands ennemis,

commo ils le sont eu effet. Ayez ces personnes en horreur. Au contraire, aimez ceux qui vous disent la vérité. Choisissez une ou deux personnes confidentes, à qui vous donniez charge expresse de vous avertir des fautes que vous ferez, et de tout ce qu'elles jugeront à propos de vous dire. C'est une chose qui manque à tous les grands et à tous ceux qui sont en charge. — 2°. Il faut qu'ils se donnent de garde de l'avarice et de ce désir insatiable d'argent qui est la peste des grands: ce qui les rend odieux et leur fait commettre une infinité de crimes : de là viennent les injustices, les violences, l'oppression des innocents, les exactions iniques, et mille autres désordres qui font gémir les peuples sous l'injustice et la tyrannie des grands que Dieu déteste tant par ses prophètes. — 3°. La vengeance est encore un mal auquel les grands se laissent emporter, d'autant plus facilement qu'ils ont le pouvoir en main, et que souvent, sous prétexte de justice, ils l'exercent lorsqu'elle ne procède que d'une pure passion ; en quoi ils se trompent : car la justice ne regarde que le bien public ou la correction de celui qu'elle punit, au lieu que la vengeance ne cherche que sa propre satisfaction. — 4°. Mais, en fuyant la vengeance et la passion, il faut qu'ils se gardent d'une autre extrémité, qui est une trop grande mollesse, et qui dégénère en lâcheté à punir les crimes. Ils doivent être exacts en ce point, principalement lorsque les crimes sont contre le bien public, et encore quand ils offensent la religion. (Anonyme).

1 Humilité profonde dans un roi]. — Qui a jamais été élevé plus haut que ce grand roi? et qui, dans cette haute élévation, a été plus véritablement humble, plus parfaitement anéanti devant ses propres yeux? 11 était grand par sa naissance et illustre par sa dignité royale ; mais ce qui rend sa sainteté glorieuse et magnifique, pour parler avec le prophète, c'est qu'il a joint la plus profonde humilité avec le plus haut faîte de la grandeur. C'est un vice, comme vous savez, que tous les hommes apportent avec eux en naissant, de vouloir s'élever au-dessus des autres, par une ambition déréglée, par un orgueil qui est comme attaché à notre nature, et qui se trouve jusque dans les conditions lesplus basses et dans les personnes les plus viles ; mais il semble inséparable des souverains et leur être doublement naturel : car, en tant qu'hommes, il leur est commun avec tous les autres, comme l'ayant hérité de nos premiers pères ; en tant que rois, ils l'ont encore reçu, comme un second héritage, d'autant de princes qu'ils en comptent parmi leurs ancêtres ; vous diriez que le sang illustre qui coule dans leurs veines ne formerait que des esprits d'ambition, que l'éclat de leur naissance, qui les éblouit, ne leur laisserait qu'un entêtement de leur mérite, et que la pompe qui les environne ferait que, s'oubliant eux-mêmes, ils ne se mesurent jamais au niveau des autres, qu'ils regardent infiniment au-dessous d'eux. Et par conséquent, si c'est un prodige au sentiment de S. Chrysostôme, de voir un

homme qui ait entièrement étouffé cette inclination naturelle, c'est un double prodige de voir un roi n'avoir pour soi-même que des sentiments de mépris; parce que rien n'est si difficile aux grands que de compter pour rien ce qui les distinguo tellement de tous les hommes. (Houdry).

[En quoi éclate la générosité chrétienne]. — J'ai à vous proposer un nouveau problème : savoir en quoi la générosité chrétienne, qui est inséparable de l'humilité, éclate davantage, ou à refuser l'honneur qu'on nous présente, ou à garder la modération dans celui que l'on possède, pour n'en user que dans les fins de Dieu et dans les règles du devoir. Il y aurait bien à dire de part et d'autre, je le sais bien. Il faut, disent les uns, une résolution plus qu'humaine pour refuser un bien que les autres préfèrent à la vie ; mais il faut une force toute divine, ajoutent ceux-ci, pour n'être point renversé par le vent de l'ambition, qui excite tant de tempêtes dans le cœur des grands. Voir la gloire attachée à la qualité de Souverain, et néanmoins la fuir, c'est avoir un coeur plus que royal, et montrer qu'il y a une noblesse d'esprit plus glorieuse que celle du sang ; mais vivre continuellement avec cet ennemi si agréable, si flatteur, si trompeur, et n'en être jamais surpris, ni vaincu, ni séduit, il faut une vertu à l'épreuve, qui ne s'est pas même trouvée parmi les anges du ciel. Il n'y a que l'humilité chrétienne qui puisse inspirer tant de modération. Quelque parti que vous preniez dans cette question, je le trouverai à l'avantage du grand S. N.; et, en attendant votre décision, je lui donnerai la gloire de tous les deux. Il a fait tous ses efforts pour renoncer à la grandeur dont la nature l'avait comme investi dès sa naissance, et il a constamment refusé la première dignité du monde, dont on le jugeait le plus capable de soutenir le poids. Mais le triomphe de l'humilité chrétienne, dans ce grand prince, est qu'après avoir refusé l'une et n'avoir pu se défaire de l'autre, il a conservé un cœur de roi et de chrétien, ce que Tertullien jugeait incompatible, c'est-à-dire humble dans le plus haut état où la naissance et le mérite puissent élever une personne ; en cela, semblable aux arbres qui jettent leurs racines plus profondes en terre lorsque leur tige s'élève plus haut vers le ciel. C'est ce que je puis appeler le triomphe de l'humilité même, qui n'y est pas, à la vérité, dans son équipage ordinaire, mais qui y paraît, comme je vous ai dit, avec magnificence, pour servir à tout le monde d'exemple d'une vertu aussi rare qu'elle est nécessaire dans tous les états et dans toutes les conditions. [Le même.)

[Respect qne l'on doit aux rois et aux princes]. — L'apôtre S. Paul nous enseigne qu'il n'y a point de puissance qui ne vienne de Dieu, que c'est lui qui a ordonné celles qui sont sur la terre. Que toute personne donc soit soumise aux puissances supérieures, non-seulement par la crainte des châtiments, mais aussi par le devoir de la conscience : Non solùm propter

iram, sed pr opter conscientiam. Les princes sont les images de Dieu et ses ministres, pour punir les méchants et pour faire vivre les bons en sûreté : Dei enim minuter est in bonum, vindex in iram ei qui malurn agit. C'est pourquoi vous les devez honorer, vous ne devez parler d'eux qu'avec respect, vous ne devez pas vous emporter, comme vous faites souvent, à des injures et à des paroles de mépris, ni prendre plaisir à entendre blâmer leur conduite et condamner le gouvernement. Il ne vous arrive rien que par la permission de Dieu et par l'ordre de sa providence. S'il y a des gens qui abusent de l'autorité des souverains et qui vous chargent de tributs et d'impositions, Dieu le permet pour exercer sa justice, pour punir vos péchés et le mauvais usage que vous faites de votre bien. Si vous n'étiez pas des usuriers, des avares, des voleurs, il ne permettrait pas que des partisans vous enlevassent vos biens. Mais vous n'avez point de conscience, vous amassez à toutes mains, ou vous dissipez vos biens en débauches : faut-il vous étonner qu'il vienne des gens qui vous enlèvent vos biens par des inventions injustes et violentes ? Vous vous portez à toutes sortes de méchancetés, vous commettez toutes sortes de violences, vous ne voulez obéir ni aux lois de Dieu ni aux lois du royaume : faut-il s'étonner si l'on voustraite avec dureté etavec rigueur : Vis non timoré polestatem ? Boûu/n foc, et habebis laitdem ex illâ : Dei enim minister est tibi in bonum. Ce n'est pas assez d'honorer le roi de parole, il faut l'honorer en effet : c'est-à-dire qu'il faut le servir en ce qui dépend de vous. Il faut payer vos subsides de bon cœur : Cui tributum tributum. Il ne faut point frauder ses droits. C'est à lui de répondre à Dieu s'il ne les a pas imposés avec justice, mais c'est à vous de les payer de bon gré, et non pas par force : car l'obéissance que les chrétiens rendent à leurs souverains doit être comme celle qu'ils rendent à Dieu ; elle doit venir du cœur, et avoir la charité pour principe : Reddite quœ sunt Cœsaris Cœsari. (Godeau, Homélie.)

[Un saint roi]. — S. N... prend naissance au milieu de ces pompes funestes, de ces grandeurs périlleuses qui détournent si souvent les grands du monde du service de Dieu : mais il saura, malgré les obstacles qu'elles apportent, être serviteur de Dieu sans cesser d'être roi ; il possédera tous les avantages du trône comme ne les possédant pas ; il usera de sa propre grandeur comme n'en usant pas : // se ressouvient de son Créateur pendant les jours de sa jeunesse; il apprend combien il est avantageux de se charger de bonne heure du joug du Seigneur, c'est-à-dire d'obéir à ses souveraines lois : ii prend la généreuse résolution de plutôt mille fois mourir que d'offenser celui qu'il préfère à toutes Jes choses du monde. De là cette inviolable précaution avec laquelle, plus sage que David, il garda toujours son cœur et ses yeux, et les empêcha de recevoir la moindre impression de l'impureté, dans un temps, dans un lieu, dans un état, où tout contribue à faire perdre cette belle vertu. Ce saint roi ne se

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contente pas de bannir le vice et l'impiété de son royaume ; il y fait encore fleurir la religion ; de manière qu'il paraissait grand et magnifique dans les aumônes qu'il faisait, en tant d'actions de piété ; il demandait à quoi la pompe et la magnificence des rois pouvait être mieux employée qu'au culte de Dieu. Ce qui attira tant de bénédictions du ciel sur ce grand Etat, que jamais il n'a été plus riche, plus heureux, plus florissant; et l'on peut dire de ce saint roi ce que l'Ecriture dit de Salomon : Magnificacit Dommvs Saiomonern super omnem Israël, et dédit ilh gloriam regni qualem nul/us habuit ante eum (I Paralip. xix) ; que jamais prince n'a été plus glorieux, plus honoré, plus redouté de ses ennemis, plus aimé de ses sujets, plus chéri de Dieu et des hommes, que l'incomparable S. N... vHoudry).

[Dangers qui se trouvent à la cour]. — La cour des rois est une mer qui a son calme et ses orages, ses sirènes et ses écueils. Son calme est la faveur, ses orages sont les disgrâces, les sirènes sont les beautés qu'on y voit, les écueils sont les mauvaises rencontres que l'on y fait. Pour en juger saintement, le calme y est plus dangereux que l'orage, et les sirènes y font faire plus de naufrages que les écueils. Car la faveur du prince y fait souvent des orgueilleux et des insolents, qui, enflés du vent de la fortune, pensent être des dieux ou des rois, parce qu'on leur donne de l'encens comme à ceux-là, et qu'on leur rend des respects comme à ceuxci, et il faut avoir une merveilleuse force d'esprit pour conserver la modestie au milieu de tant d'honneurs. Les beautés y sont souvent des impudiques, et il faut être bien chaste pour se défendre contre tant d'artifices et de charmes. Cependant le saint dont je fais aujourd'hui l'éloge a été le ifavori d'un grand roi, et n'a jamais été insolent ; il a passé quelques années parmi les délices de la cour, et il a toujours été chaste : et c'est en quoi je fais consister la véritable grandeur, qui vous doit donner de l'étonnement. Le favori qui possède les bonnes grâces de son prince est plus heureux et plus absolu que lui. Car le prince ne sent pas sa grandeur, parce qu'elle est née avec lui; il n'use pas de sa puissance, parce qu'elle ne lui est pas contestée ; mais le favori qui doit son bonheur au caprice de la fortune, le goûte avec plus de plaisir et s'en sert avec plus de liberté que le prince. C'est lui qui règne en effet, c'est lui porte le sceptre et qui conduit le timon ; c'est lui qui dispense les faveurs, et qui dispose des charges : si bien que tous les honneurs lui sont rendus, parce que c'est de lui qu'on attend toutes les grâces. (Panégyrique de S. Sulpice, du P. Senaut.)

[Fragilité des grandeurs humaines]. — Ce grand prince savait bien que les grandeurs qui dépendent de la fortune sont fragiles, que mille accidents qu'on ne peut prévoir les peuvent détruire; que,comme elles sont plus élevées, elles sont plus exposées à la foudre ; qu'il n'y 9 rien en elles de

brillant qui ne soit accompagné de dangers ; et, se souvenant de ces belles paroles de S. Augustin, il les répétait souvent dans sa ferveur, et se disait à lui-même : Et ibï quid non fragile, quid non plénum periculis ? etperquot pericida pervenitur ad g?*andius periculum, etquamdiu isluderit? Considère ta fortune : tu n'y verras rien qui ne soit sujet à mille accidents, qui ne te menace de mille périls, et qui ne doive te faire appréhender une chute aussi lourde que ta faveur est élevée. L'affection des princes est changeante, et, comme la place que tu occupes dans le cœur du tien est enviée de tous ses sujets, elle te peut être ravie par quelqu'un. Ne te flatte point d'une vaine et fausse espérance, qui abuse tous les favoris ; on peut te ravir ce que tu possèdes, et, quelque soin que tu prennes de le conserver par la fidélité de tes services, tu dois être toujours préparé à le perdre (Senault).

[Compte à rendre à Dieu]. — Pourquoi Dieu menace-t-il d'un jugement si terrible et si rigoureux les rois et les princes ? C'est particulièrement à cause que leurs péchés sont d'ordinaire plus grands et plus punissables que ceux des particuliers. Les particuliers se cachent pour voler, durant la nuit, assez peu de chose; mais les princes ne craignent point d'envahir les villes, les provinces et des royaumes entiers. Ceux-là vident leur querelle seul à seul ; mais ceux-ci lèvent des armées, et entrent avec violence dans les terres de leurs ennemis ; et, si la guerre est injuste, qui pourrait dire de combien de péchés elle est cause ? Tant de voleries, de massacres, de saccagements de villes, d'embrasements de maisons, de profanations de temples, de sacrilèges horribles, de violences, et d'autres crimes infâmes, qui sont les suites des guerres entreprises injustement, retombent sur ceux qui les entreprennent, et ils en seront d'autant plus rigoureusement punis qu'il n'est pas en leur pouvoir de réparer les maux infinis que cause partout la licence des soldats. Il ne faut donc pas s'étonner que le Saint-Esprit menace d'un jugement trh- .-tévhe ceux qui commandent. On devrait plutôt être surpris de voir des personnes qui aiment à commander. Donc, si Dieu châtie avec tant de sévérité les péchés des princes temporels, il punira très-sévèrement ceux des princes ecclésiastiques, à proportion de la différence qu'il y a du spirituel au temporel, et du sacré au profane. Quiconque regardera des veux de la foi les dangers inséparables de la vie des grands de la terre en sera ému de compassion, et il aura la charité de prier pour eux. Au reste, ce que nous disons, qu'il faut plaindre davantage ceux qui commandent que ceux qui obéissent, S. Augustin le confirme lorsqu'il dit qu'il est plus aisé aux serviteurs de bien obéir qu'aux maîtres de bien commander (Bellarmin).

[l'n saint roi]. — Pourquoi le saint dont nous honorons la fête a-t-il été un serviteur fidèle? C'est qu'il a médité la'doi du Seigneur; ils'est appli-

que à connaître la volonté de Dieu ; il s'est servi, selon les intentions de notre souverain Maître, de tous les talents qui lui avaient été confiés. Quel usage S. N. a-t-il fait de sa puissance ? Convaincu du principe de S. Paul, que toute puissanee est donnée pour édifier, et non pour détruire, jamais il ne s'est servi de la sienne que pour appuyer l'équité, pour bannir l'injustice, pour soutenir la vertu, pour déclarer la guerre au vice, pour faire du bien, non-seulement à ses sujets, mais encore à une infinité d'autres. Il a établi de sages lois pour faire rendre en tous lieux, au souverain Seigneur et au maître des rois, l'honneur et le culte qui lui sont dus. Touché d'une véritable compassion pour ceux qui, étant sortis de l'arche, sont en danger de périr, il n'omet rien de ce qui peut obliger les hérétique? à ouvrir les yeux, à reconnaître la vérité et à rentrer dans le sein de l'Eglise. Il veut que les ecclésiastiques vivent dans la modestie convenable à leur état, il bannit de sa cour le blasphème et la débauche; il soutient les faibles contre les puissants; et, de peur que l'on ne rende pas assez exactement aux pauvres ce qui leur appartient, il est toujours prêt à les entendre et à les appuyer. — Voilà l'usage que S. N. a fait de sa puissance.

A quoi lui ont servi les richesses immenses dont il s'est trouvé le maître ? A nourrir une multitude prodigieuse de pauvres, à fonder des hôpitaux, à bâtir des monastères, à élever des autels. Ce saint roi se retranche ; il se distingue de ses sujets, non point par l'éclat et la pompe, mais par son zèle et ses vertus ; il est avare, pour ainsi dire, quand il s'agit de faire des dépenses qui peuvent tant soit peu flatter la sensualité; il est prodigue quand il est question de soulager les pauvres. Quelles preuves de sensibilité, d'amour et de tendresse, ne donne-t-il point aux membres de Jésus-Christ souffrant ? Il est assis avec eux à une même table ; ses mains royales sont occupées à les servir ; il fait plus, qui le croirait? souvent l'on a vu sa bouche sacrée appliquée sur les plaies des malades. Sa compassion sans limites s'étend jusqu'aux chrétiens qui, dans les lieux les plus éloignés, gémissaient sous la tyrannie des barbares et des infidèles. Que n'a-t-il point fait pour rompre leurs fers? Un pur zèle de religion lui a fait passer les mers, ne pouvant souffrir, pour me servir des termes de S. Bernard, que les ennemis de la croix levassent leurs tètes sacrilèges dans une terre où l'ouvrage de notre rédemption a été accompli, ni qu'ils profanassent les lieux saints, qui ont été arrosés du sang de l'agneau sans tache. — Voilà les grandes preuves que S. N. nous a laissées de son zèle et de son amour pour les pauvres. Pourquoi ce saint les a-t-il aimés si tendrement pendant toute sa vie ? C'est qu'il considérait Jésus-Christ en leurs personnes; c'est qu'il était convaincu que Jésus-Christ regarde comme fait à lui-même tout ce que la charité fait entreprendre pour le soulagement des pauvres {Année évangélique).

[Confiance eu Dieu]. — Quelque grands que soient les dangers attachés à la grandeur, ceux qui s'en trouvent chargés par l'ordre de Dieu ne doivent pas pour cela perdre courage. Dieu peut aussi facilement leur faire surmonter les plus grandes difficultés que les moindres. Il sauve, comme dit l'Ecriture, aussi bien avec peu de force qu'avec des troupes innombrables, et dans le trésor infini de ses grâces il en a de proportionnées à tous nos besoins, Mais, pour obtenir même ces grâces proportionnées, il faut que les grands connaissent la grandeur de leurs besoins, et qu'ils sachent que les grâces communes n'y suffisent pas. Notre grand prince était bien persuadé de cette vérité : c'est pour cela aussi qu'il priait tous les jours le Seigneur de lui accorder des grâces proportionnées à son état et à sa grandeur (Essais de morale).

[Douceur et pardon des oH'cnses]. — L'esprit de douceur qui éclata en S. N., par une clémence généreuse et une charité prodigue, lui apprit à pardonner par religion, non par vanité ; à distinguer les injures qui offensaient le roi de celles qui n'offensaient que le chrétien ; à se mettre peu en peine qu'on manquât d'estime pour sa vertu, pourvu qu'on ne manquât point de soumission pour son autorité. Attaché à la piété, non pour l'honneur qu'elle peut faire devant les hommes, mais pour le mérite qu'elle donne devant Dieu, il puisa dans ce même esprit une charité humble, une charité généreuse, une charité universelle. L'homme dur et superbe est odieux jusque dans sa postérité, mais l'homme affable, miséricordieux, pacifique, trouve dans l'affection du public sa grandeur, sa gloire, son repos; il commande toujours avec autorité parce qu'on lui obéit avec amour. Rien ne lui résiste parce que les cœurs mômes ne lui résistent pas. 11 vit heureux, parce que les autres le sont par lui. Il est pour le public comme un trésor que chacun prend intérêt à conserver, et, chéri des hommes, dont il possède la confiance, il est encore agréable à Dieu, dont il remplit les desseins et dont il représente la bonté (Journal de Trévoux, mai 1722).

[Aumônes royales]. — Ce saint roi ne faisait voir qu'il était plus grand que le reste de ses sujets que parla grandeur de ses aumônes et de ses libéralités toutes saintes. Comme le soleil ne se partage point, mais se prête à tous, sans laisser aucun lieu qu'il n'éclaire de sa lumière, sa charité embrassait tout le monde , et se répandait sur tous ceux qui souffraient quelque nécessité. Mais, avant de regarder cet homme admirable comme roi, et pour le considérer encore dans ses vertus particulières, nous ne pouvons omettre, en le voyant dans son domestique, ce qu'on dit de la conduite du saint homme Job avec ses gens, où il était si éloigné de rien faire avec hauteur et par une autorité absolue, qu'il dit lui-môme qu'il ne refusait pas d'entrer en jugement avec les moindres de ses officiers : Si contempsî subire judicium cvmserva.

mco et concilia mon, cî/m disceptarent mocum. Ce prince admirable, qui rendait si équitablement la justice à tout un peuple, ne refusait pas néanmoins de se soumettre à la décision des juges pour faire justice à ses domestiques, et on voyait un roi descendre en quelque sorte du tribunal pour écouter le jugement par lequel on terminait les différends qu'il avait avec les moindres de ses serviteurs. Quand voit-on cela,sinon sous les meilleurs princes, et lorsqu'ils sont telsque Ton necroitpas qu'il puisse se trouver personne qui se plaigne de leur conduite? (Vies des patriarches.)

[lue sainte reine]. — SteN., dont l'Église solennise aujourd'hui la fête, ne s'est pas contentée d'employer ses biens de fortune pour subvenir aux nécessités de son prochain ; mais elle s'est employée soi-même, et, de princesse qu'elle était, elle s'est rendue la servante des pauvres. C'est pour eux que cette femme forte, puisqu'elle a vaincu toutes les inclinations de son sexe, et triomphé de cette délicatesse et de cet amour désordonné que les femmes et principalement celles qui sont riches et nobles ont pour elles-mêmes, c'est, dis-je, pour les pauvres que cette femme forte, renfermée dans son palais, était toujours occupée au travail : Digiti ejus apprehenderunt fusum. Elle faisait toutes sortes d'offices et préparait la nourriture nécessaire aux malades. Sortons de son palais et suivons-la avec toutes ses filles dans un grand hôpital, où tous les jours un grand nombre de pauvres était entretenu à ses dépens. Vous aurez assurément de l'admiration lorsque vous verrez cette fille de roi, cette alliée des empereurs, cette souveraine de tant de peuples, qui s'occupe aux emplois les plus vils pour le soulagement des pauvres. (Panégyriques du P, Texier).

[Étude de la morale]. — La morale est la science des hommes et particulièrement des princes, puisqu'ils ne sont pas seulement hommes, mais qu'ils doivent aussi commander aux hommes, et qu'ils ne le sauraient faire s'ils ne se connaissent eux-mêmes et les autres dans leurs défauts et dans leurs passions, et s'ils ne sont instruits de tous leurs devoirs. C'est donc dans cette science qu'ils les faut principalement former. Comme l'usage en doit être continuel, l'étude en doit être continuelle. On ne saurait trop tôt la commencer, parce qu'on ne peut trop tôt commencer à se connaître, et elle est d'autant plus commode que toutes choses y peuvent servir, car on trouve partout les hommes etleurs défauts. Telle a été l'occupation continuelle de ce prince pendant toute sa vie. (Essais de morale).

[Dangers des richesses]. — Peut-on mériter le ciel dans une vie éclatante? Il n'y a rien de plus décrié qu'elle dans l'Évangile. Le Fils de Dieu y donne des malédictions aux riches, S. Paul les regarde comme de malheureuses idoles, et jamais les SS. Pères n'ont été plus éloquents

que sur ce sujet. Ces conditions entretiennent le vice, ruinent la vertu, empoisonnent l'esprit et remplissent le cœur de malice. Mais, sans parler des richesses, les gens de qualité ne méprisent-ils pas ordinairement les plus saints devoirs ? On se fait peut-être honneur des vertus morales, mais on se soucie peu des vertus chrétiennes ; on a de la grandeur d'âme, mais ce n'es^que faste et orgueil ; on garde sa parole aux hommes, mais on est infidèle à Dieu ; on sert ses amis avec zèle, mais on persécute ses ennemis avec cruauté. Actif dans les affaires de cette vie, lâche dans celles de l'autre, civil envers les riches, dur envers les pauvres, travaillant pour sa fortune temporelle, et ne faisant rien pour son salut éternel, cela veut dire, Messieurs, que, dans les conditions distinguées, il y a de grandes difficultés à vaincre. Mais c'est par là même que notre saint a mérité une récompense éternelle. Il serait bien étrange que les riches ne pussent pas se sauver ; que Dieu leur eût donné du hien pour les rendre éternellement malheureux, et qu'ils fussent obligés de lui rendre grâces d'un si funeste bienfait. Qu'il y ait dans les richesses de grands obstacles au salut, je n'en doute pas, l'Evangile m'en assure : mais j'apprends aussi de l'Évangile qu'on s'en peut faire des amis pour être reçu dans les tabernacles éternels, et que c'est avec elles qu'on peut pratiquer les plus belles et les plus édifiantes vertus. C'est ce qu'a fait, pendant toute sa vie, le saint dont l'Église solennise aujourd'hui la fête. {Dictionnaire moral).

Sot'à le nom (/'Ecclésiastique qui par les grâces et les avantages de cet état sont parvenus à une excellente sainteté, nous ne comprenons que ceux qui ont été appelés et employés au ministère du sanctuaire, sans avoir égard ni aux rangs différents qu'ils ont tenus, ni aux dignités, prélatures, supériorités et autres charges qu'ils ont exercées dans l'Église. Par cette précision nous ne considérons que la qualité de Prêtres ou de simples Ecclésiastiques destinés au service de l'autel, jouissant des mêmes prérogatives dont jouissaient les lévites dans l'ancienne loi.

Il eut vrai que la multitude de ces ministres, les mœurs peu édifiantes de quelques-uns d'entre eux, l'oisiveté et le désir de mener une vie commode et /maquille, ont beaucoup avili cet état et l'ont décrié dans l'esprit de bien des: gens; mais, comme les vices et les défauts sont propres aux personnes et non point à l'état qu'ils ont embrassé, cela ne doit rien rabattre de l'estime qu'on en doit faire, à cause des moyens et des occasions qu'on y a de se scuktifier : ce qui le distingue et l'élève incomparablement au-dessus de tout autre état. De sorte qu'on peut dire que tous ceux qui y sont appelés seraient autant de .saints s'ils s'acquittaient dignement des devoirs qui y sont attachés et profitaient des occasions et des moyens qu'ils ont de faire mille bonnes œuvres. C'est pourquoi, si, dans cette multitude innombrable de ceux qui s'y sont faits saints, l'Eglise en honore quelques-uns plus particulièrement pour s'être distingués entre les autres, c'est assez, pour trouver de quoi en faire l'éloge, d'exposer les obligations d'un état si élevé et de montrer que le saint qu'on honore les a parfaitement remplies. C'est ce que nous prétendons faire dans ce Supplément.

COMMUN DEb SAINTS PRÊTRES

[Ce que c'est p'uu ecclésiastique |. — Voici en peu de paroles la définition d'un ecclésiastique. C'est un homme qui s'applique à se sanctifier luimême et à sanctifier les autres. Mais jusqu'où doit aller son application à se sanctifier ? Elle doit être telle qu'il ne soit jamais content de luimême ni de ce qu'il fait. Il doit se proposer sans cesse de faire de nouveaux progrès dans le chemin de la vertu. C'est une maxime qu'un ecclésiastique doit essentiellement suivre pour parvenir où Dieu l'appelle. Malheur à celui qui, satisfait de lui-même, s'arrête tout d'un coup et croit qu'il n'est point obligé d'aller plus loin? Et c'est pour cela que S. Grégoire de Nazianze dit que c'est un péché pour un homme particulier de se porter à ce qui est défendu par la loi, mais c'est un grand défaut dans un prêtre de ne pas avancer toujours dans la vertu : car un prêtre ne doit pas se contenter d'une sainteté commune, il doit avoir en vue d'exceller, et il n'y a point de voie qu'il ne doive tenter pour parvenir. à cette noble fin. (Lambert. Devoirs d'un ecclésiastique).

[Trois qualités qui conviennent a un ecclésiastique). — Le cardinal Pierre Damien, parlant d'un ecclésiastique chargé du soin des âmes, dit qu'il a trois grandes qualités : celle de pasteur dans l'Eglise particulière qu'il gouverne : Pastor in Fcclesiâ, celle de juge dans la chaire et dans les tribunaux où il rend des oracles et des sentences de vérité : Judex in cathedra; et celle d'intercesseur, à l'autel, par la fonction de médiateur des hommes auprès de Dieu . — Mais autant ces qualités lui procurent d'honneur, autant elles lui imposent de charges. La première demande une vie sainte et irrépréhensible, la seconde de la capacité et de l'expérience, la troisième delà charité et du zèle. Il n'est pasteur dans l'Église qu'il gouverne qu'afin d'élever à la piété et d'édifier les peuples auxquels il est proposé Pastor in Ecclesiâ ut sanctè erudiat. C'est son premier devoir; et il ne peut s'en acquitter dignement qu'il ne soit innocent et irrépréhensible dans ses mœurs. Il n'est juge dans la chaire et dans les tribunaux de la pénitence que pour y rendre des décisions qui soient justes : Judex juste definiat : c'est son second devoir, et il ne peut s'en acquitter à moins qu'il ne soit intelligent et habile en ce qui regarde son ministère. Il n'est le médiateur des hommes à l'autel que pour les ramener à Dieu et le prier en leur faveur ; Intercessor ut piè subveniat : c'est son troisième devoir, et il ne peut s'en acquitter qu'il ne soit charitable et désintéressé dans sa conduite. {Discours moraux).

[Sainteté nécessaire au prttre]. Je vous avoue que je tremble quand je pense à la grandeur de cet état et à L'éloignement où sont la plupart de la sainteté qu'il demande. Un ange du ciel en ayant tait connaître quelque chose à S. François d'Assise, jamais il n'osa entrer dans le sacerdoce. Ce grand saint, l'image vivante de Jésus-Christ crucifié, regarde cette dignité comme redoutable aux anges mêmes. On peut croire que Dieu cache la grandeur de cette dignité, de crainte que ceux qu'il y appelle n'aient pas la hardiesse d'en approcher, comme, au contraire, selon le sentiment d'un grand homme, le démon y pousse plusieurs ou qui n'y sont pas appelés ou dont les mœurs n'y sont pas conformes. Et c'est une chose qui nous doit faire frémir, qu'un méchant prêtre fera plus de profanations des divins mystères en une seule année, les célébrant souvent, que les séculiers libertins en s'en approchant rarement durant toute leur vie. C'est aux prêtres que s'adressent particulièrement ces paroles de l'Écriture : Soyez saint, parce que je suis saint. Leurs fonctions divines, qui les approchent si près de sa majesté infinie, ne permettent pas qu'il y ait de tache en eux. Ils doivent détruire le péché des peuples ; ils doivent donc commencer par en être eux-mêmes exempts. Ils sont dans le lieu saint, afin de prier le Seigneur de faire miséricorde aux pécheurs : est-ce un moyen de s'acquitter de ce devoir en y paraissant eux-mêmes criminels ? Ils participent au titre et à l'office de médiateur, qui n'appartiennent proprement qu'au Fils de Dieu : quelle sainteté ne doiventils point avoir pour s'acquitter de cette médiation ? Si on demande une grande perfection dans les personnes qui communient tous les jours, hé ! quelle doit être ceDe des prêtres, qui tous les jours offrent le divin sacrifice et qui ne sont pas seulement à l'autel pour apaiser la colère de Dieu par l'innocente victime qu'ils lui présentent pour leurs péchés, mais pour les péchés de tout le monde. (Boudon).

[Renoncement à toutes choses], — Lorsqu'un ecclésiastique aura renoncé à toutes les choses périssables et passagères de ce monde, il doit dispenser les biens qui sont entre ses mains d'une manière conforme aux maximes de Jésus-Christ. Comme il est aisé de se tromper et de se flatter que l'on a des sentiments qui ne sont point dans le cœur, on en voit beaucoup qui,, lorsqu'on leur reproche qu'ils recherchent avec trop de soin les commodités de la vie, répondent hardiment que leur cœur en est entièrement détaché. Sur ce principe, en menant une vie molle, en flattant leur sensualité, ils se persuadent qu'ils sont disciples du Fils de Dieu, ils ne se croient obligés à aucun retranchement, ils osent soutenir qu'ils sont morts aux choses du monde. Il est aisé de leur montrer que leur illusion est grossière. Le renoncement de cœur ne peut être véritable à moins qu'un chrétien ne soit préparé à abandonner tous ses biens, si Jésus-Christ lui en faisait le commandement. Il doit donc, à plus forte raison, être dans la disposition de dispenser ses biens de la manière que

le Fils de Dieu lui commande : et de là il faut conclure que tout homme qui n'use point des biens de ce monde selon les préceptes de l'Evangile n'a point renoncé aux choses de ce monde, et qu'il n'est point disciple de Jésus-Christ. Imprimez dans vos cœurs cette importante vérité, et vous serez bientôt convaincus, à votre confusion, que vous n'êtes point ses disciples. Les maximes de la religion sont qu'un chrétien doit vivre dans l'humilité, qu'il doit embrasser une vie mortifiée, s'accoutumer à souffrir, combattre sans relâche ses désirs déréglés ; qu'il doit se réduire au seul nécessaire, afin d'avoir de quoi soulager les pauvres. Observez donc l'usage que vous faites de vos biens, et vous verrez que vous vous en servez pour irriter vos passions, pour nourrir votre orgueil ; pour enflammer votre cupidité, pour éloigner toutes les occasions qui se présentent de souffrir et de pratiquer des mortifications. Vous verrez que, par vos dépenses superflues, vous vous mettez dans l'impuissance de soulager les pauvres, et que ce que vous devriez partager avec eux ne vous suffit presque pas. Vous usez donc des biens de ce monde selon les désirs de votre cœur : quoi de plus opposé au précepte que le Sauveur vous fait de renoncer parfaitement et de cœur à toutes vos possessions? (Lambert).

[duel esprit doit avoir un prêtre]. — Les ecclésiastiques ont besoin des dons les plus excellents pour soutenir leur dignité et les difficultés de leur état. Il faut que, comme les Apôtres, ils aient les prémices de l'Esprit ; il faut que l'Esprit de Dieu leur soit communiqué avec plus d'effusion qu'aux autres chrétiens, non-seulement parce que leurs fonctions sont plus élevées, mais encore parce que c'est par leur canal que les fidèles reçoivent l'Esprit de Dieu. La prudence est la vertu la plus nécessaire à cet état, jointe avec l'humilité et la charité. La prudence y est nécessaire pour distinguer nettement le mal d'avec le bien, le vrai d'avec le faux, le bien même d'avec le mieux ; l'humilité y est absolument nécessaire pour rentrer souvent en soi-même, dans la considération de son propre néant, et attirer ainsi l'Esprit du Seigneur pour nous instruire de nos devoirs et renouveler notre ardeur. C'est en vain qu'un ecclésiastique, un directeur, un pasteur, se repaîtrait de ces paroles de S. Pierre? la nation sainte, le sacerdoce royal, la race choisie ; tous ces grands termes, quoique véritables, ne serviraient qu'à leur condamnation sans l'humilité. Il faut être orné d'une charité tout ardente pour être prêt à secourir le prochain en toutes ses nécessités et corporelles et spirituelles ; et Ton peut dire que si Elisée hérita du double esprit du prophète Elie, celui-ci est le triple esprit du Sauveur. (Anonyme).

[De la suréminenee du Sacerdoce]. — La dignité du sacerdoce exige de celui qui en est honoré d'être sur la montagne, comme un autre Moïse, pendant que le peuple demeure en bas. C'est-à-dire que les prêtres doivent être entièrement séparés du peuple par la sainteté de leur vie, par la

COMMUN DES SAIKTS l'KKTRES. 4 4^'

gravité de leurs mœurs. La dignité de prêtre est un poids, elle impose de grandes obligations. Celui qui en est honoré doit surtout veiller sur lui-même ; il doit faire en sorte que la sainteté de sa vie réponde à l'élévation de sa dignité. Comment le peuple respectera-t-il un prêtre en qui il ne remarque rien qui attire son respect ? C'est donc par l'éclat de ses vertus qu'un prêtre doit être particulièrement élevé au-dessus des autres. Un pasteur a un grand reproche à se faire lorsqu'il en remarque dans son troupeau qui sont plus exacts, plus zélés, plus attentifs à leurs devoirs que lui. (Lambert).

[La sainteté dans le prêtre]. — Sacerdotes sine macula, voluntatem habentes in lege Dei IMachab. iv). Il serait à souhaiter que, les prêtres ayant le pouvoir de produire moralement dans les âmes, et réellement sur nos autels, le même Jésus-Christ que la Sainte Vierge, la plus pure de toutes les pures créatures, a produit dans le temps, et que le Père céleste, qui est la pureté même, produit dans l'éternité, ils eussent aussi une pureté semblable et toute céleste. Mais, si cela n'est pas en leur pouvoir, ils doivent du moins ressembler aux prêtres que choisit autrefois Judas Machabée, et être, comme eux, des hommes sans tache, des hommes qui aiment la loi de Dieu, qui la portent dans leurs cœurs, qui l'observent religieusement, qui ne s'en éloignent jamais, et qui n'aient point de plus grand plaisir que de la garder parfaitement et inviolablement. Sacerdotes sine macula, voluntatem habentes in lege Dei.

Propter peccata prophetarum ejus et iniquitates sacerdotum ejus, erraverunt cœci inplateis (Thren. iv). Le pauvre peuple, dit Jérémie, s'est égaré dans les places publiques, il est tombé dans les chemins les plus droits du monde ; il s'est laissé aller à des crimes dont il était incapable ; il est devenu aveugle, il ne voit plus rien, ni dans les points de foi desquels il n'avait jamais douté , ni dans les maximes de morale les plus claires et les plus constantes : Erraverunt cœci in plateis. Et pourquoi cela ? Propter peccata prophetarum ejus et iniquitates sacerdotum ejus : ce sont les péchés de ses prophètes, ce sont les iniquités de ses prêtres et les scandales de leur vie peu réglée qui l'ont jeté dans tous ces malheurs. Audite hoc, sacerdotes, et attendite, quia vobis judicium est, quoniam laqueus facti estis et rete expansum super Thabor. Prêtres, dit le prophète Osée, comprenez bien ce que je vais vous dire et méditez-le attentivement : Quia vobis judicium est, quoniam laqueus facti estis et rete expansum super Thabor : vous servez de pièges au peuple de Dieu ; vous êtes exposés sur le Thabor, sur la sainte montagne, dans l'élévation et dans la dignité sacerdotale, comme des rets et des filets étendus pour envelopper les fidèles, pour les engager dans le péché et dans l'erreur, pour les y retenir et pour les y perdre : dès à présent, Dieu vous cite au jugement universel, il vous y attend ; c'est pour vous, c'est particulièrement pour t. xvii. 29

vous, qu'il prépare cette terrible journée : Vobis judicium est. (Anonyme).

[S. Paul serviteur de tous les fidèles]. — Nous nous considérons, dit S. Paul, comme vos serviteurs. Voilà la véritable idée du ministère ecclésiastique. C'est un ministère qui nous assujettit à servir le prochain, et qui nous engage à nous considérer comme les serviteurs de nos frères. Ne croyons pas que cette idée avilisse notre ministère : rien n'est plus noble que de servir le prochain. Lorsque nous rendons un service à nos frères, nous le rendons à Jésus-Christ. Jésus-Christ lui-même a consacré sa vie au service des hommes. Vous servez Jésus-Christ, dit S. Augustin, d'une manière qui lui est très-agréable, quand vous rendez service à ceux dont il s'est déclaré le serviteur. Le même S. Paul, dans un autre endroit, dit qu'il est débiteur de tous, au grec, au barbare, aux savants, aux ignorants. Le ministère ecclésiastique nous rend débiteurs de nos frères. Que leur devons-nous? Nous leur devons nos soins, nos travaux, notre temps. Tout cela n'est plus à nous ; c'est un bien qui leur appartient, et dont nous devons disposer par rapport à eux. (Lambert.)

[Trtùs choses auxquelles un ecclésiastique est engagé]. — Un ecclésiastique est engagé à trois choses par rapport au peuple. Il faut qu'il mène une vie innocente et irrépréhensible, afin de l'édifier par la sainteté de ses exemples : c'est la première. Il faut qu'il se rende habile et savant, afin de l'instruire par la pureté de sa doctrine : c'est la seconde. Il faut qu'il se montre vigilant et désintéressé, afin de le mener à Dieu par sa charité et par son zèle : c'est la troisième. — Il faut commencer par la sainteté, puisque, dès qu'il est appelé au ministère et destiné au service des autels, dès-là il ne doit avoir que le Seigneur pour son partage, dit S. Jérôme; dès-là il est obligé par état de se séparer non-seulement des divertissements criminels du monde, mais de ceux même qui ont la moindre apparence de péché ; de s'immoler tout entier à la profession qu'il embrasse, et de s'exercer dans la pratique des vertus dont il a besoin pour remplir son ministère. Eh! de quelles vertus n'a-t-ilpas besoin? Il suffit de vous dire que ce qui sauverait les autres dans leurs conditions particulières n'est pas seul capable de le sauver, qu'il doit travailler et à sa propre sanctification et à celle de ses frères ; que s'appliquer à tous les devoirs de la piété chrétienne, et négliger le salut de ceux qui lui sont confiés, c'est vouloir ne se sauver qu'à moitié, ou, pour mieux dire, ce n'est pas vouloir se sauver; qu'en un mot, pour se former une juste idée de sa sainteté, il doit la régler sur sa vocation etsur les grâces qui y sont attachées. {Discours moraux.)

[S. IV. se détache entièrement du monde]. — Tel était le monde pour ce grand saint, quand il le quitta. Faut-il d'autres preuves pour montrer que sa

retraite fut un eftet de la prudence du salut, et de cette sagesse surnaturelle1 qui, portant ses vues au-dessus de la raison humaine et des passions, donne ces connaissances supérieures que la chair et le sang ne donnent point ? Jamais homme n'eut plus de droit que lui de dire avec un apôtre : Ilœc est Victoria quœ cincit minuta m, /ides nostra (i Joan. v) : qu'il n'avait point employé d'autres armes pour vaincre le monde que sa foi. Ce ne fut ni une philosophie nécessaire, ni une passion dépitée, ni une patience poussée à bout, qui le porta à en sortir. Le siècle ne contribua en rien, de son côté, à ce divorce. En vain il se fit voir à lui par tous les endroits par où il sait plaire ; en vain il étala à ses yeux l'éclat de la gloire et des honneurs, les charmes des richesses et des plaisirs, la douceur des commerces et des amitiés : à la vue de ces charmes trompeurs, il se disait, éclairé de sa foi : — Oui, gloire mondaine, vous avez de l'éclat ; mais cet éclat se ternit bien vite, et se va perdre dans les ombres d'un triste et éternel oubli. Oui, plaisirs, vous flattez les sens; mais vous vous évanouissez comme des songes. Oui richesses, vous êtes commodes ; mais on ne vous porte pas au tombeau : Oui, commerces et amitiés tendres, je sais que les mondains vous comptent parmi les plus grands plaisirs de la vie; mais vous finissez par l'inconstance, et toujours en^n par la mort. Grandeurs, richesses, plaisirs, commerces et amitiés humaines, que vous êtes dangereuses au salut, et que les passions qui vous accompagnent conduisent d'hommes auprécipice ! — S.N. ne fut pas de ce nombre. Etre désabusé du monde et en avoir le cœur détaché ne fut pour lui qu'une même chose, et la prompte séparation qui suivit son détachement montra combien il était sincère. Car ce saint ne fut point de ceux qui s'imaginent que la jeunesse n'est pas du ressort de la vertu, et qui la regardent comme un âge que, par une condescendance nécessaire, Dieu abandonne aux passions. Imbu de plus justes maximes. S. N. regarda la jeunesse comme la meilleure partie de son sacrifice, et il aurait cru tomber dans le crime de ceux à qui l'Ecriture reproche de faire des rapines dans l'holocauste, si, en consacrant sa vie à Dieu, il en eût réservé sa fleur pour ne lui laisser que les restes du vice et de la convoitise. Prévenu de cette pensée, ce saint n'eut pas plus tôt pris la résolution de quitter le monde qu'il en vint à l'exécution : pouvant dire, comme S. Paul, que, depuis qu'il eut plu à celui qui le voulait séparer du siècle de lui faire connaître ses volontés, il n'écouta ni la chair ni le sang. En vain un père qui le regardait comme l'appui de sa famille lui représente qu'il se doit lui-même à la conservation de son nom ; en vain une mère éplorée lui tend les bras pour le retenir ; en vain des amis séducteurs lui allèguent des raisons spécieuses pour lui persuader de laisser mûrir un dessein qu'une trop grande jeunesse rendrait suspect de légèreté ; en vain, par ces fortes épreuves, qu'on pourrait beaucoup mieux nommer de dangereuses tentations, on sollicite sa constance : insensible aux reproches du sang, inébranlable à la tendresse et aux prières de ses amis,

insurmontable aux artifices et aux efforts de la tentation, il abandonne tout sans regret pour suivre la voix de Dieu qui l'appelait. Eh ! qu'importe, dit-il, qu'importe que mon nom se conserve sur la terre, pourvu qu'il soit écrit dans le ciel ! Qu'importe que les hommes me croient léger, pourvu que Dieu m'éprouve fidèle ! Avec ce courage et ces sentiments, S. N. se séparait du monde. Ne vous figurez point ici ces apparentes séparations qui n'ôtent du monde que ce qui en est incommode, et qui ne prennent de la piété que ce qu'elle a d'aisé et de doux. (Le P. d'Orléans.)

[Les dix lépreux]. — Après que Jésus-Christ eut jeté les yeux sur les dix lépreux, il leur dit : « Allez vous montrer aux prêtres. » Il les envoya aux prêtres pour obéir à la loi. La loi commandait aux lépreux de se montrer aux prêtres ; les prêtres avaient droit de juger de leur état; les lépreux ne pouvaient rentrer dans les privilèges dont ils étaient déchus que les prêtres n'eussent prononcé leur jugement. Quand il ne restait plus aucun vestige de leur maladie, ils les purifiaient, ou plutôt ils déclaraient qu'ils étaient purs et qu'ils étaient guéris ; alors ils offraient pour eux des sacrifices, et il était permis aux lépreux de retourner dans le camp. Lorsque Jésus-Christ dit aux lépreux : « Allez vous montrer aux prêtres, » il nous donne une instruction plus importante : il apprend aux pécheurs l'obligation qu'ils ont de s'adresser à ses ministres pour obtenir la rémission de leurs péchés. Car, comme la lèpre n'était que la figure du péché, le pouvoir que les ministres de la loi ancienne avaient reçu de purifier les pécheurs est bien au-dessous de celui que le Sauveur du monde a bien voulu confier aux ministres de la loi nouvelle. (Année évangélique, par Lambert.)

|lin prêtre doit se rendre utile a sou prochain]. — Si vous êtes inutiles à vos frères, que deviendront tous ces pouvoirs que vous avez reçus quand vous avez été revêtus du sacerdoce? Les pouvoirs des ministres de l'Eglise tendent tous aies rendre capables de servir le prochain. L'Eglise, qui leur confie son autorité, suppose donc qu'ils auront du zèle pour le salut de leurs frères ; elle suppose qu'ils se serviront des pouvoirs qui leur sont donnés pour l'utilité de ses enfants. Vous recevez le pouvoir de consacrer le corps du Seigneur et d'offrir le sacrifice ; vous n'offrez pas le sacrifice pour vous seul, vous l'offrez au nom de l'Église et pour toute l'Eglise; vous l'offrez au nom du peuple qui assiste à ce sacrifice. En vain recevez-vous le pouvoir de remettre les péchés, si vous n'avez aucun zèle pour le salut des pécheurs, et si vous regardez d'un œil indifférent votre frère qui se perd et qui s'endort dans le crime. Que vous sert le pouvoir de prêcher l'Évangile, si vous rougissez d'annoncer Jésus-Christ, si vous ne travaillez pas à faire comprendre aux pécheurs combien ils sont malheureux de s'éloigner des maximes de l'Évangile ? Voilà vos

pouvoirs, voilà les talents que vous avez reçus, et dont Dieu vous demandera compte au jour de sa colère. {Le même.)

[Conduite envers les pénitents | . — Quoiqu'on ait su par une voie certaine que ce saint ecclésiastique n'a jamais commis aucun péché entièrement volontaire, pour petit qu'il soit, il agissait avec les criminels qui se jetaient à ses pieds comme si lui-même eût été plus criminel que tous ensemble. A voir sa contenance humble et modeste, on eût dit qq'il était plutôt là pour recevoir le pardon que pour le donner, et il faisait couler sur les pécheurs le sang de Jésus-Christ avec la charité et la douceur avec laquelle Jésus-Christ l'a répandu. Il s'accusait devant eux, afin de leur donner plus de hardiesse à s'accuser, et son humilité était comme la douce et sainte manière dont il se servait pour donner la question aux âmes coupables, aux dépens de sa propre honte et non pas de leur douleur. Mais, quoiqu'il fût entièrement doux à ses pénitents, il mêlait parmi sa douceur une certaine sévérité qui les retenait dans le respect. Il s'abaissait, mais sans abaisser le Dieu qu'il représentait, et il conservait toujours dans ce jugement une majesté qui les faisait souvenir de celle du Fils de Dieu quand il viendra juger l'univers. Il ne pouvait pardonner à ceux qui, ne voulant pas renoncer entièrement aux maximes du siècle, essaient d'accorder Dieu avec le monde, et qui, plus savants à leur avis que Jésus-Christ, croient qu'une même personne peut servir deux maîtres en même temps. Quand il en trouvait qui se rendaient opinâtres en ce point, il leur disait librement qu'il valait mieux qu'ils allassent chercher un autre que lui pour les confesser; que, dans l'obligation où il croyait être de dire toujours la vérité, ils auraient peine à s'accommoder ensemble, et qu'il serait aussi peu capable de la taire qu'eux de la souffrir. — C'est ainsi que ce saint homme témoignait par son exemple, à tous les confesseurs, que, malgré tout respect humain, ils doivent parler sincèrement et selon Dieu, quand ils n'y profiteraient d'autre chose que de s'acquitter de leur devoir et de faire connaître que souvent nous ne devons pas laisser de rendre honneur à la vérité par notre témoignage, encore que les autres ne lui en rendent pas par leur soumission. (Vie du cardinal de Bérulle).

[La sanctification de l'Eglise est la tin de l'état ecclésiastique]. — La fin de l'état ecclésiastique c'est la sanctification de l'Eglise, et cette sanctification de l'Eglise consiste à en arrêter les désordres, à en retrancher les scandales, à en réformer les mœurs, à en faire observer les lois, à en rétablir la discipline. La fin est de remédier à la perte d'une infinité d'âmes qui périssent tous les jours, soit par l'ignorance des vérités de la foi et l'oubli de leurs devoirs, soit par la contagion des vices qui se répandent avec plus d'impunité que jamais, et portent partout avec eux la licence et la corruption. Dommage infini et perte inestimable. 0 abîme des conseils et

des jugements de Dieu ! Pouvons-nous être témoins de tant de chutes et de tant de malheurs, et n'en pas sécher de douleur, comme le prophète : Tabêscere me fecit zelus meus ? La fin est de faire cesser la profanation des choses saintes, l'ahus des sacrements, les relâchements de la pénitence, les sacrilèges dans l'usage de la communion. La fin est de relever le culte du Seigneur, d'inspirer aux peuples du respect pour nos redoutables mystères, de les rendre plus assidus à nos prédications, à nos instructions, à nos offices, à nos cérémonies ; de rallumer l'ardeur de leur dévotion presque entièrement éteinte, et de renouveler ainsi tout le troupeau de Jésus-Christ. En un mot, Messieurs, imaginez-vous tout ce qu'il y a dans le ministère apostolique de plus parfait et de plus divin : c'est ce qu'ont eu en vue des hommes de Dieu, de fervents zélateurs de sa gloire et de dignes ministres de sa parole ; et c'est aussi ce qu'a fidèlement pratiqué le grand S. N. dont nous honorons aujourd'hui la mémoire. (Bourdaloue).

(Nécessité d'avoir de bons prêtres]. — C'eût été peu néanmoins qu'une fin si noble, si Dieu n'eût sagemeut pensé aux moyens. Il a donc cru que le moyen le plus court, le moyen le plus efficace, le plus infaillible, pour maintenir la piété, était de former de bons prêtres, qui, comme le sel de la terre, selon la figure de Jésus-Christ, et comme la lumière du monde, éclairassent l'Eglise et en conservassent la pureté. Il a considéré que ce sel de la terre étant une fois corrompu et cette lumière du monde obscurcie, c'était une conséquence immanquable que les esprits devaient tomber dans les plus épaisses ténèbres, et les cœurs se pervertir ; que la désolation du christianisme était venue, dans tous les temps, beaucoup moins des peuples que de ceux qui les devaient conduire, et que, pour aller à la source du mal, il fallait avoir des prêtres savants, des prêtres vigilants, des prêtres laborieux et appliqués, des prêtres d'une vie régulière et sans reproche, d'habiles prédicateurs, de sages confesseurs, de fidèles et zélés pasteurs; qu'il était pour cela nécessaire qu'il y eût des maisons où ils fussent élevés et perfectionnés , des maisons qui servissent aux ecclésiastiques de noviciat , comme il y en a pour les religieux , et que ces séminaires , au reste , devaient bien être d'une autre conséquence par rapport aux ecclésiastiques qu'aux simples religieux, parce que les simples religieux, en se relâchant, ne nuisent qu'à eux-mêmes, au lieu que le dérèglement des ecclésiastiques et des prêtres est préjudiciable à tout le monde chrétien, dont ils doivent être les guides et les conducteurs. C'est dans ces séminaires que notre saint ecclésiastique s'est formé à la piété qui l'a rendu saint. (Le même).

[Les séminaires], — L'établissement des séminaires regarde aussi bien les campagnes que les villes, aussi bien les emplois obscurs que les minis-

tères éclatants. On n'y envisage que la gloire de Dieu et le salut du prochain. Partout où l'un et l'autre peut se rencontrer, on est résolu de l'y chercher, sans distinction de lieux et d'états. Tels sont les sentiments qu'on inspire à déjeunes ecclésiastiques, et, après qu'ils se sont exercés quelque temps dans la maison du Seigneur, à quoi leur zèle ne les portet-il point! Je l'ai vu, Messieurs, j'en puis rendre témoignage. Mais avec quelle consolation les ai-je vus? avec quelle admiration! J'en ai encore le souvenir vivement imprimé dans la mémoire, et je ne le perdrai jamais. J'ai vu des hommes infatigables, des hommes toujours prêts dès qu'il s'agissait de l'avancement des âmes ; des hommes occupés sans relâche à cultiver des terres sèches et arides, je veux dire à ramener des esprits égarés, à détromper des esprits prévenus, à gagner des esprits opiniâtres, à éclairer des esprits plongés dans le plus profond aveuglement, à se les réconcilier pour les réconcilier avec l'Eglise. Je les ai vus, et j'ai béni mille fois la maison d'où ils sont sortis comme les Apôtres sortirent du Cénacle. J'ai souhaité mille fois qu'ils pussent assez se multiplier pour faire part de leurs travaux à toute l'Europe. Quelle réforme suivrait de là et dans le clergé et dans tout le corps des fidèles ! Si donc, Messieurs, vous n'êtes pas tout-à-fait insensibles à l'honneur de Dieu et au bien spirituel de vos frères ; si vous n'êtes pas insensibles^ vos propres intérêts, et si vous voulez pleinement et solidement réparer tous les scandales que peut-être vous avez donnés, les uns avec connaissance et les autres sans le remarquer ni le savoir, est-il rien que vous deviez ménager, rien que vous puissiez refuser pour maintenir un saint lieu où se forment de tels ministres? Combien d'âmes gagnerez-vous à Jésus-Christ par vos aumônes en leur procurant de si habiles maîtres et de si zélés prédicateurs! {Le même).

[Vie de recueillement]. — Son visage et son entretien n'étaient point austères : Jésus-Christ avait en lui sa douceur, et les vérités célestes que ce serviteur de Dieu versait dans les âmes par ses discours ne descendaient pas, comme autrefois sur le mont Sinaï, parmi les tonnerres et parmi les foudres ; au contraire, sa conversation était libre et gaie, quoiqu'elle fût sérieuse et sainte ; il n'y parlait jamais avec ennui, bien qu'il y parlât toujours avec édification, et jamais il ne disait que des paroles agréables, quoiqu'il n'en dît jamais qui fussent oiseuses. Celles-là même qui semblaient indifférentes, et qu'il laissait aller à dessein de délasser les esprits, portaient avec elles quelque utilité. Elles regardaient ordinairement le mépris et la vanité des choses du monde ; et, par une tromperie innocente, les lumières divines entraient insensiblement jusqu'au fond des âmes, pendant qu'elles étaient ouvertes au plaisir et à la récréation. Que si quelqu'un de la compagnie commençait quelque discours inutile, ou il l'étouffait en sa naissance, ou, s'il n'en avait pas le pouvoir, il se retirait intérieurement avec Dieu pour ne s'y mêler point, et pen-

dant ce temps-là son esprit faisait sa conversation dans le ciel, en telle sorte qu'il a souvent avoué que ses sens mêmes n'avaient aucune part à celles des hommes. En un mot, tel qu'il avait résolu en son oraison d'être dans les compagnies, lorsqu'il serait obligé de s'y trouver, tel il était en effet quand il s'y trouvait; au lieu que, dans la plupart des âmes, il en est des bons propos de la méditation et de la retraite, comme des fleurs des arbres, dont la montre est toujours belle, et qui naissent et poussent en grande abondance, mais tombent et se perdent au moindre vent, et dont il n'y a que la moindre partie qui viennent à perfection. ( Vie du Cardinal de Bertille).

[Prier pour le peuple]. — Un prêtre est obligé d'attirer les grâces du Seigneur non-seulement sur lui, mais encore sur le peuple. Qu'est-ce qu'un prêtre ? C'est un homme qui par son état et sa condition, doit toujours être en état de parler pour le peuple. Si Dieu est en colère, c'est aux prêtres à l'apaiser ; si le peuple a besoin de secours, c'est aux prêtres à le demander. Les prêtres sont les médiateurs entre Dieu et le peuple : comment s'acquitteront-ils de cet important et honorable emploi, s'ils ne travaillent à offrir à Dieu des prières qui méritent d'être écoutées? Souvenez-vous souvent, prêtres du Seigneur, de l'obligation qui vous est ;imposée de parler à Dieu en faveur du peuple. Un saint prophète assure que quand Dieu est irrité contre son peuple, c'est aux prêtres à se prosterner, c'est aux prêtres à pleurer, c'est aux prêtres à crier et à demander humblement pardon pour un peuple ingrat qui s'est révolté contre son Dieu. Cette obligation est si essentielle, qu'un autre prophète assure que, si un prêtre néglige de s'en acquitter, Dieu lui en fera de sévères reproches. Quoi! leur dira-t-il, ministres indignes et prévaricateurs, j'attendais de vous que vous seriez en état de vous mettre entre moi et mon peuple, et vous ne l'avez pas fait! Je croyais que vous seriez semblables à des murs élevés et forts qui défendent le peuple contre l'attaque de l'ennemi, et vous n'avez rien fait de tout ce que je me promettais de vous ! Terribles paroles, et qui justifient clairement le grand poids dont les prêtres sont chargés. (Lambert).

| La chasteté dans le prêtre]. — La première des dispositions dans lesquelles le Fils de Dieu veut trouver un ecclésiastique à son arrivée, c'est une chasteté sans tache et sans nuage. La ceinture dont il ordonne que nous nous ceignions les reins est, dit S. Grégoire, la figure de cette salutaire et constante violence que nous devons faire à notre chair pour en arrêter tous les mouvements déréglés, pour en réprimer jusqu'aux moindres saillies. Cet ordre du Sauveur est pour tous les hommes en général, mais il regarde principalement les ministres de l'autel et tous ceux qui approchent le plus souvent et le plus près de sa personne. L'Ecriture nous apprend combien Dieu est jaloux delà sainteté du temple et de

l'autel où on lui offrait des sacrifices. Le prêtre n'est-il pas lui-même ce temple et cet autel ? N'est-ce pas dans ses mains que s'immole et dans son cœur que se consume la seule pure victime ? Quelle doit donc être la pureté de ces mains, la sainteté de ce cœur ! La scrupuleuse pureté que le Seigneur exigeait autrefois des prêtres et des lévites n'était que l'omb're de celle qu'il attend aujourd'hui de nous ; la nôtre doit surpasser autant la leur que la vérité l'emporte sur la figure. Marie, toute pure qu'elle était, ne l'était pas trop pour le ministère auquel elle était élevée: le nôtre n'est ni moins saint, ni moins redoutable : notre pureté devrait donc aussi égaler la sienne. Nous convenons de ces principes, mais en tirons-nous toutes les conséquences? Esprit-Saint, développez-nous-les par vos lumières. {La Morale chrétienne du P. la Neuville).

[Esprit d'oraison]. — Jésus ne parut peut-être jamais au peuple juif plus digne de respect et d'admiration que lorsqu'ils le virent descendre du Thabor. Un serviteur de Dieu qui a avec lui d'intimes, de longues et de ferventes communications inspire pour l'ordinaire aisément aux autres les sentiments dont il est d'abord rempli lui-même sur la sainte montagne. Voulez- vous accréditer votre ministère et donner du poids à vos paroles ? Soyez homme d'oraison. C'est par un fréquent commerce du Seigneur que vous aquerrez , aussi bien que Moïse, cet air d'autorité si nécessaire pour frapper les esprits, ce majestueux éclat de sainteté si propre à gagner les coeurs. Ces sortes de grâces extérieures ne sont pas pour la gloire de ceux qui les reçoivent, mais précisément pour l'honneur de celui qui les accorde. Si le Tout-Puissant veut donc bien vous en favoriser, ne vous en servez jamais que pour faire trembler davantage les prévaricateurs. En faire un autre usage, c'est tomber soi-même dans la prévarication. 0 mon Dieu, daignez m'en préserver (La Neuville).

AVERTISSEMENT

Depuis trois ou quatre cents ans, l'Eglise amis au nombre des saints un si grand nombre de personnes religieuses, de l'un et. de l'autre sexe, qu'il semble quelle ait effacé la mémoire de ceux qui les ont précédés. La multitude en est si grande, que, dans le seul ordre de S. Benoit, on en compte un nombre presque infini, jusque-là qu'on fut obligé de ne point poursuivre la canonisation des autres. C'est pourquoi on ri est pas en peine de justifier ce que les SS. Pères ont écrit en faveur des religieux en général: savoir, que c'est lapor. tion choisie de l'héritage du Fils de Dieu, sur laquelle il avait versé plus de bénédictions et donné plus de moyens de se sanctifier. Aussi ont-ils une obligation spéciale de tendre à la plus haute perfection, en observant les préceptes et les conseils évangéliques.

Or, dans cette multitude de saints assez connus dans leur ordre et dans quelques pays mais peu connus dans d'autres, il se peut faire qu'on riait autre chose à dire d'un de ces saints dont on est obligé de faire l'éloge, que l'observance exacte, régulière et constante des règles d'une communauté religieuse, lesquelles, étant saintes d'elles-mêmes, ont conséquemment sanctifié ceux qui les ont gardées religieusement. Mais ce sujet lui- même prête encore beaucoup à la prédication, ainsi qu'on va le voir.

[L'état religieux est un état de perfection |. — Il n'y a personne qui ne sache que l'état religieux est un état de perfection, non pas acquise à la vérité, mais que Ton doit s'efforcer d'acquérir; et, comme les ouvrages de la nature ne vont à rien d'achevé sans le secours de l'art, qui les polit et qui les perfectionne, de même la vertu a ses commencements et ses progrès, et a besoin de préceptes et de règles pour lui tracer le chemin et pour la conduire à la plus haute perfection. Mais, si vous êtes en peine de savoir quelle est cette sainteté, en quoi consiste cette haute vertu, et quel est le moyen d'y parvenir, je dis, encore une fois, que Dieu même l'a marquée -à tous les ordres religieux dans leurs règles, qu'on ne peut douter qu'il n'ait lui-même inspirées à leurs fondateurs, qu'il a pour cela remplis de son esprit et éclairés de ses lumières, afin de montrer la voie par où devaient marcher tous ceux-qui se rangeraient sous leur conduite. C'est ce qui ne peut être contesté. S. Thomas soutient que les lois même politiques, quand elles sont justes et établies pour maintenir le bon ordre d'un état, sont une participation de la loi divine et éternelle, et que Dieu fait comme une réflexion de son autorité et de sa sagesse sur ceux qu'il a établis pour en être les législateurs. Ce qui a fait dire à S. Paul que tout pouvoir vient de Dieu, et d'où cet apôtre conclut lui-même qu'il faut donc recevoir leurs ordres et s'y soumettre comme à Dieu même. Mais c'est ce qui se peut dire encore avec plus de raison et de certitude de ces lois si saintes et si parfaites qui ont pour but la sainteté même ; je veux dire des règles propres à chaque ordre religieux, lesquelles sont, à la vérité, différentes, parce que Dieu a voulu qu'il y eût différentes routes pour arriver à ce bonheur, et qu'il en appelle les uns à telle manière de vie et les autres à une autre, mais qui toutes sont des voies sûres pour les conduire à la perfection de leur état, et qu'on peut même appeler l'idée et la mesure de cette perfection qu'il exige d'eux; de sorte que, comme l'homme vit véritablement en homme lorsqu'il suit les lumières de la droite raison, qu'il vit en véritable chrétien quand il observe les commandements de Dieu et qu'il suit les maximes de l'Evangile, selon lesquelles il doit régler sa vie, de même un religieux est parfait, et remplit tous les devoirs de son état, quand il observe inviolablement ses règles et ses vœux (Houdry).

[le moyen de cette perfection]. — Comme le religieux est obligé par état d'aspirer et de tendre à la perfection de la charité et de l'union intime

avec Dieu, on demande par quels moyens il doit arriver à cette fin : et les docteurs répondent, avec S. Thomas, que c'est par ses vœux et par ses règles; que ce sont là les moyens dont il faut nécessairement qu'il se serve pour parvenir à cette fin, et ce qu'il est obligé de faire : savoir, de vouloir être parfait et d'aspirer à ce terme par cette voie. Que s'il y manque, il doit se persuader qu'il pèche. Que si on demande quel péché c'est précisément et en quoi il consiste : il est mortel, disent les théologiens, si le religieux n'a pas dessein d'arriver à la perfection de son état, ni de se mettre en devoir d'y parvenir ; parce que, encore qu'il ne soit pas obligé d'être effectivement parfait, il est du moins obligé de n'avoir pas une volonté contraire, et de ne se point déclarer ennemi de la perfection. Le péché n'est que véniel si le religieux a un dessein véritable de tendre à la perfection religieuse, accomplissant toutes choses qui portent obligation de péché mortel, mais, par une certaine lâcheté et négligence d'esprit, il ne veut pas prendre tant de peine à se perfectionner, pourvu que ce soit sans mépris formel (Anonyme).

[Sanctification nécessaire], — La foi, et peut-être la raison toute seule, suffit quelquefois pour réprimer en nous les mouvements de la jalousie. Un homme solidement chrétien ou vraiment philosophe voit souvent avec assez de tranquillité les préférences qu'on accorde, a son préjudice, à des concurrents qu'il méprise ; mais qui pourra consoler ce religieux, ce solitaire qui avaient reçu ici-bas les prémices de l'esprit et les plus précieux gages de la gloire céleste, lorsque la couronne de justice, dont ils se croyaient assurés, leur échappera tout d'un coup pour être donnée à d'autres? Ils avaient tenu le premier rang dans la maison de Dieu, ils n'occuperont que le dernier dans son royaume ; ils en seront peut-être même entièrement exclus, et contraints de céder leurs places à des laïques qu'ils avaient instruits, à des femmes déréglées qu'ils avaient converties, à des pécheurs publics qu'ils avaient conduits au ciel, où ils n'entreront jamais eux-mêmes. 0 Dieu, comment exprimer ou comprendre quels seront alors les gémissements, les regrets, les transports de ces prévaricateurs à la vue de cette accablante préférence? (Morale du Nouveau- Testament, dv/P . La Neuville).

[Un religieux ne remplit ses devoirs qu'en observant ses règles]. — Il est évident que les règles des religieux sont la voie véritable que Dieu même leur a marquée pour arriver à la véritable perfection, puisque c'est par-là qu'il leur a déclaré sa volonté. C'est donc s'égarer que de prendre un autre chemin, et c'est une pure illusion de se laisser éblouir par des actions d'éclat, par de belles entreprises pour la gloire de Dieu qu'il ne demande point de nous, par des austérités et des vertus qui ne sont point de notre état; parce que ce qui est un bien en soi, et ce qui est même xrès-saint et très-glorieux quand il est fait dans l'ordre, n'est plus tel

quand on s'en éloigne ; ou du moins ce n'est plus qu'un bien arbitraire, dont l'on peut dire ce que S. Augustin dit des vertus des infidèles : MagnipassttSfSed extra tuant, que ce sont de grands pas, de grands efforts, de grandes démarches ; mais qui ne les avancent de rien, pour être hors delà voie.

Non, ce ne peut être l'esprit de Dieu qui inspire ce zèle à cette personne, et qui la porte à faire ce que ses règles lui défendent, et il faut dire de ces longues oraisons qui la détournent de son emploi, de ces austérités extraordinaires, de ces mouvements qu'elle se donne pour faire réussir une entreprise où elle croit qu'il y va de la gloire de Dieu, de ces intrigues où elle s'engage sous prétexte de charité, et de tout le reste où la règle n'est point observée, ce que Dieu répondit autrefois à son peuple, qui se plaignait de ce qu'il n'avait eu nul égard à leurs jeûnes et à leurs macérations : In jejuniis vestris reperitur voluntas vestra. (Isai. lviii) : c'est votre volonté, et non pas celle de Dieu, que vous faites ; c'est pour vous que vous travaillez, et non pas pour lui. Ce ne sont donc que des actions irrégulières, des bonnes œuvres sans mérite, un zèle et une charité de pharisien, qui laisse ses devoirs et ses obligations essentielles en faveur de ces actions arbitraires, et peut-être des occasions qu'elle cherche de se délivrer de la gêne et de la contrainte que la règle fait à son naturel et à ses inclinations. Ainsi, c'est se former une vaine idée de la sainteté et de la perfection que de la faire consister dans d'autres pratiques et dans d'autres actions que celles que la règle prescrit, puisque c'est en cela que consiste la véritable mortification, le véritable renoncement à soi-même, la véritable violence qu'on se doit faire. De manière que, quand on ferait des prodiges d'ailleurs, que l'on convertirait le monde, et qu'on ferait tout le fruit qu'inspirait un grand zèle mal entendu, mal réglé, qui vient d'un attachement à son propre sens, cela ne serviraitderien, parce qu'enmatière de vertu c'est unemaxime incontestable qu'il faut s'acquitter de l'essentiel avant de penser à ce qui est de surérogation et accomplir ce qui est de précepte avant de se porter à ce qui est de conseil; c'est l'ordre établi de Dieu. Donc, comme nos vœux, nos règles, nos observances, sont nos premiers devoirs après les commandements qui nous sont communs avec le reste des chrétiens, on ne peut omettre ces obligations pour d'autres qu'on se prescrit soimême, sans illusion ; et c'est par l'exactitude à remplir ces premiers devoirs que l'on doit juger de la vertu et de la sainteté d'un religieux. C'est, ensuite, le moyen d'obtenir la paix du cœur, qui consiste dans l'ordre, et qui nait de l'assurance d'être dans l'état où Dieu nous veut et d'accomplir fidèlement ses volontés : Pax multa diligentibus legem tua.ni (Houdry).

| Difficulté des réformes]. — La réforme des ordres est si difficile, que quelques papes ont jugé qu'il était plus aisé d'en établir de -nouveaux que

un nouvel esprit que pour y ressusciter celui qui s'y était perdu, Cependant le grand S.N., animé de son amour, forme le dessein de restituer le plus grand ordre do l'Eglise et de lui rendre son premier état et sa première ferveur. Que de fatigues lui causa cette généreuse entreprise ! Qu'il fallut faire de voyages ! qu'il fallut vaincre de difficultés ! qu'il fallut essuyer de dangers pour ressusciter des morts, ou pour guérir au moins des infirmes, et pour rendre le courage à des hommes à qui le relâchement, autorisé par la prescription, l'avait malheureusement fait perdre ! Que de combats il fallut donner pour obliger des hommes à prendre une nouvelle règle, et que de travaux il fallut souffrir pour réformer les anciens monastères et pour en établir de nouveaux ! {Panégyrique deStc Thérke, du P. Senault).

[Ce grand saint est uu modèle parlait]. — Puisqu'il ne suffit pas d'honorer les saints si l'on ne profite de leur exemple, permettez-moi que, en repassant par tous les états où ce grand saint a vécu, je le propose pour exemple aux religieux, aux ermites, aux fidèles. Il passa plusieurs années dans un monastère, et, pendant un si long terme, il n'eut point d'autre exercice que de châtier son corps, de l'assujettir à l'esprit, et de soumettre son esprit à Dieu. Vous êtes chrétien, et en cette qualité vous devez imiter la pénitence de ce saint religieux, et tous vos soins pendant votre vie doivent être d'assujettir votre esprit à Dieu, si vous voulez assujettir votre corps à l'esprit. Comme notre péché a été une rébellion, notre peine est une révolte; comme nous fûmes assez insolents pour nous révolter contre Dieu par un excès épouvantable d'orgueil, il nous punit par la rébellion de notre chair, et il a permis que, pour un reproche éternel de notre insolence, la servante se révoltât contre sa maîtresse; si bien que toute notre occupation sur la terre c'est d'apaiser Dieu en lui assujettissant notre âme, afin que sa grâce dompte notre chair et l'assujettisse à notre esprit (Le même, Panégyr. de S. Magloire).

[les religieux doivent imiter les saints de leur ordre]. — Ce que les saints font dans l'Eglise pour tous les fidèles, les saints le doivent faire pour vous dans l'ordre que vous avez embrassé. Ils vous disent du haut des cieux ce que S. Paul disait aux chrétiens sur la terre : Imitatores meiestote, sicut et ego Christi. Ils vous représentent ce qu'ils ont fait pendant qu'ils vivaient ici-bas; ils vous parlent encore par leurs actions, ils vous instruisent par leurs bonnes œuvres ; et, plus puissants que les philosophes, ils vous procurent l'aide dû ciel, afin que vous pratiquiez ce qu'ils vous ont enseigné : Aderunt UU qui prœbuerunt exemplum, ut prœbeant auxilium (In Ps. 56). Ne croyez pas que ces saints vous soient inutiles en vous excitant à la vertu, puisque les actions persuadent bien mieux que les paroles. Exemplum efficacius persuadet, et altiùs se imprimit animo, dit Sénèque (Ep. lu). Pour n'être pas avec vous, ils ne laissent pas de vous

profiter : Adjuvare vos possunt non so/inn qui sunt, sed et qui fuerunt. Un religieux doit clone imiter les saints qui ont vécu et se sont sanctifiés dans l'ordre qu'il a embrassé, puisqu'ils sont des modèles domestiques, et qu'ils lui ôtent tout prétexte et toute excuse par leur condition et par leur exemple. Si la solitude vous semble fâcheuse, vous trouverez des ermites, parmi eux', qui vous la rendront agréable ; si l'oraison n'a point de charmes pour vous, et si votre époux se retire quand vous l'abordez, pour éprouver votre amour, vous en trouverez qui, dans les sécheresses, lui ont été fidèles, et qui l'ont contraint de se laisser vaincre à leur sainte persévérance. Si la pauvreté vous semble difficile, et si vous avez peine à tout quitter pour celui qui a tout quitté pour vous, vous verrez des saints qui, non contents des lois ordinaires de la pauvreté, s'en sont encore imposé de particulières, et qui n'ont pas voulu se servir des choses que la religion vous permet. Si les souffrances inséparables d'une vie austère tirent quelques soupirs de votre bouche ou quelques larmes de vos yeux, vous trouverez des saints qui ont été leurs bourreaux euxmêmes, et qui, pressés par leur amour, ont inventé des supplices qui ne cédaient point en cruauté ni en longueur à ceux des tyrans (Le même).

[Récompenses promises]. — Il me semble que les saints auraient quelque occasion de se plaindre de Jésus-Christ si, en même temps qu'il leur fait des commandements si difficiles, il ne leur promettait de si grandes récompenses. Car il veut qu'ils abandonnent tout pour le suivre, et il proteste qu'il ne reconnaîtra point pour ses disciples ceux qui n'auront pas renoncé à tous les biens qu'ils possèdent : Qui non renuntiat omnibus quœ possidet non potest meus esse discipulus. Mais aussitôt il engage sa parole qu'il les paiera avec usure, et que, leur donnant cent fois plus qu'ils n'ont quitté, il leur donnera encore la vie éternelle. Il veut que ceux qui le servent oublient toutes les alliances de la chair, et que, lui consacrant tout leur amour, ils n'aiment plus ni leurs pères ni leurs mères, ni leurs frères ni leurs sœurs, quand il s'agira de son service ou de sa gloire. Mais en même temps il leur promet qu'il sera lui-même leur récompense, et que, leur tenant lieu de toutes choses, il les aimera comme ses enfants et comme ses frères. (Le même).

| Les ordres austères]. — Il en est des souffrances solitaires comme de celles des martyrs. Les larmes et les sueurs des uns, aussi bien que le sang des autres, ont donné la fécondité au champ de l'Eglise ; et, comme le nombre des chrétiens ne s'est jamais plus augmenté que par la violence des persécutions, aussi le nombre des religieux ne s'est jamais multiplié davantage que par la grandeur de leurs austérités; et il est aisé de remarquer que les observances religieuses ne se sont jamais étendues d'en rétablir d'anciens, et qu'il fallait moins de travail pour y répandre

que par la réputation que leur a donnée la sainteté, la pénitence et la discipline exacte qui s'y est observée. (Anonyme).

[Le religieux pécheur]. — Si vous considérez les terribles impressions que le crime de Judas fait sur l'esprit du Sauveur, elles vont jusqu'à ébranler en quelque sorte sa fermeté divine, jusqu'à troubler la paix intérieure de son cœur. Concevez par là ce que c'est, aux yeux de Jésus-Christ, que le péché d'une personne qui lui est consacrée, associée dansle sacré ministère et dans la conduite des âmes. Le péché du laïque l'afflige : celui du prêtre, du religieux le consterne et l'abat. Que ne fait point le Fils de Dieu pour regagner cet apôtre perfide ? D'abord il lui fait sentir qu'il connaît sa perfidie, il ne la déclare cependant à personne : — 1°. pour ménager jusqu'au bout sa réputation; — 2°. pour empêcher les autres disciples de s'élever contre lui ; — 3°. pour tâcher de le fléchir en lui témoignant un amour si tendre et si sincère. Mais, tous ces efforts devenus inutiles, Jésus-Christ est en quelque sorte forcé de découvrir enfin le traître, de le faire connaître et de le charger de ses malédictions éternelles. Qu'admirerons-nous davantage, ou les immenses trésors de bonté, de douceur et de longanimité de Dieu, ou la monstrueuse ingratitude et l'insensible dureté du cœur humain ? — Hélas ! mon cœur a peut-être été plus coupable que celui de Judas. Oui, Seigneur, je vous ai trahi et livré bien plus d'une fois à vos plus cruels ennemis. Mais, par votre grâce, moins endurci que Judas, j'ai reconnu mon crime, je l'ai pleuré, je l'ai détesté : recevez donc, ô mon Dieu, ce cœur contrit et humilié. (Morale du Nouveau-Testament, du P. La Neuville).

[Les abbés fondateurs d'ordres]. — Il n'est pas difficile d'appliquer aux saints abbés cet éloge de Moïse, qui leur convient admirablement, quoiqu'en un autre sens. Car ils ont reçu de Dieu les lois, c'est-à-dire les règles qu'ils ont données à leurs religieux. Ils ont conversé familièrement avec Dieu par la prière. C'est là qu'ils ont entendu sa voix, pour la faire entendre ensuite à ceux qui étaient sous leur conduite. Ils ont eu de la foi pour renoncer à tout, et de la douceur pour endurer tout. Ils ont apaisé Dieu par leurs oraisons, et ils ont été honorés des rois, qui les ont assistés et protégés et qui ont fondé la plupart des monastères. Ils ont enfin éclaté, pour la plupart, par les prodiges qui les ont rendus grands devant les hommes, et le seul nom de S. Antoine, un des premiers fondateurs de la vie solitaire, faisait trembler les démons et délivrait les possédés par toute l'Egypte. L'Eglise apprend à tous les fidèles que, s'ils ne sont pas obligés de ressembler aux saints abbés par les miracles et par la conduite des âmes, comme ils ont eux-mêmes ressemblé à Moïse en ces choses, chacun doit du moins les imiter dans leurs mœurs, et apprendre de leur exemple à écouter Dieu, à le prier, à recevoir et à pratiquer sa loi, à se rendre agréables au Seigneur et aux

hommes par la bonne odeur d'une sainte vie, et enfin à se sanctifier par une foi vive et par cette douloureuse humilité de cœur que Jésus- Christ recommande si fort dans son Evangile. (Année chrétienne).

[Plus C8 saint a été élevé plus il s'est abaissé]. — Ce qui est commun à tous les saints est propre et particulier à S. N. Sa grandeur ne lui a jamais fait oublier l'humilité ; plus le Ciel l'a élevé, plus il a pris soin de s'abaisser ; et, dans cette contestation, il est assez difficile de juger lequel des deux a remporté l'avantage. Les papes l'honorent, les rois le visitent, les grands le cherchent, les docteurs le consultent et chacun veut être disciple de ce grand maître. Tous ces honneurs ne'le tentent point: il s'occupe de ses misères, au lieu des louanges qu'on lui donne. Il confesse qu'il n'est qu'un pécheur, pendant qu'on le veut faire passer pour un ange ; et, par un juste discernement, il rend toute la gloire à Dieu et ne réserve que Thumilité pour lui. — Apprenez de ces exemples domestiques, Messieurs, à joindre la pauvreté avec l'abondance, à ne rien posséder en possédant toutes choses, à retrancher le superflu et à ne vous réserver que le nécessaire. Apprenez du grand S. N. à unir la solitude avec la société, à ne perdre jamais la présence de Dieu quand vous traitez avec ses créatures, et à ne sortir jamais de votre désert que quand la charité vous oblige à converser avec le monde. Apprenez enfin à si bien accorder l'humilité avec la grandeur, qu'elles soient inséparables en votre personne, comme elles l'ont été en celle de votre père. Que les louanges du siècle ne vous éblouissent point. Abîmez-vous dans votre néant et dans votre péché, de peur que la vanité ne vous attaque. Ne méprisez pas les grâces qui sont en vous ; mais n'oubliez pas non plus celui de qui vous les avez reçues. Prenez garde que la grandeur ne vous fasse point perdre l'humilité, et souvenez-vous que, dans l'état du Fils de Dieu, c'est cette vertu qui nous conduit à la gloire. (Panégy rique de S. Benoît, du P.Senault).

[Comment S. N. quitta le monde et se comporta dans l'état religieux]. — S. N. quitta le monde et s'enferma dans un monastère où il oublia parfaitement tout ce qu'il avait été dans le siècle présent, pour apprendre ce qu'il fallait faire afin de devenir grand dans le siècle futur. Son noviciat ne dura guère, parce que aussitôt qu'il eut pris l'habit de religieux, il fut un religieux parfait. Il marcha à pas de géant dans la carrière de la pénitence et de la mortification. Il compensa par sa diligence le temps qu'il avait perdu dans le monde ; il fut aussitôt maître dans la perfection religieuse que disciple. Ce grand progrès en la piété le fit abbé de son monastère, après la mort de celui qui le gouvernait : on ne crut pas faire une élection téméraire, quoiqu'il fût jeune religieux ; sa piété lui tenait lieu de beaucoup d'années ; ses vertus avaient tant d'éclat, qu'elles dispensaient des règles ordinaires. Mais son humilité ne lui persuadait pas qu'on s'en pût t. xvn. 30

dispenser en sa faveur ; elle lui cachait toutes les vertus que les autres admiraient en lui ; elle ne lui laissait voir que sa faiblesse pour exercer la charge qu'on lui avait donnée ; elle lui en faisait connaître tous les périls ; elle les augmentait même. C'est ce qui l'obligea de se faire bâtir une cellule en un lieu éloigné, où il s'enferma. Là, il ne songea qu'à vaquer à sa propre perfection et qu'à mortifier ses passions, quoique déjà presque toutes éteintes. Là, il garda un silence qui le pouvait faire passer pour un muet. Si la charité n'arrachait quelques paroles de sa bouche, il ne parlait point. Il eût pu faire des leçons admirables de dévotion à ses frères ; mais il ne se mettait pas à la place de maître. Il pratiquait ce qu'a dit S. Augustin, que les vérités divines s'apprennent ou se méditent plus assurément qu'elles ne s'enseignent. Il savait que le silence est une éloquente façon de louer Dieu, que nul discours ne peut louer dignement : et il le louait de cette sorte, la nuit et le jour. Ses austérités surpassaient les forces naturelles d'un homme. Il les réglait par son amour pour la pénitence plutôt que par la considération de ce qu'il pouvait souffrir. Ses moindres péchés lui paraissaient dignes dos peines les plus sévères : il les punissait à proportion de sa lumière ; il ne voulait pas être une victime délicate ; il ne songeait qu'à se détruire entièrement. Mais son corps n'était pas aussi fort que son esprit. Il résista quelque temps à ses jeûnes rigoureux, à ses veilles continuelles, à l'apreté des cilices et des haires, à la dureté du coucher sur la terre nue et aux mauvais aliments dont il se nourrissait. Enfin, il fallut succomber. Il tomba dangereusement malade et au bout de quelques jours il mourut. {Eloge de S. Salvius, êvêque d'Alby, pur Godeau).

[Respect de l'Eglise pour ce saint homme]. — Tel fut le grand S. N. C'est à ces traits glorieux qu'il est reconnaissable, dans cette règle toute divine que l'Eglise révère comme un monument immortel de ce grand saint, comme un des plus riches trésors de l'état monastique et comme l'héritage le plus précieux qu'un père pouvait laisser à ses enfants. Règle véritablement admirable, que tous ceux à qui Dieu confie la conduite des autres doivent prendre pour leur modèle : règle douce et austère tout ensemble, compensant par les austérités de l'esprit, ce qu'elle retranche à quelquesuns de ses disciples des mortifications du corps ; sanctifiant les uns dans les exercices de la retraite, les autres dans les fonctions apostoliques ; renfermant dans l'uniformité de l'esprit évangélique qui y règne cette multiplicité presque infinie de faces différentes sous lesquelles la vertu se montre aux hommes, et visiblement dictée par la sagesse éternelle, puisque l'on y découvre cette variété de caractères que Salomon lui attribue. De là vient que S. N. s'est si glorieusement distingué par le nombre et la sainteté de ses disciples; de là cette multitude de monastères, dont les ruines vénérables publient encore la pieuse magnificence de leurs fondateurs ; de là ces prodigieuses libéralités des fidèles, qui,

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animés du zèle et de l'esprit des premiers chrétiens, apportaient de toutes parts leurs trésors aux pieds de notre saint et de leurs sucesseurs, ne pouvant consacrer leurs richesses à un plus saint usage qu'à éterniser les louanges du Seigneur dans la bouche des religieux destinés à un si saint exercice. De là la durée constante de cet ordre, qui, au-dessus des révolutions qu'éprouvent les choses humaines, fait voir que son origine ne peut venir que du ciel, qui, sans avoir rien perdu de sa première splendeur, édifie par la régularité de sa discipline autant qu'il se fait révérer par l'antiquité de sa fondation. De là ces lumières éclatantes de l'Eglise, ces Souverains-Pontifes, ces prélats, ces docteurs et tant de saints solitaires que le ciel et la terre doivent à notre saint patriarche. De sorte que S. N. a non-seulement instruit le monde dans sa vie, mais son esprit agit encore dans ses enfants et, comme une cause seconde, influera dans le salut de tous ceux qui l'opéreront en suivant sa règle (Essais de panégyriques, S. Benoît).

[Sentiments d'un saint religieux]. — C'est par une grâce toute spéciale qu il a plu à Dieu de m' appeler à la perfection religieuse, c'est par une distinction et un choix dont je ne puis assez reconnaître, ni assez estimer les avantages. Il est vrai que Dieu, en vertu de ce choix, exige de moi plus qu'il n'exige du commun des chrétiens ; mais, en cela même, quelles ont été les vertus de sa providence et de sa miséricorde envers moi? Il a voulu que je lui fusse dévoué d'une façon plus particulière et plus intime ; il a voulu me mettre au rang de ses favoris qui l'approchent de plus près, et avec qui il a de plus fréquentes et de plus abondantes communications; il a voulu non-seulement me conserver dans une innocence plus parfaite, mais m'élever aux plus sublimes vertus, afin de me tenir plus étroitement uni à lui, et de me donner lieu d'acquérir plus de mérites devant lui. Il a voulu faire éclater en moi toutes les richesses de sa grâce, et me disposer à recevoir un jour les dons les plus excellents de sa gloire. Il a voulu me proposer au monde comme un modèle, et que mes entretiens, que mes actions, que toute ma vie honorât son service, édifiât le prochain, et fût pour les chrétiens du siècle une leçon visible et présente qui les instruisit et qui les touchât. Car tout cela est attaché à cette perfection qui fait la sainteté et le caractère de mon état (Bourdaloue, Retraite).

[Même sujet]. — J'ai lieu de me mépriser moi-même, et de sentir d'autant plus mon indignité que je suis dans une profession plus sainte. Hélas! Dieu voulait faire de moi un religieux : mais le suis-je en effet? J'en ai le nom parmi les hommes, j'en ai les apparences : mais en ai-je le fonds ? Chose étrange ! ce nom de religieux que je porte doit m'être un sujet de gloire, et c'est pour moi un sujet de confusion. Car de quoi dois-je plus rougir que de passer pour religieux et de ne l'être pas? Ai-je lieu de

m'étonner après cela,Seigneur,que vous ne me favorisiez pas de ces grâces spéciales et de ces communications divines dont vous gratifiez tant de parfaits religieux? Ce sont proprement vos enfants, parce qu'ils vous honorent et qu'ils vous servent comme un père, et c'est aux enfants qu'est réservé le pain des enfants. Je ne puis ni le demander ni l'attendre {Le même).

[Même sujet]. — J'ai, dit ce saint homme, un engagement particulier qui me lie à Jésus-Christ, et qui lui donne un nouveau droit sur toute ma personne : c'est la qualité de religieux. Qu'ai-je fait en me consacrant à la religion? Je me suis hautement et singulièrement déclaré disciple de Jésus-Christ ; son imitateur en tout et son sujet, prêt à tout abandonner, à tout faire et à tout souffrir pour son service. J'ai considéré l'état religieux comme une sainte milice où je m'enrôlais pour combattre sous l'étendard de Jésus-Christ, et pour agir sous ses ordres comme un soldat agit sous ceux de son général. C'est pour cela que je me suis uni à lui par trois vœux, qui sont désormais trois liens indissolubles. Par ces trois vœux, je l'ai mis dans une pleine possession de moimême, et je lui en ai fait un don absolu et irrévocable. Je lui ai sacrifié tous les biens du monde par le vœu de pauvreté ; je lui ai soumis tous mes sens par le vœu de chasteté, et par le vœu d'obéissance je me suis dépouillé pour lui de ma propre volonté : tellement qu'il ne me reste rien qui ne soit à lui et qu'il n'ait en sa disposition. Or, après m'être engagé de la sorte, puis-je me rétracter ; et ne ferais-je pas un parjure si je venais à lui manquer de fidélité après des serments si juridiques et si authentiques ? (Bourdaloue).

| La mortification de la chair est un martyre].' — Il y a un martyre qui ne dépend ni de l'injustice ni de l'infidélité des hommes, mais de la seule charité qui consume une âme religieuse. Martyre moins cruel dans son action présente, mais beaucoup plus rigoureux dans sa durée. C'est la mortification de la chair, par où elle ne mourra pas une fois seulement, mais tous les jours, pour dire avec le grand |Apôtre : Quotidiè morior. Ort voilà le martyre où vous avez vous-même aspiré, et voilà de quoi je ne puis assez vous féliciter. Dès votre première et florissante jeunesse, vous l'avez cherché ; et pour le trouver comme S. N., vous avez renoncé comme lui à toutes les espérances du siècle. Remplis de l'esprit de l'Evangile, vous ne regretterez point ce que vous avez quitté, et, détrompés des fausses idées du monde, où faites-vous consister sur la terre votre bopheur, si ce n'est à sacrifier au maître qui vous a appelés tout le bonheur humain, et à pouvoir, dans le même sens que votre saint protecteur, vous rendre le consolant témoignage, que chaque jour vous mourez pour Dieu : car votre vie, qu'est-ce autre chose qu'une mort? Quotidiè morior. {Le même).

[Austérités admirables]. — On ne saurait trop admirer les austérités que ee saint homme a pratiquées, et qu'il a fait pratiquer à tant d'imitateurs de sa pénitence. Solitude profonde, clôture la plus exacte, rigoureuse sujétion du corps, jeûnes continuels, retranchement absolu de toutes les commodités et de toutes les aises; vêtements grossiers, nudité des pieds au milieu des froids les plus piquants ; fréquentes macérations : voilà, pour ainsi dire, un abrégé de toutes les austérités que S. N. a pratiquées pendant sa vie. Ce n'est pas que, dans l'établissement d'une règle aussi austère que la proposa S. N. et que Dieu la lui dicta, il n'ait trouvé bien des difficultés et bien des contradictions. Le monde, dit S- Bernard, se contente de révérer la croix en figure et en représentation, mais il ne la peut souffrir dans la réalité et dans l'effet. Or, cette parole, Messieurs, ne se vérifia que trop à l'égard de notre bienheureux saint. Jamais entreprise fut-elle plus traversée que la sienne ? Luther eut partout des approbateurs de sa réforme : où celle de N. fut-elle reçue sans opposition et sans combat? A lire l'histoire de ses fondations, ne croiton pas lire les persécutions de S. Paul? Combien de calomnies eut-il à essuyer, combien d'outrages à dévorer ! A quelles extrémités se vit-il souvent réduit ! Quelle disette ! Combien de fois fut-il cité devant les tribunaux, et obligé de répondre à de sévères inquisiteurs ? On eût dit que, au lieu de réforme, il allait pervertir toutes choses. Mais c'est le caractère des œuvres de Dieu d'être ainsi contredites ; et nous n'en devons jamais attendre un plus heureux succès que lorsqu'il y a moin^ lieu, selon les vues humaines, de l'espérer. Notre saint triompha de tout, vint à bout de tout, exécuta tout. {Le même).

[Les religieux relâchés]. — Dans les communautés les plus saintes, il y a, si je puis parler de la sorte, des membres infirmes et capables de gâter tout le corps si l'on n'apportait à leurs maladies le remède nécessaire, et si l'on donnait à la contagion le temps de se répandre. Or, le remède ici le plus prompt, le plus présent, le plus efficace, c'est à l'occasion de cette fête, un regard sur le glorieux saint que vous honorez. Il n'est pas possible que, ayant devant les yeux sa vie pénitente et crucifiée, une âme trop indulgente pour elle-même ne s'en confonde en la présence de Dieu, et qu'elle ne conçoive un nouveau zèle pour l'accomplissement des plus rigoureuses pratiques de son état. Car voilà, dit S. Chrysostôme, pourquoi nous célébrons les fêtes des saints, et pourquoi nous en rappelons à certains temps la mémoire : c'est afin que le souvenir de ce qu'ils ont été nous apprenne ce que nous devons être, et que, n'étant pas ce qu'ils ont été, ni par conséquent ce que nous devons être, nous nous excitions à le devenir. Et ne serait-ce pas, en effet, une contradiction insoutenable de louer, par exemple dans S. N., ce renoncement parfait où il a vécu à tout ce qui peut ilatter les sens, tandis qu'on cherche à les satisfaire, tandis qu'on ménage autant qu'on peut leurs intérêts, tandis

qu'on imagine pour cela mille prétextes, qu'on prend pour cela mille détours, qu'on use pour cela de vaines dispenses, qu'on se trompe pour cela et sur cela soi-même, et qu'on tâche, sans y vouloir prendre garde, à tromper des personnes supérieures,* que leur charité, peut-être trop aveugle, rend également faciles et à convenir des besoins qu'on leur expose, et à condescendre aux soulagements qu'on leur demande ? Ne portons pas plus loin cette morale, Messieurs, vos réflexions particulières y pourront suppléer; et moi cependant, après vous avoir représenté dans S. N. un corps sacrifié à Dieu par la mortification, je dois faire voir une âme transformée en Dieu par l'oraison. (Bourdaloue).

[L'esprit d'oraison]. — Il s'agit ici de cette oraison extraordinaire et excellente, où l'âme, suivant la doctrine de S. Denys, reçoit les opérations divines plutôt qu'elle n'opère elle-même. C'est à celle-là que S. N. était appelé de Dieu, et c'est en celle-là qu'il s'est distingué et qu'il va vous servir de modèle. Je sais que S. Thomas, au quatrième livre des Sentences, prouve solidement que ce genre d'oraison n'est pas une vertu, mais qu'il le souffre seulement et qu'il le ressent. Tout cela est vrai : et, si vous concluez de-là qu'on n'en peut donc pas prescrire des règles, j'en conviendrai avec vous, et j'avouerai, comme je 1 avoue en effet, qu'il ne nous appartient pas d'expliquer ce qui se passe dans ce commerce intime do l'âme avec Dieu, beaucoup moins d'en donner des précepte et d'entreprendre de le réduire en art. Mais cela même n'empêche pas que je ne puisse vous faire trouver, dans l'exemple de ce saint religieux et dans sa conduite, de très-utiles instructions touchant cette vie contemplative. Car, si cette oraison tout extatique est un don de Dieu, comme le docteur angélique le reconnaît, il vous est important d'apprendre trois choses : — Premièrement, par où l'on s'y doit disposer ; secondement, avec quel esprit il le faut recevoir, et, en dernier lieu, comment on peut faire le juste et vrai discernement, pour se garantir des illusions de l'ange de ténèbres, et se mettre à couvert de ses prestiges. — Voilà ce qui vous regarde encore plus particulièrement que le reste des fidèles. Dans la profession religieuse que vous avez embrassée, vos plus communs entretiens sont avec Dieu ou y doivent être. J'ose même ajouter que, le bras de Dieu n'étant point raccourci et que ses miséricordes n'ayant point de bornes ni de temps limités, il n'y a rien de si relevé dans l'oraison où, sur les vestiges de notre bienheureux saint, vous ne puissiez parvenir.

Nous devons nous étonner que, dans les états même les plus retirés, même les plus religieux, il y ait maintenant si peu d'âmes contemplatives ; ou plutôt, n'en soyons point surpris, puisque, dans tous les états, je ne dis pas seulement dans tous les états du monde, mais dans tous les états de l'Eglise et dans tous ceux de la religion, il y en a très-peu qui prennent la voie nécessaire pour atteindre à ce sublime degré. Car la

voie qui conduit là, et par où tous les saints ont marché, ce sont les exercices ordinaires de l'oraison. Exercices solidement pratiqués et constamment soutenus, malgré les stérilités, malgrés les ennuis, malgré les vivacités naturelles de l'esprit et les difficultés qu'il trouve à se captiver et à s'appliquer. C'est ainsi que Dieu veut être recherché. Et n'estil pas bien juste qu'il le soit, puisqu'il est le centre de toute perfection ? Quœrite Domimun. C'est aussi de cette manière que ce saint religieux se laissait ravir dans l'oraison et dans les entretiens qu'il avait avec Dieu.

Quoique dans toutes les maisons religieuses il y ait des pratiques d'oraison marquées et ordonnées, est-il rien néanmoins, même parmi les personnes religieuses, de plus négligé et de plus abandonné que l'oraison? On voudrait qu'elle ne coûtât aucune violence, aucune contrainte, aucune victoire sur soi-même, on voudrait du premier pas arriver à la terre de promission, et y être admis sans passer par le désert, on voudrait toujours avancer dans la clarté d'un beau jour, et ne tomber jamais dans les obscurités et dans les ténèbres ; on voudrait que, d'abord et à chaque moment, l'Esprit de Dieu nous transportât, qu'il nous enivrât de ses saintes douceurs, qu'il nous ravît, comme S. Paul, au troisième ciel ; qu'il nous donnât, si je l'ose dire, dès cette vie. une claire vision de l'Être divin et de ses adorables attributs. Notre saint religieux se comportait bien d'une autre manière ; car, bien loin de négliger et d'abandonner l'oraison, il faisait les derniers efforts pour s'y adonner : ce qui fait qu'il ne la quittait qu'avec regret, et pour faire connaître à ses supérieurs sa soumission et sa parfaite obéissance. {Le même.)

[In saint religieux]. — On peut dire que ce saint religieux était grand et admirable dans les plus petites choses, admirablement petit et humble dans les plus grandes, mais toujours égal à soi-même dans les unes et dans les autres. Si c'est une grande vertu, comme dit S. Augustin, d'être fidèle dans les petites choses, notre saint s'est signalé en ce point. Il voyait jusqu'aux moindres atomes de ses mouvements; et il avait une lumière si claire, une vue si pénétrante pour les choses qui regardent là pureté du cœur, qu'il apercevait les plus légères taches et ne les pouvait souffrir dans son âme, plus pure que le soleil et plus blanche que la neige, en ses actions, en ses résolutions, en ses desseins et en ses affections. Autant il avait d'aversion pour les plus petites fautes, autant il avait d'amour pour ces vertus qu'on appelle petites, mais que les grandes âmes estiment précieuses, soit parce que les occasions fréquentes d'en pratiquer les actes, qui se présentent à toute heure, leur donnent le moyen d'amasser de grands trésors de mérites, soit parce que, ne donnant point dans les yeux, comme les vertus d'éclat qui attirent l'admiration dupeuple, elles sont moins sujettes au pillage des malins esprits qui nous épient, et au vent de la vanité qui brise souvent les cèdres du Liban et fait tom-

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ber par terre les plus beaux fruits. (Vie de Jésus-Christ, du P. Nouet.)

[Conformité d'un religieux à la volonté de Dieu |. — De quelque manière que Dieu dispose de moi : soit qu'il m'élève ou qu'il m'abaisse, soit qu'il me console ou qu'il m'afflige, soit qu'il me destine à cette place ou à telle autre,soit même, à l'égard de l'âme et des voies intérieures, qu'il me fasse marcher dans les ténèbres ou dans la lumière, dans les peines et les désolations ou dans l'abondance des douceurs célestes; à tout cela qu'ai-je à dire autre chose, sinon qu'il est le maître et que je suis entre ses mains ? Oui, il est le maître, il est le mien, et je n'en veux point d'autre. Je l'ai choisi, et à Dieu ne plaise que je m'en détache jamais ! S'il n'a pas eu jusqu'à présent dans mon cœur toute la place qu'il y devait occuper, je la lui reudstout entière. Je veux qu'il y règne seul et qu'il y exerce tout son pouvoir. Je neveux plus rien estimer que selon son estime, plus rien désirer que selon ses inclinations, plus rien rechercher que ce qu'il a recherché lui-même. Tout ce qu'il méprise, je le veux mépriser comme lui, et tout ce qu'il condamne je veux comme lui le condamner. C'est ainsi que S. N. a toujours gardé la foi qu'il avait jurée à Notre-Seigneur, et tels ont toujours été ses sentiments. (Bourdaloue.)

[Pauvreté volontaire '. — H y a des pauvres dans le monde; mais les uns ne sont pauvres que d'effet et que par la nécessité de leur condition, sans l'être de cœur et d'affection ; et les autres le sont d'affection et de cœur sans l'être réellement et en effet. La pauvreté des premiers n'est qu'une pauvreté forcée, qu'il déplorent et dont ils se plaignent; d'où il s'en suit que ce n'est point la pauvreté de Jésus-Christ, laquelle a été une pauvreté voloetaire. La pauvreté des seconds est une pauvreté chrétienne et agréable à Dieu ; leur cœur est détaché des biens qu'ils ont dans les mains, et selon la maxime de l'Apôtre, ils les possèdent comme s'ils ne les possédaient pas :'mais ce n'est pas là néanmoins toute la pauvreté de Jésus-Christ, lequel a voulu se dépouiller de toute propriété et de toute possession. Il n'y a, à bien parler, que le religieux qui soit le vrai imitateur de la pauvreté de son Dieu. Il est pauvre en effet, car il a tout quitté ; encore plus pauvre de volonté, car c'est luimême qui, par le secours et l'inspiration d'en haut, s'est déterminé à quitter tout, et il serait prêt à renoncer au monde entier s'il en était maître. C'est donc en vertu de ce sacrifice que notre saint religieux pouvait dire à Jésus-Christ, comme les apôtres : Seigneur, j'ai tout abandonné pour vous suivre. Et si je suis toujours fidèle à ma vocation, c'est en récompense de ce même sacrifice, que je puis attendre de la part de Jésus-Christ cette réponse si consolante et cette grande promesse : Vous serez assis sur des trônes de gloire. (Bourdaloue).

| Innocence dans la vie religieuse] . — Il n'est pas si malaisé que l'on pense que des religieux qui vivent sous une discipline exacte, qui sont séparés des

occasions, qui veillent et qui observent toutes leurs voies, qui ont des règles, qui les gardent, et des supérieurs appliqués à leur conduite, passent leur vie dans l'innocence, et que souvent, quand ils s'examinent devant Dieu à la fin des journées, et qu'ils entrent dans les replis les plus cachés de leur conscience, ils n'y trouvent que ces fautes que les justes, selon le témoignage de l'Ecriture, ne peuvent s'empêcher de commettre. Outre cela, s'ils font des fautes qui soient un peu plus remarquables, pourvu qu'elles ne soient point accompagnées de dureté, de malignité, d'orgueil, de ce mépris, de cette négligence grossière qui irrite Dieu, et qu'ils aient une volonté sincère de s'en corriger, elles ne sont ordinairement que vénielles, et elles attirent plutôt la compassion de Dieu que son indignation et sa colère. Si on en commet d'importantes, ce qui ne doit point arriver dans les lieux saints, la règle nous donne des remèdes assurés pour les guérir, et, au cas qu'on ne néglige pas de s'en servir et de se les appliquer, on ne peut manquer d'en obtenir le pardon : Remediis post peccatum restituiiur innocentja. {La règle de S. Benoit.)

[Conformité de la vie religieuse avec celle de Jésus-Christ]. — On voit dans la profession religieuse toute la conformité de leur vie avec celle de Jésus- Christ. Ils retracent, dans la pauvreté dont ils font profession, celle de Jésus-Christ, qui a été si excessive qu'il a manqué, comme il le dit luimême, des choses que la nature ne refuse pas aux oiseaux du ciel et aux bêtes de la terre : Vulpes foveas habent, et volucres cœli nidos, Films outem Hominis non habet ubi caput reclinet. Ils retracent par les travaux auxquels leur règle les oblige, les travaux de Jésus-Christ, qu'il exprime par ces paroles du prophète : JJai vécu dans les travaux depuis ma jeunesse, Pauper sum ego, et in laboribus à juventute meâ (Ps. 83). Ils retracent, par leur solitude, celle de Jésus-Christ lorsque l'Esprit-Saint le mena dans le désert : Tune Jésus ductus est in desertum à Spiritu ut tentaretur à diabolo. Ils retracent, parleurs jeûnes, cette abstinence prodigieuse qu'il y pratiqua pendant quarante jours et quarante nuits : Et tirni jejunâsset quadraginta diebus et quadraginta noctibus, posteà esuriit. Ils retracent, par leur obéissance, celle qu'il a rendue aux ordres de son Père : Descendi de cœlo, non ut faciam voluntatem meom, sed voluntatem ejus qui misit me. Ils retracent et s'appliquent, par des mortifications continuelles et la privation de tout plaisir et de ce qui peut flatter les sens, toutes les circonstances de la passion de Jésus-Christ, qui a commencé dès le premier instant de sa naissance jusqu'à celui de sa mort ; et ils lui offrent, dans tous les moments de leur vie, une victime de pénitence pour leurs propres péchés et pour les péchés du monde, dont ils sont chargés, selon le sentiment de S. Bernard, comme de leurs iniquités personnelles, ou pour l'augmentation de leur sainteté au cas qu'ils aient été assez favorisés de Dieu pour avoir conservé leur innocence. Enfin, comme ils doivent lui rendre amour pour amour, et qu'ils ne peuvent

mourir pour lui comme il est mort pour eux, ils ne peuvent* qu'abréger leur vie par les actions et les pratiques d'une austérité rigoureuse : et c'est ainsi que, Rappliquant, autant qu'il leur est possible, toutes ses souffrances, ils deviennent dignes, selon ses promesses, d'entrer dans son royaume et de participer à sa gloire. : Si tamen compatimur ut et conglorificemur. {Moine ouvragé).

[Préférer les maximes des anciens Pères]. — Sans s'arrêter ni à la sainteté des Pères, ni à leur mission, on se pare de leurs maximes et de leurs sentiments pour suivre ses imaginations et ses propres pensées ; on ne fait point de scrupule de substituer des pratiques tout humaines et toutes nouvelles aux règles saintes que ces grands hommes nous ont laissées. State super vias, tt videte et interrogate de semitis antiquis quœsit via bona, et ambulate in eu, et invenielis refrigerium animabus vestris (Jcrem. vi). Profitez de cet avis du Saint-Esprit; tenez-vous dans les voies primitives ; gardez le testament de vos pères avec un attachement et une religion constante ; ne recevez ni tempérament ni modification qui soit contraire à leur esprit. Vos âmes en recevront des consolations effectives. Rejetez tous ces sens et ces explications qu'ils n'ont point connus, et regardez comme une monnaie fausse tout ce qui n'est point marqué au coin de l'antiquité. La voie de la vie est celle qui est animée du véritable esprit, celle à qui Dieu l'a communiqué par l'entremise de ses saints, celle qui nous garantit de la mort et qui nous rend dignes du royaume de la vie. Et, afin que vous ne vous laissiez pas surprendre aux apparences ni aux raisons spécieuses dont on pourrait se servir pour vous séduire, pensez souvent qu'il y a des voies qui paraissent avoir en elles de la vérité et de la rectitude, et qui n'ont point d'autre effet que de perdre ceux qui les suivent: Est via quœ videtur hominijusta, novissirna autem deducunt admortem (Prov. xiv). — (Ibid.)

| Egalité monastique]. — La profession monastique égale tous ceux qui s'y engagent ; elle ne connaît point de différences humaines, et elle n'en souffre aucune que celles que Jésus-Christ opère danslesâmespar les impressions de sa grâce et parle mouvement de son Saint-Esprit. Cet état si pur et si saint demande une abdication qui soit entière ; et, quand ce renoncement est fait, celui qui a donné beaucoup n'a rien au-dessus de celui qui a moins donné ou qui n'a rien donné du tout, si ce n'est qu'il ait offert son sacrifice avec des dispositions plus excellentes et plus parfaites. On reçoit dans les cloîtres les grands, les petits, les pauvres et les riches, les gens nobles, ceux qui sont d'une basse extraction, les doctes, les ignorants et les simples ; et il serait indigne de ces lieux sacrés, où Jésus-Christ doit être si parfaitement servi et imité, d'y avoir acception des personnes et d'y donner des préférences par d'autres considérations que celles sur lesquelles il fonde lui-même ses distinctions ; celui

qui en userait de la sorte ferait vivre dans les cloîtres l'esprit du monde ; il y rappellerait ses maximes, ses mœurs, ses principes, ses passions et toute sa vanité, qui ne devrait pas seulement y être ni connue ni nommée. (Ibid.).

[le jeune'. — Ce saint religieux ne se contentait pas de jeûner, sans aimer cette mortification si sainte et si salutaire, parce qu'il était persuadé de deux choses. — La première, qu'il n'y a point de pratique de pénitence que les anciens religieux aient plus estimée, et à laquelle ils se soient attachés davantage. Vous savez quelles ont été en ce point les austérités des Antoine, des Benoît, des Bruno, des Bernard, et de tant d'observances que Jésus-Christ a formées dans son Eglise. Et quel moyen d'avoir tous ces grands hommes pour pères, de les considérer comme les maîtres de la vie religieuse, et de n'en pas suivre les sentiments, les actions et les maximes ? — La seconde, qu'il n'y a point d'exercice de pénitence dont il puisse tirer plus d'avantages pour s'élever à la perfection de son état, et conserver toute la pureté dans laquelle sa profession l'engage, puisque c'est une vérité que nous tenons non-seulement de l'expérience, mais du témoignage uniforme que les saints nous ont rendu sur ce sujet. S. Athanase dit que les jeûnes guérissent nos maladies, qu'ils arrêtent l'impureté de nos sens, [qu'ils chassent les démons, qu'ils dissipent nos mauvaises pensées, qu'ils rendent nos âmes plus éclatantes, qu'ils purifient nos cœurs, qu'ils sanctifient nos corps, qu'ils donnent aux hommes la dignité nécessaire pour paraître devant la majesté de Dieu. Enfin, il conclut que l'abstinence est la nourriture des anges, et que celui qui la pratique leur devient semblable -Jejunium angelorum cibus est, et gui eo utitur ordinis angelici censendus est. S. Basile, S. Ambroise, S. Jean Climaque, S. Jean-Chrysostôme, en parlent de la même manière. Ce dernier en dit une chose fort remarquable, qui est que, si la chasteté est destituée des deux vertus dont elle doit être inséparable, le jeûne et la tempérance, elle ne subsistera pas longtemps ; mais si elle en est soutenue, elle persévérera, et recevra enfin la récompense qui lui est due. (Règle de S. Benoit) .

[Dieu n'exige pas de tous le même degré de perfection]. — Si vous êtes effrayés à la vue de tant de devoirs, si cette multitude de préceptes vous paraît être au-dessus de vos forces, je vous dirai, pour vous tirer de la peine où vous êtes et vous empêcher de tomber dans cette défiance qui donne la mort, que Dieu ne demande pas la même perfection de tous ceux qu'il appelle à cet état de perfection, qu'il ne veut pas des uns et des autres une vertu égale, qu'il ne les a pas tous destinés à un même degré de religion, et que, encore qu'il n'y en ait un seul qui ne soit, à l'exemple de notre saint religieux, obligé détendre à une humilité parfaite, ils ne sont pas tous obligés de l'acquérir, et que, pourvu qu'ils fassent tout ce qu'ils

176 COMMUN \)Eb SAINTS RELIGIEUX.

peuvent pour s'y élever, qu'ils y travaillent avec des efforts et une volonté sincère, et qu'ils emploient pour cela les moyens et les pratiques que la règle leur prescrit, Dieu aura égard à la disposition de leurs cœurs ; il récompensera leur piété, et il la regardera comme parfaite dans leur intention et dans leur désir : Jugis ad perfectionem conatus pro perfectione pututur, dit S. Bernard (Epist. 253). Mais nous pouvons dire avec vérité, de notre saint religieux, qu'il a acquis en peu de temps cette perfection à laquelle tant de religieux aspirent. {Même ouvragé).

COMMUN DES MISSIONNAIRE?. i77

[Des missions apostoliques]. — L'Église qui, dans toutes ses cérémonies et ses pratiques, n'a en vue que la gloire du christianisme et la sainteté des fidèles, ne se contente pas de nourrir de la parole de Dieu les adultes et de pourvoir à l'instruction des enfants et autres personnes simples et ignorantes ; elle étend encore son zèle jusqu'aux infidèles et aux nations les plus éloignées et les plus barbares, par les missions que des personnes apostoliques ont entreprises de tout temps, et entreprennent encore aujourd'hui: ce qui ne se voit que dans l'Eglise catholique. Car quoique les protestants, et autres assemblées qui prennent le titre d'Églises, aient pénétré jusqu'aux Indes, au Japon et à la Chine, et même aux pays les plus barbares, avec lesquels ils entretiennent commerce, on ne peut ignorer que ce ne soit l'intérêt et le désir de s'enrichir qui les y porte, et qui leur fait entreprendre ces longs voyages, et non le zèle d'y annoncer la foi et la religion chrétienne. Mais l'Église romaine justifie, parle zèle qu'elle a toujours eu d'étendre la foi partout, le nom de catholique qu'elle porte, en envoyant des missionnaires par toute la terre, sans autre dessein que de faire connaître Jésus-Christ et d'annoncer les vérités chrétiennes aux peuples qui n'en ont jamais entendu parler. Les apôtres n'ont pénétré jusqu'aux extrémités du monde que dans ce dessein, et c'est pour cela qu'ils sont appelés Apôtres, ce qui veut dire Envoyés. C'est pour la même raison qu'on donne aujourd'hui le nom de missionnaires a ceux qui suivent leurs traces, et qui annoncent la foi à des peuples inconnus même aux premiers apôtres, puisque, depuis la découverte du

Nouveau-Monde, dans des îles dont on ne connaissait point auparavant le nom, et dans l'Amérique tout entière, uneinfinité de missionnaires ont défriché et cultivé des nations entières, et accru le royaume de Jésus- Christ sur la terre, royaume qui n'est autre que cette Eglise même. (Anonyme).

[Le zèle de S. Paul]. — On connaît assez les travaux, les courses et la multitude de peuples convertis par S. Paul, pour être persuadé que c'est avec justice qu'on lui donne le nom de grand Apôtre, ou de l'apôtre par excellence. Mais il n'y a que lui-même qui nous ait pu exprimer les sentiments de son cœur, et le désir ardent qu'il avait de la conversion de ses frères et de gagner des âmes à Dieu. Il le déclare en plusieurs endroits de ses Epîtres, mais particulièrement dans la première qu'il écrit à Timothée : — « Nous nous sommes abaissé, dit-il, comme des enfants: nous avons eu pour vous les mêmes sentiments qu'une mère qui nourrit et qui aime tendrement ceux qu'elle a mis au monde. Ainsi, dans l'affection que nous ressentions pour vous, nous aurions souhaité de vous donner non-seulement la connaissance de l'Évangile, mais aussi notre propre vie: tant était grand l'amour que nous vous portions. Vous vous souvenez de la peine et de la fatigne que nous avons soufferte, et comme nous vous avons prêché la parole de Dieu, en travaillant jour et nuit pour n'être à charge à aucun de vous. » — Avez-vous jamais remarqué plus d'empressement, plus de zèle, plus d'amour? Son zèle l'oblige à prendre toutes sortes de formes pour se rendre agréable à ses frères. Il s'abaisse, il se réduit à la condition d'un enfant. Il n'y a point d'amour plus grand, plus empressé, que celui d'une mère. Tel est celui de S. Paul. La preuve solide d'un amour effectif, c'est quand on est prêt à donner sa vie. On a vu plusieurs fois que cette disposition a été continuelle dans le cœur de ce grand apôtre. Pourquoi toutes ces inquiétudes! pourquoi tous ces empressements? C'est que S. Paul est pénétré d'amour pour ses frères. Son zèle est si fort, qu'il ne peut se permettre aucun repos. (Le même.)

| Reproche du Fils de Dieu aux ouvriers négligents]. — A lii loboraverunt, et vos in labores eorum introistis. C'est un reproche que le Fils de Dieu peut faire à ceux qui sont employés aux ministères évangéliques, et qui négligent le salut des âmes, ou qui s'acquittent négligemment d'une charge si importante. Alii loboraverunt : tant de personnes poussées d'un véritable zèle se sont consommées de soins et de travaux pour procurer le salut de leurs frères, et vous, vous passerez vos années et toute votre vie dans l'oisiveté, à la vue d'un champ où il y a tant à travailler. Alii loboraverunt : les autres ont sué, peiné, se sont épuisés de travaux : et vous, vous mènerez une vie languissante et aimerez le repos, sans faire réflexion que les travaux d'un Dieu demeureront inutiles faute de les continuer, et de travailler sur le même plan et le même projet! Pour moi, j'appréhende,

comme un reproche sanglant ou comme une menace terrible, ces paroles du Sauveur: Messis quidem multa, operarii autem pauci. J'ai de vastes campagnes qui fournissent une abondante moisson, le fond en est fertile, les influences du ciel y sont favorables, un grand nombre de fidèles ouvriers y ont déjà fait une heureuse récolte et rempli leur journée ; mais ceux que j'ai loués pour continuer cet ouvrage n'y daignent pas seulement mettre la main. (Anonyme.)

| Choix que Dieu fait des personnes apostoliques]. — Venite, faciam vos fieri piscatores hominum. Ce sont les paroles que le Sauveur dit à quelques-uns des apôtres pour les inviter à être de sa suite, en leur promettant de changer leur condition, et, de pêcheurs de poissons qu'ils étaient, de les faire pêcheurs d'hommes, c'est-à-dire des personnes destinées à convertir les hommes et aies attirer au service de Dieu. Or, ces paroles marquent nonseulement le choix qu'il fait des personnes apostoliques, mais encore les conditions avantageuses de leur vocation. Venite : ceux que le Fils de Dieu appela lui obéirent aussitôt ; ils ne s'excusèrent ni sur leurs affaires ni sur leur incapacité, ni sur les difficultés qu'ils pouvaient prévoir dans ce nouvel emploi. Venite post me : il ne les appelle point pour marcher par des routes inconnues, sans guide; c'est après lui qu'il veut qu'ils marchent, et il leur montre le chemin.- Venite post me: il ne les oblige pas à faire davantage que ce qu'ils lui verront faire tout le premier. Ils ne souffriront aucune fatigue, ils ne courront aucun hasard, ils ne souffriront aucune incommodité qu'il n'ait soufferte le premier ; mais aussi il ne leur propose pas une moindre récompense que celle qu'il aura lui-même. {Le même).

[Le temple de Salomon]. — L'Ecriture-Sainte rapporte de ce fameux temple de Salomon que l'or, les pierres précieuses et les plus beaux ornements y furent apportés des pays les plus éloignés ; mais je ne crains point de dire que, dans la structure de la Jérusalem céleste, dont ce temple n'était que la figure, les plus beaux ornements seront les âmes qu'on va chercher jusqu'aux extrémités de la terre : car, quoiqu'elles soient toutes également précieuses devant Dieu, qui les a toutes rachetées de son sang, la rareté cependant ne laisse pas d'en rehausser le prix, et tant de fatigues et de travaux qu'on souffre pour les aller chercher de les rendre plus considérables. C'est pourquoi tant de missionnaires croiraient manquer de fidélité dans leur ministère s'ils ne portaient la parole de Dieu aux nations les plus délaissées, et tant de noms barbares ne sont maintenant connus que parce que nous connaissons les pays où ces personnes apostoliques vont prêcher l'Evangile. {Le même.)

[Zèle des personnes apostoliques]. — Quand je considère ces personnes apostoliques, et ces dignes successeurs des apôtres qui ont entrepris de mar-

cher sur leurs traces, et qui sont embrasés du même zèle de la gloire de Dieu, je les considère, dis-je, comme sortant du Cénacle pour se disperser par toutes les nations de la terre, et il me semble que je puis leur dire ces paroles du prophète : Ite, angeli veloces: (Isai. xvin): Allez , anges et apôtres ! Puisque vous devez joindre la vitesse des uns avee l'ardeur et le zèle des autres, allez, ne tardez pas davantage. Et où? Ad gentem convulsam et dilaceratam : tantôt au Levant, où le christianisme roule par terre depuis qu'il n'est plus appuyé sur la pierre ferme sur laquelle le Fils de Dieu a établi son Eglise. Ad gentem dilaceratam: tantôt aux pays Septentrionaux, où le schisme et l'hérésie a déchiré tant de florissants royaumes en autant de factions qu'il y a de sentiments différents qui les partagent. Ad popnlum terribilem : parmi des peuples dont le seul nom effraie les autres, et dont la cruauté peut faire trembler les plus fermes et les plus courageux. Ad populum post quem non est alius: il faut (jue ceux-ci traversent les mers, et pénètrent jusqu'aux extrémités de la terre, pour y découvrir de nouveaux pays et pour y étendre la gloire de Dieu: Ad gentem expectantem et conculcatam. Et ceux-là doivent être prêts à aller tantôt aux nations qui nous tendent les bras, et tantôt à celles où l'on renouvelle les plus sanglantes persécutions. Il faut, en un mot, instruire et éclairer tous les peuples, sans différence et sans acception de personnes. J\on patiamur aliquemin ignorantiœ ienebris vivere, dit S. Cyrille d'Alexandrie : ne pas souffrir que personne vive dans l'ignorance des choses de son salut, ni que le soleil éclaire des nations où Ton ne porte le flambeau de l'Évangile. Que cette entreprise marque de grandeur de courage ! mais que ce moyen, que prennent aujourd'hui tant de personnes apostoliques , fait voir de sagesse et de prudence ! (Houdry) .

Récompenses célestes]. — Lorsque le temps de la moisson sera venu, quelle gloire à ces grands hommes d'avoir fait connaître le Fils de Dieu à tant de nations, et quelle consolation de les avoir fait jouir du fruit de son sang! Ce sera alors, dit S. Grégoire-le-Grand, que toutes les personnes apostoliques se présenteront devant Dieu : IbiPetruscum Judœâ apparebit ; ib) Paulus conversion post se orbem ducens ; ibï Andrœas Achaïam, Joannes Asiam, Thomas Iudiam, in conspectum sui judicis adducet : un S. Pierre s'y présentera avec la Judée, un S. Paul y 'mènera presque tout le monde, S. Jean l'Asie, S. André l'Achaïe, S. Thomas une partie des Indes, et les autres Apôtres les pays où ils auront planté et cultivé la foi. Grands hommes, apôtres incomparables, vous n'y paraîtrez pas les mains vides, puisque vous n'y présenterez rien de moins que tout le nouveau monde, qui sera le champ de votre gloire, comme il l'a été de votre mission ; et vous pourrez bien vous dire à vous-mêmes ce que S. Paul disait de lui seul : Et ii minimus sum omnium Apostolorum, plus tamen omnibus laboravi : Quoique nous soyons les derniers de tous, nous

ne cédons cependant à personne pour La multitude de nés travaux et de nos conquêtes. (Le même).

| S. Paul exhortai! sou disciple à prêcher la parole de Dieu]. — « Mon très-cher fils, je vous conjure devant Dieu, et devant Jésus-Christ qui jugera les vivants et les morts dans son avènement glorieux et dans rétablissement de son règne, d'annoncer sa parole. Pressez les hommes, à temps et à contre-temps, reprenez, suppliez, menacez, sans vous lasser jamais de les tolérer et de les instruire. Car il viendra un temps où ils ne pourront plus souffrir la saine doctrine, et, ayant une extrême démangeaison d'entendre ce qui les flatte, ils auront recours à une foule de docteurs propres à satisfaire leurs désirs ; et, fermant l'oreille à la vérité, ils l'ouvriront à des contes et à des fables. Mais, pour vous, veillez, souffrez constamment tous les travaux ; faites la charge d'un évangéliste^ remplissez tous les devoirs de votre ministère. » — Ceci est tiré de la seconde lettre que S. Paul écrivit de Rome à son cher disciple Timothée. Après l'avoir exhorté à s'instruire de l'Ecriture- Sainte, il l'exhorte à instruire les autres et à s'acquitter de tous les devoirs d'un apôtre. Il le conjure donc, devant Dieu, et devant Jésus-Christ qui jugera les vivants et les morts, d'annoncer la parole de Dieu, et de le faire à temps et à contretemps, c'est-à-dire avec assiduité et avec persévérance, sans que rien le puisse distraire de cette fonction, qui est la principale de son ministère. A temps, quand les hommes semblent être disposés à en profiter; à contre-temps, quand ils ne semblent pas l'être. Car Dieu ne suit pas' toujours nos pensées, et il fait souvent son œuvre lorsque nous n'espérons rien de la uôtre. Prêcher donc l'évangile à contre-temps, c'est avoir plus de confiance en Dieu qu'en soi-même, c'est ne penser qu'à remplir les devoirs de son ministère, c'est aimer vraiment ceux au salut desquels on est obligé de travailler. Il faut, dit S. Augustin, leur annoncer la vérité, et lorsqu'ils le veulent et lorsqu'ils ne le veulent pas, parce qu'il faut les avertir de leurs devoirs lorsqu'ils s'oublient, et qu'il faut leur présenter, malgré eux, les remèdes qui les peuvent guérir. (Année chrétienne de Le Tourneux).

[Le don des langues J. — Dieu envoya son Saint-Esprit au monde en forme de feu et de langues, afin de purifier, d'cnllammer et de fortifier ses disciples par le feu de la charité et, par le don des langues, de leur donner la faculté de prêcher à toutes les nations la grâce de l'Evangile. Ce fut aussi ce que le Sauveur leur commanda, en S. Marc, leur disant : Allez par le monda et prêchez l'Evangile à toute créature. De sorte que celui qui n'était connu que dans un petit coin de la Judée voulut être prêché et annoncé par tout le monde, et qu'il n'y eût aucune créature qui ne reçût cette grâce. Mais, dans S. Mathieu, il fait ce même commandement avec plus de paroles : car, avant de le donner à ses disciples, il leur dit que t. xvn. 31

tout pouvoir lui avait été donné au ciel et sur la terre : les assurant par-là qu'ils ne devaient craindre ni les contrariétés du monde, ni les difficultés qui leur pourraient survenir en cette entreprise, puisqu'ils avaient pour eux la faveur de celui qui a toute la puissance des cieux et de la terre entre ses mains. Et, afin qu'ils ne crussent point que cette faveur ne serait que pour ui) peu de temps, il ajouta aussitôt ces paroles : Je serai avec ri, us en tout temps jusqu'à la fin du monde. Cette promesse si solennelle ayant rendu les disciples aussi prudents et aussi sages que courageux, il leur commanda d'aller par toutle monde, de prêcher à toutes les nations, et de les baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, qui est l'une des plus grandes grâces et des plus signalées miséricordes que nous ayons reçues de notre Sauveur. (Louis de Grenade, Catéchisme).

[Ci' que c'est qu'un apôtre]. — Qu'est-ce qu'un apôtre parfait? C'est un homme qui, destiné par la vocation du Ciel à sanctifier les âmes, aspire à cette fin avec une ardeur que rien n'est capable de ralentir. Aucun travail ne le rebute, aucun péril ne l'effraie, aucun des obstacles qui ne sont pas absolument insurmontables ne l'arrête. Son courage est à l'épreuve des fatigues, des contradictions, des persécutions, des violences. Mais le courage n'est ni ne peut-être la seule ni la principale règle par où l'on doit juger de la perfection d'un apôtre. Quelque valeur que puisse avoir un général d'armée, si, outre cette intrépidité, cette noble audace qui aliïonte les dangers, il n'avait pas un assemblage d'autres qualités ou naturelles ou acquises, sans lesquelles on ne peut fonder que sur une ardeur téméraire, conduite par le hasard, l'espérance de vaincre, son rang serait bien au-dessus de son mérite. Quelque courage que pût avoir un ouvrier évangélique, si à cette force, à cette fermeté qu'aucune difficulté ne rebute, il ne joignait pas les vertus dont il ne peut manquer sans être en danger de ne recueillir aucun fruit, il serait indigne du nom d'apôtre. (Anonyme.)

[Même sujet]. — Figurez-vous, Messieurs, un homme qui s'est livré aux travaux de l'apostolat, et qui, loin de chercher à les adoucir, s'étudie toujours à en augmenter le poids ; un homme dont la charité s'étend à toutes les conditions, mais qui, ne considérant que par rapport à leur sanctification et à leur salut ceux qui ont été confiés à ses soins, ne trouve ni dans la prospérité des uns rien qui puisse l'attirer ou rendre son zèle plus ardent, ni dans les adversités des autres rien qui puisse l'éloigner ou refroidir sa charité ; qui s'attache aux premiers uniquement par devoir, témoigne aux seconds d'autant plus de tendresse que l'obscurité où ils vivent, leur indigence, leurs infirmités, sont plus capable s d'inspirer du dégoût ; un homme à qui l'accablement où le réduisent souvent ses travaux ne peut faire souhaiter aucun soulagement, et pour qui, quand il s'agit de travailler au salut des âmes, les saisons les plus

rigoureuses, les voyages les plus pénibles et les plus périlleux, les demeures les plus affreuses, les emplois les plus fatigants, semblent avoir de la douceur. Supposez qu'il est traversé par ceux mêmes qui devraient lui servir d'appui, qu'on le déchire par des calomnies, que la fausse sagesse, l'envie, la malignité, lui font trouver partout des ennemis et des persécuteurs ! qu'on lui fait des insultes, des outrages, des mauvais traitements ; qu'on attente à sa vie, et que tout cela ne peut l'empêcher de poursuivre l'exécution de ses desseins : pourrez-vous ne le pas regarder comme un modèle du courage que doivent avoir les ouvriers évangéliques ? {Panégyrique du B. Régis par le P. Eon).

[Humilité et douceur]. — Ce fut un homme rempli d'ardeur pour la gloire de Dieu et de mépris pour la sienne ; ses travaux sont la mesure du zèle qu'il eut pour la gloire de Dieu. A cette idée joignez celle du mépris qu'il fit de sa propre gloire ; il la méprisa jusqu'à souhaiter de n'être jamais appliqué qu'à des emplois" obscurs, jusqu'à se défendre tout ce qui ne pouvait servir qu'à le mettre en réputation d'esprit et de capacité, jusqu'à croire qu'on ne lui faisait justice que lorsqu'on le méprisait ; jusqu'à ne vouloir pas faire la moindre démarche pour se justifier des plus noires calomnies : jusqu'à recevoir avec reconnaissance les avis et les reproches les plus ignorants ; jusqu'à écouter avec complaisance les railleries qu'on faisait de lui ; jusqu'à louer en quelque manière la modération de ceux qui le maltraitaient avec plus de cruauté ; jusqu'à ne pouvoir se rassasier d'outrages et d'opprobres.

Une douceur inaltérable doit assaisonner toutes les paroles d'un missionnaire, de sorte qu'il fasse aimer jusqu'à ses reproches. Toujours conduit par la sagesse, il ne doit jamais s'abandonner tellement au désir de procurer la gloire de Dieu qu'il oublie la modération à l'égard des hommes. Il prendra pour règle cette maxime de S. Augustin : Ce n'est pas par des manières aigres, dures, impérieuses, qu'on corrige les coupables : Non asperè, non duriter, non modo imperioso ista tolhintur. Pour reprendre avec fruit, il faut plutôt instruire que commander, plutôt avertir que menacer : Magis docendo quant jubendo, magis monendo quàm minando. Lorsqu'on est obligé d'employer les menaces, on les doit employer avec peine : Si quidminamur, cum dolore, afin de faire voir qu'on ne cherche pas à se faire craindre, mais à faire craindre le Seigneur : Ne nos ipsi in nostrâ potesto.te, sed Deus in nostro sermone timeatur. Telle doit être la conduite des personnes apostoliques. Faut-il animer et soutenir des âmes lâches, inconstantes, faibles, chancelantes ? Non asperè, non duriter, non modo imperioso. Il ne faut pas reprendre en juge sévère ni commander en maître orgueilleux ; il faut avertir, instruire comme des amis pleins de tendresse : Mugis docendo quàm jubendo, magis monendo quàm minando. Faut-il attaquer le vice dans des personnes dont une jongue habitude tient la volonté captive, et qu'une humeur farouche,

fougueuse et violente, semble rendre inaccessibles? Non asperè, non dvriter, non modo imperioso. Il ne faut rien laisser échapper qui puisse les aigrir. Il faut leur témoigner de la considération, de l'estime, quelquefois même de la confiance. On doit chercher des occasions de les servir ; en usant à leur égard de l'autorité que donne le ministère apostolique, on ne doit se servir que de celle que l'amitié donne. Faut-il gagner à Dieu des pauvres ? Non asperè, non duriter, non modo imperioso. Leur pauvreté ne doit leur attirer de la part des ministres évangéliques que des marques de tendresse. Ils doivent étudier leur humeur et s'y accommoder, leur faire des instructions proportionnées à leur génie, pour les enhardir à s'approcher; il faut affecter quelquefois leurs manières, entrer dans leurs besoins, et aller avec une sainte inquiétude au-devant de leurs désirs. (Le même).

AVERTISSEMENT

Depuis que la glorieuse Mère de Dieu a levé l'étendard de la virginité, vertu qui était une espèce d'opprobre dans l'ancienne loi, on a vu, dans la nouvelle, une troupe infinie de vierges, de l'un et de Vautre sexe, qui ont pratiqué cette excellente vertu. L'Evangile V a préconisée ; S . Paid l'a enseignée comme le moyen le plus efficace de s'unir à, Dieu, et de le servir sans partage et sans division, et enfin en a loué la pratique comme le plus haut degré de la perfection évongélique : d'où vient que ceux qui ont aspiré à la plus haute su in fêté ou ont fait profession de cette vertu, ou, n'ayant pas pu la pratiquer par quelque intérêt d'état ou de famille, Vont observé quant au corps, sitôt qu'il a été en leur pouvoir ', et toujours de cœur et de désir selon leur état.

De là il suit que, dans ce nombre infini de vierges, quoique l'Eglise ait fait l'éloge de quelques-unes seulement plus illustres et plus connues, il y en a sans doute dans chaque pays qu'elle permet d'honorer d'un culte public. Pour en faire le panégyrique, U ne faut qu'expliquer ce que l'Ecriture et les Pères disent de la virginité, parce que l'éloge de la vertu fait aussi l'éloge de celui ou de celle qui l'a professée, soit dans l'état religieux soit dans l'état séculier, ce dont nous faisons ici abstraction, considérant cette vertu seule, pourvu qu'elle soit exempte des défauts qui en diminuent le prix, et accompagnée des autres vertus sans lesquelles elle ne serait d'aucun mérite devant Dieu. C'est toujours dans cette vue et avec ces conditions que, outre ce que nous avons dit sur la continence, au. Tome IIIe de la Bibliothèque, et en parlant des personnes Religieuses, nous donnons ici des matériaux communs, dont Vapplication <iépendra des circonstances particulières que la vie et les actions de la personne

fourniront..

[La femme forte de l'Ecriture]. — Ne soyons plus en peine, Messieurs, de trouver cette femme forte que Salomon regardait comme un trésor, dont toutes les richesses des pays les plus éloignés ne pouvaient égaler le prix. Cela était bon avant que le roi des vierges fût venu sur la terre, et lorsque la virginité était regardée comme un obstacle à l'honneur de contribuer à la naissance du Messie ; mais, maintenant que ce Messie a publié une nouvelle loi, dont la pureté de L'âme et du corps a fait l'un des principaux préceptes, et la virginité l'un des plus importants conseils, l'Eglise nous met aujourd'hui devant les yeux l'exemple d'une vierge qui peut disputer de gloire et de force avec les plus généreux martyrs ; et l'on peut dire que l'oracle de Salomon s'est accompli en sa personne ; puisqu'elle vient de delà les mers, et qu'elle a passé un assez long espace de pays pour dire qu'elle vient de loin : Procul et de ultimis finibus pretium ejus (Houdry).

[Exemple de la Sainte Vierge]. — Le modèle de pureté le plus parfait et le plus achevé qui ait jamais paru dans une créature, c'est la glorieuse mère de Dieu, la Vierge par excellence, qui a surpassé les anges mêmes. C'est elle qui a la première levé l'étendard de la virginité par le vœu qu'elle en a fait toute la première, comme l'on peut juger des paroles qu'elle dit à l'ange qui lui porta la nouvelle qu'elle concevrait le Verbe éternel dans son sein : Quomodo fiet istud, quoniàm vùum non cognosco? De sorte que l'état de la pureté virginale a tiré de-là son origine, et a, pour ainsi dire, été conçu dans le même sein dans lequel le Fils de Dieu qui est la pureté même et l'éclat de la lumière éternelle, s'est incarné. Aussi est-ce le langage des SS. Pères, que, si un Dieu avait à naître parmi les hommes, ce devait être d'une vierge, et, si une vierge devait enfanter, ce devait être un Homme-DiEU (Anonyme).

[Autres exemples]. — Pour ne pas rappeler ici tous les éloges éclatants que lesSS. Pères ont donnés à la bienheureuse Vierge, et dont les chaires évangéliques ont retenti tant de fois, parcourons seulement les autres exemples que la nouvelle loi nous fournit. Combien dut être chaste celui que Dieu destina pour époux à Marie, afin d'être le gardien et le défenseur de sa pureté ? Quel rapport ne devait point se trouver entre ces

deux personnes que Dieu avait choisies et destinées Tune pour être sa mère, et l'autre pour mettre à couvert l'honneur de cette mère par la qualité d'époux qu'il a portée, et pour servir d'ombre au Saint-Esprit dans la conception du Verbe incarné ! {Le même.)

[Les personnes chastes semblables aux anges j. — Venerunt duo angeli Sodomam vesperè, etc. (Gènes, xv). — Ceux qui s'enfuirent de Sodome eurent un ange pour guide, afin de montrer qu'il faut une vertu angélique pour fuir le plaisir sensuel, et que plus on s'éloigne de ce plaisir, plus on approche de la condition des intelligences : car la chasteté, selon la parole de Jésus-Christ, est proprement la vertu des anges : Neque nubent neque nubentur, sed erunt sicut angeli Dei. Or, qui peut s'éloigner davantage de cette sorte de volupté que celui qui, par un vœu perpétuel, s'en est volontairement retranché tout le pouvoir? {Le même).

| La pureté nons élève au-dessus de la naturej. — Fripe me de luto (Ps. 68). — Que peut-on dire de plus grand et de plus illustre, à la gloire de cette vertu, que de lui attribuer le pouvoir de nous faire sortir de la boue, qui est l'origine de notre nature, afin de nous élever jusqu'à la condition des anges et à la ressemblance avec Dieu même ? Car cette vertu spiritualise en quelque manière le corps, nous dégage des soins de la terre, nous rend propres à contempler les vérités célestes, et nous retire en effet comme de la boue en nous éloignant des plaisirs des sens et des voluptés grossières, qui abrutissent l'esprit et qui rendent l'homme semblable aux bêtes. 0 Dieu ! que la virginité est un riche et précieux trésor ! mais qu'il est d'une difficile garde ! C'est le lis céleste qui fait toute la beauté et tout l'ornement des vierges ; mais, pour entretenir sa verdure, il faut l'arroser des larmes de la pénitence, et, pour empêcher qu'une main souillée ne le gâte, il faut l'entourer d'épines : Arnica mea sicut lilium ihier spinas (Le P. Gentil, son livre intitulé : La solitude des vierges).

[Moyens de conserver la pureté]. — Voici, ô* mon âme, les mojens de conserver la pureté. — 1° La fuite du monde, dont l'air est contagieux. — 2° La mortification de tes sens, qui ont un doux et violent penchant pour le plaisir. Tu dois éteindre les plus petites flammes de ta cupidité, car il ne faut qu'une étincelle pour causer de grands incendies. — 3° Tu dois mettre en usage les larmes comme S. Augustin, les veilles comme S.Jérôme, les cilices comme Esther et David, les épines comme S. Benoît, les glaces et les neiges comme S. Bernard et S. François. Voilà à quoi on est obligé si l'on veut être chaste. Dois-jo donc écouter la répugnance do mes sens, qui ont une secrète horreur de tout ce qui les mortifie ? Suis-je en sûreté de conscience en suivant aveuglément ces directeurs

indulgents qui, flattant la délicatesse de mon corps, entretiennent la rébellion de mes sens? {Le même.)

[Notre sainte n'a fait paraître rien de faible]. — Comme il n'a jamais rien paru de faible dans l'incomparable sainte dont je suis chargé de faire l'éloge, je ne craindrai point de dire d'elle ce qu'un grand homme a dit de Judith, que la nature lui avait donné le sexe, mais que la vertu avait formé tout le reste dans sa personne. Or, comme la force est, de toutes les vertus, celle qui éclate le plus et qui donne le plus d'admiration, jusques-là qu'elle porte le nom de la vertu même, par une espèce de prérogative et de prééminence, pour faire le panégyrique de cette grande sainte il no faudrait que vous faire la peinture de cette vertu, avec les traits les plus vifs et les plus hardis, afin de faire en même temps le caractère d'une vierge qui a été le miracle de son siècle, et qui a fait voir que, quelque avantage que la nature ait donné à un sexe au-dessus de l'autre, la grâce n'a point fait ce discernement dans le partage de ses faveurs, puisque le plus faible de corps s'est souvent élevé, par la force de l'esprit et du courage, jusqu'à servir de modèle aux uns, et aux autres de sujet de reproche et de confusion (Houdry).

[Pureté du cœur]. — Je sais, ô mon Dieu, que la pureté du corps ne saurait vous plaire sans la pureté du cœur. Je sais qu'on perd la pureté du corps lorsque l'esprit est souillé, quoique le corps ne le soit pas; que la fleur de la pureté se perd par un seul plaisir sensuel, qu'un désir déréglé fait perdre la pureté du cœur ; qu'une pensée déshonnête, sans en venir à l'effet, gâte la beauté de l'àme : car il n'est pas permis de désirer ce qu'il n'est pas permis de faire; Voilà, Seigneur, ce que vous m'avez appris. Puis-je, sur ces principes, me flatter d'être vierge? Mon cœur et mon corps ont-ils conservé cette pureté ? Vous le savez, ô mon Dieu, et c'est ce qui m'humilie devant vous. Les anges, qui ne sont que de purs esprits, paraissent avec des taches à vos yeux; les enfants de Dieu ont regardé la beauté des femmes étrangères, et ils ont perdu leur pureté. Le saint roi qui était selon votre cœur a jeté un regard indiscret sur un objet qu'il ne devait pas voir, et il a sali l'éclat de sa pourpre et souillé la beauté de son âme. Que la pureté est une vertu délicate ! Que c'est une belle fleur ! mais qu'il faut peu de chose pour la faner ! Seigneur, éloignez de moi tout ce qui peut me faire perdre mon innocence et me rendre désagréable à vos yeux. Que je serais heureuse si, conservant la pureté que je vous ai vouée, je suis un jour parmi les vierges qui environnent le trône de l'agneau ! (Le P. Gentil.)

| Point de vertu plus sublime que la virginité] . — Comme il n'y a rien de plus brillant dans l'Eglise que la virginité, il n'y a point de vertu que le Fils de Dieu conseille avec plus de soin, ni que le démon dissuade avec

plus d'artifice que celle-ci. Elle est si noble et si relevée, qu'elle tient plus du oiel que de la terre, et qu'elle appartient plus aux anges qu'aux hommes. C'est un avant-goût ou une méditation de la vie future, dit S. Cyprien : Nikil aUud quàm futunr vitœ gloriosa meditatio. C'est une enfance qui dure toujours, et sur qui les années n'exercent point leur tyrannie : Perseverantiu infcmtiœ. C'est le plus beau de tous les triomphes, puisque la plus grande de toutes les victoires c'est d'avoir vaincu la volupté : Voluptatum triumphus, voluptatem enim vicisse maxima voluptas est. Dans les autres victoires,nous sommes plus forts que nos ennemis ; mais, dans celle de la pureté, nous sommes plus forts que nous-mêmes, et nous pouvons nous vanter qu'il ne nous reste plus rien à vaincre quand nous nous sommes vaincus après avoir surmonté les autres : Qui hostem vicit fortior fuit, sedalterquilibidinem répressif seipso fortior est. Delà vient que Jésus-Christ inspire l'amour de cette vertu à toutes les personnes qui l'approchent de plus près, et qu'il veut que son précurseur et son favori, sa mère et ses épouses, soient vierges. Il semble qu'il réserve toutes les grandeurs de son Etat pour récompenser la virginité, et que, comme elle est difficile, il la rende glorieuse pour y convier tout le monde {Panégyrique de S te Ursule, du P. Senault).

[artifices du démoaj. — Le démon emploie tous les artifices pour éloigner les hommes de la virginité; et, comme il sait qu'elle doit peupler le ciel et remplir les places que ses complices occupaient avant leur révolte, il fait ce qu'il peut pour nous en donner ou du mépris ou de la crainte. Tantôt il nous persuade que c'est le partage des filles, et que c'est entreprendre sur leur état que de vouloir conserver la pureté, tantôt, que, nous donnant beaucoup de peine, elle nous apporte peu d'honneur, et qu'étant toujours engagée dans le combat elle n'est jamais assurée delà victoire; tantôt qu'elle n'est bonne que pour soi, qu'elle est inutile aux Etats, qu'elle dépeuple la terre, et que, n'étant recommandable que par sa difficulté, elle tire tout son prix de la peine qui l'accompagne. Il ajoute les artifices aux raisons, et il se sert de mille tentations pour combattre le dessein des vierges qui se veulent consacrer à Jésus-Christ ; il fait révolter leur chair contre la raison ; et, par une guerre intestine et domestique, il essaie de faire triompher l'esclave de sa souveraine. Il emploie les plaisirs pour flatter leurs sens, et, surprenant ces crédules messagers, il tâche de séduire l'àme par leurs infidèles rapports ; il se sert des promesses et des menaces des impudiques pour les corrompre et pour les étonner ; et, mêlant deux passions ensemble, il abat par la crainte celle qu'il n'a pu corrompre par l'espérance {Le même).

[Vierge et martyre]. — Quoiqu'il soit extrêmement difficile de faire l'éloge des saints et de trouver des paroles et des pensées qui répondent à leurs mérites, il me semble, néanmoins, que c'est assez dignement louer SteN.

que de dire qu'elle a été vierge et martyre, et que l'éloquence des orateurs ne peut rien ajouter à cet éloge, puisqu'il n'y arien de plus illustre dans l'Evangile que la virginité et le martyre. Car les vierges sont des images de Dieu, qui repondent à la sainteté de leur original : Imago Dm, ditS. C lyprien, respondens ad sanctimoniam Dei. Et si les pensées des Pères sont des oracles, nous sommes obligés do croire que les vierges sont plus nobles que les anges, parce que la pureté de ces bienheureux esprits est un effet de leur bonheur, et que celle des vierges est un effet de la grâce et de leur courage. Angelum esse feheitatis est, virginem esse virtutis. Les martyrs sont les héros de l'Eglise-, et, selon le sentiment d'Origène, il y a plus d'avantage d'être martyr que d'être apôtre : Plus est esse martyre m quàm esse apostolum. Néanmoins, Messieurs, la sainte que vous avez prise pour votre patronne est si admirable, que cet éloge, tout grand qu'il est, n'approche pas de ses mérites, et ce qui fait le comble de la gloire des autres saintes ne fait que le commencement de la sienne. Car elle a tant d'amour pour la virginité, qu'elle conçoit de l'horreur pour sa beauté, et, par un sentiment bien étrange, elle s'afflige d'être belle, dans l'appréhension qu'elle a de n'être pas assez pure; elle a tant de passion pour le martyre, que sa plus grande douleur est d'en être privée quelque jour, et sa plus grande passion est de s'en voir bientôt honorée (Panégyrique de Ste Avoye, du P. Senault).

[Précautions et prudences]. — Notre illustre sainte, n'ignorant pas que la nature l'avait pourvue d'une excellente beauté, fuyaittoutes les compagnies du monde, se tenait enfermée dans sa maison; et, de peur de se rendre coupable des péchés qu'elle eût fait naître, elle ne se montrait jamais à personne. Elle avait honte de ses propres avantages; elle redoutait sa beauté, et, sachant bien qu'elle est ennemie de la pureté, elle en évitait soigneusement la rencontre. La virginité, dit Tertullien, est si délicate, qu'elle appréhende les yeux des autres et les siens; elle se cache à ses compagnes et à elle-même ; elle redoute de se voir et d'être vue, n'ignorant pas qu'il y a autant de péril à se plaire à soi-même qu'à plaire aux autres; elle ne se montre jamais à personne : Sed enim vera et tota et para virginitas nihil magis timet quàm semetipsam. La véritable et la sincère virginité n'appréhende rien davantage qu'elle-même, parce qu'elle sait bien que, tant qu'elle ne s'aimera pas, elle ne se mettra point en devoir de se faire aimer par les autres. Etiam fœminarum oculos pati non vult, alios ipsa oculos habet : elle ne veut pas souffrir les yeux des femmes, parce qu'elle appréhende les siens, ou qu'elle redoute ceux de Dieu. Que n'ai-je autant d'éloquence que Tertullien pour vous exprimer ces pensées avec toute leur force et leur beauté! La vierge, dit-il, qui aime sa chasteté a recours au voile comme à un casque ou comme à un bouclier, pour se défendre contre les assauts des tentations, contre l'éclat des scandales, contre le bruit sourd des soupçons et des médi-

sances secrètes, contre les coups de la jalousie et de l'envie, reconnaissant bien qu'il est impossible d'être belle, et de se montrer, sans se faire du mal à soi-même et sans en faire à tous les autres.

Notre sainte, parfaitement instruite de toutes ces vérités, ne sortait jamais de la maison si la nécessité ne l'y contraignait; et, soit qu'elle y demeurât ou qu'elle en sortît, elle était toujours voilée, de crainte que ce poison qui infecte la vue n'infectât son prochain ou ne l'infectât ellemême. Elle savait bien qu'il y a des crimes que nous commettons quand nous les faisons commettre aux autres, qu'il y en a que le cœur accomplit par ses désirs et que l'œil achève par ses regards ; elle savait bien qu'il se trouve des adultères où il n'y a qu'un complice, et qu'il s'en rencontre d'autres où, sans actions et sans paroles, il ne laisse pas de se rencontrer deux coupables. Enfin, elle n'ignorait pas que la même passion qui nous fait désirer de voir nous fait désirer d'être vus, et que ces deux désirs, venant d'une même cause , nous rendent également criminels devant Dieu : Ejusdem libidinis est videre et videri {Le même).

[Imprudence dans le monde]. — Cette grande sainte appréhende d'être aimée, et les femmes et les filles de ce siècle souhaitent de l'être. La sainte fuit les grandes assemblées comme des prostitutions de la chasteté, et elles les cherchent comme les théâtres de leur gloire. La sainte est honteuse d'avoir acquis un amant et elles se vantent d'avoir débauché un sujet de Jésus-Christ. La sainte s'estime coupable de ce que ses yeux ont enlevé la liberté d'un jeune prince, et elles se croient innocentes quand, par des regards affectés, elles ont fait des esclaves, et que, servant de ministres aux démons, elles ont étendu les bornes de son empire et du leur. Prenez garde à votre conduite, Messieurs, appréhendez que, comme elle est si éloignée de celle des saints, elle ne soit funeste à votre âme. Souvenez-vous qu'une honnête femme doit négliger sa beauté, puisqu'elle est nuisible au salut de son prochain ; qu'elle la doit craindre, puisqu'elle est contraire à sa chasteté, et qu'elle doit l'effacer, ou par les jeûnes ou par les veilles, puisqu'elle lui donne de la vanité, et qu'elle donne à ceux qui la voient de la tentation ou du scandale {Le même P. Senault). 0

[les vierges sont les anges de la terre]. — Si un Père de l'Eglise a pu appeler les anges les vierges du ciel, il me semble que je puis bien appeler les vierges les anges de la terre, puisqu'elles possèdent ici les avantages de ces bienheureux esprits. Je sais bien que, depuis le mystère de l'Incarnation, il y a quelque alliance entre les anges et les hommes ; que les anges sont leurs protecteurs, que les hommes sont leurs pupilles; que les anges sont leurs maîtres, que les hommes sont leurs disciples ; que les anges sont leurs rois, que les hommes sont leurs sujets : mais les vierges sont si nobles et si pures, que dès la terre elles traitent familièrement

avec les anges, et peuvent, avant la résurrection, être regardées comme des anges mortels. De familiâ deputantur angelicâ, dit Tertullien : elles sont censées être de la famille des anges, et il semble qu'elles possèdent sur la terre le bonheur que le reste des fidèles n'espère posséder que dans le ciel. Ce qui est promis aux hommes est déjà accordé aux vierges : elles ont l'effet, dont ceux-là n'ont que l'espérance : elles ne sont pas du monde, quoiqu'elles soient dans le monde ; et, si le monde a la gloire de les posséder, il n'a pas le pouvoir de les retenir. — Mais, sans m'étendre sur les preuves d'une vérité si connue, permettez-moi de la confirmer par le seul exemple de Ste N., et de vous faire voir qu'elle devient ange par leur communication, qu'elle converse souvent avec les anges, qu'elle a les mêmes emplois sur la terre qu'ils ont dans le ciel, et qu'elle inspire la pureté comme ces bienheureux esprits (Le même).

| Même sujet |. — C'était un prodige dé la grâce qu'une fille née dans le péché, et dont l'àme était enfermée dans un corps, fût aussi pure qu'un ange ; qu'elle combattît et qu'elle triomphât de la chair dans la chair même, et que, étant inférieure à ces bienheurex esprits en nature, elle leur lut égale en pureté, et leur fût supérieure en courage. Car, comme dit excellemment S. Pierre Chrysologue, In came prwter cariii m vivere non terrena vitaest sed cœlestis. : vivre dans la chair sans avoir de commerce avec la chair, c'est une vie qui tient plus du ciel que de la terre ; et, si vous le voulez savoir, il y a plus d'avantage à mériter la gloire des anges par le travail, qu'a la recevoir par la naissance : Et si vultis scire. angelicam gloriam acquirere majus est quàm habere. Car d'être un ange, c'est un pur bonheur : mais le devenir, c'est une haute vertu; et en ce point il faut que les anges cèdent aux vierges, puisque celles-ci ont emporté par leur force et par leur courage ce que ceux-là ont par nature.

Ne vous plaignez donc plus, mes chères filles, de ce que vous n'êtes que des filles, puisque vous pouvez être plus glorieuses que des anges, et que la sainte dont nous célébrons aujourd'hui la fête a pu, nonobstant la fragilité de son sexe, donner de l'envie à ces bienheureux esprits, qu'elle a égalé et même surpassé leur pureté, et qu'elle nous a fait voir par ses exemples que rien n'est impossible à un grand courage dans la faiblesse de la chair, quand il est soutenu par la grâce de Jésus-Christ. Aussi se rendit-elle si semblable aux anges, que les anges, après avoir été ses admirateurs, devinrent ses amis, et lui firent une si fidèle compagnie, qu'on ne la voyait presque jamais qu'elle ne fût suivie de celui qui avaii été commis à sa garde. {Le même).

[les anges mitant les vierges-]. — Nous n'avons vu guère de vierge sainte qui n'ait eu quelque ange qui se soit intéressé dans sa protection. Ste Dorothée a vu ces bienheureux esprits exécuter ses commissions pendant sa vie, et après sa mort les anges portèrent des fleurs de sa part à un

jeune homme qui s'était raillé de son divin Epoux, et faisanl revivre le printemps au milieu de l'hiver, ils convertirent l'infidèle par oe miracle. Ste Agnès fut visiblement assistée par son bon ange lorsqu'on voulut attenter à sa chasteté : et cet esprit, animé d'amour et de colère, ôta la vie au fils du préfet de Rome qui s'était approché de la sainte sans respect. L'illustre sainte Catherine vit les auges la consoler dans sa prison, la défendre dans ses tourments, briser les machines qu'on avait préparées pour la perdre, et porter son corps en triomphe sur la montagne de Binaï, après la victoire qu'elle obtint sur les tyrans. {Panégyrique de Ste Cécile du P. Senault).

[l'humilité dans la chasteté]. — Parmi les âmes qui conservent soigneusement la pureté intérieure commune à tous les chrétiens, il y en a qui gardent encore la virginité du corps, et qui sont, selon les Pères, la plus illustre portion du troupeau de Jésus-Christ. Elles sont à Dieu d'une manière particulière, n'ayant à plaire qu'à lui, et n'étant point distraite parle soin de plaire à un homme. Elles vivent dans une chair corruptible comme si elles n'en avaient pas, et elles mènent dans un corps la vie des anges. Mais à qui doivent-elles attribuer ces, prérogatives, sinon à celui qui les a aimées le premier, et qui leur fait la grâce de se donner tout entières a lui? Qu'elles écoutent attentivement ces paroles : Que celui qui se ylori/ie ne se glorifie qu'on Seigneur. Qu'elles mettent leur gloire à lui appartenir : mais qu'elles lui rendent cette même gloire, puisque ce n'est que par un don de miséricorde qu'elles lui appartiennent. Plus elles sont grandes devant les hommes par l'excellence de leur état, plus elles doivent être humbles afin d'être grandes aux yeux de celui qu'elles aiment. Une vierge superbe, dit un saint, est une vierge adultère, parce que la pureté du corps ne sert de rien sans l'humilité, qui est la virginité de l'âme. Qu'elles se regardent comme des vaisseaux fragiles, où Dieu a voulu mettre un grand trésor pour faire éclater la puissance de sa grâce, et qu'elles dépendent sans cesse de celui qui les soutient et dont elles ne peuvent se séparer sans se briser et sans perdre les richesses qu'il leur avait confiées. Qu'elles veillent sur ellesmêmes, afin de se conserver pures pour leur Epoux, qui les aime d'un amour de jalousie d'autant plus fort, qu'il leur a fait plus de grâces, et qu'elles empruntent, pour ainsi dire, ses yeux jaloux pour s'observer elles-mêmes, et pour empêcher qu'il ne se glisse rien en elles qui le puisse offenser. Qu'elles se souviennent, enfin, que, si elles sont les vierges de Jésus-Christ, ce nJest que pour être à lui, et non pas pour être à ellesmêmes ; qu'elles n'ont point voulu être sous la puissance des hommes, et qu'elles pensent sans cesse à cette pureté entière avec laquelle elles se doivent présenter devant lui au jour qu'il les appellera. {Année chrétienne).

, meuts que doit avoir une vierge |. — Seigneur, de quoi me servirait la

solitude du corps sans la solitude de l'esprit? J'ai fait vœu de clôture perpétuelle ; mais est-ce garder mon vœu dans toute son étendue lorsque, seule dans un cloître et séparée du siècle, mon âme prenant l'essor va errant do cercle en cercle dans le monde ? Est-ce être religieuse si, contente de me contenir clans les bornes étroites d'une solitude forcéej où mes jeux ne voient personne, je donne la liberté à mon esprit de se remplir de cent sortes d'idées qui me troublent et m'agitent? Puis-je croire que je sers Dieu avec fidélité si, éloignée du siècle par ma profession, je m'en rapproche de désirs et de pensées? C'est néanmoins, ô mon Dieu, l'illusion où j'ai été jusqu'à présent : contente de ne pas sortir d'une étroite cellule, où je me suis renfermée par amour, je fais souvent revivre dans mon cœur tout ce que je vous ai sacrifié. Le tendre souvenir d'un père, d'une mère, d'un frère, d'une sœur, occupe mon esprit à tout moment. Si votre Mère, <"> mon aimable Sauveur, ne vous trouva pas parmi vos i>n><lics, comment vous trouverais-je parmi les miens? Si l'épouse des Cantiques ne trouva pas le céleste Epoux dans les rues de Jérusalem, comment vous trouverais-je au milieu du monde, où je suis d'esprit, de pensée et de désir? Pieu ne parle pas où sa voix ne peut pas être entendue. (Le P. Gentil, La solitude des cierges).

[Les belles prérogatiTes des viergesj. — Toutes les vierges sont reines, ou parce quelles sont épouses de Jésus-Chhist, qui est roi, ou parce que, s'étant privées des plaisirs du corps qui rendent les hommes esclaves, elles ne sont pas des captives, mais des souveraines. Elles sont belles, parce qu'elles sont pures ; leur beauté qui réside plutôt en leur âme qu'en leur corps n'est point sujette au changement; les années, qui ravagent celle des autres, épargnent la leur, qui, croissant avec l'âge, les rend plus agréables à leur Epoux. Quel plus glorieux avantage leur peut-elle procurer que de les faire aimer de leur roi, de les faire approuver de leur juge, de les consacrer à leur Dieu, de les faire ses épouses, et de les conserver toujours vierges, afin que son amour n'ait point de fin, et que leur pudeur ne reçoive point de dommage ? Ajoutez à tout ceci, pour comble d'honneur, que la véritable virginité méprise les ornements, et n'en reconnaît point d'autres que ceux des vertus ; qu'elle aime l'abstinence et la prière, et que, passant les jours dans le jeûne et les nuits dans l'oraison, elle se défend des péchés dont elle ignore les causes : Cibus parcimonies, potus abstinent up \ docet citia nescire qui causas docet nescire vitiorum. Enfin, leur cœur n'est point partagé, elles ne se divisent point entre leur mari et leurs enfants, et Jésus-Christ leur tenant lieu de toutes choses, est l'unique objet de leur amour. Ste N., ravie de ces avantages, avait consacré sa pureté au Fils de Dieu ; elle imitait la vie des anges sur la terre ; elle accompagnait l'Agneau en tous lieux par ses pensées et par ses désirs. Elle régnait, quoiqu'elle fût captive dans la maison de son père ; elle charmait son époux pas sa pureté, et, sa

beauté croissant avec sa vertu, elle avançait à tout moment dans son amour. Les veilles interrompaient souventson repos, pour avoir plus de loisir de parler à son amant ; les jeûnes étaient la nourriture de son àme, et, tenant plus de l'ange que de la fille, elle menait une vie plutôt divine qu'humaine. {Panégyrique de Ste Marguerite du P. Senault).

[Sévérité et étendue delà chasteté]. — La chasteté, quand elle est parfaite, ne permet rien aux jeux; elle est à l'entrée des oreilles; elle veille sur toutes les paroles. Elle règle et elle réforme l'imagination; elle s'alarme des pensées qui naissent involontairement; elle s'effraie des désirs même désavoués. Elle tremble encore après toutes les précautions ; elle ne se croit en sûreté que dans le sein de l'humilité. Elle vit de prières et de saintes lectures ; elle craint le moindre intervalle qui n'est pas rempli par quelque devoir ; elle ne craint pas moins les occupations trop fortes, qui ôtent à la piété le suc et l'onction dont elle a besoin. Elle se défie de la tristesse qui sert de voile au démon pour jeter dans le cœur des traits enflammés, que l'engourdissement où il est néglige trop longtemps. Elle est encore plus en garde contre une vaine joie, qui amollit l'ùme et la rend moins vigilante et moins précautionnée ; elle fuit avec soin les conversations de ceux qui vivent avec moins de prudence et d'attention. Elle met entre elle et le péril la plus grande distance qu'elle peut, et il lui paraît qu'il n'y a presque pas de différence entre la chute et la témérité, parce que c'est la même chose d'être présomptueux et d'être vaincu, l'orgueil étant la première impureté de l'homme et l'autre le châtiment ordinaire. (Anonyme).

[Eviter le moindre soupçon]. — Tertullien remarque que, quand on aime une vertu, on ne veut pas même être soupçonné du vice qui lui est contraire : Rci displicentis etiam opinio reprobatur. Si vous détestez l'impureté autant qu'elle mérite de l'être, non-seulement vous devez fuir tout ce qui peut corrompre votre cœur, mais il faut que votre conduite soit irréprochable, que la calomnie la plus envenimée ne puisse rien avoir à vous reprocher. C'est donc en vain, quand je vous presse de rompre ce commerce dont on parle depuis longtemps, que vous me répondez qu'il n'y en eut jamais de moins suspect et de plus innocent. Je veux bien vous en croire ; mais n'est-il pas vrai que plusieurs sont offensés de ces entretiens, de cette familiarité ? Et ne donnez-vous pas lieu, par-là, de former des soupçons contre vous? En faut-il davantage pour vous obliger à suivre le conseil salutaire que l'on vous donne ? Quiconque aime la pureté ne souffrira jamais qu'on lui reproche même l'apparence du vice contraire à cette vertu. (Lambert).

[Exemple d'aveuglement]. — S. Ambroise rapporte qu'un certain Théotime, homme fort attaché à ses plaisirs, aima mieux perdre les yeux que de

renoncera la volupté. Ce malheureux, dans l'ardeur de son dérèglement, sentit la cécité qui le devait suivre, et il résolut d'être aveugle plutôt que de modérer son penchant brutal. Vale, s'écria-t-il, Vaie amicum lumen ! Agréable lumière du soleil, je ne vous verrai plus, mais je contenterai ma passion. C'est ce que peuvent dire les personnes voluptueuses dès le commencement de leurs désordres, si le repentir ne les garantit du malheur qui les menace. Divines vérités, lumières adorables du Saint- Esprit, rayons salutaires de la grâce, vous ne brillerez plus pour moi, !c Seigneur vous répandra dans mon âme et je ne vous verrai pas. En vain je serai éclairé d'en-haut, je marcherai dans les ténèbres, et mon aveuglement me conduira dans l'abîme, Voilà où vous en êtes réduits, vous qu'une impureté scandaleuse domine depuis tant d'années. Voilà à quoi vous devez vous attendre, vous qui nouez aujourd'hui des liaisons infâmes, que la mort dénouera pour les ensevelir avec vous dans le tombeau. (Le P. La Pesse).

[les effets de la virginité]* — En quoi les anges étaient-ils supérieurs à Elie, à Elisée, à Jean-Baptiste, ces grands modèles de la virginité, si ce n'est que les anges n'ont point de corps ? Ils se ressemblent assez dans tout le reste ; mais ce qui semble ici diminuer la gloire des hommes relève le mérite de leur pureté, qui est d'une difficile garde quand on est aussi faible que nous le sommes. Si ces grands hommes avaient eu des femmes et des enfants, ils n'eussent pu se retirer dans les déserts comme ils firent, ou abandonner leurs maisons et leurs familles ; mais, n'ayant point ces obstacles, ils menaient sur la terre une vie angélique, sans toit, sans lit, sans table, sans se soucier des choses dont les hommes ordinaires ont besoin. Le ciel leur servait de toit, la terre de lit, la solitude de table ; ils trouvaient dans les déserts de quoi ^'empêcher de mourir de faim. Ils ne mettaient pas au rang des choses nécessaires les vignes, les prairies, les moissons ; l'eau leur suffisait pour se désaltérer, et ils vivaient sur la terre dans un corps corruptible, comme s'ils eussent été déjà revêtus de l'immortalité. Toutes les choses du monde leur paraissaient superflues. C'est ce qu'opérait en eux la vie honnête et régulière qui accompagnait leur virginité. On mérite beaucoup en résistant à ses passions et aux cupidités déréglées; mais ce mérite seul ne suffit pas pour sauver les hommes, si leur pureté n'est soutenue par une bonne vie. On peut le prouver par l'exemple de ceux qui font profession de virginité, et qui sont autant éloignés de la perfection d'Elie, d'Elisée et de Jean-Baptiste, que le ciel l'est de la terre. (Opuscules de S. Chrysostôme).

[La virginité de l'esprit]. — La virginité du corps n'est bonne qu'autant qu'elle opère la virginité de l'esprit ; autrement, ce serait réduire la religion à une privation corporelle, à une pratique judaïque. Il n'est utile de dompter la chair que pour rendre l'esprit plus libre et plus fer-

vont dans l'amour de Dieu. Cette virginité du corps n'est qu'une suite de l'incorruptibilité d'une âme vierge, qui ne se souille par aucune affection mondaine. Aimez-vous ce que Dieu n'aime pas, aimez-vous ce qu'il aime d'un autre amour que le sien, vous n'êtes plus vierge. Si vous l'êtes encore de corps, ce n'est rien, vous ne l'êtes plus par l'esprit. Cette fleur si belle est flétrie et foulée aux pieds ; l'indigne créature, le mensonge impur et honteux, enlève l'amour que l'époux voulait seul avoir, et vous irritez sa jalousie, ô épouse infidèle ! votre cœur adultère s'ouvre aux ennemis de Dieu. Revenez, revenez à lui : écoutez ce que dit S. Pierre : Rendez votre âme chaste par l'obéissance à la charité. C'està-dire qu'il n'y a que la loi de l'amour qui rapporte tout à Dieu, par laquelle l'âme puisse être vierge et digne des noces de l'Agneau sacré. (Fénelon, Sermons choisis).

[11 est plus d'une manière de perdre la chasteté] — Ce n'est pas toujours par les plus grands désordres que l'on perd la chasteté et la pureté. Il est des manières de la perdre plus délicates et moins sensibles que ces dérèglements grossiers auxquels plusieurs sont sujets. Et sans parler de ces crimes énormes, qui attirent toujours après eux la colère et la vengeance du Ciel, il ne se rencontre encore que trop d'occasions malheureuses où la pureté du corps est en danger. Ce qui semble bien souvent une simple bagatelle, ce qui même paraît nécessaire dans la vie civile, l'amitié, la conversation, la douce société que l'on entretient lesunsavec les autres, mille autres choses encore, si permises et si pures quand on en fait un bon usage, deviennent criminelles et causent la perte de la pureté aussitôt que l'on s'en sert sans discernement et sans règle. {Discours à l'Académie en 1677).

Quoique l'état des Veuves, considéré en lui-même, ne soit pas si par/"// que celui des Vierges, il ne laisse pas d'avoir son mérite particulier, et d'être très-agréable à Dieu. Aussi est-il approuvé, loué et conseillé tant dans l'ancienne que dans la nouvelle loi. Ce second état avait même cet avantage et cette préférence, dans la loi ancienne, qu'il était honoré comme pouvant avoir part à la naissance du Messie, au lieu que la stérilité des vierges, dont on ne connaissait pas encore le mérite, les faisait regarder sur le pied de personnes inutiles, et en quelque manière réprouvées de Dieu. Il n'en est pas de même dans la nouvelle loi, pour des raisons qu'il n'est pas nécessaire de répéter. Ce qui n'empêche pas que S. Paul ne fasse l'éloge des Veuves, et ne marque les moyens quelles ont de se sanctifier : ce qui est justifié par une infinité d'exemples de veuves généreuses et fidèles, dont l'Eglise célèbre les fêtes, parce que, en s' acquittant des devoirs et des obligations que S. Paul leur prescrit en cet état, elles ne peuvent manquer de s'élever à une haute perfection. Si donc il arrive qu'on soit obligé de faire l'éloge de quelqu'une en particulier dont les œuvres de charité et les autres vertus ne sont pas si connues, on trouvera ici ce qu'on peut dire du commun des veuves, avec la facilité d'en faire V application en particulier.

[La vie qu'ont menée les veuves pour être saintes]. — Nous ne saurions trop admirer ce qu'ont fait les saintes veuves pour être parfaites et se sanctifier dans leur état. S. Paul les appelle vraiment veuves. — 1°. Elles étaient mortes au monde et aux plaisirs charnels, pour vaquer aux plaisirs spirituels et les goûter; surmontant les tentations de la chair, effaçant de leur esprit la mémoire des plaisirs passés, changeant les noces charnelles en des noces spirituelles, l'amour d'un mari en l'amour de Jésus- Christ, leur vrai et unique Epoux. — 2°. Elles avaient une grande confiance en Dieu, tuteur et protecteur des veuves; se persuadant que, dès le jour où Dieu leur ôta leur mari et les fit veuves, il succéda en la place du mari pour les consoler.et les défendre contre ceux qui les affligeraient et les conseiller en leurs besoins. — 3°. Elles s'adonnaient fort à l'amour divin pour être renforcées et consolées de Dieu ; comme la bonne veuve Anne et Judith, Ste Paule, et autres. (Le P. Suffren, Année chrétienne).

[Visiter les veuves et les consoler]. — Les veuves affligées et les pupilles abandonnés sont au nombre de ceux que la charité chétienne commande de visiter : Religio munda et immaculata, dit S. Jacques, est visitare pupillos et viduas in tribulatione eorum. C'est un acte de religion pure et immaculée de visiter les veuves et les pupilles en leur affliction, de les consoler, de les assister de conseil et de secours en leurs nécessités. A cette occasion, 8. Ignace martyr, écrivant aux fidèles de Tarse, nomme les veuves alterna Dei, les autels de Dieu, parce que, comme sur les autels on offre des sacrifices à Dieu, de même le bien que l'on fait aux veuves en les visitant et les secourant, tient rang de sacrifice devant Dieu, c'està-dire que cet office de charité lui est très-agréable.

[Le second mariage]. — Il en est qui se laissent entraîner par l'amour du monde et de la gloire : Elles croient que l'état de veuve les déshonore. Cette fausse imagination les replonge dans les misères d'un second mariage. Les autres s'y laissent aller par leur intempérance, qu'elles tâchent de cacher sous quelques spécieux prétextes. Je ne blâme point les seconds mariages, et je n'ai nulle envie de les décrier, puisque S. Paul les approuve : car, après avoir dit que la femme est liée à la loi du mariage tant que son mari est vivant ; si son mari meurt, il lui est libre de se marier à qui elle voudra, pourvu que ce soit selon le Seigneur ; mais elle sera plus heureuse si elle demeure veuve comme je le lui conseille ; afin qu'on ne

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crût pas que c'était un conseil purement humain, il ajoute : Et je crois que j'ai aussi en moi l'esprit de Dieu : pour montrer que le Saint-Esprit lui avait dicté ces maximes.

Je n'ai nulle envie de chagriner en cela les veuves; on ne peut leur faire un crime d'une chose que Dieu approuve ; mais comme, lorsque nous parlons de l'avantage de la virginité, nous ne prétendons pas déshonorer le mariage, ainsi, lorsque nous louons la viduité, nous ne voulons pas prouver que les secondes noces soient criminelles ; mais nous exhortons les femmes à se contenter d'un premier mariage. S'il est plus expédient de ne se point marier, on ne viole pas la loi en se remariant. La préférence que nous donnons à l'un de ces deux états ne prouve nullement que l'autre soit blâmable ou honteux.

Il v a bien de la différence entre se marier une fois, et se remarier : celle qui se contente de son premier époux fait assez voir par sa conduite que, si elle eût bien connu ce que c'est que le marige, jamais elle n'y aurait pensé; mais celle qui fait entrer un second mari dans son lit témoigne qu'elle aime le monde et les choses humaines. La première, pendant que son époux est vivant, ne pense point aux autres hommes : on ne peut en dire autant à l'avantage de la seconde, quoiqu'elle ne consente à aucune lâcheté : mais venons au point, sans tirer des conséquences contre sa vie passée par la démarche qu'elle fait.

La virginité est plus excellente que le mariage : aussi est-il plus glorieux de ne se marier qu'une fois que de se remarier. Les veuves se sont mises d'abord dans un degré inférieur à celui des vierges; mais elles leur deviennent presque égales dans la suite. Le second mariage ne peut prétendre à cet honneur. Une femme qui se condamne sans peine à demeurer veuve fait assez voir qu'elle n'avait pas beaucoup d'empressement pour les libertés du mariage du vivant de son époux ; mais celle qui regarde le veuvage comme un état incommode donne assez à connaître qu'elle s'abandonnerait à plusieurs maris si la destinée le permettait, et qu'elle est résolue de vivre de la sorte jusqu'à sa vieillesse. Comme, en se contentant d'un premier mariage, on fait paraître qu'on aime l'honnêteté et la continence, ainsi, en se mariant plusieurs fois, si Ton n'encourt pas le blâme d'impudicité, on donne du moins une grande marque de faiblesse et de sensualité ; on fait voir un esprit rampant et attaché à la terre . (Opuscules de S. Jean Chrysostôme).

I Même sujet |. — Mais si cette veuve est fort jeune, et si elle n'a pas été longtemps mariée? Tout ce que je viens de dire ne regarde 'que celles qui sont dans un âge peu avancé ; je n'ai point songé aux autres. Si l'envie les prend de se remarier, je n'ai rien à leur dire, et je n'ai pas assez d'éloquence pour leur persuader le contraire, puisque le temps ni leur âge avancé ne peuvent les retenir : les raisons que j'ai apportées s'adressent aux jeunes veuves. Quel mal y aurait-il, dites-vous, si elle se remarie

après avoir été en ménage pendant une année seulement ? Mais si elle a la force de demeurer veuve dans un âge si tendre, elle aura plus de gloire et plus de mérite que si elle avait été trente ans avec son mari : c'est le sentiment de S. Paul : Elle sera plus heureuse si elle demeure veuve, comme je le lui conseille. Si elle a été longtemps mariée, du moins elle n'a eu que lo même époux, et cela est plus pardonnable que d'on avoir deux en si peu de temps. {Le même).

[Réoouipenses proportionnées]. — Il faut se persuader que toutes les veuves ne seront pas également récompensées. Celles qui portent le joug dès leur jeunesse auront une gloire bien plus grande que celles qui demeurent veuves dans un âge avancé. Une jeune veuve a de grands combats à soutenir ; elle passe par dessus toutes sortes de difficultés pour l'amour de Dieu; les personnes âgées n'ont pas besoin de faire de grands efforts, parce qu'elles n'ont point d'ennemis dangereux qui les attaquent. Ainsi, celles qui ont assez de courage pour faire profession de viduité dans un âge florissant ont beaucoup d'avantages sur celles que la vieillesse a usées, et qui n'ont plus de peine à garder la chasteté. Aussi les récompenses seront bien différentes. En faisant réflexion sur la difficulté, il faut penser au prix qu'on attend; c'est le moyen de nous faire trouver aisée la vertu, qui paraît difficile quand on l'envisage seule, et sans considérer la gloire qu'elle procure. {Le même).

| La modestie des veuves] . — Etudiez-vous, autant que vous le pourrez, à faire qu'il ne paraisse rien d'immodeste et de volage dans votre regard, votre marcher, votre geste ; ayez un visage sérieux, doux et affable, la vue retenue, un port modeste, une contenance honnête, qui ressente un esprit sage et bien né. Tâchez d'être telle, en quelque lieu et avec quelques personnes que vous soyez; avec vos supérieurs, à cause du respect que vous leur devez; avec vos égaux, à cause de l'édification et du bon exemple ; même quand vous êtes seule, parce que vous êtes toujours devant Dieu. Une femme sage et bien réglée est toujours modeste partout où eDe se trouve, parce qu'elle n'est pas modeste pour plaire aux hommes (ce qui serait une pure vanité), mais pour plaire à Dieu qui la regarde. Que votre modestie, dit l'Apôtre, soit connue des hommes, ■parce que Dieu est proche. (Gobinet, Instruction de la jeunesse).

[De la chasteté des veuves]. — Les veuves du siècle sont fort différentes de celle de l'Evangile, qui passait sa vie dans le temple, en jeûnes et en oraisons ; elles ressemblent plutôt à celles que blâme S. Paul, qui vivaient dans les délices. On en voit, en effet, une infinité qui ne vivent que dans les galanteries, comme dans l'élément de leur vanité. Si elles pensent que, pour se parer avec tant de riches ornements d'or, de soie, de fard et de parfums, elles suivent l'exemple de Judith, qui fait presque

la même chose dans l'Ecriture, elles sont bien abusées, ou plutôt elles tâchent de s'abuser elles-mêmes. Car ce fut en cette sainte héroïne un effet de sa vertu ; mais en elles c'est un artifice volontaire de leur mollesse. Celle-là ne fut ainsi que trois ou quatre jours, et celles-ci y demeurent toujours. L'une fit effort à la solitude de son veuvage pour vaincre par ce stratagème l'ennemi de sa patrie, et les autres font cette violence au leur pour augmenter le courage aux ennemis de leur pudeur. Ainsi, bien loin d'être du nombre de ces veuves que S. Paul veut qu'on honore, elles ne méritent, et ne s'attirent même souvent, que le mépris de ceux qui sont témoins de leur conduite. (Essais d'éloquence de l'Abbé d'Aubignac).

[A une veuve sur la perte de son mari], — Tout le monde convient que le malheur qui vient de vous arriver, par la permission de Dieu, vous blesse dans une partie bien sensible ; les personnes même les plus vertueuses en tombent d'accord. Mais, comme il n'est nullement à propos de se laisser abattre sous le poids de ses douleurs, ni d'user ses jours par des larmes continuelles, il ne faut rien épargner pour fermer des blessures qui deviennent incurables quand on les néglige, et qui s'aigrissent davantage par les pleurs et par les ennuis. Je vous conseille de ne point trouver mauvais qu'on tâche de vous consoler, et de vous suspendre pour quelque temps le cours de vos larmes. Je n'ai osé l'entreprendre dans le temps que votre douleur était encore trop vive et trop violente; j'ai attendu qu elle se fût un peu affaiblie par les pleurs que vous avez répandus. Mais, comme vous commencez à ouvrir les yeux et à écouter ce qu'on veut vous dire, je joindrai mes discours à ceux que les femmes qui vous servent ont déjà pu vous faire.

Les femmes sont plus capables des impressions de la douleur , mais surtout quand elles sont jeunes et qu'une mort imprévue enlève leurs maris, quand elles n'ont aucun usage des affaires, qu'elles se trouvent tout d'un coup accablées d'une foule de soins, après avoir passé leurs premières années dans les plaisirs et dans la joie dont leurs grandes richesses étaient d'inépuisables sources. Les malheurs qui leur arrivent avec toutes ces circonstances paraissent bien plus insupportables ; si la grâce ne les soutient, il est fort à craindre que leur raison ne se confonde. C'est de-làqueje tire cette conséquence infaillible, que Dieu vous protège visiblement. Vous ne vous êtes point abandonnée à votre désespoir pour la foule des maux auxquels vous vous êtes vue exposée ; votre esprit n'a rien perdu de sa tranquillité. Les hommes n'ont pu vous procurer ce calme ; c'est le Père des miséricordes, dont la sagesse est infinie, et qui .est la source de toute consolation. // nous a châtiés, et il nous guérira; il nous frappera, et fermera nos blessures (Osée, vi, 2). Tandis que votre époux vivait, vous participiez à sa gloire, vous sentiez les effets de ses soins et de sa sage administration ; mais, depuis que Dieu vous en a

privée, il s'est mis à sa place, il prend sous sa protection la veuve et l'orphelin (Ps. 145); il en a un soin tout particulier. (S. Chrysostôme).

[Doctrine de S. Paul sur les veuves!. — S. Paul voulait que celle qui serait choisie pour être mise au rang des veuves nJeût pas moins de soixante ans. L'âge ne suffit pas pour mériter cet honneur, car l'Apôtre ajoute : Qu'on puisse rendre témoignage de ses bonnes œuvres : si elle a bien élevé ses enfants, si elle a exercé l'hospitalité, si elle a lavé les pieds des saints, si elle a secouru les affligés, si elle s'est appliquée à toutes sortes d'actions pieuses. C'est le moyen de les connaître et de les éprouver ; il veut que les veuves aient toutes les vertus, pour montrer l'estime qu'il en faisait. Il a dit encore, y admettez point en ce nombre déjeunes veuves. Il en donne la raison : La mollesse de leur vie les porte à secouer le joug de Jésus-Christ; elles veu. lent se remarier. S. Paul donne à entendre, par ces paroles, que les femmes, après la mort de leurs époux, deviennent les épouses de Jésus- Christ; mais cette alliance est douce et n'a rien de gênant, parce qu'elles ont toujours la liberté de se remarier.

On voit par plusieurs endroits des Epîtres de S. Paul, l'estime qu'il faisait des veuves, et les soins qu'il prenait d'elles. Pour celle, dit-il, qui vit dans les délices, elle est morte quoiqu'elle paraisse vivante : mais la veuve qui est vrai. neuf veuve et abandonnée n'espère qu'en Dieu, et persévère jour et nuit dons les prières et les oraisons. Dans l'Epître aux Corinthiens : Elle sera filas heureuse si elle demeure veuve, comme je le lui conseille. Voilà de belles louanges de la viduité. Ces maximes se puisent dans la nouvelle loi, laquelle fait tant d'état de la virginité, et qui n'efface pas la gloire du veuvage ; il a son prix comme elle. Ne vous persuadez donc pas que cet état soit déshonorant, non plus que celui des vierges : à Dieu ne plaise que nous ayons des pensées si fausses! {Le même).

[Exempie de S. Etienne]. — C'est pour vous convaincre des devoirs et des égards que vous devez avoir pour les veuves que je vous propose aujourd'hui l'exemple de S. Etienne, Non-seulement ce grand saint, en vertu de la commission qu'il avait reçue, était chargé du trésor de l'Eglise, mais il avait la conduite des veuves, qui vivaient séparées du monde et dévouées au culte divin. C'était à lui de les instruire, de les diriger, de les consoler, et par conséquent de traiter souvent avec elles, de les voir, de les écouter. Or, c'est ici que Dieu mit encore à l'épreuve toute sa probité; c'est ici que parut avec éclat l'intégrité de ses mœurs, et que le témoignage public lui fut également avantageux et nécessaire. Car ne vous persuadez pas que la charité, ni même que la sainteté des premiers chrétiens le dût garantir de la censure s'il y eût donné quelque lieu. Au contraire, plus le christianisme était saint, plus devait-on être disposé à condamner sévèrement jusqu'aux moindres apparences. Or, quoique l'engagement où se trouve S. Etienne, de conserver avec un sexe si faible

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lui-même et si capable d'affaiblir les plus forts, soit une de ces fonctions qui, dans tous les temps, ont donné plus de prise à la médisance, par un effet tout opposé c'est ce qui augmente l'opinion et la haute estime qu'on a conçue de sa personne. Sa réputation est si bien établie, que la plus rigide censure est forcée sur ce point de la respecter. Etienne, à la fleur de son âge et dans l'exercice de son ministère, converse avec des femmes, dirai-je sans scandale? c'est peu, si vous le voulez; dirai-je sans reproche ? c'est beaucoup ; dirai-je sans soupçon ? c'est encore plus. Mais ce n'est point assez : car il le fait avec honneur, il le fait avec fruit, il le fait avec une édification qui se communique à toute l'Eglise. Voilà ce qui approche du miracle. Malgré les sages précautions dont S. Jérôme usa dans la direction de ces illustres Romaines qu'il avait gagnées à Dieu, de quelles couleurs, ^quoique fausses, n'entreprit-on pas de le noircir? De quelles apologies n'eut-il pas besoin pour justifier son zèle quoique saint, et ses intentions quoique pures? Quelles plaintes n'en faisait-il pas, et comment lui-mêmes'enest-il expliqué en plusieurs endroits! (P. Bourdaloue).

[Défauts que doit éviter une veuve!. — Qu'une femme veuve se persuade qu'elle pourra se donner impunément toutes sortes de libertés, sans que l'on pense à elle ni qu'on parle d'elle ; qu'il lui sera parmis d'entretenir tels commerces qu'il lui plaira, sans qu'on en tire des conséquences au préjudice de son honneur ; qu'elle aura droit d'avoir dans le monde des liaisons dangereuses et suspectes, sans qu'on ait droit de s'en scandaliser, et que, quoi qu'elle fasse, on sera obligé à ne rien croire, à ne rien soupçonner, âne rien voir, ou plutôt qu'on sera obligé à s'aveugler soi-même pour la supposer régulière et sage : n'est-ce pas une prétention aussi chimérique qu'injuste? Cependant c'est la prétention de tant de femmes mondaines. On veut avoir tout le crédit de la bonne vie, et toute la réputation de la vertu, sans qu'il en coûte de se contraindre, ni de s'assujettir à aucune règle. Disons mieux : on veut avoir tout le crédit de la vertu et de la bonne vie avec toute l'indépendance du libertinage et du vice. Ainsi verrez-vous des femmes engagées dans les sociétés que la charité, même la plus indulgente, ne peut excuser ni favorablement interpréter, se piquer néanmoins d'être exemptes de reproche, vouloir qu'on les estime telles, trouver mauvais qu'on n'en convienne pas, prendre à partie ceux qui en doutent, et qui se mal édifient de leurs actions : et cela sous prétexte de l'obligation que Dieu nous impose de ne point juger. Obligation sur laquelle elles sont éloquentes parce qu'elles y sont intéressées, sans considérer que, si ce principe avait toute l'étendue qu'elles lui donnent, les plus honteux désordres régneraient tranquillement dans le monde, puisqu'il ne serait plus permis d'en condamner les apparences, qui néanmoins en font tout le scandale, et que les apparences ainsi autorisées. en fomenteraient les plus pernicieux effets. {Le même).

[Ste MoniqucJ. — C'est sur l'exemple de Ste Monique que vous devez envisager le soin de vos enfants comme votre premier devoir, priant souvent pour eux, les offrant à Dieu, prenant en patience les chagrins qu'ils vous donnent, et ne désespérant jamais de les ramener de leurs égarements et de les faire rentrer dans les voies du salut. Toutes les autres bonnes œuvres auxquelles vous vous appliquez doivent être en vue de celle-ci: persuadées, comme vous le devez être, que toutes les autres que vous exercez, visites des pauvres, assistance des malades dans les hôpitaux, assemblées de charité, secours spirituels et temporels que vous procurez aux plus misérables et aux plus abandonnés ; que toutes ces actions, dis-je, sont souvent des œuvres de subrogation, mais que votre devoir essentiel est de vaquer à l'éducation de vos enfants. C'est-à-dire, que votre charité ne doit s'étendre sur les autres qu'après que vous aurez rempli cette importate obligation. C'est par-là que le grand Apôtre juge de la vertu et de la sainteté d'une veuve, et par-là qu'il commence les informations de sa vie et de ses mœurs, si filios educavit. Si les vertus qu'on pratique en s'acquittant d'un devoir si juste n'ont pas tant d'éclat, elles sont, en récompense, plus solides, plus dans l'ordre de votre état; Dieu les attend plus particulièrement de vous.

Monique, après la mort de Patrice son époux, pouvait bien dire à Dieu ces paroles du prophète ; Dirupisti vinculamea : vous avez, mon Dieu, rompu mes liens, et rien ne peut maintenant m'empêcher d'être toute à vous, sans partage et sans division. Elle s'y consacra en effet plus parfaitement, quoiqu'elle eût toujours été à lui dès ses plus tendres années. Augustin son fils fut comme le lien et le nœud qui l'y attacha plus étroitement. Je veux dire qu'il lui fut une occasion de s'y tenir inviolablement unie, par des prières plus assidues et plus ferventes, par des jeûnes plus rigoureux, par des aumônes plus abondantes, afin d'obtenir la conversion de ce fils, qui, de son côté, se voyant plus en liberté et devenu maître de sa conduite par la mort d'un père lequel, s'étant converti lui-même et fait chrétien, n'eût pas manqué de réprimer ses désordres, se voyant, dis-je, en pleine liberté, ne pensa plus qu'à se divertir: en sorte que, se mettant peu en peine des avertissements de samère, et devenant de jour en jour plus déréglé, il tomba du vice dans l'hérésie, et du libertinage des mœurs dans un libertinage de croyance ; jusque-là qu'il donna dans les erreurs extravagantes des manichéens, qui reconnaissaient deux premiers principes opposés l'un à l'autre, et deux divinités, dont l'une voulait le bien et l'autre voulait le mal. (Houdry).

[Ine sainte veuve dans un monastère]. — Comme la Providence n'avait point engagé cette sainte dans les intrigues de la cour, on peut lui appliquer avec justice ce que l'Ecriture dit d'une sainte veuve comme elle : Erat hœc in omnibus famosissima, quoniàrn tirnebat Dominum valdè, nec erat qui laquer etur de Ma verbum malum (Judith, yiii): sa réputation était extraordi-

naire, parce qu'elle craignait le Seigneur, et personne ne disait de mal d'elle. Elle était véritablement plus recommandable encore par ses vertus que par sa naissance. Apres la mort do son mari, elle s'était retirée dans un monastère, à dessein d'y finir ses jours dans une entière séparation des créatures, pour ne s'occuper que du Créateur, et il y avait déjà plusieurs années qu'elle jouissait des douceurs de sa solitude. Tout le monde admira les trésors de grâce que FEsprit-Saint avait renfermés dans l'âme de cette humble dame ; mais, plus il pénétra dans son intérieur, moins il approuva le goût qu'elle avait pour la solitude. Elle commença à exercer les fonctions de la charge qu'on lui avait imposée, avec d'autant plus d*autorité et de succès que les religieuses qui avaient fait paraître plus d'opposition à la réforme, la regardant comme leur abbesse future, se rendirent plus dociles et se réunirent, par raison, à celles de leurs sœurs qui avaient plus de piété. Les bénédictions que le Ciel donna à son zèle ne lui firent pas néanmoins abandonner son premier dessein- Elle profita de l'absence de son directeur pour écrire les maximes et les règles que les saintes filles qui étaient sous sa conduite devaient observer- Dieu prépara insensiblement les voies à l'accomplissement d'une oeuvre qu'il ne laissait pas même encore entrevoir à ceux qui, dans les vues de sa providence, en devaient être les principaux instruments. Elle ne fut pas plus tôt dans ce cloître que, sur le bruit de la réforme entière qu'elle voulait introduire, on y vit accourir des religieuses de toutes les maisons. Leur ferveur alla si loin, que la plupart déclarèrent qu'elles se sentaient assez de courage pour suivre la règle que cette sainte dame leur prescrivait dans toute sa rigueur. (Anonyme).

[Les saiutes veuves dans l'Eglise]. — Nous apprenons, dans les actes des apôtres et parles témoignages que l'histoire ecclésiastique nous en donne, qu'il y a eu de tout temps dans l'Eglise des * femmes vertueuses et de saintes veuves, qui, aussi considérables par leur naissance que par leurs vertus, se sont entièrement dévouées aux exercices de la charité chrétienne. C'était souvent par leur ministère que la Providence fournissait aux nécessités pressantes des fidèles qui, forcés de chercher dans Jes cavernes un asile contre la fureur des persécutions, y auraient trouvé, sans leurs secours, une fin plus cruelle que tous ces supplices qu'ils s'efforçaient d'éviter. C'étaient leurs libéralités qui adoucissaient les amertumes de ces longs bannissements par lesquels on essayait de lasser la constance de ceux que des tourments passagers ne pouvaient intimider; il n'y avait point de climats si inaccessibles et si écartés où leur charité, aussi ingénieuse que prodigue, ne trouvât des issues pour s'y répandre. C'est à leurs soins religieux que l'Eglise est redevable des reliques précieuses de tant de martyrs, dont elles allaient recueillir les membres déchirés et sanglants, à la faveur des ténèbres ; et ces ossements sacrés, qui sont aujourd'hui l'objet de la vénération des peuples, n'auraient été,

sans elles, qu'un spectacle d'opprobre pour ceux dans l'esprit desquels la croix de Jésus-Christ passait pour une folie (Essais de Panégyriques).

[Portrait d'une sainte veuve et ses qualités]. — Une sainte veuve est vêtue selon sa condition, mais sans luxe, sans immodestie. Elle est revêtue de force et ornée de sa vertu. Elle préfère la crainte du Seigneur à la beauté, et c'est par sa piété qu'elle se rend digne des louanges qui lui sont données. Que les femmes de notre siècle écoutent S. Pierre, qui leur dit : « Ne mettez point votre ornement à vous parer au-dehors par la frisure des cheveux, par les enrichissements d'or et par la beauté des habits; mais à parer l'homme intérieur et caché, c'est-à-dire le fond du cœur, par la pureté d'un esprit paisible et modeste : ce qui est un riche et magnifique ornementaux yeux de Dieu. » Qu'avant d'entrer dans l'Eglise, où elles apportent si souvent toute leur immodestie et toute leur vanité, elles lisent ces paroles : « Je veux que les femmes prient étant vêtues comme l'honnêteté le demande ; parées de modestie et de chasteté, et non avec des cheveux frisés, ni des ornements d'or, ni des perles, ni des habits somptueux; mais comme le doivent être des femmes qui font profession de piété, et qui le témoignent par les bonnes œuvres. » (Année chrétienne).

[Ste Monique], — Nous ne pouvons nous lasser d'admirer ce que S. Augustin dit de la sainteté de sa mère et de son admirable conduite dans tout le reste de sa vie. — Elle était, dit-il, ô mon Dieu ! la servante de vos serviteurs, ettous ceux d'entre eux qui la connaissaient vous louaient, vous honoraient et vous aimaient beaucoup en elle, parce que la sainteté de sa vie leur faisait assez connaître que vous étiez présent dans son cœur. Elle n'avait eu qu'un mari. Elle avait rendu à son père et à sa mère tous les devoirs d'une piété réciproque; elle avait gouverné sa famille avec une grande bonté ; elle avait donné par ses bonnes œuvres des témoignages d'une ivertu exemplaire; elle avait élevé ses enfants avec grand soin, les enfantant de nouveau autant de fois qu'elle les voyait s'éloigner de vous. — Voilà un excellent modèle de ce que l'Apôtre désire des plus saintes veuves, et tout ensemble un grand reproche pour celles qui vivent dans les délices, et qui négligent également leur salut et celui de leurs enfants. Eh? que n'a pas fait Ste N. pour obtenir de Dieu la conversion de ses enfants? Cette veuve, chaste, sobre et dévote, telle que vous les aimez, Seigneur, ne cessa point de gémir pour eux devant vous, s' animant de telle sorte par la vive espérance de vos promesses, que, bien loin d'en devenir plus négligente, elle ne donna jamais ni relâche à ses soupirs, ni trêve à ses larmes, ni de fin à ses vœux et à ses prières, jusqu'à ce que vous lui en accordâtes l'effet. Alors, voyant tous ses désirs accomplis, et n'ayant plus rien à souhaiter sur la terre, elle ne soupirait plus qu'après le ciel; et, comme

on lui demandait si elle n'appréhendait point de mourir en un lieu si éloigné de son pays : Onn est jamais loin de Dieu, disait-elle, en quelque lieu du monde qu'on puisse être, et il ne faut pas appréhender qu'au jour du jugement il soit en peine de trouver le moyen de me ressusciter : Nihil longé est à Deo, neque timendum est ne ille non agnoscat,in fine sœculi, undè me ressuscitet . Quand serez-vous ainsi détachée du monde et unie à votre souverain hien? (Vie de Jésus dans ses saints, par le P. Nouet).

[Aune la prophétesse ] . — Qu'il est beau do comparer ce que l'Evangile nous dit de la sainte veuve Anne avec l'instruction que S. Paul fait aux veuves chrétiennes, dans son Epitre àTimothée ! On voit, dans S. Paul, le précepte et l'instruction : on voit, dans la conduite d'Anne, l'accomplissement du précepte. Dieu a permis, pour fortifier l'instruction de son apôtre, que cette sainte veuve s'y soumît et l'animât par son exemple longtemps avant que l'Apôtre eût publié une si sainte loi. L'Apôtre dit : Que la veuve qui est vraiment veuve persévère jour et nuit dans les prières et oraisons : l'Evangile dit qu'Anne demeurait sans cesse dans le temple, et qu'elle priait jour et nuit. L'Apôtre dit que la veuve qui vit dans les délices est morte, quoiqu'elle paraisse vivante : Anne était bien éloignée de vivre dans les délices, puisqu'elle jeûnait sans cesse ; elle était morte aux yeux des hommes, à qui elle cachait ses vertus ; elle vivait devant Dieu, qui ne perdait point de vue une âme si sainte et si pleine de bonnes œuvres. Qu'il est rare de trouver de ces veuves dont parle S. Paul, qui, vraiment veuves et désolées, après avoir perdu ce qu'il leur était permis d'aimer, forment une sainte résolution de ne plus s'attacher qu'à l'époux qui ne peut jamais leur être enlevé ! Qu'il est rare de trouver ces veuves qui, suivant les enseignements de S. Paul, mettent leur espérance en Dieu seul, et passent les jours et les nuits dans la prière ! La viduité est maintenant regardée comme un état désirable, où, libre de tout joug, on n'a plus à contenter que soi-même. Les assemblées de jeu, les parties de plaisir, les conversations enjouées, se font maintenant chez ces veuves mondaines, qui ne respirent que le divertissement et la joie. Elles attirent le monde par des complaisances qui ne sont plus contredites ; la contrainte dans laquelle elles ont vécu leur fait sentir plus vivement la douceur delà liberté. La propreté, l'enjouement, la bonne chère, la délicatesse, rien n'est oublié de ce qui peut engager les mondains et tous ceux que le plaisir entraîne. Bien loin de gémir dans un état qui, selon S. Paul, est un état de désolation, elles commencent à vivre, à respirer, à compter leurs jours ; jamais le goût pour le plaisir n'a été plus vif que depuis qu'elles sont dans cet état, selon elles le plus fortuné de la vie. Qu'elles ouvrent les yeux, ces veuves que le plaisir enchante, qu'elles entendent, s'il se peut, la sentence terrible de S. Paul : elle sera suffisante pour les faire rentrer en elles-mêmes, si elles ne sont pas entièrement endurcies. La veuve qui passe sa vie dans les plaisirs (S. Paul ne dit

pas qui passe sa vie dans les crimes) ; la veuve qui passe su vie dans les plaisirs est morte, quoiqu'elle paraisse vivante. Elle est morte, parce qu'elle sort de son état, qui est un état de pleurs et de désolation, aussitôt qu'elle s'abandonne aux joies du monde [Armée évangelique, de Lambert).

[La veuve de Naîm]. — Le Seigneur est ému à la vue d'une veuve désolée. Il n'en fallait pas tant pour ébranler le cœur le plus sensible.. le plus tendre, le plus compatissant qui ait jamais été. C'est une veuve qui perd son fils unique, lequel était à la fleur de son âge. Perdre un fils tendrement aimé, perdre un fils unique c'est-à-dire son unique soutien ; le perdre pendant que l'on est dans un état qui de luimême est fâcheux et mêlé de beaucoup d'amertumes ; perdre un fils dans un temps que l'on compte sur ses années, et que l'on ne croit pas que la mort puisse attaquer une jeunesse florissante et robuste : toutes circonstances qui percent le cœur de douleur, et qui accablent une mère affligée. Le Seigneur, rayant vue, en fut touché de compassion. Comment ne l'aurait-il pas été puisqu'en tant d'occasions des objets moins touchants ont attiré sa compassion ? Aussi Jésus-Christ n'attend pas que cette veuve le prie ; son état parle assez pour elle ; son silence en dit plus que ne pourraient faire ses paroles. Elle est affligée, elle est dans l'accablement, elle est abandonnée du seul secours qui lui restait : être réduit dans ce misérable état, c'est parler, de la manière du monde la plus éloquente, à celui qui est venu en ce monde pour consoler les affligés et secourir les misérables. — Il ne faut pas aller plus loin, dans l'histoire de l'Evangile, pour être instruit de plusieurs vérités importantes, pour apprendre les secrets ressorts qui font agir le maître de l'univers dans la conversion du pécheur. La veuve de notre Evangile est la figure de l'Eglise. Son état de désolation représente l'extrême tristesse que ressent l'Eglise notre mère, lorsque le démon lui enlève ses enfants en leur faisant perdre la vie de la grâce. Le Sauveur du monde ressuscite le fils de la veuve, parce qu'il est touché de sa tristesse et de ses larmes. C'est ce qui nous fait voir combien les gémissements de l'Eglise ont de force pour exciter la miséricorde de Dieu et pour obtenir la conversion du pécheur (Le même).

AVERTISSEMENT

Après avoir traité de différents états et caractères de sainteté de ceux que l'Eglise a jugés dignes d'être mis au nombre des bienheureux, et après avoir fait voir le pouvoir quelle a reçu de Dieu d'obliger les fidèles à les reconnaître en cette qualité, après le procès juridique de leur canonisation, je ne puis, ce semble, finir phis à propos cette matière que par exhorter* chacun à les imiter, et à prendre pour modèles ceux qui auront quelque rapport à l'état et à la condition oh la Providence l'a placé. Pour cela, j'ai tâché d'en proposer les moyens, et de montrer en quoi consiste la véritable sainteté, en faisant voir que l'exemple des saints qui ont vécu dans les mêmes emplois et la même condition que nous enlève tous les obstacles, et que ceux qui nous ont précédés dans les mêmes occasions et circonstances nous en ont, pour ainsi dire, frayé le chemin. C'est pourquoi tous les pjrétextes, excuses et empêchements prétendus sont sans fondement, une pure illusion de l'amourpropre, puisque tant d'autres se sont sanctifiés dans les mêmes emplois et les mêmes conditions que nous.

I Prodigieuse diversité de saints qui composent le royaume du ciel]. — Pour comprendre la prodigieuse diversité de saints qui composent le royaume du ciel, souvenez-vous seulement qu'il y des patriarches, qui ont commencé l'Eglise dans les premiers siècles du monde ; des prophètes, qui, par un prodige étrange, ont fait ses annales plusieurs siècles avant sa naissance, des apôtres, qui ont jeté ses fondements par leur prédication ; des martyrs, qui l'ont arrosée de leur sang, et qui l'ont rendue féconde par leurs plaies, que l'on peut appeler d'un mot hardi, mais véritable, la matrice des fidèles : Vulnera martyrum matrices fidelium ; des docteurs, qui l'ont défendue par leurs écrits, éclairée par leurs lumières, étendue par leurs travaux ; des confesseurs qui l'ont enrichie de leurs vertus; des anachorètes, qui l'ont portée dans les déserts; des religieux, qui l'ont séparée du monde en la renfermant dans leurs cloîtres ; des vierges, qui l'ont multipliée par leur pureté ; des veuves, qui l'ont fait fleurir dans leurs familles, et toutes ces autres conditions qui l'ont ornée, et que nous ne pouvons exprimer faute de noms. (Panégyrique de tous les saints, du P. Senault).

[Accord et subordination parmi les saints dans le ciel]. — Cependant, Messieurs, parmi cette admirable variété qui donne de l'étonnement à ceux qui se l'imaginent, il n'y a point de confusion ni de jalousie. Chacun y trouve son rang proportionné à son mérite ; chacun y porte la couronne qui marque son travail et sa récompense ; chacun y est honoré selon ses services : Un digmtas sanctitas. Dans la cour des princes, le bonheur l'emporte le plus souvent sur la vertu; les rois suivent leurs inclinations et ne regardent pas tant les personnes qui leur sont les plus utiles que celles qui leur sont les plus agréables ; et, comme ils ne lisent pas dans les cœurs, ils ne reconnaissent pas toujours ceux qui les aiment le plus, mais ceux qui le leur persuadent le mieux ; et, comme ils ne distribuent pas les faveurs selon le mérite, il y a de l'injustice de leur part, et de la jalousie du côté de leurs sujets. Mais, dans le royaume de Jésus-Christ, c'est sa volonté, la justice même, qui ordonne les récompenses, qui règle les rangs, qui distribue les couronnes, et qui départira les faveurs à ceux-là même à qui elle a départi les mérites. Car, selon les maximes de la théologie, c'est la grâce qui fait le mérite, c'est le mérite qui règle la gloire, et c'est la gloire qui récompense le mérite : Gratia fons rneriti, meritum semen gloriœ, et gloria merces meriti, dit S. Thomas. Ainsi, la variété se rencontre sans confusion et sans murmure dans le ciel, et

chaque bienheureux, étant traité selon ses mérites, ne peut former de plaintes ni concevoir de jalousie; mais, bien éloignés d'avoir de si lâches sentiments, ils se réjouissent du bonheur des autres, et, par une merveille qui ne se comprend guère en ce monde, la divine essence se donne toute à tous, et, faisant leur différence, fait en même temps leur repos et leur bonheur (Senault).

[Tout est pour uous au Ciel]. — Est-il possible, Messieurs, que tant d'avantages qui se trouvent dans la gloire ne vous en fassent point naître le désir ? Est-il possible qu'une chose si excellente et si précieuse ne vous donne point d'amour pour elle? Vous vous plaignez que la vérité succombe, ici-bas, sous les artifices du mensonge, que sa beauté n'est pas connue, que ses amants l'abandonnent, et qu'une si divine maîtresse ne peut arrêter l'inconstance de ses serviteurs : que n'aspirez-vous donc au ciel, où la vérité est victorieuse, où elle triomphe du mensonge, où elle découvre tous ses charmes, où elle délivre ses sujets de la violence et de l'injustice : Ubi Victoria veritas? Vos intérêts sont mêlés avec les siens; on ne lui peut faire d'outrage qu'on ne vous en fasse aussi ; et, si vous avez de l'amour pour elle, vous devez souhaiter qu'elle règne, afin que vous régniez avec elle. Allez donc, de la pensée et du désir, dans le ciel, où elle se venge de ses ennemis, où elle récompense ses amis, et où elle est elle-même leur victoire et leur triomphe : Ubi Victoria veritas.

Vous déclamez ici-bas contre l'injustice des hommes, qui ne reconnaissent pas le mérite ni la vertu, qui donnent les charges à la faveur ou à la naissance, et qui laissent les savants et les justes sans honneur et sans profit : que ne soupirez-vous donc après la gloire des bienheureux, où les récompenses sont proportionnées aux travaux, où les couronnes répondent aux bonnes œuvres, et où les plus saints sont toujours les plus honorés : Ubi dignitas sanctitas? Les rois, dont la plus belle vertu est la libéralité, sont souvent trompés par les apparences ; comme ils ne connaissent pas les pensées de leurs sujets, ils n'en connaissent pas les mérites, et souvent ils récompensent le vice en pensant récompenser la vertu. Mais le Dieu que nous adorons est éclairé ; il lit dans le cœur de ceux qui le servent ; il connaît les actions dont la grâce est le principe, et, voyant tous les mouvements de leurs volontés, il ne laisse point de péché sans punition, ni de vertu sans reconnaissance : Ubi dignitas sanctitas. La récompense anime les hommes, et les plus généreux courages cherchent dans leurs bonnes œuvres ou la gloire ou le profit : que ne courez-vous donc au ciel, où ce juge équitable traite chacun selon son mérite, et où, n'ayant égard ni à la naissance ni à la faveur, il ne considère que la justice et la sainteté : Ubi dignitas sanctitas ?

Vous soupirez ici-bas sous la dureté de votre condition ; vous vous plaignez qu'il faut avoir toujours l'épée à la main pour combattre, que

3us êtes environnés d'ennemis, que vous en portez même dans votre ropre personne :Et inimiei hominis domestici ejus; que vous êtes le théâ- ■e de cette guerre intestine où votre chair est aux prises avec votre âme, a vous êtes le soutenant et l'attaquant, le vainqueur et le vaincu, où ous ne pouvez vous réjouir de votre victoire que vous ne vous affligiez a même temps de votre perte : quittez donc ce misérable séjour, où la ie est une tentation et un combat, et soupirez après cette agréable deleure où la paix fait la félicité de ses habitants, et où les saints sont ictorieux et triomphants : Ubipax félicitas. Vous vous plaignez, ici-bas, a'une partie de vous-même est animée contre l'autre, et que, quelque nnque vous preniez de les accorder ensemble, ils ont toujours des difirends : que n'allez-vous, de pensée et de désir, en cette céleste patrie à vous serez d'accord avec vous-même ; où, n'ayant plus rien, ni dans jus, ni hors de vous, qui vous trouble, vous jouirez de la félicité dans !S délices de la paix? Ubipax félicitas. {Le même.)

[La perfectiou ne consiste pas à faire de grandes choses.] — Notre perfection, selon ieu, ne consiste point à faire beaucoup de choses : ce fut l'erreur de [arthe, que Jésus-Christ condamna. Ce n'est point non plus à faire de randes choses : il y a des saints très-grands devant Dieu qui n'ont rien Lit de grand pour Dieu ; des saints dont la vie a été obscure et cachée, ont les actions n'ont rien eu de brillant et d'éclatant, dont le monde n'a oint parlé. Ils étaient grands par leur sainteté; mais toute leur sainteté ;ait renfermée en de petites choses; et Dieu, dans la fidélité avec lajelle ils pratiquaient ces petites choses, leur faisait trouver des trésors dinis de grâces. Ils étaient grands par leur humilité ; et leur humilité is portait toujours à choisir les derniers emplois, laissant aux autres les •nctions où il y avait plus à paraître, et ne se jugeant pas capables d'y ;re appliqués. Enfin, notre perfection ne demande point que nous fassions 3s choses extraordinaires et singulières : dès-là qu'elles sont singulières ; extraordinaires, elles -sont rares, et les occasions n'en sont pas fréaentes. Cependant notre perfection doit être en ce qui nous est plus abituel, en ce qui nous occupe plus souvent, en ce que nous avons connuellement dans les mains, en ce qui remplit les journées et les années 3 notre vie.

Il s'ensuit que c'est de nos actions les plus ordinaires que dépend la îrfection où Dieu nous appelle : car ce sont là les actions propres de )tre profession, et de notre état, et par conséquent ce sont celles que Dieu î ut spécialement de nous, puisqu'il ne nous a attirés, par sa grâce, dans ît état et cette profession, que pour y vivre et pour y agir selon l'ordre îi y est établi. Or, il est certain d'ailleurs que ce' qui fait notre sanctieation, c'est la volonté de Dieu, que c'est cette volonté de Dieu qui onne le prix atout ce que nous faisons, que sans cette volonté de Dieu os plus grandes actions ne sont rien, et qu'avec cette volonté de Dieu t. xvn. 33

nos moindres actions ont un mérite très-relevé. Je dois donc conclure que je ne serai parfait devant Dieu que par l'accomplissement de mes devoirs les plus communs. Qu'a fait Jésus-Christ pendant trente ans? Rien de remarquable dans l'estime du monde, et rien même que de vil aux yeux des hommes ; mais, parce qu'il faisait la volonté de son Père, parce quen toutes choses, ainsi qu'il le disait lui-même, il agissait selon le gré de son Père (Joan. vu), ces actions viles aux yeux des hommes étaient l'objet des complaisances de Dieu.

Quel fonds de consolation pour nous? Il n'est point nécessaire de chercher bien loin notre perfection : elle est auprès de nous et dans nous. Je trouverai la mienne dans mes obligations et dans mes exercices de chaque jour. Une perfection hors de ces exercices, et qui n'irait pas à m' acquitter de ces obligations, serait pour moi une perfection mal entendue et mal réglée, que Dieu ne reconnaîtrait point, que le monde même réprouverait, qui pourrait m'inspirer de l'orgueil, et qui m'exposerait à mille défauts : au lieu que cette perfection d'une vie commune est approuvée de Dieu et des hommes. Elle édifie, elle n'enfle point, ni n'est point sujette à la vanité; on la croit aisée, et elle l'est dans la spéculation, mais, pour en soutenir longtemps et constamment la pratique, qu'il y a de difficultés à vaincre, qu'il y a de violences à se faire, et par là même aussi de récompenses à obtenir! (Bourdaloue, Retraite).

[Même sujet]. — Nous apprenons de S. Augustin que la sainteté est toute dans l'innocence de notre vie et dans la pureté de nos œuvres. « Je vous enseignerai, dit-il, si vous voulez, un moyen de louer Dieu pendant les journées entières : faites bien tout ce que vous faites, et vous louerez Dieu : Suggeroremedium undè totâ die laudes Deum, si vis: quidquid egeris bene âge, et laudâsti Deum. » C'est-à-dire : faites toutes vos actions dans la vue et dans l'ordre de Dieu, dans le sentiment de lui plaire. Ayez-le devant les yeux comme l'unique fin que vous vous proposez; soyez fidèles non-seulement dans le fond, mais dans les moindres circonstances de vos actions, en sorte que rien ne vous échappe qui altère la disposition dans laquelle vous devez être, et votre vie ne sera qu'une louange et une continuelle prière (Règle de S. Benoît).

[Fondement de la sainteté chrétienne]. — Quels sont les fondements de la sainteté chrétienne, telle que Jésus-Chkist lui-même nous l'a proposée? L'exemple de ce jeune homme de l'Evangile nous le fait évidemment connaître. Il se sentait touché de Dieu; il voulait travailler à sa sanctification et à son salut ; et sur cela il vint consulter ce divin Maître, à qui de toutes parts l'on s'adressait pour entendre de sa bouche les vérités éternelles. Or, que lui dit d'abord le Fils de Dieu ? Lui parla-t-il d'un renoncement absolu à tous les biens qu'il possédait ? Lui expliqua-t-il les mystiques opérations de sa grâce? L'entretint-il des dons sublimes

t particuliers d'une oraisou extraordinaire ? Non, mes chers auditeurs ; nais gardez les commandements, lui répondit cet Homme-DiEU : Serva mandata. Voilà, préfér&blement à tout le reste, ce que vous avez à faire ; ■t. si vous ne bâtissez là-dessus, tout l'édifice de votre perfection néant appuyé que sur le sable, il se détruira de lui-même et vous accablera iousses ruines (Bourdaloue, Dominicale).

[Toujours se perfectionner]. — La sainteté est un ouvrage de si longue haeine, que la vie de l'homme poussée à l'extrême vieillesse se trouve en- :ore trop courte pour y mettre la dernière perfection ; les plus grands saints peuvent toujours l'être davantage : Sanctus sanctificetur adhuc Apoc. xxn) ; et leur vertu a ses accroissements jusqu'à ce qu'ils voient e Seigneur dans la céleste Sion : Ibunt de virtute in virtutem ; videbitur Deus Deorum in Sion (Ps. 83). L'Apôtre lui-même, après son ravissement au troisième ciel, ne voit-il pas toujours quelque chose à ajouter à, sa sainteté ? N'y travaille-t-il pas avec plus d'ardeur que jamais? Il sait quelle est la récompense des saints, et il ne croit pas que l'on puisse jamais faire assez pour s'en assurer : c'est même parce qu'il en a été le témoin qu'il appréhende si fort de n'en être pas jugé digne, quoiqu'il en ait déjà, pour ainsi dire, reçu les arrhes. Non que je sois déjà parfait, dit-il; mais je suis ma route, afin de pouvoir gagner le terme.... Non, je ne crois pas avoir gagné le terme; mais mon unique soin, c'est que, oubliant ce qui est derrière moi, et faisant mes efforts po ur atteindre ce qui est devant, je m'avance vers le terme auquel Dieu m'appelle (Philipp. m). Quel comparaison peut-il y avoir, chrétiens, entre le chemin que vous avez fait dans la perfection et celui qu'y avait fait l'Apôtre? Et vous croyez cependant en avoir assez fait : dès-là même vous devez juger que vous n'y avez pas encore fait les premiers pas. Les plus grands saints, qui y marchent à pas de géant, s'aperçoivent à peine qu'ils avancent ; et en effet le chemin de la justice est immense. Ne craignez donc point d'en trop faire, et marchez jusqu'à la mort, sans vous arrêter un moment. Ne verearis usquè ad mortemjusti/icari, quomam merces Dei manet in œternum (Eccl. xvin). — (Ségneri, Méditât.)

[On ne peut s'arrêter dans le chemin de la perfection]. — La crainte de manquer cette couronne qui ne se flétrit point doit être un nouvel aiguillon qui vous presse à avancer chaque jour dans le chemin de la sainteté. Si vous vous arrêtez, dit S. Grégoire, vous laissez le loisir aux voleurs de vous joindre avant le terme, et de vous enlever votre trésor. Un seul péché peut nous faire perdre le ciel. Or, nous ne nous mettons hors des atteintes du péché qu'à proportion du soin que nous avons d'en détruire en nous les causes, qui sont les passions, et d'éviter les fautes légères, qui nous conduisent insensiblement à de plus grandes. Nous purifier toujours de plus en plus, combattre sans relâche nos inclinations naturelles, c'est

ce qui s'appelle travailler à notre sanctification, et c'est ce que FEsprit- Saint, dans l'Ecclésiastique, nous ordonne de n'interrompre jamais jusqu'à la mort : Ne verearis nsquè ad mortem justificari. Ne croyez donc jamais, chrétiens, être assez purs, ne croyez jamais avoir assez combattu pour ne plus craindre. Le moment où vous voudriez vous relâcher serait peut-être celui d'une chute dont vous n'auriez plus le temps de vous relever, et qui vous enlèverait la couronne que vous vous seriez imaginé faussement déjà tenir. (Le même).

[On peut toujours perfectionner la ressemblance avec J.-C, et cela est nécessaire"]. — Notre cœur fût-il tout à fait à Jésus-Christ par la charité, il faudrait encore mettre tout en œuvre et faire tous nos efforts pour l'aimer toujours davantage, et pour lui donner toujours de nouvelles marques de notre amour. C'est ce que l'Apôtre nous à exprimé en nous recommandant de croître en toute manière : Crescamus per omnia. Pensons à lui plus souvent ; entretenons-nous avec lui plus souvent : cherchons de nouvelles manières de le glorifier, et de lui plaire : Crescamus per omnia (Ephes. iv). Car, comme le corps ne s'accroît que par l'accroissement de chaque partie, aussi l'àme ne croît en sainteté qu'autant que ses facultés se perfectionnent par l'exercice des vertus qui leur sont propres. Maxime que nous ne saurions assez étudier ni trop bien comprendre. Cependant, lorsque le corps est parvenu à une certaine mesure, il ne saurait plus aller au-delà ; au lieu que l'âme peut toujours croître en sainteté. Ne pas croître, pour elle, c'est diminuer ; ne pas avancer dans la voies pirituelle, c'est reculer, selon le sentiment des SS. Pères : In via Dei non progredi retrogredi est. La raison pourquoi vous demeurez où vous en êtes, c'est que vous croyez être à la fin de la carrière : or, c'est cela même qui s'appelle revenir sur ses pas : Retrogredi est. Le pharisien fut mis audessous du publicain dès-là qu'il crut surpasser en vertu tous les autres hommes : Non sum sicitt cœteri homines. Si vous détourniez votre attention du bien que vous avez fait pour penser à celui qui vous manque, vous comprendriez qu'il vous reste encore beaucoup à faire pour devenir un homme parfait. Mais vous vous imaginez être au plus haut point de la perfection parce que vous en réglez l'étendue sur vos faibles idées. Pour bien connaître où vous en êtes, mesurez-vous avec les saints : ils ont soutenu plus de combats que vous; ils se sont toujours avancés de plus en plus dans la voie de la perfection ; ils ont mille fois plus aimé Jésus-Christ que vous ne faites, et, bien loin de se lasser dans la voie de la sainteté, ils ne pensaient qu'à croître davantage dans l'amour de Dieu. Au reste, le haut degré de perfection que l'on vous propose ne doit point vous ôter le courage. Si l'on vous engage à faire toujours de nouveaux efforts pour croître en sainteté, c'est avec le secours du Sauveur votre chef que vous devez les faire : c'est lui qui doit vous soutenir par sa vertu toute-puissante, et suppléer a votre faiblesse. (Le infoie).

[L'obligation d'être parfait]. — « Soyez, parfaits, comme votre Père céleste est parfait », dit le Sauveur à tous les chrétiens. La pratique de cette obligation ne forait-elle pas de tous les chrétiens autant de saints, comme S. Paul les appelle ordinairement ? N'avons-nous pas tous, en qualité de chrétiens, la môme obligation, les mêmes moyens pour devenir des saints, pour remplir ce devoir commun à nous tous? Quelle excuse pouvonsnous donc apporter si nous ne travaillons à devenir parfaits, à nous faire des saints ? Si l'exemple que nous avons de tant d'autres personnes qui se sont sanctifiées dans tant do différents états de la vie ne nous anime, il nous condamnera. Ce n'est donc pas seulement à des religieux, mais à tous les chrétiens, que parle le Fils de Dieu quand il les exhorte à être parfaits. Ce n'était pas à des religieux que S. Paul écrivait quand il disait : « Que ceux qui possèdent des biens en soient aussi détachés que s'ils ne les possédaient pas... Que ceux qui sont dans le mariage y vivent avec le même dégagement que s'ils n'y étaient pas... Que ceux qui usent du monde en usent comme s'ils n'en usaient pas. » Quelle perfection ! En effet, il faut que les chrétiens, s'ils veulent remplir leurs devoirs, soient détachés de tout au milieu des richesses, humbles au milieu des honneurs, modérés et mortifiés dans la jouissance des plaisirs. (Le P. Nepveu, Réflexions chrétiennes).

[Nous avons les mêmes moyens que les saints]. — Peut-être n'avons-nous pas les mêmes moyens pour nous sanctifier qu'ont eus les saints. L'oserionsnous dire sans démentir le témoignage de notre conscience ? Ne servonsnous pas le même Maître qu'eux ? Est-il moins bon, ce Maître, est-il moins puissant, est-il moins libéral qu'il n'était alors? Devons-nous donc avoir moins de confiance en son secours ? devons-nous le servir avec moins d'ardeur ? N'avons-nous pas le même Sauveur ? mérite-t-il moins notre amour ? N'avons-nous pas le même Evangile ? est-il moins notre règle ? cette règle est-elle plus difficile à suivre qu'elle l'était de leur temps? cet Evangile a-t-il moins de lumière pour nous éclairer? N'avonsnous pas les mêmes sacrements ? La vertu du sang du Sauveur, qui y est renfermée, a-t-elle moins de force pour nous sanctifier? Les grâces, qui sont le prix de ce sang, ont-elles moins d'efficace pour nous toucher, pour nous convertir ? D'où vient que les mêmes moyens ne produisent point en nous les mêmes effets qu'ils ont produits dans les saints ? C'est que nous n'avons pas les mêmes dispositions qu'eux ; c'est que nous négligeons ces moyens ; c'est que nous en abusons ; c'est que, de ces moyens de notre salut, nous faisons souvent un obstacle à notre salut, par le mauvais usage que nous en faisons. — Si nous avons abusé jusqu'à ce jour de vos faveurs, ô mon Dieu, ne permettez pas que cela nous arrive davantage; mais que la bonté qui vous engage à nous donner tant de moyens pour nous sanctifier vous oblicre à nous accorder la grâce de nous en servir. (Le même).

[L'unique nécessaire est proprement la sainteté]. — La sainteté est cet unique nécessaire que le Fils de Dieu nous recommande. Elle est notre unique nécessaire par rapport à Dieu, puisque c'est à quoi se termine toute sa volonté sur nous. Elle est notre unique nécessaire par rapport à nousmêmes, puisque c'est cette dernière fin qui renferme la perfection et le bonheur que nous pouvons trouver sur la terre. Enfin, elle est notre unique nécessaire par rapport à tous les biens extérieurs qui nous regardent, puisqu'il n'y a rien à rechercher en toutes ces choses que leur bon usage, qui fait toute l'occupation de la sainteté. (Discours à l'Académie, en 1675).

[Elle fait notre félicité]. — Il est constant que ce n'est ni par la connaissance, ni par le désir, ni même par les habitudes, mais par la seule pratique des vertus chrétiennes, que nous pouvons être véritablement heureux. Car, que servirait-il de les connaître, et quelle utilité tirer de ces lumières oisives, qui ne sont que de vains ornements de la mémoire, et que le moindre nuage des passions peut obscurcir ? Que produiraient ces inutiles désirs, que la cupidité ne combat point tant qu'ils ne s'opposent point à son règne, mais que bientôt elle étouffe, dès qu'il s'agit d'en venir à la pratique de ces vertus qu'on trouve aimables ? Les habitudes mêmes qu'on en a contractées par des actes précédents ne donnent point de consistance à la félicité d'ici-bas, si la pratique ne l'entretient. Les vertus chrétiennes ne sont pas, de leur nature, une disposition spéculative, mais une action. En interrompre les exercices c'est en suspendre les avantages. Il est vrai que, dans cet état, la félicité n'est, pour ainsi dire, qu'endormie, et que de nouveaux efforts la réveillent ; mais du moins il faut convenir que ce repos languissant du chrétien, qui ne triomphe plus, étant pour lui le sommeil de la victoire, est aussi l'assoupissement de son bonheur. (Discours à l'Académie, 1707).

[Moitié à Dieu, moitié au monde]. — Comme il y a peu de chrétiens qui aspirent tout de bon à une sainteté parfaite, on peut dire qu'il n'y en a pas beaucoup non plus qui soient déterminés à passer leur vie dans les derniers dérèglements. Le grand nombre est de ceux qui cherchent un tempérament entre ces deux extrémités, et qui voudraient bien, s'il était possible, accorder en eux-mêmes la conscience avec la concupiscence. Dieu avec le monde. On veut être mondain sans cesser d'être chrétien ; on veut servir Dieu, et s'acquitter des devoirs essentiels de la religion, sans renoncer à l'esprit et aux maximes du monde ; Israélite à Jérusalem, demi-gentil à Babylone. C'est ainsi qu'on prétend contenter Dieu et le monde ensemble ; qu'on veut les accommoder l'un avec l'autre en se partageant en deux, pour ainsi dire, pour appartenir tantôt à l'un et tantôt à l'autre. C'est cependant en vain que nous le prétendons, car ce partage ne peut contenter ni l'un ni l'autre. Ce n'est rien donner à Dieu

que de ne lui donner que la moitié. Ce ne sera pas même assez pour le monde. Le monde se contenta-t-il jamais de si peu ? Il veut tout ou rien. Pour peu que vous lui donniez, ce n'est plus rien donner à Dieu, c'est lui refuser tout. Il faut être ou saint ou pécheur, à moins que nous n'imaginions que l'on puisse être saint d'esprit seulement, et de corps tout abandonné au monde : ce qui serait un monstre dans la nature. Pénétrons-nous bien cette importante vérité ? Elle est de la dernière conséquence. Il faut nous déclarer tout à fait pour Dieu, ou nous dévouer entièrement pour le monde. Vouloir être moitié à l'un, moitié à l'autre, c'est la plus insigne folie, c'est l'impiété la plus abominable, c'est une espèce d'idolâtrie, qu'on ne peut trop abhorrer. (Croiset).

[C'est par degrés et arec travail qu'on s'élève à la perfection].— Quelque puissant que soit le secours que nous attendons du Seigneur, il ne faut pas pourtant nous flatter d'être tout à coup élevés au plus haut point de la perfection. Nous y arriverons, mais peu à peu ; nous y monterons par degrés, comme s'exprime le prophète. Il n'est permis qu'à un très-petit nombre d'y voler, pour parler ainsi, et de s'y voir porter en peu de temps. Et c'est là principalement la raison pourquoi nous parvenons si rarement à nous faire des saints. La plupart voudraient se trouver au troisième ciel dès le commencement de leur carrière ; mais Dieu ne le veut point ainsi. Il veut que nous avancions de vertu en vertu, pour nous élever insensiblement vers le sommet de la perfection, afin de mériter davantage par les efforts continuels que nous faisons en nous surmontant peu à peu. Allons. disait Elie, montons à la montagne du Seigneur. Quel mérite aurait eu le prophète si l'ange qui l'avertissait de se rendre à la montagne d'Oreb lui eût prêté ses ailes pour y être emporté en un instant? Le mérite pour lui fut de marcher jour et nuit, par un chemin désert et rude, et de parvenir au terme après bien des peines et des sueurs. Ainsi, le guide qui nous conduit dans la voie de la perfection, fût-il un ange descendu du ciel, ne nous fera point arriver sans peine à la sainteté. Il nous soutiendra, il nous fortifiera contre le découragement ; mais, avec tous ces secours, nous aurons encore longtemps à travailler de notre part, et ce ne sera que pas à pas, par degrés, que nous nous trouverons au point de sainteté où nous aspirons. — Seigneur, préservez-moi de l'illusion de ceux qui voudraient atteindre à la plus sublime perfection au moment où ils ont pris la route qui y conduit. Que je comprenne bien que je n'arriverai à cet heureux terme qu'en allant de vertu en vertu, et qu'en m'élevant vers vous par les différents degrés qu'il vous a plu de me marquer dans l'Évangile. La voie de la perfection est rude et difficile ; mais, plus j'y avancerai, plus elle paraîtra s'aplanir; elle est longue, mais votre grâce, mon Dieu, et la récompense que vous promettez à mes efforts, soutiendront mon courage et ranimeront mes désirs. (Le P. Ségneri, Méditations.

| Devoirs que nous devons rendre aux saints]. — Dieu a tellement imprimé ses grandeurs dans tous ses ouvrages, qu'il n'y en a pas un qui ne nous découvre ses divines perfections. Que si cela a lieu dans les choses naturelles, bien plus dans les saints, qui en sont une très- vive image. Aussi voyons-nous que l'Écriture, qui sait donner le prix à chaque chose, quand elle parle des œuvres que Dieu a produites dans la nature, se contente de dire : «Les ouvrages du Seigneur sont grands. » Mais quand elle considère les saints qui jouissent de Dieu dans le ciel, elle s'écrie : « Oh! que Dieu est admirable dans ses saints ! » Que cette pensée nous doit donner de consolation, puisque ces âmes bienheureuses font une partie de l'Église de Jésus-Christ, étant membres d'un même corps avec nous, dont il est le chef! Us nous sont encore unis par le lien de la charité, laquelle, comme dit S. Paul, ne manque jamais. Sur quoi S. Augustin remarque que l'Eglise militante et l'Église triomphante seront une dans la possession de la bienheureuse éternité, et que maintenant elles sont une par le lien de la charité. Aussi sont-ce nos frères aînés, nos tuteurs et nos défenseurs. En effet, tandis que nous sommes ici dans le combat, ils prient Dieu pour nous, et ils lui demandent les secours qui nous sont nécessaires pour remporter de glorieuses victoires sur les ennemis de notre salut, afin que nous soyons un jour les compagnons de leur félicité. Que si les bienheureux ne nous oublient point dans le ciel, n'est-il pas juste que nous leur rendions aussi soigneusement nos devoirs sur la terre, dont le premier est de les honorer et de les imiter, et cela dans les sentiments de notre divin Maître, qui dit, au sujet des enfants du grandprêtre Héli : Je glorifierai tous ceux qui m honorent, et ceux qui me méprisent seront dam l'ignominie? De plus, quand nous honorons les saints, c'est Dieu que nous honorons, puisque ces esprits bienheureux lui appartiennent, et qu'ils sont les membres de Jésus-Christ. C'est pourquoi, dit S. Ambroise, quiconque honore les martyrs honore Jésus-ChrIst, et quiconque les méprise, méprise le Seigneur. Que si nous honorons nos pères, parce que toute paternité, comme dit S. Paul, tire son origine de Dieu; si nous honorons les princes et les magistrats comme les images de la puissance de Dieu, les prêtres comme particulièrement consacrés à son service, pourquoi n'honorerons-nous pas ces héros, qui, après leur mort, ont été reçus dans le ciel, pour avoir consumé leur vie dans la pratique des vertus et de la sainteté ? (Péan. École de J.-C).

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