‹ La Bibliothèque nationale à Paris. Notices et extraits des manuscrits que concernent l'histoire de Belgique (volume 2)Chapitre 82 sur 128 · Voyage de Bergeron en Belgique en · texte numérisé non relu

Voyage de Bergeron en Belgique en

In-4", papier, cart., 'J8 feuillcls, écriture serrée.

Le titre, tel qu'on le lit en tète du texte, est le suivant : Itinéraire germano-belyique , contenant un voijage du 5' Bergero\ far la Chainpaigne, Lorraine, Alsace, Strasbourg, Palatinat ou Heidelherg, Francfort et le long du Rhin depuis Maience jusguà Nimègue, Hollande, Zélande, Flandres, Brahant, Ilainaut, Picardie, en l'an 1617.

Les ratures, les surcharges, les renvois, qu'on remarque dans ce manuscrit, autorisent à croire que c'est la minute même de l'auteur.

Bergero.n /Pierre) naquit, dans la seconde moitié du XV^ siècle, à Paris, où il suivit avec distinction la carrière du barreau. II allia la culture des lettres à l'étude des lois, et s'occupa principalement de géographie et de voyages. Il mourut en 1637 dans un âge avancé. On lui doit plusieurs publications intéressantes, nommément un Traité de la navigation et des voyages de découvertes et conquêtes modernes, une Histoire de la première découverte et conquête des Canaries, une traduction de la Relation des voyages en Tarlarie de François-Guillaume de Ruhruquis, un Traité des Tartares, un Abrégé de l'histoire des Sarrasins., etc.

Comme il nous l'apprend dans son Itinéraire de 1617. il avait visité une

' Les Bibliothèques de Madrid el de VEscurial, 1873, in-4°, pp. 01, Cô, 549.

i4i HISTOIRES, RELATIONS, MEMOIRES.

première fois les Pays-Bas en 1606, et il avait fait une relation de ce voyage où le Brabant, la Flandre, le Hainaut, l'Artois et leurs villes principales étaient lobjet de descriptions détaillées ; il avait rédigé aussi une Relation d'Espagne de l'an 1 612 : on ignore ce que sont devenus ces deux ouvrages; je nie suis livré à beaucoup de recherches à la Bibliothèque nationale, pour découvrir le premier : elles ont été infructueuses. Barbier et Eyriès attribuent aussi à Bergeron un Itinéraire italo-germanique.

L'Itinéraire de 1617 est précédé d'une préface. Après quelques réflexions sur l'utilité des voyages et sur ceux qu'il a faits dans plusieurs contrées de l'Europe , l'auteur y dit :

Dieu inayant faii la grâce, depuis quelques mois, d'avoir faii un pelil voyage en l'Allemagne et vers le Rhin, et de là par la Hollaiule, Zélande et Pais-Bas, j'en ai fait ce petit escril sur les mémoires et brouillons que j'en avois desjà dressé sur les lieux, et ee lant pour ne perdre du tout la souvenance de ce que j'y ay remarqué que pour satisfaire à quelques-uns de mes amis, et principalement à ceux qui, m'ayant esté l'ompagnons de voyage, sont cmpesclicz, par rimporlance de leur charge et autres affaires, de s'anmser à cela

Bergeron et ses compagnons partirent de Paris le 4 septembre 1617, dans un coche d'Allemagne qui les mena, par Strasbourg et Heidelberg, à Francfort, où ils arrivèrent le 20.

Ce que j'ai dit plus haut explique le peu de place qu'occupent les Pays- Bas dans l'Itinéraire de 1617 : douze feuillets seulement, ceux qui sont cotés 80-91 v". leur sont consacrés. Le narrateur parle successivement d'Anvers, de Rupclmonde. de Malines. de Bruxelles, d'AfTlighem. de Geinbloux, (le Louvain. de Hal. de Mons. de Binchc. de Boussu : ce furent les seuls endroits de notre pays qu'il parcourut celte fois.

Dans la Revue de Bruxelles, cahier de mai 1839. j'ai donné d'assez nombreux extraits des observations et des faits que sa Relation contient.

Il exisic. à la |{ibliothèque nationale (fonds français. n« 121 13, ancien Suppl. fr. n" loSr. un foijarje de Bergekon en Ardennes, Liège et Pays- Bas, en 1619 ; la Revue historique des Ardennes. de M. Ed. Sénemaud, l'une des meilleines en ce genre qui paraissent en France, en a commencé, il y a quelques années, la publication par fragments; je ne sais si elle l'a poursuivie et achevée.

PHILIPPE IV. "Uli

Suppl. 1771,

70. — helatlone cli Spagna fatta dall' illiistrissinio et eccellentissimo signor Leonardo Moro, amhasciatore ordinario per la Serenissima Kepubblica di \ enetia appresso Sua Maestà Cattolica.

Cette Relation est conleiiuc dans un vol. grand in-S" en pap.. «arl.. non coté, et qui en renferme deux autres.

Mi\I. Barozzi et Berchet regardent comme apocryphe la Relation attribuée à Leonardo Moro et dont il existe des copies, disent-ils, dans les bibliothèques de Trévise, de Munich et de Berlin, dans les Arcluves du comte Manin, dans les manuscrits du marquis Capponi, aux Arcliives dei Frari (ils paraissent n'avoir pas connu celles de Paris), et voici les raisons qu'ils en donnent. Nommé le 28 décembre 1622 ' à l'ambassade d'Kspagne, Moro mourut à Madrid le 5 février 1627 dans l'exercice de ses fonctions. Il n'existe aucune preuve, aucun indice qu'il aurait de Madrid envoyé une relation, ou (ju'il s'en sérail trouvé une dans ses papiers, lesquels furent ren)is à son successeur, Alvise Mocenigo: et celui-ci, dans la relation qu'il |)résenta au sénat le 16 mars I63'2, dit expressément qu'il y a huit années entières qu'il n'a pas été rendu compte à cette assemblée des affaires d'Espaijne, son prédécesseur, Leovardo Moro, étant mort à la cour*. Ces raisons |)araissent concluantes.

lin détail que ne donnent pas MM. Barozzi et Berchet et qui m'a été transmis de Venise, appuyé sur des documents authentiques, c'est (|ue, l)ien qu'élu au mois de décembre 1622. Moro ne reçut sa commission que le y avril 1624. Ce détail est inq)ortant;, voici pourquoi. A propos du voyage que le prince de Galles. Ch.'irles, fit en Espagne en 1623, dans le bul

' D'après ujic noie iiuo j'ai i-cnie des Archives de V( iiise. ce serait le ii, et non le t2H décembre , ilii'il aurait été nommé.

' Rel((zioiii deijti Sluti Eitroiiei lillf <il .ifiiiilii dn'/li iiinti(i<cialori Vencii iiit fcmlo dcciiiio .yrllinin . Sér. I, vol. I, |i|). iô et oiKi.

246 HISTOIRES, RELAÏIOiNS, MÉMOIRES.

d'obtenir la main de la princesse Marie, fdie de Pliilippe 111, l'auteur de notre Relation, après avoir dit que le projet de ce mariage avorta parce que les Espagnols voulurent changer les conditions dont on était convenu, ajoute : comme Votre Sérémté e> a été informée de temps a autre par mes lettres'. Or, si ces termes confirment entièrement l'opinion des savants éditeurs des Relazioni del secolo deciino setfiim, puisqu'on 1623 Moro n'était pas à la cour de Madrid , il en résulte aussi que la Relation attribuée à Moro doit être louvrage de l'ambassadeur qui représentait, à cette époque, près Philippe IV, la seigneurie de Venise; et cet ambassadeur, MM. Barozzi et Berchet nous le font connaître : c'est Alvise Cor>er, qui, élu le 5 novembre 1619, mais appelé, seulement en 1622, à succéder à Pietro Contarini, demeura en charge pendant trois années \ On s'explique ainsi comment ils ont vainement recherché la relation de Corner '.

En résumé, nous croyons que c'est à Alvise Corner qu'appartient la Relation inédite qui, à la Bibliothèque nationale, comme à Berlin, à Munich, à Trévise et ailleurs, porte le nom de Leonardo Moro.

Après quelques réflexions préliminaires, l'auteur expose ainsi son dessein : « Je dirai d'abord la qualité des royaumes et Etats gouvernés et » possédés par Sa Majesté Catholique, les confins de ceux-ci, leurs » revenus et leurs charges, leurs forces, leur gouvernement et enfin les I) rapports de S. M. avec les autres princes : par lesquelles choses Votre >. Sérénité connaîtra parfaitement l'esprit et les pensées de S. M. Et comme » je désire être bref autant que possible, je m'efforcerai d'omettre toutes » les choses superflues *. »

L'auteur commence par la description des royaumes d'Espagne et de Portugal. Il évalue à 6,000.000 d'âmes la population de l'Espagne : ce qui,

' ■ .. .. Il liiUo finalmciilc fù disciolto, corne la Scrcnità Vostra fi'i avisata di tempo in Icnipo pcr mie Icllerc. «

* Ilelazioni, etc., p. 22.

' Ibid.

' Diro duiiquc prima la qnalità de' rcgni et Stati governati cl posseduti da Sua Maestà

Cattolica, li confini di quelli, le rcndite etspcsc sue, dcllc forzc c govcrno, et in fine delC intelligenzc con gli allri piincipi : dalle qiiali cose polrà la Scrcnità Vostra conoscere assai cliiaramentc l'animo et pensieri di Sua Maeslà. Kt perche desidero, quanlo più è possibile, d'csser brève, rai sforzcrù di prcniettcrc lutte le cose superflue... »

dit-il, est un pauvre nombre pour un si grand pays '. Il fait la remarque que. dans certaines provinces, on voyage des journées entières sans rencontrer un seul village'. Entre les villes qu'il cite, il s'occupe surtout de Sëville, qu'il proclame la plus fameuse, la plus fréquentée de toute l'Espagne '.

Après les royaumes d'Espagne il décrit le Portugal, puis les autres Etats que Philippe IV possédait en Europe, en Afrique, en Asie, en Amérique. Sur les Pays-Bas il ne dit rien de neuf ni de bien intéressant.

Il passe ensuite aux revenus et aux forces du roi. Les renseignements qu'il donne à cet égard ne diffèrent guère de ceux que nous fournissent les Relazioni publiées par MM. Barozzi et Berchet. non plus que les détails dans lesquels il entre sur les différents conseils entre lesquels était partagé le gouvernement de la monarchie.

Nous arrivons au portrait du roi, et ici nous traduisons littéralement :

« Philippe IV est né l'an ICOo- le 8 avril, à Valladolid. Il est de petite taille, blanc, jeune d'aspect, mais merveilleusement grave et majestueux. Il a la lèvre un peu pendante, comme tous les princes de la maison d'Autriche. De nature et de volonté il est lent dans ses actions. Il écoute avec patience et avec bienveillance ceux qui lui parlent. Ce qui augmente encore la grâce de sa personne, c'est la structure de son corps, son aspect viril, ses actes et ses paroles mêlés de douceur. Bien qu'il soit de petite (aille, il est si bien fait, en lui chaque partie du corps est si bien proportionnée et correspond si bien au tout, il s'habille avec tant d élégance et de goùt^ qu'on ne peut rien voir de plus parfait.

» Sa .Majesté est de complexion très-délicate : par ce motif elle est toujours réglée dans sa manière de vivre, usant habituellement de mets très-nourrissants, laissant les fruits et les autres choses qui engendrent des humeurs mauvaises. Elle dort beaucoup, mais elle fait de l'exercice, Ses passe-temps domestiques sont tous paisibles. Quoi(jue dans léquilation elle ait montré un peu de vigueur et de vivacité, surtout lors du voyage du prince de Galles, on vit qu'elle ne l'avait fait qu'en forçant sa nature, laquelle tend plus au repos qu'aux exercices chevaleresques. De là vient

' I Che ccrlo è miserabilo nuiiuTo aJ iina lanta provincia.... •■

' « In molle parti si caiiiiiiano le giuriialc ciiticrc clic non si vcdc pure alcuii luugo —

' • La ])iù frequcnlala et famosa di tuUa la Spagua.... ■>

(quoiqu'à cet âge les appétils juvéniles et un désir insatiable de régner se fassent ordinairement sentir) que toutes les actions de Sa Majesté ont pour but. non d'augmenter par la guerre ses Etats , mais de les conserver par la paix.

» Le roi est si vigilant en matière de justice qu'il est tenu pour sévère, surtout depuis le supplice de don Rodrigo Calderon ' , marquis de Sept- Eglises. qui avait été si grand favori de son père et de tant de barons que sa prééminence semblait le mettre à l'abri pour toujours d'une vicissitude à ce point brusque et rigoureuse, combien que ses fautes et les imputations dirigées contre lui fussent tellement nombreuses qu'elles donnèrent lieu à deux cent quarante-quatre chefs de plaintes. La mort d'un aussi grand personnage et d'un favori si puissant du roi défunt, suivie de celle du sergent Juan de Guzman, auteur de plusieurs homicides, ont eu pour Sa Majesté ce résultat avantageux, que tous les ministres, imitant le maitre, s'appliquent avec la même sévérité à châtier les fautes, au mécontentement et au dommage, à la vérité^ de quelques-uns, mais à l'avantage du pays en général, car on peut maintenant voyager en ce royaume, de jour et de nuit avec autant de sécurité que dans ses propres maisons : je parle de la Castille Vieille et Nouvelle. Dans les royaumes d'Aragon, de Valence et de Catalogne, où Sa Majesté n'a pas un pouvoir absolu, il se commet des délits atroces, et en aucun temps on ne saurait dire que personne puisse y passer sans danger des voleurs et des assassins

» Les ambassadeurs obtiennent facilement audience de S. M., mais elle

' Au inoment où ceci s'imprime, une publication de M. P. Génard , archiviste de la ville d'Anvers, «onfirnie ce que disent Moréri et, d'après lui, les Biographies de MichauJ et de Didot, que don I\odrij»o Calderon était né en cette ville. Dans la publication dont nous parlons (Bullclin des ^rchivfs d'Anvers, t. VI, p. 552), M. Génard donne un compliment d'adieu que, le 2 septembre 1612, le pensionnaire de Wcerdl adressa à Calderon, au nom du magistrat, en l'accompagnant du don d'un tableau qui ornait l'hôtel de ville, et la réponse que le protégé du duc de Lerma y fit. Voici les termes dont se servit Calderon, qui n'était encore que comte d'Oliva (nous les traduisons de l'cspagnolj : u J'ai beaucoup d'obligation à cette ville, ma patrie et lieu de ma naissance, qui m'a fait

• tant d'honneur; je m'en souviendrai, pour en rendre compte au roi, mon seigneur. Je serais charmé

• (le trouver l'occasion de faire quelque faveur à la ville et à tous les membres du magistral, que je ' lemercic du tableau qu'ils ui'nffrcnt : j'en fais un grand cas, et je le placerai dans mon majorât. ■>

l.afuentc, llisloria geiicral de Espaîin, t. XV, p. -452, fait de Calderon un hidalgo de Castillc, sans s'expliquer sur le lieu de sa naissance.

ne leur donne aucune satisfaction dans ses réponses , parce que jamais elle ne décide rien d'elle-même, mais elle renvoie le tout à son conseil. Penser à obtenir de S. M. plus que ce que ledit conseil a proposé, est chose du tout impossible, vu qu'elle ne répond rien d'elle-même et se remet à ce qui a été résolu.

» C'est le matin que S. M. donne audience aux ambassadeurs, un peu avant d'aller entendre la messe à sa chapelle, après laquelle elle dine en public. Ensuite elle reçoit les requêtes, écoute ceux qui les présentent, et leur répond en termes généraux avec beaucoup de bénignité et de dextérité. Après qu'elle a vu les requêtes, elle les donne aux secrétaires de sa chambre, entre lesquels le principal est don Lazzaro de Rios; ceux-ci les envoient au secrétaire du conseil que la chose concerne '.

' « Nacquc la Maestà di Filippo quarto l'anno ICOb, li 8 di aprile , in Vagliadolid. É di stalura piccola, bianco, giovane di aspetto. pcro a meraviglia grave c maestoso. Ha un poco pcndonle il labio, sicome è proprio di ogiiuno di casa de Auslria. É di nattira et anco di voluntà tardo nclle attioui sue. É patiente nelP ascoltarc, grato a chi ncgotia seco. Gli accresce anco la gratia la forma del corpo, la prcscnza virile, gli atti e le parole miste di dolcezza ; et ben che sia piccolo, è pero cosi bon fatto, c in ogni parte del corpo cosi bene proportionato et corrispondente al tutto, et veste cou tanla politezza et con tanto giuditio, che non si puô vcdcre cosa più perfetta.

" È Sua Maestà di complessione niolto delicata, et pcr questo vive sempre con rcgola, iisando pcr ordinario cibi di gran nulrimento, lasciando li frulli et altre cosc che gencranno caltivi humori. Dorme assai : fa pcro esercitio. Li suoi trattenimenti domestici sono tutti quieli; et ben che nell' esercitio habbia mostrato un poco di potenza e vivacité, massime alla venuta del principe di Gales d'Inglieltcrra, si vidde pero che sforzô la nalura, la quale tende più alla quiète che a gli esercitii cavallereschi. Di qui nascc (se bene in quell" età sogliono haverc luogo gli appeliti giovenili et un appetito insatiabilc di regnare) che tulle le attioni di S. M. sono dirizzate, non ad ampliare con la guerra li suoi regni, ma a conservarli con la pacc.

» È vigilanlissimo nclla giustitia, tanto che è tenuto severo, massime doppo la morte data a D.Rodrigo Calderon, raarchcse délie Scttc Chicse, tanto favorito del padre e datant! baroniche parcva, per la sua precmincnza, che mai potcsse inconlrare una vicendcvolezza cosi torbida et accrba, quantunque le sue colpc et imputationi fusscro cosi niultipliei che ascendcvano a 24i capi di querelc. Si che dcila morte di cosi grand soggelto e colanto favorito dclla fclice niemoria del re morto, et délia morte scguita del scrgente Giovanni di Guzraan, cssecutorc di molti homicidii , ne vicnc Sua M'^ ad havere acquistato benefitio di tal sorte che tutti li ministri. imitando Sua Maestà, procedono con la medesima severità nel castigarc gli errori, che ben torna a danno et a niala sodisfatione d'alcuni : è causa perô del commune benefitio, poichè si puede hora caniinare in quel regno di giorno et di nolle con tanla sicurezza quanto nclle propric case : parlo nella Casliglia Vecchia c Nuova, poichè ne i regni de Aragona, Valenza et Catalogna, ne quali Sua M'* non ha assoluta potcstà, si

L'ambassadeur dit quelques mots des infants frères de Philippe IV, don Carlos et don Fernando, et des infantes ses filles, Anna, Maria et Margarita.

Il termine par l'exposé des relations du roi avec les princes et Etats étrangers, et à ce sujet il fait une observation qui n'est pas flatteuse pour les Espagnols : « Je trouve — dit-il — que c'est la nation la plus dissimu- » lée qu'il y ait au monde; et je puis dire ouvertement que leurs actions » sont toutes artifices et simulations'.

Avec la cour de Rome, dit-il, les rapports de Philippe IV sont bons; il sent l'importance d'avoir un ami dans le pape : l'inimitié du pontife lui serait au plus haut point dommageable.

Ils sont excellents avec l'empereur, comme l'ont prouvé les secours donnés à S. M. I. et l'armée envoyée au Palatinat sous les ordres de Spinola.

Il en est de même à l'égard du duc de Bavière et des autres princes d'Allemagne qui tiennent le parti de la maison d'Autriche.

Le roi espère le maintien de la paix avec la France tant que la reine mère' gouvernera. Il y a cependant, selon l'ambassadeur, des raisons — et il les déduit — qui peuvent faire craindre que le roi de France ne soit dans des dispositions différentes.

Avec l'Angleterre les rapports du roi sont on ne peut plus mauvais : l'expulsion de l'électeur palatin de ses Etats a engendré une haine implacable entre les deux nations.

conimcllono dcliUi atrocissinii, et in niuii tempo si puô dire clic aleuno sicuramcnte possi tran.sitare per cssi seiiza pcricolo di ladroni et assassini

■ Gli ambasciatori oltengono facilmenle audicnza da Sua M'', ma perô non dà aleuna sodisfatione nella risposta, pcrehè mai da se risolvc cosa alcuna, ma il lutto rimetteal suo consiglio, che il pensare poi di oitcnerc da Sua M'" piîi di quello che lia dccrelato delto consiglio è cosa in tutto impossibilo, per il clicda se non risponde cosa alcuna, ma si rimette a quello è stalo risoluto.

» L' hora che Sua Maestà dà audicnza a gli ambasciatori è la mallina, poco prima che cschi per andarc in eapella a mcssa , doppo la quale disna iii pubblico , e poi riecve li mcmoriali, ascolta chi ucgotia con lui, e gli risponde con parole gencrali con molta benignità e destrezza. Li mcmoriali, poi veduti che ci gli ha , gli d:i ad alcuni sccretarii di caméra, tra quali il principale è don Lazzaro de Ries, dalli qiiali sono inviati al secrclai'io di quel consiglio che ha questo carico di espedire tali mcmoriali...» (Fol. tOiv»)

' " Ritrovo che quella è uiia nalinne la pii'i mascher.ila di (piaiiU- si possono prallicaro. et

posso dire aperlamcnle che le altioni loro siano artificii e sinmlalioni.... "

" Marie de Mcdicis.

Je me borne à citer les rapports avec le roi de Pologne, le grand duc (le Toscane, le duc de Savoie, le duc de Mantoue, les ducs de Parme, de Modène et d'Urbin. les républiques de Gènes et de Lucques, les cantons suisses.

Comme les ambassadeurs ses devanciers, Tauteur de notre Relation a réservé pour la fin les rapports avec la Seigneurie. Il fait là-dessus plusieurs observations, et celle, entre autres, qu'il a trop peu négocié avec le roi et qu'il n'a pas assez de confiance dans le dire de ses ministres pour qu'il puisse se flatter de connaître bien leurs intentions : « Toutefois. » ajoute-t-il , si par le peu qu'il m'a été donné de connaître de leur » volonté je dois juger de leurs pensées, je puis, d'après ce que j'ai » compris, assurer Voire Sérénité que S. M. est très-portée pour la » république, et qu'en aucune manière elle ne désire la guerre en Italie '. »

Sa conclusion est que la réputation de la république est grande auprès de tous les princes . et particulièrement à la cour d'Espagne.

Suppl. 263.

71. — Relatione di Spagiia fatta dair eccelleiitissimo signore Leomrdo Moro , ambasciatore Veneto presso la Maestà del Re Cattolico, ranno 1629,

Elle est. avec cinq autres documents, dans un volume intitulé au dos : Conclave di Urbano m°; elle y remplit les feuillets 162-261. Ce volume, in-4°, pap.. d'une bonne écriture italienne du XVII* siècle, a 271 feuillets.

' » Se da quel poco che mi è slato concesso pratticarc la volonlà sua debbo spiegarc cl con-

rctto di quello che ho compreso, posso accertare la Scrcnilà Vostra che S. M. è benissiiiio afTctta verso di Ici , et che per niun modo dcsidcra la guerra in Ilalia.... »

72, — Relatione del signor Leonardo Moro, ambasciatore Veneto appresso la Maestà Cattolica , l'anno M. DC. XXVII.

Cette Relation se trouve aux fol. 43-127 d'un vol. in-4<', pap., rel. en maroquin, ayant 341 feuillets, d'une écriture italienne soignée.

Suppl. franc. 8o3.

73. — Relatione del conte Alessandro Strigoi al serenissimo Carlo primo, duca di Maiitua, di Moiiferrato, di Nevers. Umena e Rethel, lanno 1631 , délia sua ambascieria di sei anni in Spagna e dello stato présente di quella corona e corte (Relation, faite par le comte Alex.^indre Striggi, au sérénissime Charles 1, duc de Mantoue, etc., de son ambassade de six années en Espagne et de 1 état présent de cette couronne et de cette cour).

Iii-i», pap., relié, avec d'aulres pièces, dans un volume cartonné qui porte au dos le titre Mélamjes el les marques Siipjil. fr. 851, 85:2 et 883.

Cotte Relation est originale. Elle est précédée d une lettre, datée d'Aviano, le 24 février 1631 . par laquelle le comte Alexa>dre Striggi l'envoie au duc de Mantoue. Il y dit qu'il a toujours trouvé louable l'usage de ces ambassadeurs qui, ayant pendant quelque temps résidé auprès d'un prince, rendent compte, au retour dans la patrie, de ce qu'ils ont appris de reniar-

quable sur le caractère et les principales conditions de ce prince et de ses conseillers, sur les Etats qu'il possède et la forme de leur gouvernement, sur ses forces de terre et de mer et sur ses revenus. C'est pourquoi, faisant ce qu'aucun ambassadeur de Manloue n'a fait avant lui. il a rédigé la présente Relation.

Striggi entre en matière, sans préambule, par le portrait du roi Philippe IV; nous allons le donner d'après lui; on sera curieux de le comparer avec celui que traçait Alvise Corner quelques années auparavant :

K Le roi dont, à ce début de ma Relation, j'ai à parler, est Philippe. IV^ du nom et LXX\III« des Goths et d'Espagne, roi en vérité si grand que jusqu'aujourd hui personne n'a possédé ce qu'il possède, comme on le verra en son lieu. Il est né le 8 avril, jour du vendredi-saint de l'année 1603, à Valladolid. où le roi son père tenait alors sa cour, qu'il y avait transférée de Madrid en 1601. Il fut baptisé, le 29 mai de la même année, par l'archevêque de Tolède, don Bernardo de Sandoval y Roxas. en l'église de San Pablo. au même bénitier qui servit pour le baptême de saint Dominique et qu'à cet effet on fit apporter du lieu où ordinairement il repose.

» Il est fils de Philippe III et de datne Marguerite d'Autriche, fille de l'archiduc (Miarles et de larchiduchesse Marie d'Autriche. Il est bien proportionné de taille, quoique un peu fluet, de très-bonne conqjlexion. gracieux de sa personne, blanc, avec des cheveux et une barbe qui commencent à paraître blonds. Il est marié avec la sérénissime donne Elisabeth (le Bourbon, fille de Ileni-i IV et sœur de Louis XIIL roi de France. Il a un fils, né le 17 octobre 1629, auquel a été donné le nom de don Baltasar Cârlos; il a eu cinq filles, qui toutes sont mortes en bas âge. Il aime sa femme, mais pas autant que le faisait son père, ne lui accordant dinfluence en aucune sorte d'affaires : ce qui ne laisse pas de mortifier ladite reine, laquelle s'était flattée d'avoir beaucoup de pouvoir sur son mari après (|u'elle lui aurait donné un fils.

» C'est un prince très-colère et très->if : aussi ses familiers entendent-ils bien souvent des paroles d'emportement et de mauvaise humeur. Il est adonné aux plaisirs des sens, comme les faits le montrent, puisqu'il a eu trois fils bâtards, desquels deux sont vivants : mais il n'use de force envers aucune femme. Il parle quelquefois en soldat et dit qu'après l'établissement (le sa succession, il \ciit allof lui-même cotnmander ses armées à la manière

de reinpereur Charles-Quint, son aïeul. Il aime beaucoup la chasse. Il compose de la musique; joue (le plusieurs instruments: danse, mais non avec autant de grâce que son père: est exercé à l'escrime; manie bien un cheval; dessine, peint: en somme il fait toute chose qui convient à un yrand roi. Il a par nature un bon jugement et il saurait dans les affaires ciioisir le meilleur parti, s'il y appliquait son esprit : mais il remet tout au fîivori, quoique ordinairement, chaque jour qui n'est pas férié ou qu'il ne va pas à la chasse, il <lonne audience de la dix-septième à la di.x-huitième heure '. Il s'occupe encore de l'expédition des affaires qui exigent nécessairement sa signature : mais on peut dire que c'est plutôt par simple forme de bon gouvernement que pour un autre respect, car on ne connaît jusqu'à présent en lui, dans les affaires importantes, d'autre volonté que celle du favori. Il mange trois fois par jour, selon la coutume d'Espagne, et tant quelquefois qu'il en est incommodé: sa boisson ordinaire est de l'eau de canelle. Il dine avec I infant don Carlos, son frère : on dit généralement qu'il le fait pour le grand amour qu'il lui porte, car les rois d'Espagne ont accoutumé de ne diner avec qui que ce soit, au moins en public, excepté aux jours de Noël et de Pâques et autres de grandes fêtes, ou aux noces de dames du palais. Ces jours-là dînent avec lui la reine, les infants et l'épousée, mais celle-ci à une petite table à part, où elle est servie par l'époux lui-même, lequel habituellement le même jour dine avec le grand maître du roi. Mais la vérité du fait pour lequel linfant mange avec Sa Majesté est qu'il n'a pas de maison distincte qui le serve, comme l'infant cardinal ', lequel entretient la sienne au moyen des revenus de l'archevêché de Tolède. On croit que jamais on ne lui en formera une, bien qu'on dise toujours qu'on va le faire, pour qu'il ne soit pas un instant éloigné des yeux du roi, et pour que quelques-uns de ceux qui le serviraient ne lui inspirassent pas de mauvaises pensées. C'est pour cela qu'on ne lui permet d'avoiraucun serviteur, de quelque rang que ce soit, qui dépende de lui, et qu'il est servi des officiers de Sa Majesté à la semaine et quelquefois au jour, à l'exception de son favori ou gouverneur, qui est le marquis de Carpio ,

' Les llalicns commençaient leur;: vingl-qualre heures une demi-heure après le coucher du soleil. Don Fernando, aulrc frère du roi, qui peu de temps après fut nommé gouverneur général des Piivs-Bas.

PHILIPPE IV. 2.-i5

beau-frère du favori du roi et i!;entilhoinine de la chambre de Sa Majeslé. » Le roi entend un peu l'italien : il parle, mais assez mal, le français et le latin; il joue à la balle et aux cartes, par manière d'amusement, avec sa femme, avec ses frères et avec quelque autre personne parmi ses plus intimes. Il n'est pas trop libéral, et il aime à être loué en tout. Il fait profession d'être pieux et dévot à la Vierge; il entend la messe tous les jours, assiste à toutes les vêpres les veilles des fêtes de Notre-Seigneur et des Apôtres, et communie quelquefois hors des temps commandés par l'Église '.

' Il rc del quale, in questn priiicipio della prcscnic mia Rclatioiie, sono per parlarc, è Filippo. quarto di nome et otluagcsimo Icrzo de Goti et di Spagna, re in vero cosi grande clie fin linra iiessuno ha posscdulo quello chVgli possicde, corne a suc luogo si vederà. iXacque alli otto di aprile, in giorno del venerd'i santo dcIT anno ItiOîi, in Valliadolid, dovc all'hora il re suo padre teneva la corte, transporlalavi da Madrid l'aniio 1001 : fù baticzato, a ^9 di maggio del nicdesimo anno. por inano del cardinale arcivescovo di Toledo, D. fiernardo di Sandoval e Ro.xa, nella chiesa di S. Paolo in quella medcsinia pila in cui fù battezalo S. Domcnico, essendosi falta porlar quivi a quel -.olo l'ffello da luogo dove d'ordinario giaee.

a Fù figlio di Filippo tcrzo e di dona Margarila d'.\uslria , figlia dell" aroiduca Carlo e dell" arciduchessa Maria d'Austria. E di statura giusla, seben alquanlo sottile ; di assai buona coinpiessione; di persona Icggiadra; bianco, et di capelli e barba che eoniincia a spuntar bionda. É marilalo con la serenissima donna Isabclla di Borbon, figlia que fù di llenrico quarto, etsorella di Luigi XIII, rc di Francia.et ha un figlio, che nacquc alli 17 d'ottobre del I62i), chiainato al baltesinio don Ballassar Carlo; havendo havnte cinqno altre figlie feniine, che tuttc bambine sono morte. .Aina la nioglle, ma non tanio come faceva il paJrc : onde da lui non le vien data mano in alcuna sorte di negocio, cdm ((ualche mortificalione della detia regina, che pensô semjjre di poler molto col marito, mentre fosse stala madré d'un figlio maschio.

0 E principe assai colcrico et subitaneo, pcr il che da suoi famigliari s'odono ben spesso parole di grand Ira et alteralioue. Gusta i piaceri di donne, come lo dimostrano l'opère, havendo havuto trc figlj bastardi , due de quali sono vivi, ma non usa forza a ncssuna. Parla lalvolta come soldato c dicc che, stabilita ch'abbia la succesione, vuole egli mcdesimo guidare suoi eserciti tiel modo che l'imperatore suo avo Carlo quinto faceva. Sidiletta della caccia. Componedi musica; suona di varii stromenti; balla, ma non tanto leggiadro come faceva suo padre; giuoca ben d'arme; nianeggia im cavallo ; discgna, dipinge; et in somma fa ogn'allra cosa che convicne ad un gran re. E di buon giuditio et iiaturale, et saprebb' eleggere la niiglior parte nei ncgotii, s'ei vi applicasse l'animo , ma tutio rimetle al favorito, se bcne d'ordinario egli medesinm ogni giorno, pur che non sia festivo o egli fuori alla caccia, da audienza dalle 17 fino aile 18 horc. .attende anchè alla speditione di quei negotii che neccssariamenle lianno bisogno della sua lirma o mano : ma tntto si puô dire che serva più per semplice forma di buon governo che per altro rispetto, poichè in lui, nellc coje important!, non si conosce fiti liora altra volonlii che quella del privato. Mangia tre vnlte il giorno , secondo l'uso di Spagna, de divcrsi mangiari, e tanto lalhora che alcuna gli fa maie, e bevc ordinariamcnte acqua di canella. .Mangia col infante D. Carlo, suo fralello, e eio communemente vien delto che faccia per l'amor grande

SïRiGGi donne ensuite le dénombrement des Etats de Philippe IV. Il fait observer qu'il lui serait impossible de fournir des notions exactes sur la manière dont se gouvernent tant d'Etats divers : aussi croit-il devoir se restreindre à l'Espagne dont il a quelque connaissance '.

Il dit d'abord que l'Espagne comprend vingt-quatre royaumes {regni) dont treize dans la Vieille-Castillc. savoir : Burgos, Tolède, Léon, Soria, Sé»ovie. Toro, Avila, Valladolid , Salamanque . Madrid, Guadalajâra, Cuenca, Zamôra; cinq dans la JNouvelle-Castille, savoir: Grenade, Séville. Cordoue, Murcie, Jaen: et les royaumes de Galice, Portugal, Valence, Navarre, Aragon, Catalogne. Il ajoute que la traversée d'Espagne de la Galice à Séville est plus longue que celle de la France entière, mais qu'il s'en faut que le pays soit aussi peuplé et aussi fertile.

Il explique les principales causes de la dépopulation et de l'infertilité de l'Espagne : en premier lieu l'expulsion des Mores et des juifs qui fut ordonnée par les rois catholiques peu de mois après la conquête du royaume de Grenade: deuxièmement l'expulsion des Morisques : ces descendants des Mores, qui avaient reçu le baptême sous les règnes d'Isabelle et de Charles- Quint . furent chassés d'Espagne par ordre de Philippe III, en 1610; on en

clic gli porta, poiclic non sogliono li rè di Spagna maiigiarc cou chi si sia, al mono iii pubblico, sciion ne' "iorni di Natale et Pasqua et in alcuni altri di gran fcsiività o di nozze di dame di palazzo. ehe in quclli niaiigiano scco la regina c gli infanti con la sposa, ehe slà ad un piccolo tavolino appartalo servita dal proprio sposo, il quale suole poi d'ordinario disinar quel giorno eol maggiordonio maggiore del re. Ma la verità del fatto per oui l'infante mangia con Sua Maeslà c perché non lia famiglia a parte ehe lo serva, corne ha l'infante cardinale , clie la mantiene del suo arcivescovato di Toledo : anz'i è opinione ehe mai se gli formera casa , ancorciiè scmpre si vada dicendo di farlo. perche non viva un punto lonlano dagli occlii del rc et perché alcuni de" suoi, cbe lo scrvisscro, non gli persuadasse qualche malvaggio pcnsioro : ehe per qucsto non se gli permette alcun servitore, di qualsivoglia classe, ehe sia dipenilentc da lui, ma si fa servire dai medesinii di Sua Maestà, a sctlimana et qualche volta a giorno, ccceptnato perô il suo privato o aio, ch'é il marchesc del Carpio, cognato del favorito del rc et gcnlilliuoniu dclla caméra di Sua Maeslà.

" Inlendc la Maeslà Sua qualche poco la lingua italiana ; parla, ma non bcnc, la francese c la lalina ; :jiuoca alla pilotta et aile carte, ma per trattcnimento, con la moglie e fratelli et con qualche altro de •<uoi più iiitimi. Non è troppo libérale et gusta d'csser laudato di tulto. Moslra d'esscr pio e divolo délia Madonna j sente messa ogiii matlina ; assiste a lulti i vesperi le vigilie di Nostro Siguore e dcgii Apostoli, et si rnniniuiiica (|ualchc volta ollre i tcmpi coniandati dalla (^liicsa. « (Fol. 2 et 5.)

" Kl piTc'i nii restringcro a dir solo di i|uclli (regni) di Spagna , de quali ho qualche cognitione. (Fol. X.>

comptait 376,000: enfin le grand nombre de personnes qui . chaque année . quittait l'Espagne, pour se rendre aux Indes orientales et occidentales, en Flandre, en Italie et ailleurs : il l'évalue à 40,000 au moins.

Passant à la forme du gouvernement, Striggi ne trouve pas que le roi soit aussi absolu qu'il voudrait l'être aux yeux de ses sujets et même des étrangers, car il existe des capitulations entre lui et ses royaumes, de manière qu'il peut bien faire absolument exécuter les lois, mais qu'il ne peut les altérer sans le consentement des peuples, lesquels toutefois, de temps en temps, par l'avarice de certains particuliers qui les gouvernent et qu'on nomme procuradores , négligent leurs lois et leurs privilèges '.

L'ambassadeur s'étend longuement sur le conseil d'Etat, le premier des conseils de la monarchie: « Ce conseil, dit-il, s'assemble ordinairement » trois fois par semaine, le mercredi, le jeudi et le samedi. Il tient ses » séances dans le palais du roi. Il n'a d'autre président que Sa Majesté » même. Le nombre de ses membres nest pas limité, non plus que celui » de ses secrétaires. Il est à observer que les favoris ont beaucoup empiété » sur l'autorité de ce conseil. »

Les conseillers d'Etat qui se trouvaient à la cour quand Stkiggi la quitta étaient le comte-duc dOlivares, le confesseur du roi, le comte d'Ouate, le marquis de Gelves. le marquis de Flores d'Avila, le comte de la Puebla , le cardinal Zàpata.

Les conseillers absents étaient les ducs d'Albe, de Feria, de Cardoua. d'Alcala, d'Albuquerque, le comte de .Montere}', le marquis de Santa Cruz, le comte de Chinchon, le marquis de Leganes, don Gonzalo de Côrdova.

Sriggi fait le portrait de tous ces conseillers. L'importance du rôle politique que joua le comte-duc d'Olivares m'engage à traduire tout le passage qui le concerne, quoiqu'il soit assez long :

« Don Gaspar de Guzman , troisième comte d'Olivares et premier duc de San Lucar d'Alpechin, qu'on appelle communément le comte-duc, est.

' i' Dico chc iiel suo principio li rc liobbcro più di ripulatione elle di domiiiio c di principale assolutd, conic per taie vorrebbe essor tenulo il re da suoi sudditi e da quelli ancora chc ne lo sono, percbè fra lui cl i delli suoi regni sono capilolate ccrlc loggi c dclerminato modo di governare : di maniera che puô ben cgii assolutamcnte far esequirc le dette leggi, ma non puo già poi alterarle senza il consenso de medcsirai regni, i quali pero, di c]uando in quando. per avarilia ile parlicolari clic li govcrnano, che si cliiamano procuralori di corle, perdono i suoi privilegj e le sue leggi. « (Fol. 10.)

âaS HISTOIRES. RELATlOiNS, MEMOIRES.

comme favori du roi . cette pierre fondamentale sur laquelle s'appuie absolument toute la monarchie dEspagne et ce qui en dépend.

» iNé à Rome, il fut le deuxième fils de don Enrique de Guzman, deuxième comte d'Olivares, chevalier de Calatrava, commandeur de Vibora, gouverneur des palais royaux de Séville, ambassadeur extraordinaire en France, ordinaire à Rome, vice-roi de Naples et de Sicile, conseiller d'Etat et de guerre, et qui descendait de la maison des ducs de Médina Sidonia: de sorte que, quant à la famille, elle est une des nobles d'Espagne.

» Ce comte-duc. au temps de Philippe III, qu'il servit au voyage de France en 161», quand Sa xMajesté accompagna sa fille jusqu'à Irun, et là reçut celle qui devait être sa belle-fille, fut fait gentilhomme du prince qui à présent est roi. Il sut si bien seconder ses inclinations, tantôt par des présents et le prêt de bonnes sommes qu'il se procurait non sans beaucoup de peine, parce qu'il n'était pas très-riche et que ses biens étaient engagés, tantôt en lui faisant plaisir en d'autres choses de son goût, que, aussitôt après la mort de Philippe III, arrivée le 51 mars 1621. Sa Majesté , étant au couvent de Saint-Jérôme, où les nouveaux rois ont accoutumé de se retirer pendant tout le temps que durent les obsèques du roi défunt, le déclara grand d'Espagne : ce qui est la plus haute et la plus sublime dignité de ces royaumes.

» Et comme don Ballasar de Zufiiga, oncle dudit comte-duc, gouverneur du roi quand il était prince et très-eslimé de Sa Majesté, avait été chargé par elle, depuis qu'elle était montée sur le trône, du soin de toutes les écritures et des requêtes, ce qui revient à dire qu'il avait toutes les affaires entre les mains, le comte-duc n'eut pas beaucoup de peine à faire persuader au roi. par le duc de Sessa (lequel depuis il fit congédier de la cour), que don lialtasar étant vieux et ne pouvant plus aisément vaquer à une telle ina*.>,e d'affaires , il serait bien, pour le service de S. M., qu'il lui bit donné un aide; le duc ajouta que le comte d'Olivares, neveu de don Ballasar. serait très-propre à ces fonctions et par sa capacité et par la confiance (|uc son oncle pouvait placer en lui. Et ainsi en fut-il fait, non sans le grand déplaisir de don lialtasar. qui jamais n'avait pensé à cela.

>> Le comte conuuença donc à traiter les affaires et à en rapporter beaucoup à Sa Majesté l ji jour le roi. lisant deux rapports sur une même demande, faits >é|iarcnMMit par le comte et par don Baltasar, à linsu I un de

l'autre, et tout contraires en fait, voulut secrètement, par le moyen du duc de Sessa, qui était grandement aimé de lui. s'éclaircir toucliant celui des deux qui mentait: il trouva que le comte, dans lintérét de certaines dames, avait présenté l'affaire autrement qu'elle n'était, et cela faillit faire perdre à celui-ci ses bonnes grâces : mais, peu de jours après, la faveur du comte redevint non moins grande qu'auparavant par suite de quelques distractions de jeunesse qu'il procura à 8a Majesté. Cependant don Ballasar ne tarda pas à mourir, non sans qu'on répandit le bruit que son neveu avait avancé sa mort, tant pour se venger de ce qu il avait dit au roi contre lui lors des rapports susmentionnés, que pour n avoir pas de compagnon dans le maniement des écritures, qui. comme je l'ai dit. constitue la principale et la plus importante charge de cette cour.

» Don Baltasar mort, le comte resta seul. Il sut si bien gagner de plus en plus l'esprit du jeune roi . que lui furent successivement conférées les charges de grand écuyer et de sommelier du corps ôtées. à son instigation, au duc-d'Uceda, fils du duc de Lerma. de grand maître des postes et de grand chancelier des Indes, de général de la cavalerie d'Espagne, avec le titre susdit de duc de San Lucar d'Alpechin. sans parler d'autres mercèdes et grâces qui chaque année lui rapportent beaucoup de milliers déçus. A quelques-unes de ces charges, soit parce qu'il ne pouvait vaquer à toutes, soit parce qu'il a voulu y introduire son gendre, il a renoncé en faveur de celui-ci : telles sont celles de grand chancelier et de grand maître des postes des Indes et celle de sommelier du corps.

)> Mais, pour en venir aux qualités de sa personne, je dis qu'on ne peut nier qu'il ne soit homme d'esprit et de valeur, et par-dessus tout bon serviteur du roi en tout ce qui ne peut altérer la faveur dont il jouit, et dont il est si jaloux qu'il ne permet à personne à la cour, pas même à ses propres parents, de chercher à s'introduire dans les bonnes grâces du roi. Par cette raison la plupart des grands, aussi bien ceux qui sont ministres que ceux qui ne le sont pas, vivent à l'écart de la cour, d'après les ordres de Sa Majesté, persuadée par lui de les éloigner pour la fin susdite, mais sous des couleurs et des prétextes honnêtes. Il en résulte qu'il est presque universellement haï de tous et aussi de la reine et des infants.- qu'il y en a peu qui l'ainicnt et beaucoup qui le craignent.

» Pour faire connaître quels sont les conseillers qu'il craint, il suffit de

savoir ceux qui sont absents. Il est vrai que jusqua ce moment le comte d'Onate a été présent à la cour, et que son vote est regardé comme prudent et libre : mais il ne manque pas au comte-duc de moyens de se faire seconder par lui. sans qu'il le lui demande: il n'a pour cela qu'à susciter sous main de très-graves prétentions, au nom du fisc, contre la charge de grand maiire des postes de tous les royaumes et Etats du roi, les Indes exceptées, dont jouit le comte de Villamediana^ fils du comte d Ofiate. afin que celuici. de crainte d'une mauvaise issue, si l'atfaire se termine, ou pour qu'elle ne finisse jamais, ou encore pour avoir son appui, soit toujours bien avec lui.

» Il est homme de littérature, politique, et il écrit bien ses dépêches. Il est ami de lui-même et de son opinion, surtout avec les personnes de distinction, et ne soufîre pas d'être contredit, comme il Ta montré, et avec le duc de Buckingham. quand celui-ci vint en Espagne avec le prince de Galles, qui voulait épouser l'infante dona Maria, sœur de Sa Majesté, aujourd'hui reine de Hongrie, et avec le marquis de Rambouillet, que le roi Irès-chrétien envoya en ambassade extraordinaire pour traiter un accommodement des différends qu'il y avait entre la Savoie et Gènes, car jamais ils ne purent sentendre ensemble, lun ne voulant pas céder à l'autre. A la vérité, l'évidence de la raison, quand on la lui fait voir avec adresse et de façon qu'il ne paraisse pas que ce soit pour le contredire, fait grand effet sur lui. car il se complaît à être réputé sage et à être loué, pourvu quil ne s'aperçoive pas que l'éloge soit de la flatterie.

» Il est entêté, vindicatif, superbe, allier, colère : ce qui fait que bien souvent il néglige des points importants des affaires '. Il aime qu'on hii fiisse de grandes soumissions. Il n'estime personne, et à la plupart de ceux qui négocient avec lui il répond impérieusement. Il est désintéressé, ne rece- ^ant de (|ui que ce soit la moindre chose. Il a peu de fixité dans les choix (juil fait de ministres, car bien souvent il les fait passer d'un poste à un autre. Il travaille continuellement : il surveille à tout et veut tout connaître : mais pour qu'il ne paraisse pas qu'il usurpe ainsi sur l'autorité royale, il a pris pour règle de n'écouter aucune personne, les ambassadeurs excep-

' Nims iK' «omnics pas sur d'iivDir birii traduit ici les mots c«v n ru-i- iinpnrtanli (hl iii'/nnn. iiiai.s MOU* n'avoii.'; su Icnir Irniivor un aiilic sens.

tés, qui n'ait d'abord parlé avec le roi : en cela, outre la première fin susdite, il en a une autre, qui est de netre pas ainsi importuné par les audiences de particuliers.

» Il fait profession d'être dévot à tel point que sa dévotion est regardée par bien des gens comme une hypocrisie manifeste , ou comme de la mélancolie; et en effet il parait que les actes qu'il fait quelquefois vont au delà de toute mesure. Chaque matin il entend plusieurs messes dans son appartement: il communie tout autre jour, se réconcilie peu d'heures après; fait manger avec lui un pauvre. Quand il négocie, il récite les Psaumes ou d autres morceaux de piété. Quelquefois il se prosterne la face contre terre et veut que ceux de sfes familiers qui sont présents passent sur son corps, faisant ensuite chanter par son chapelain les répons tout comme s'il était mort.

)> Sa faveur est si bien fondée sur la satisfaction de S. M qu'elle n'a pu être ébranlée le moins du monde par les différentes lettres que des personnes inconnues ont écrites au roi contre lui. ni par beaucoup de pamphlets et de libelles qui se sont trou\"és sur la table même de Sa Majesté, sans qu'on en connut les auteurs. Il n'y a personne qui ait du pouvoir sur lui, excepté quelque peu la marquise d'Alcanices, sa sœur, sur les instances de laquelle il accorde parfois quelque grâce, qui tourne au profit de ladite marquise. Il fait et il peut avec le roi tout ce qu'il veut en quelque genre de choses que ce soit. .\\ec tout cela, ne se fiant pas à la seule satisfaction de Sa .Majesté, il vil craintif et retiré, et veille avec une extrême vigilance à tout, étant particulièrement attentif à ce que personne n'approche le roi, si ce n'est un de ses confidents et qui dépende de lui : s il arrive, par occasion, que quelque autre soit admis auprès de Sa Majesté, il le fait observer par le duc de Médina, son gendre, de sorte que, ne se trouvant pas seul avec le roi, il n ose lui parler que de choses qui n importent pas au comte.

» Non content de dominer absolument la volonté et les affaires du roi, il a fait nommer sa femme camarera mayor de la reine, laquelle avec toute sa cour est. l'on peut dire, gouvernée par elle à la baguette et despoliquement. car elle ne permet à personne de parler à Sa .Majesté ou de lui présenter des lettres ou des requêtes, si elle n'a d'abord été informée de tout. Kl le en use de même avec les dames et les duègnes qui servent ladite

Majesté. De façon que le comte-duc s'applique, par tous les moyens, à se maintenir en possession de la faveur du roi, que, comme l'on croit, il conservera longtemps '. »

' o Don Gaspar de Guzman, terzo conte d'Olivares c prirao duca di San Lucar d'Alpechin, che comuncniente si chiama il conte duca, corne privato del re, è quella pictra fondamentale sopra cui tutta la nionarchia di Spagiia et cio che da quella dipeiide viene assolutaracntc appoggiala.

« Egli nacquè in Roma, figlio scgondo di don Heurico di Guzman, che fù 2° conte d'Olivares, cavalier di Calatrava, commendatore di Vibora, alcaycde dei palazzi reali di Sivilia, ambascialoro straordinario in Francia, ordinario a Roma, vieerè di Napoli e di Sicilia, consigliere di Slalo e di guerra e discendente délia casa dclli duchi di Médina Sidouia : si che, quanto alla famiglia, è dclle nobili di Spagna.

n Questo conte duca, in tempo di Filippo 5°, a cui servi nella giornala di Francia l'anno del C15, quando S. M. andô ad acconipagnare la figlia fino in Irun et a ricevere quivi la nuora, fù fatlo gcntilhuonio dclla caméra del principe che al présente è re, e scppe secondar tanto l'inclinatione sua, hora con rcgali c prestito de buone somme, che a trovaric non l'incomodavano poco, perché non cra molto ricco et quel che haveva cra impegnato, et hora con compiacerlo in altre cose de suoi gusti, che morto che fii Filippo 5", alli 31 di oiarzo del 1621, stando S. M. ncl covento di San Girolamo, dove sogliono ritirarsi li nuovi rè per lutte quel tempo che durano Tcsequie del defunto, lo dichiaro grande di Spagna, ehe c la maggiore et più sublime dignità di quci regni.

n E corne don Baldassar de Zunica , zio del dctio conte duca, aio di S. M. quando era principe, e raolto stimato da Ici, doppo che fù asccsa alla dignila reale, haveva la cura di tutte le scriture e dei mcmorali, ch'è come dire tutto il maneggio in mano, non hcbbe il conte duca molta difBcoltà a far persuadere al re, pcr il duca di Sessa (che poi pcr opéra di lui fù licenciato délia cortc), ch' cssendo don Baldassar veccliio, ne potendo agialamente attendere a tanta machina d'affari , sarcbbe slato bene, per scrvilio di S. M., che se gli fosse dato alcuno che l'aiutasse; soggiungendo che il conte d'Olivares suo nipote era buonissimo, e per la capacità sua, e per la confidenza che di lui poteva haverc il zio : il che fù ordinato , non senza gran dispiacere di don Baldassar, che mai haveva pensata tal cosa.

« Cominciô dunque il conte a maneggiar i ncgotii c consultarne molti con Sua Maestà, la qualc, leggcndo un giorno due consulte sopra una medesima prelcnsionc, faite dal conte et da don Baldassar separataincnte, scnza che l'uno sapesse dclP altro, ma nella sostanza del fatto en tutto contrarie, volse scgrctamente sinccrarsi, per mczzo del duca di Sessa, ch'cra da lui grandemente amato, quai di loro mentisse, c trovô che il conte cra quegli che, per ccrlo interesse di donne, haveva rappresentato il negotio diversamente da quello che stava : onde pat'i gran borasca di perdere la gratia del re, nella quale pcro, di là a pochi d'i, fù interanicnte stahilito, non mancu che prima, per mezzo d'alcuni gusti giovcnili eh' egli mcdesmo procurô a S. M. Ma non passarono molli giorni che don Baldassar mon, non senza qualche raormoratione che dal nipote gli fosse stata procurata la morte, s"i per vendetta d'una parlata ch' egli haveva fait' al re contro di lui , quando succcsse il caso délia sopradetta consulta, come per non Iiaver compagno uel maneggio dclle scritturc, che, come ho detio, è il più principale et il più importante caricu di quella corte.

" .Morto clie fù don Baldassar, rcslô solo il conte, il qualc scppe cos'i bene andar guadagnando di bene in meglio PaniMin del giovane re, che in lui furono confcriti li carichi di cavallerizzo niaggiore

il la conserva en effet prés de douze années encore, jusqu'au 17 janvier 1643. Ce jour-là Philippe IV, partant pour la chasse, lui fit remettre un billet où il lui disait : « Plusieurs fois vous m'avez demandé la permission

c di somilier di corps, lolti al duca d'Uceda, clic fù fîgiio del duca di Lcrma, per opéra pure del iiiedcsinio conte, et col tempo poi quclli di corrier maggiorcc di gran cancelliore dclle Indio, di gcnorale dclla cavalloria diSpagna, col sopradctto lilolo di duca di San Lucar d'Alpecliin, et con altri incrccdi e gralie ehe imporlano raolti niigliaia di scudi ogn' anno. Parle de quel carichi, o pcr non l»)ter attendere a tutti, o pcr inlrodurlo con essi , rinuntiù al gcnero, cioè quclli di gran canccllicre p di corrierc niaggiore dcH' Indie e Taltro di somilier di corps.

» Ma, pcr venire aile parti pcrsonali di lui, dico che non si puô ncgare che non sia huomo di .«pirilo e di valore, e sopra ogn" altra cosa buon servitorc del re in tutto qucUo clic non disturba la sua privanza, dicui c cosi fatlamenlc gcloso clie non pcrdona lanipoco a proprii parcnli, ne permclte nclla corle alcuno che possa introdursi nclla gralia del rc : clie pcrcio la maggior parte de' grandi, taiilo ministri conie non niinislri, vivono lonlano , pcr ordine di S. M., cos'i da lui pcrsuasa pcr il snsdetto fine, ma sollo altri eolorati et honcsti pretesti : onde quasi eoniuneniente è odiato da tutti, cliandio dalla regina e dagli infanti , et pochi sono quclli che Taniano , et niolti quclli che lo tcmonii.

•> Ma per saper poi quali de" consiglieri sieno da lui temuli, basta saper quclli che sono assenli; che se bene il conte d'Ognate assiste fin hora in corte, con opinlonc che il suo volo sia prudente c libero, con tutto ciô non gli nianca modo di farsi sceondare da lui senza che glicle chiogga. col faisuseitare pretensioni gravissime régie contra la niercede di corriere magglorc di tuti" i rcgni c Slati d4'l rc, fuori che quclli délie Indie, ehe gode suo figlio, il conte di Vilamediana, allinchè dubitaiido egli di mal successo , se si fitiissero, Jiabhia senipre da star ben seco, o per non lasciarle mal finiro. o per haverlo propitio.

« E huomo di belle lettere, politico, et mette bene in caria. E amico di se stesso e dclla sua oplnione, massime con personc^ di conlo, ne patiscc d"esser contradctto, corne lo ha dimostralo,e col duca di Boquingan, quando fù a Spagna col principe di Gales, che voleva marilarsî con la infanta donna Maria, sorella di S. M., che hoggid"i è regina d'Ungaria, et con marchese di Rambogliet, clic vi li'i ambasciatore straordinario del christiauissimo pcr trallare accoinodamento délie diflferenzc che passavano fra Savoia c Genova. poiché mai si potcrono concordare insieme, non volendo l'uno céder air altro. Ben è vero che rcvideiiza délia ragiono portatagli con dcstrczza et in lai modo che non paia ehe sia per contradirgli, fa grand" effccto in lui, il ((ualc si compiace d'essere riputalo pcr savio et d"esser laudato a tempo che non conosca che sia adulatione. E teslarudo , vindicativo, superbo, allivo e colcrico : onde bene spesso esce a cose important! del negotio. Ama che gli faceiio gran sonimessioni; non stima alcuno, et alla maggior parte di quclli che ncgoliano seco rùsponde con grande imperio. E desinleressato, né riccve da che si sia qualsivoglia cosa. E poco slablle null tletlioni de ministri, poichè ben spesso li muta da un carico ail' allro. Continuamcnlc ncgolia; a lulto sopra in- Icnde e liillo vuol sapere : ma, perché non paia che si usurpi in lai modo l'autorità regia.lia introilottodi non ascoltare alcuno, ceeellali gli anibasciatori, se prima non ha parlato col re: da che, ollrr il primo fine sopradctto, ne eaccia un' altro, che non è cosi angostialo dalle audicnzc de particolari.

» Mosira d'esser divotu , c tanto che da molti vicn stimala o manifesta ipocrisia, o inalinconia la sua divozione , poichè gli atli ehe alcuna voila fa parc che ceccdano oltre modo. Sente molle messe ogiii

-J6i HISTOIRES, RELATIONS, MÉMOIRES.

» de vous retirer: je me suis résolu à vous la donner el je vous la donne » aujourd'hui, afin que vous alliez là où vous le jugerez convenable pour » le soin de votre santé et pour votre repos. ' )> Il ne survécut pas longtemps à sa disgrâce : une fièvre Tenleva le 22 juillet 1643.

De tous les autres conseillers, le marquis de Leganes est le seul qui ait quelque place dans notre histoire; voici comment Striggi s'exprime sur son compte : « Le marquis de Leganes, qui a servi longtemps en Flandre. » où il se trouve en ce moment, et qui est général de l'artillerie d'Espagne, » est cousin du comte-duc, qu'il seconde en tout et partout. Sa capacité » dans les affaires politiques est médiocre. A ce qu'on dit, il n'est guère dans » les bonnes grâces du comte-duc, qui l'a trouvé intéressé. On le peut » facilement croire : car de rien ou de peu de chose il a fait beaucoup '. »

mattina ncl suo proprio quarto; si comniunica ogii' altio giorno; si réconcilia a ogni poche hore; tiene a maiigiar seco un povero ; e quando negolia.recila i Salmi o allro. Alcuna volta si prostrae pcr terra , e vuole clie quelli di suoi famlgliarii clie sono prcscnti gli passino sopra . facendosi poi cantare dal suo capellano rcsponsi non mono che se fosse niorlo.

■ La sua privanza è cosi ban fondata iiella sodisfalione di S. M. che non liaiino potuto moverla pur un punto le diverse lettere scritte al re da pcrsone incognile coiitro di lui, ne i molli cartelli o libclli fainosi clie si sono trovati sopra le raedesinie tavole délia Macstà Sua, senza sapersenc gli autori. Non si Irova alcuno che possa con lui, eccelto che qualche poco la inarchesa d'.Mcagnizza, sua sorella, ad inslanza délia qualc cgii fa alcuna volta qualche gratia con profitto délia delta marchesa. Fa e puù col re lutto quel che vunlc in qualsivoglia genero di cose. Con lutto cio. non fîdaridosi nella sola sodisfalione regia , vive tcnioroso e riliralo, e sla vigilanlissimu a tutto, parlicolarnienle non lasciando clic alcuno, che no sia suo confidente e dipcndente , si avvicini al re. El se pure, per qualche caso, alcuno vi va , non vienc lasciato d'osservare da! duca di Médina , suo genero , in modo che non trovandosi quel lai a solo, non ha ardire di parlargli d'allro che délie cose clie non impurtano al conte. Il qualc, non contcnlandosi di dominar egli cos'i assolulamente, corne fa, la volontà c le cose dcl re, ha fatlo eleggerc la nioglic per caniariera niaggiorc délia regina, che con lutta la sua corle viene da lai, si puô dire, in virga ferrea e despolicamenlc governata , non permetlendo che alcuno parli a S. M., o le presenti lellere o niemoriali, s'ella prima non à inforniala di lutto; cl il medesinio stile usa pur anché con qualsivoglia di quelle signore e donne che servono la dalla Maestà. Di maniera che procura il conte duca per ogni modo di manlenersi in possesso délia privanza, coiiiC si crcde che vi si manlcrrii per lungo tempo. " (Fol. 14.)

' I.afuente, Hisloria gênerai de Esptimi, t. XVI, p. 515.

' i. Il marchesc di Leganes, c'ha servito molto tempo in Fiandra, dove pure al présente si trova, et ch'è générale dell' arliglcria di Spagna, è cugino del conte dnca, e lo seconda in tutto e per tutto. .Non è di molla capaeilà iicUe cose politiche cl, per quello che si dicc, è in poca gratia del detlo conte ihica, per haverlo Irovato intcrcssato : il clic si puo facilnicntc cicdcre. perche di nieiite o di poco ha f;ill(i niiillo. » (Fol.iS v".}

PHILIPPE IV. -26a

Il y avait deux secrétaires du conseil d'Etat.

Le premier était le protonotaire d'Aragon, chevalier d'Alcantara ', le- (juel. étant venu à la cour en 1628 pour des affaires du royaume d'Aragon, plut tellement au comte-duc que ce ministre le combla de faveurs, et lui fit donner la charge très-importante des consultes, à laquelle il ajouta celle de secrétaire d'Etat avec le département des affaires de Flandre, de France, d'Allemagne et d'Angleterre. Il se distinguait par sa courtoisie, quoique son accueil fût froid. SiRiot;! recommande de gagner ses bonnes grâces, en lui montrant de l'estime : il n'avait pas appris qu'on pût le gagner par des présents '.

L'autre secrétaire était Pedro de .\rze. chevalier de S'-Jacques: il était chargé des affaires d Italie. ^

Après le conseil d Etat l'ambassadeur de Manloue passe en revue le conseil de guerre, le conseil de la càmara , le conseil de l'inquisition, le conseil des finances et de la contaduria , le conseil de la cruzada, le conseil des ordres militaires. Je me borne à extraire de cette partie de son rapport ce qui concerne le conseil de l'inquisition.

« Le conseil de l'inquisition, comme celui qui connaît des choses appartenantes à la foi. est vraiment absolu en tout et partout. Il n'est obligé de rendre compte au roi d'aucune affaire, excepté quand il y a des places à conférer dans son sein. Il nomme lui-même à toutes les autres places.

» Le grand inquisiteur, qui en est le chef suprême, est créé par bref pontifical , mais sur la désignation du roi. C'est une des places les plus considérables de ce royaume, parce que le grand inquisiteur a une juridiction absolue sur tous les tribunaux d'inquisition existants dans les lieux soumis à la monarchie.

•) On donne une si grande autorité à ce conseil sous prétexte de la religion; mais on agit ainsi à la vérité par des raisons d'Etat : car, nonobstant les expulsions faites, comme j'ai dit, des Mores et des juifs, l'Espagne en renferme encore un grand nombre, qui en apparence vivent chrétiennement; pour s'assurer de Icui- conduite, il est nécessaire de les tenir en respect par l'excessive rigueur de ce tribunal.

' ràrrànimo de Villanucva.

• É cnricsc scbcn freddo ; cl sarà hcnè lonerlo seraprc affetlo con inoslrarc di far slima di

lui, chf. donativi non ho sapulo chc ne riceva.... • (Fol. îti v».)

» Le présent inquisiteur général est le cardinal Zàpata '. » Striggi termine son exposé de la forme du gouvernement de la Castille par quelques mots sur les cortès de ce royaume. Dix-lniit villes principales étaient représentées aux cortès, savoir : Burgos, Valladolid, Ségovie. Léon. Toro. Soria, Cordoue, Madrid, Guadalajâra, Gj-enade, Cuenca. Séville, Avila, Zamôra, xMurcie. Jaen, Salamanque, Tolède: chacune d'elles Y nommait deux députés ou procuradores. Quand le roi désirait avoir quelque service extraordinaire du royaume, il écrivait à ces dix-huit villes, leur ordonnant d'envoyer leurs députés à la cour, pour entendre ce que le président du conseil de Castille leur proposerait. Ledit président était le solliciteur de laffaire. Après la proposition faite, il ne manquait pas de promettre en secret aux députés de grandes récompenses ou de grandes faveurs (selon la qualité et l'avarice de chacun d'eux, qui lui était parfaitement connue}, s'ils s'employaient auprès de la ville dont ils étaient les représentants de manière que le roi fût servi comme il le voulait '.

Les procKi'adores rapportaient la proposition à leurs villes respectives. Les corrégidors et régidors, dans lesquels résidait le pouvoir d'accorder ou de refuser, ne désirant pas moins que les procuradores mêmes se rendre dignes des faveurs du roi, accordaient facilement tout ce qui leur était demandé, et cela à la grande destruction du royaume, tant en général qu'en particulier ^

' ■• il consiglio délia inquisilionc, conic quelle che traita délie cose appartencnli alla fede, è veramciite assolulo in lulto c per lulto, uè tienc obligalione di consullar cosa alcuna col re, eccettuatc le piazzc del incdesimo consiglio supremo , che lutte l'altre egli le provede.

" I/iiiquisilor niagfçiorc, ciré il eapo supremo, si fa con brève ponlificio, ma «'on la noniina di S. M., et c una délie maggiori piazzc ili quel regno, pcrclic ticne asiolula giurisdiclione sopra tutti gli altri Iribunali d-inquisitione clio sono nci luoghi solloposti a la nionarchia.

» A queslo consiglio si dà cosi larga mano col prctesto dclla rcligionc : ma si fa per materia di Stato, pcrcir essenilo tultavia la Spagna, non oslanlc l'cspulsioni giii dette de Mori et de giudei, non senza gran quantitb di cssi , che vivono apparcnlemente coine clirisliani, per assicurarsene, è nccessario tencrli in frcno col sommo rigore di (|UCsto Iribunale, di cui al présente è inquisilor générale il cardinal Zapata. » (Fol. 29.)

• « .... No lasciando di promcltere a ciascheduno in segrelo grau prcmii o gran mercedi, o d'utile o di honore, secondo la qualilii o l'ararilia di ciascheduno, che mollo ben nota ad detio présidente, se si adoprrcranno iu modo con le suc citti che S. M. rimanga scrvita.... " (Fol. 5t.)

• ■. Li corrcgilori et reggitori, a cui sta di negare o di conecderc, comc capi del governo, non

sono manco inleressati di qucllii che sono gli siessi procuratori per le mercedi elic aiieh' cssi sperano

PHILIPPK IV. 267

L'ambassadeur s'occupe ensuite du gouvernement des royaumes de Portugal, d'Aragon, de Navarre et de Galice, des Indes occidentales, des royaumes de INaples et de Sicile et de l'Etat de Milan; à cette occasion, il fait connaître la composition et les atliibutions des conseils de Portugal, d'Aragon, des Indes et d'Italie qui résidaient à la cour. Il conclut ainsi cette partie de sa Relation : « Parce que j'ai dit jusqu'à présent touchant le " gouvernement politique des royaumes d'Espagne, on peut facilement » comprendre qu'il existe des conseils pour toutes les affaires : mais ils ne •' sont pas libres dans leurs opinions, et dans les choses d'inqiortance le >' comte-duc est celui qui fait tout, sans que personne ose le contredire. » pour ne pas se voir privé de sa charge ' »

Suit la description de la maison du roi et de celle de la reine. La maison du roi était organisée selon 1 ancien usage de la maison de Bourgogne. Elle se composait

D'un grand maître, qui était le duc d'Albe, avec douze autres maîtres ou majordomes;

D'un sommelier du corps, le duc de .Médina de las ïorres. avec un nombre indéterminé de gentilshommes de la chambre;

D'un grand écuyer, le comte-duc d'Olivares, avec son lieutenant, quatre écuyers participants [cavallerizi parlecipanti) et huit d'honneur:

D'un grand veneur, le marquis d'Alcanices, beau-frère du comte-duc. avec deux lieutenants et un grand nombre de veneurs;

De trois capitaines des gardes avec leurs lieutenants et cent soldats chacun, savoir : le marquis de Povar. capitaine de la garde espagnole; le comte de Soire, capitaine de la garde flamande et bourguignonne; le comte de Sàstago, capitaine de la garde allemande;

De soixante gentilshommes de la bouche et soixante de la maison;

De cinquante moiUeri d'Espinosa , qui étaient les gardes de la chambre quand le roi et la reine dormaient:

dal rc; conccdono facilmente tuUo cio chc si vuok', et cio cou gran «lislruttionc de rrgiii, tanio iii univcrsalc comc in parlicolare.... » (Fol. 34.)

' ■" Da quello che fin' liera lio dello inlonio al modo del goveruo politico dei regiii di Spagiia ,

si puo facilmcnle comprendcrc clic lutto c consiglio, ma pcro no libcro, poi chc nellc cosc d'iniportanza il conle duca è quel solo clic fa, ne si trova chi liabbia ardirc di contradirli seiiza la pcna délia privatione dcl carico.... » (Fol. 40 v.)

268 HISTOIRES. HELVHONS. MÉMOIRES.

De vingl-fjuatre pages et douze menins:

D'un contrôleur, avec un grand nombre de personnes attachées aux bas ollices :

D'un grand chapelain et de cent cinquante personnes pour le service de la chapelle.

A lexceplion de la chapelle, toute la maison du roi était subordonnée au grand maître.

Quand le roi se montrait en public, les trois compagnies des gardes l'escortaient: la garde espagnole marchait devant, la garde flamande entourait la personne royale, la garde allemande allait derrière.

La maison de la reine, réglée selon l'usage de Castille, n'était guère moins considérable que celle du roi. La reine avait pour camarera mmjor, comme on la vu plus haut, la fenune du comte-duc.

« De tous ses serviteurs, — dit 1 ambassadeur de Mantoue — le comteduc, le duc de Médina de las Torres, son gendre, don Luis de Haro, son neveu, et le marquis d Alcanices, son beau-frère, sont les seuls avec lesquels le roi cause familièrement. Les trois derniers ont part aux plaisirs secrets de S. M. : mais aucun d'eux n'est entremis des affaires, à l'exception du duc de Médina, que son beau-père y a introduit peu à peu: que déjà il a fait gouverneur du conseil d Italie, à cause de l'absence du comte de Monlercv. et du conseil des Indes, qui n'a pas de président pour le moment '. »

Le comte Striggi, examinant létat des affaires d'Espagne \ ne le trouve pas bon. par plusieurs raisons quil donne, indépendamment de ce que le roi n'a d'autre volonté que celle de son favori, et que celui-ci. dans beaucoup de choses importantes, ne prend d'autre conseil que le sien '\

' .■ Il rc ili tutti i suoi scrvilori non conversa famigliarnKMite con ncssuno, ecceto che roi conte duea. col tluca di MeJina de las Torres, suo geiiero, con D. Luis do .\ro, suo nipote, et col marchesc di Alcagnizza, suo cognalo; et sono quclli i Ire ultimi ehe sono partecipi de gusti segreti di S. M. : ma ncssuno de sopraJelti ha niano nri ncgolii, eccelluato il duca de Médina, il quale a poco a poco vienc inlrodollo in cssi ilal suocero, chc già Tlia fatto governalore del consiglio dltalia, per l'absenza dcl conte di Moiilcrey, c di quello d'India, che non ha présidente per hora •> (Fol. ii.)

' § intitulé DelU) slulo délie cose di Spagna.

' « Cerlo che non è buono, poichc, oitro chc il rc non ha allro volerc che quello del favorito.

PHILIPPK l\. 269

« l^a Castille — ainsi s'exprime Striggi — témoigne universellemenl d'être mal satisfaite du gouvernement, qu'elle appelle malheureux, de ce roi: elle dit que sous son règne rien de bon nest arrivé: elle se plaint en particulier du trop de pouvoir du comte-duc, des impositions extraordinaires dont elle est chargée, du peu de faveurs qui sont accordées à ceux qui les méritent, tous les avantages, ou du moins la majeure partie de ceux-ci , étant réservés pour les parents et les partisans du favori. Aussi presque tous les grands, dégoûtés, vivent-ils loin de la cour, et ceux qui y restent n'ont-ils aucune espèce d'autorité.

n lia nation entière éprouve encore un autre et profond mécontentement causé par le dommage notable que lui fit souffrir, il y a deux ans. rabaissement de la monnaie, quand, à Pimproviste, contre l'avis de plusieurs conseillers, elle lut réduite à la moitié de sa valeur: d'où il résulta que celui qui avait dix le matin n'eut plus que cinq le soir. Dommage dont on peut apprécier toute la portée . si Ion calcule que le chiffre de la monnaie abaissée ainsi s'élevait a quarante millions.

» Tous ceux qui trafiquent aux Indes Occidentales sont de même trèsmécontents, parce que de temps en temps le roi se sert d'une partie de Targent qui vient de là-bas pour eux ' »

Malgré cela et les dégoûts publics {disgiisti pnblici).STv,iGGi reconnait que le roi obtient des Castillans tout ce qu'il veut, soit que cette nation soit véritablement fidèle et obéissante, soit, comme il la dit déj:i . par l'ava-

el (luesto in molle cose imporlaiiti si govcrna col suo miIo consiglio. apparirh anchè ila (iiiclio lii piii elle qui apprcsso brcvemcnte ne dirô » (Fol. ti v".)

' i. La Casliglia luostra uiiiversalmeiile d'csscre mal soclisfalta dol govcrno, clie eliiama infelice, di queslo rc, dicendo chc solto di lui non è mai succcdula cosa buona ; et p;irlicolarmeiilc si duole dcl Iroppo polcrc del conte diica, dalle straordinaric gravozze che patiscc c délie poche racrccdi chc vengono fatle a chi ne ba il nierito, dandosi ogni cosa di buono, o la maggior parte di esso, a soli parenti e parliali dcl privalo, chc percio quasi tutfi grandi dJsgnstati vivono lonlani dalla corle, et quclli cbe vi sono non haniio alcuna iniagiiiabile auïorità.

■1 lia anchè Punivcrsaie un' allro scntinienio grande, causalogli dal danno notabilc che, due anii; sono, senti colla bassa délia nioncla, quando improvisaniente, contro il parère d'alcuni consiglieri, si ridussc alla meta del prezzo che corrcva : da cbe nacque che chi haveva dioci alla inallina, resto con cinque soli la sera. Danno cosi grande corne si puô comprendere dalla quanlità della delta moneta che fil bassata, che asccndeva al piè di 'iO niilliuni in lullu.

» Restano anchè malissinio sodisfatti tutti quelli cbe tralUcano aile Indie Occidentali, perché di quando in quando S. M. si valc di parte del contante che di là vicne per loro • (Fol. ib.)

970 HISTOIRES. KELATIO>S. MEMOIRES

rice des procuradutes envoyés aux. coilès et des reifidores des villes, qui se laissent gagner.

» Le Portugal n'est pas content non plus; le peuple et les trafîcants ressentent un déplaisir extrême des prises que font les Hollandais et les Anglais de leurs marchandises, et bien souvent de leurs colonies mêmes.... Les nobles. (|ui sont altiers de leur nature, supportent mal volontiers la nécessité de venir, avec tant d'incommodité et de dépense, solliciter leurs prétentions à la cour, où ils obtiennent |H'u de chose. En outre, il n'est auprès du roi personne de leur nation qui ail le moindre pouvoir

» L'Aragon, la Catalogne, la Navarre, le royaume de Valence, ne sont guère plus satisfaits que le Portugal.

» Les Indes Orientales et Occidentales, outre le dommage que leur font éprouver les Hollandais, se plaignent d'être accablées d'impôts et opprimées par les ministres.

» Les Etats de Flandre, habitués, depuis tant d'années, à souffrir les maux de la guerre, semblent y être devenus insensibles : mais, loin qu'ils soient utiles au roi. il y consomme une excessive quantité de gens et de deniers de tous ses autres royaumes et pays '. »

Striggi croit inutile de parler des royaumes de Naples et de Sicile et de l'État de Milan, sur les(|ucls le duc son mailre a de meilleurs renseignements que ceux quil pourrait lui fournir.

L'ambassadeur s'occupe ensuite des rapports du roi Philippe avec le saint-siégc, la république de Venise, les ducs de Mantoue et de Savoie, le yrand-duc de Florence, les ducs de Parme, de 3Iodène, d'Urbin, les répul)li(|ues de Gênes et de Lucques. Selon lui les Espagnols regardaient le pape' comme leur ennemi, et le tenaient pour français : mais ils ne le craignaient pas, persuadés qu'ils avaient le pouvoir de se faire respecter de lui et. s'il ne voulait pas être avec eu.\. de le forcer du moins à la neutralité' ..

' » Li Slali (li Kiaiuira, avczzi da tant' aiiiii a (iucsl:i |iartea supportaro la gucrra e gl'iiiroiiiiiioili ili quclla, parc che no la soiitano più ; ma non servono d'allru al ro clie di gravissima et ccccssiva spcsa, col consumu non tanto dclli gcnli corne do danari di Uttti gli altri rcgni c Slali di S. M. " (Fol. -18.)

" Urbain Vlll.

• " Il papa vicne stimalo da Spagiiuoli per loro iicmico, el lo loiigono por franccsc : cou tullo cio

PHILIPPi: IV. -27^

Les forces de mer et de terre du roi, les récompenses qu il peut accorder, les revenus qu'il a, sont les dernières matières dont le comte Striggi traite dans sa Relation. Il nous apprend que la flotte ordinaire d'Espagne, de la mer Océane, consistait en seize galions et vingt navires marchands divisés en deux escadres: qu'il y avait en outre, dans le port de Lisbonne, six navires d'une grandeur si démesurée que chacun d'eux en pouvait faire trois; que les ports de Biscaye fournissaient une flotte de vingt-cinq à trente navires; que le roi pouvait équiper dans la Méditerranée jusqu'à cent galères.

Les foices de terre de ce monarque n'étaient pas aussi considérables que le nombre et l'étendue de ses Etats l'auraient fait supposer : d'Espagne et d'Italie il lui eût été dilTîcile de tirer plus de 50.000 soldats.

Aucun prince n'avait à sa disposition autant de moyens de récompenser ceux qui le servaient : outre des milliers d'emplois qu'il donnait dans toutes les parties du monde, il avait à conférer vingt charges de vice-roi et cinquante-six de capitaine général . quinze archevêchés et quatre-vingtsept évéchés dont le revenu total était estimé annuellement à 2,430,000 ducats: il avait à distribuer les commanderies des ordres de Saint-Jacques. de Calatrava. d'Alcantara, de Montesa, du Christ de Portugal, qui rapportaient 704,000 ducats chaque année, etc.

Quant aux révenus du roi, Striggi en fixe le chifTre total à 26,200,000 ducats, dans lesquels la Castille entre pour 6.000,000, les autres rovaumes d'Espagne et les provinces d'Italie pour 11.000,000. les Indes, les ordres militaires et ditférentes impositions pour 9.200,000 écus. Ces revenus, presque tous engagés, sont insullisants : aussi le roi est-il obligé de recourir souvent aux hommes de négoce, qui sont génois et portugais, et il lui en coûte quelquefois, par l'inexactitude avec laquelle il s'acquitte, jusqu'à cinquante pour cent et plus. D'où il résulte que la couronne va s'endeltant de plus en plus, quoique le roi vende continuellement beaucoup do choses dans toutes les parties de la monarchie '.

nioslrano di lenier poco di lui, giudicando di piiU'rlo k'iicr iji freiio cl iicnlr.ilc. cuiando im par-

lialc " (Fol. *8 V».)

' <■ Il clic fa clic la corona si va scinpre nia;;giormciitc impcgiiando, niui nslauli- clic di con-

llnuo si veiulono molle cosc in tuUe le parti de suoi rcgui • (Pol. CO.)

272 HISTOIRKS. RELATIOfNS. MEMOIRES

Gaignières 686.

74. — Kelatioii de remprisoimement et liberté de monsieur le prince de Barbançon, etc.. avec une ample deffence et preuves de son innocence.

Grand in-i°, pap., rcl. cii parchoiniii, o4 foiiillols non colés, ociiture du XVII' siècle.

Les six premiers feuillets contiennent une lettre adressée par le prince de Barbançon (Albert de Ligne) à Pbilippe IV. sans date.

I<]nsuite vient une Relation des procédures et poursuittes faitles à l'instance des gens du roy contre le seigneur prince de Barbanson . résultante et justifiée par les pièces y mentionnées.

Albert de Ligne fut arrêté le 28 avril 1634. comme suspect d'avoir pris part à la conspiration des nobles belges contre l'Espagne: on lui fit son procès, et pendant plus de huit années on le retint en prison, bien qu'il n'y eût aucune preuve des faits dont il était accusé . comme le déclarèrent unanimement les juges auxquels sa cause fut déférée.

J'ai, dans la Biographie nationale*, raconté, d'après des documents authentiques, larrestation, l'emprisonnement et la mise en liberté du prince de Barbançon.

Le manuscrit Gaignières 686 contient, sur la conspiration des nobles, des détails qui ne sont pas connus.

' Tome I, I8(i6, col. 090-0!li.

75. — Relacion de los sucesos de las armas de S. M. Catôlica el rey don Felipe IV. nuestro senor. gobernadas por el exceleiitisimo senor don Francisco de Melo, marqués de Tordelagiina. conde de Assumar, del coiisejo de Estado de Su Mag^. gobernador, lugarteniente y capitan gênerai de los Estados de Flândes y de Borgoiîa, de la campafia del ano de 1643: dirigida â S. ^I. la !<eina régente de Francia por G. C. (Relation des succès des armes de S. M. C. le roi don Philippe IV, notre seigneur, sous le commandement du très-excellent seigneur don Francisco de Mello. marquis de Tordelaguna , comte d'Assumar. du conseil dEtat de S. M., gouvei'ueur. lieutenant et capitaine général des Etats de Flandre et de Bourgogne, pendant la campagne de 1643: adressée à S. M. la Keine régente de France par G. C).

In-fol., pap., rel. en parchemin, 51 feuillels, écrilure du Icnips.

I^a Relation est précédée de cette lettre d'envoi :

« A Sa Majesté la Rei>e RÉGE^TE de Fra.\ce.

" Sacrée Majesté, considérant le zèle que j ai au service de Voire Majesté, je n'ai pu laisser d'envoyer la Relation des succès des armes du roi catholique, mon seigneur, comme frère de Votre Majesté, en ses Pays-Bas. Je dépose maintenant à ses pieds royaux, avec toute humilité . la Relation de

l'année passée 1643

» Espérant que cette petite œuvre et relation sera agréable à Votre Majesté, puisqu'elle est une marque du zèle que j'ai pour son service, je prie Dieu de conserver Votre Majesté en la santé et longue vie qui sont nécessaires à la chrétienté. Et je demeure

» Le moindre des serviteurs et vassaux de Votre Majesté,

■> G. Cardi.nael, 1644 '. »

Le signataire de cette lettre est-il l'auteur de la Relation, ou n en est-il que le copiste ?

Jai déjà posé cette question, sans essayer de la résoudre, dans les i\otices et Exlrails des !\Jam(scrits des Bibliothèques de Madrid et de l'Escurial qui concernent l'histoire de Belgique', à propos des Relations, rédigées par le secrétaire Jean-Antoine Vincart. des campagnes des années lt)33 à 1649 dans les Pa} s-Bas.

Après y avoir réfléchi, je suis d'opinion que l'auteur de la Relation est Vincart, et que Cardinael s'est borné à la copier, par les raisons suivantes: I" Il est avéré que V incart avait écrit la relation de 1645 ; 2° le récit envoyé à la reine Anne d'Autriche par Cardinael ressemble, pour le fond et pour la forme, aux relations de Vincart qui existent à Rruxelles, à Madrid et à .Munich; 3" Cardinael est un personnage tout à lait inconnu.

Quoi qu'il en soit, voici une traduction abrégée de la Relation.

Don Francisco de Mello était revenu à Bruxelles, à la tin de 1642, après avoir tenu la campagne pendant sept mois, reconquis les villes de la Bassée

' •' A Su M.\G° LA Reyna begeme de Franci v.

" Sacra .Magcslail , consiilcranilo cl zelo que tciigo al servicio de V. M., yo iiuii lu' punliilo lic.xar à oiiibiar la Uclacioii ilc los siicccssos de las armas dcl rcy cathôlico, iiii sefior, coino licnnano de V. M.. t'M sus Ksiados Baxos. Offrcsco agora à sus roales pies ron loda liuiuildad la Relacioii ilcl afio passailn de lOiS

" Y cspcrandu (|uc csia pei|ucùa obra y rclacioTi sera ayradadu à V. .M., pues son los scilalcs dcl 7,clo que Icngo à su servicio, rucgo à Uios (|iic conserve V. M. con la sulnd y larga vida que la crisliamlail lieue mciicsler. Y qucdo

' De Vuesira .Ma^cslail cl nuuor de sus criados y vasallos,

■ Cl. (^tiiDiMKi. (avec paraphe), KiJI. ' P..Ke I7(i.

PHILIPPE IV. 27fi

l'I de Lensi. gagné une halaille contre les Français et empêché les troupes (le Hesse et de Weymar de pénétrer dans les Pays-Bas.

A peine de retour, il s'occupa de mettre ordre aux affaires du gouvernement (jui étaient fort arriérées, assistant en personne aux assemblées du conseil d'Etal, où il introduisit le trésorier général des linances François Kinscliot, que le roi avait nommé membre de ce conseil, en récompense de son mérite et de son zèle.

Les préparatifs de la c.ïnipagne suivante furent en même temps l'objet de ses soins. Secondé du conseil des finances et des étals des pro\inces, qui accordèrent des subsides extraordinaires, et ayant obtenu des négociants portugais, à Anvers, une avance de 300,000 écus, il fut en état de pourvoir à tout.

Il appela à Bruxelles les gouverneurs des places frontières, et se fit rendre compte par chacun d'eux de l'état de celle qui était confiée à sa garde : il leur donna les instructions et leur fournit les moyens dont ils a>aienl besoin.

Il fil les dispositions nécessaires pour que les différents corps de troupes quittassent leurs garnisons et fussent rassemblés dans les lieux désignés à cet effet pour le 23 avril, à l'exception des compagnies d'hommes d'armes, qui devaient l'être seulement au 20 mai. Il voulait prévenir les Français et les Hollandais, et attirer les premiers là où il jugerait plus avantageux de leur faire une guerre*offensive.

Il i)artit de Bruxelles le ili avril, après avoir, selon les ordres du roi. déclaré le duc d'Albuquer(jue général de la cavalerie des Etats de Flandre, le prince de Ligne général des hommes d'armes en remplacement du comte de Bucquoy, destiné à un poste plus élevé; don Alvaro de Mello général de l'artillerie de l'armée de France, et le marquis Sfondralo général de l'artillerie de l'armée de Brabant.

Il alla d'abord inspecter les places maritimes de Flandre. Bruges. Ostende, Nieuport, Dunquerque; de là il se rendit à Lille.

Il nomma le comte de Fontaine meslre de camp général pour servir près de sa personne dans l'armée de France, cl confia le commandement de l'armée de Brabant au général de l'artillerie don Andréa Canteimo, aussi avec la qualité de mestrc de camp général.

Les premières troupes qui arrivèrent à la place d'armes de Fauquem-

berghe en Artois furent-les six régiments d'Espagnols des mestres de camp duc dAlbuquerque, don Alonso de Avila, don Antonio de Belandia, le comte de Villalva, le comte Garcies (sic) et don (ieorge de Casteivi; les trois régiments italiens du marquis Visconti. de don Alonso Strozzi et de don Giovanni de Liponti; les trois régiments wallons du prince de Ligne, du mestre de camp Ribaucourl et du mestre de camp de Granges. Tous ces corps étaient placés sous le commandement du duc dAlbuquerque.

Les troupes qui arrivèrent à la place d'armes de Quiévrain , pour élre commandées par le comte de Bucquoy, lurent, indépendamment de son régiment de cavalerie de douze compagnies que conduisait son lieutenant-colonel M. de Valence, soixante compagnies de chevaux et quatre régiments d'infanterie.

Enfin celles qui arrivèrent à la Sambre, et dont le commandement avait été donné au comte d'Isembourg, furent les troupes de l'armée d'Alsace , consislanten cinq régiments d'infanterie et six de cavalerie, avec un régiment de Ooates et quelques compagnies libres '.

Dans ce même temps partit de Bruxelles le marquis dtlste avec le corps du sérénissime infant cardinal don Ferdinand d'Autriche, qu'accompagnaient tous ceux qui avaient été au service de ce prince. Ce cortège traversa la France, pour se rendre en Espagne.

(lependant le roi de France avait résolu de rassembler, cette année, des forces considérables, et de faire un grand effort contre la monarchie d'Espagne, pour oter au monde l'opinion qu'il avait été jusque-là soumis aux volontés du cardinal de Richelieu ■ : c'était surtout contre le comté de Bourgogne qu'étaient dirigés ses desseins.

Dès qu il eut avis des dispositions que faisait le marquis de Tordelaguna, il ordonna la formation de trois armées : l'une de Picardie, sous les ordres du duc d'Engliien; la seconde de Champagne, sous ceux du comte de Guiche; la troisième de Bourgogne, sous ceux du maréchal de la Meilleraye. L'armée de Picardie se rassembla entre Amiens et Abbeville, celle de Champagne à Maries, celle de Bourgogne entre Langres et Chaumont.

' .• . ... Y alguriîis companias libres.... ■> (Fol. l v°.)

* K P.ira quitar .il munilo In npiiiion que aya cstailo .«ubjectcp à las voluntadcs dcl cardeiial di-

Rischelù.... i (Fol. 3 v.)

Sur ces entrefaites le roi Louis toinlja malade, et sa maladie devint si grave, en peu de jours, qu'il fit son testamenl. par lequel il institua la reine régente de France, le duc d'Orléans lieutenant général de la régence et chef du con.seil, le prince de Condé chef du conseil en son absence, le cardinal Mazarin, le chancelier, le surintendant des finances Boutelier et le secrétaire d'Etat Chavigny chefs du même conseil.

Le marquis de Tordelaguna était toujours à Lille, attendant qtu' les pluies continuelles et le temps froid qu il faisait lui permissent d'entrer en campagne. Le temps sétanf amélioré, il se rendit successivement à la Bassée, à Carvin. à Douai et à Valenciennes : ce fut sur ce dernier point qu'il rassembla toutes ses troupes. Dans cet intervalle il alla complimenter la duchesse d'Orléans, qui rentrait en France, et lui fit rendre toute sorte d'honneurs.

Informé (juc le roi de France en\o\ait une armée vers le comté de Bourgogne, et une autre armée de 10,000 hommes en Catalogne, il résolut de pénétrer lui-même en France, pour faire une diversion utile aux autres Etats de la monarchie. Rocroi fut le lieu qu'il choisit pour l'exécution de ce projet.

Lorsqu'on en eut avis en France, on donna l'ordre aux troupes qui se dirigeaient vers le comté de Bourgogne et la Catalogne de faire halte, afin de les opposer à l'armée espagnole des Pays-Bas.

Le roi Louis \1II mourut le 14 mai 1643. Le l.o la reine vint à Paris avec le nouveau roi Louis XIV. et fut reconnue régente par le parlement.

Le marquis de Tordelaguna donna ordre au comte d'isembourg d'aller investir Rocroi. et au baron de Beck d'investir eu même temps Cluîteau- Regnart, situé sur la Meuse. Le comte prit position devant Rocroi dans la nuit du {"2 au 1.5 mai. Cette ville avait pour garnison iOO soldats et 100 fusiliers.

Tordelaguna. ayant laissé un corps de troupes, sous le commandement du comte de Fuensaldana, pour couvrir l'Artois contre les entreprises des armées françaises postées vers Amiens et Abbeville. marcha lui-même avec le gros de son armée vers Rocroi. Il arriva en vue de la place le iS mai : après l'avoir reconnue, il distribua les quartiers des troupes, et fit les dispositions nécessaires pour l'attaque.

Il se flattait d'emporter la place en trois ou quatre jours . et ne suppo-

278 HISTOIRES. Ri:i.Vn<)>S. MOlOiRES

sait pas que les armées françaises, si éloignées l'une de l'autre, pussent se réunir à temps pour la secourir. Dans la nuit même du la au 16 la tranchée fut ouverte.

Cependant, à la nouvelle de 1 investissement de Kocroi, le duc d'Enghien avait fait marcher ses troupes de ce côté avec la plus grande diligence, et envoyé des courriers aux généraux des autres corps d armée pour que. avec la même diligence, ils vinssent le joindre. Il arriva le 18 en vue de l'armée espagnole, ayant fait douze lieues ce jour-là. 11 avait avec lui le maréchal du Hallier. le. maréchal de camp marquis de la Ferlé-Senneterre et le maréchal de camp Gassion, lieutenant général de la cavalerie.

Déjà (ouïes les demi-lunes de la place étaient gagnées et les assiégeants se disposaient à donner l'assaut. Tordelagiina. averti que les Français nclaient plus qu'à une petite distance de ses lignes, crut devoir appeler près de lui le comte d'isembourg . ainsi que le général de l'artillerie don Alvaro de fiazan. 11 expédia en même temjis des courriers au baron de Beck. afin qu'il accouru! avec toutes ses forces. Les pièces qui étaient dans les batteries de siège furent attelées et amenées au quartier général.

.\yant examiné, avec les comtes de Fontaine et d'isembourg. le duc d'Albuquerque et don Alvaro de I\Iello. les positions où il pouvait le plus avantageusement attendre l'ennemi, le marquis résolut de marcher à sa rencontre, de passer le marais par lequel il en était séparé, et de gagner une éminence qui dominait la campagne. Le temps lui manqua pour l'exécution de ce plan. Il se décida alors à ranger son armée en bataille, et ordonna au comte de Fontaine, comme meslre de camp, de la disposer dans le meilleur ordre qu'il jugerait convenir. Le général de la cavalerie et le général de l'artillerie devaient placer, le premier ses escadrons, et l'autre ses pièces, selon les ondulations du terrain

Le comte de Fontaine nn't à lavant-garde cinq bataillons d'Espagnols, avec deux pièces il'artillerie entre chaque bataillon: au corps de bataille, deux bataillons d'Italiens et un de Bourguignons: à l'arrière-garde, cinq bataillons de Wallons, et la cavalerie aux deux ailes. La réserve fut formée de cinq bataillons d'Allemands. On supposait à l'ennemi l'intention de secourir la place, et non celle de livrer bataille, dans les conjonctures où était la France par la mort de son roi : c'est pourquoi le comte de Fontaine éter)dit considérablement son front.

l'nii.ii'f'i; i\ 279

Don Alvaro de Mello disposa l'artillerie de inaiiière à croiser les hataillons et les escadrons ennemis. Le mesirc de camp don Ballasar Mercader, avec une bonne troupe de niousqueterie. l'ut placé en embuscade derrière des haies et des bois près desquels les Français devaient passer.

Tandis que les deux armées commençaient à se canonner, les Français tentèrent de faire entrer dans la ville un secours d'infanterie et de cavalerie; mais ils n'y réussirent pas. Ils renouvelèrent un peu plus lard celte tenlalive, sans élre plus heureux. Il élail cinq heures de l'après-midi hu^que l'armée espagnole vit toute l'armée française rangée en balaillo devant elle. La nuit approchait. Deu.\ fois il avait été (juestion de charger les Français : mais, comme Tordelaguna eut avis que le baron de Beck s'avançait avec ses troupes, on jugea convenable d'amuser l'ennemi jusqu'au lendemain malin.

Pendant la nuit les deux armées conservèrent leurs positions respectives. Le marquis parcourut à cheval le front des troupes, et les excita à faire leur devoir, sans se laisser elîraver par la canonnade, quoiqu'elle fit assez de ravages dans leurs rangs.

A la pointe du jour le général (iassion vint reconnaître l'armée espagnole. Le marquis ne larda pas à donner le signal de la bataille, après avoir de nouveau excité les chefs de ses troupes à vivre et mourir pour leur roi, et les soldats à donner des témoignages de leur valeur accoutumée.

Le duc d'Alhu(juerque, qui occupait la gauche avec sa cavalerie, commença l'action. Secondé de ses lieulenanls généraux don Juan de Vivero et tlon Pedro de Villamor, il chargea avec tant d'impétuosité le coips de cavalerie française qui lui était oppose. (|u il ronq)it son a\ant-garde, traversa deux régimonls d infanterie et a^ri^a jusqu'à l'arlillcrie, dont il se rendit mailre. après avoir tué el lait |)risonniers un nombre considérable d'ennemis.

Dans le même temps, et à la droite, le comte d Isembourg, conduisant la cavalerie de l'armée d'Alsace, atta(juu la cavalerie qu'il avait en face de lui, et la rejeta jusque bien avant sur Tinfanleric qui la soutenait.

Des cris de victoire se faisaient déjà entendre dans I armée espagnole, lorsque les Français tirent avancer au secours de leur avant-garde des forces supérieures en infanterie et en cavalerie. (Chaque bataillon d'infan-

terie avait deux escadrons de cavalerie à ses ailes. Grâce à ce renfort, les troupes de l'avant-garde qui avaient été défaites se reformèrent derrière le corps de bataille, et revinrent à la charge.

La cavalerie espagnole ayant ainsi à tenir tète à l'infanterie et à la cavalerie françaises, et ne voyant pas s'approcher l'infanterie du roi, plusieurs escadrons prirent lépouvanle. et le désordre commença de se mettre dans leurs rangs'. Alors, malgré les prodiges de valeur que firent le général, les lieutenants généraux et les capitaines, cette cavalerie fut enfoncée, et les Français pénétrèrent jusqu'aux cinq bataillons espagnols qui étaient à lavant-garde. Là un combat des plus meurtriers s'engagea. Le comte de Fontaine, les mestres de camp comte de Villalva et don Antonio de Belandia et plusieurs capitaines y furent tués. L'infanterie espagnole n'en demeura pas moins ferme comme une muraille, sans que l'ennemi put la rompre ni la faire reculer d'un pas ^

Don Francisco de Mello accourut, et sa présence ranima le courage des soldats. Plusieurs escadrons qui battaient en retraite se retournèrent vers lennemi.

Don Gaspar Bonifacio. capitaine des gardes, attaqua deux gros de cavalerie ennemie avec une telle ardeur qu'il les mit en déroute; don Juan de Borja avec ses deux compagnies tailla en pièces un bataillon d'infanterie française: don César Toralto rompit un escadron de plus de 300 chevaux: don Virgilio Ursini défit un autre escadron.

A la droite, le comte d'Isembourg. ayant forcé ses escadrons et régiments allemands à montrer visage à l'ennemi, et les ayant lui-même conduits à la charge', arrêta le mouvement de la cavalerie française, à laquelle il fit subir de grandes pertes.

Mais bientôt le duc d'Enghien fit avancer son arrière-garde et sa réserve: et alors, nonobst.mt la valeur que déployèrent ses chefs, la cavalerie espagnole fut mise en déroute.

' • I.a cavallvria ilo Su .Mag'', viémluse caiyaila ilc iiifaiitcria y oavalkria fraiict-sa y hecliaiulo de ver que la infaiilcria de Su Maj;'' no se adolaiitava, alguiios csquadrimes loinaroii el espantu, y oiiipoçaroii à desordeiiarsc. ■■

' " Qucdando los diclios balalloiifs tsparioU"^ liniics cimiio una luuralla , siii que los pudieroii

rompcr ci discompoucr de uii passo. ■

' '■ El cofidc de lsciiil)urquc junlù .«us (•sqnallrollC^ \ irgicnirnlds ak'inaiirs, y les forro à liacer

cara; y llrvàndolos el misino a peloar • ,

PHILIPPE l\ . 281

Les Français altaquèrent de nouveau linfanterie espagnole; la Irouvanl inébranlable, ils chargèrent linfanterie wallonne et allemande, qu'ils rompirent bataillon par bataillon, après une résistance opiniâtre.

Les mestres de camp des régiments wallons combattirent avec tant de bravoure et se défendirent si vaillamment que du régiment du mestre de camp de Granges six capitaines furent tués et tous les autres blessés: le régiment du comte de Bassigny perdit quatre capitaines : celui du comte de Meghem trois: celui du prince de Ligne son sergent-major, et celui du comte de Ribaucourt un capitaine avec un grand nombre de soldats ' ; le comte de Meghem fut blessé. Dans l'infanterie allemande, le comte de Kittberg fut renversé et fait prisonnier, avant reçu deux blessures à la tête, une au côté gauche et deux au bras. Quatre de ses capitaines furent tués, et les autres blessés : parmi ces derniers le capitaine André dAltona mérite une mention spéciale; il se battit, au milieu des morts, jusqu'à ce qu'il eût reçu cinq blessures mortelles: et. dans cet état, il fut encore le dernier de son régiment qui demeurât sur pied ■. Les autres régiments allemands ne furent pas moins maltraités.

Don Francisco de Mello. voyant le malheur arrivé à Tinfanterie wallonne et allemande, retourna à la cavalerie, que le duc d'Albuquerque et ses lieutenants généraux s'efforçaient de rallier, et fit avancer quelques troupes de réserve. Cette tentative n'eut pas de succès : les Français étaient trop supérieurs en cavalerie et en infanterie. La cavalerie de Sa Majesté fut encore une fois rompue, et dans cette action plusieurs de ses chefs, don (^ésar Toralto. le marquis Hermès de Bentivoglio. don \ irgilio Ursini. don Francesco Moron et don Antonio Baraquin, furent plus ou moins grièvement blessés. Don Virgilio Lrsini, qui avait eu le corps traversé d'un coup d arquebuse, mourut depuis à Bruxelles.

' - l,os maestres de canipo de los Itrcios de Waloncs pclearon con lai valor y se defondiéron tan porliadaiiientc , que del Icrcio del niaeslre de caiiipo de Granges quedaron niuerlos seis capilanes y los dénias heridos ; del tercio del conde de Bassigny quedaron qualro capilanes; del lereio del principe de Ligne el sargento mayor muerto, y del tercio del maeslre de campo Riljaucourl un capitan con Miucbissimos soldados. «

' " El capitan Andrés de .\llutia, uiostrando niucliissirao valur, (luedii pelcaiido entre lus

inuerlos liasta que fuc herido de cinco heridas niortales. y aunciue tan mal herido. qucdii en pie el postrero de su rcgimii'nto. ■■

Ce fut en vain que le duc d'Albuquerque et ses lieutenants généraux essayèrent encore de rassembler quelques escadrons: ils ne purent réunir autour deux que les capitaines et les autres ofTiciers. Force leur fut alors de se placer sous la protection de l'infanterie espagnole.

Don Francisco de Mello. qui se portait sur tous les points dans l'espoir de rétablir le combat, étant poursuivi par une troupe de cavalerie française, se vit contraint de se sauver au milieu du bataillon italien du mestre de camp chevalier Visconti : « Qu'on tire sur cette troupe ennemie, leur » dit-il. je veux mourir ici avec MM. les Italiens. » Le chevalier lui répondit : <i Nous, nous voulons tous mourir ici pour le service du roi, notre » seigneur, et de ^ olre Excellence'. » Ces paroles dites, ils chargèrent avec furie la troupe française et la contraignirent à la retraite.

Don Francisco de Mello courut un plus grave danger peu après, se trouvant entre le même bataillon et une autre troupe ennemie. Un de ses gentilshommes de chambre, don Pedro Poras, fut tué d'un coup d'arquebuse à ses côtés: son secrétaire d'Etat, don Gerônimo de Almejda, qui le suivait, eut son cheval tué.

A la droite, le comte d Isembourg se donna des peines infinies pour reformer quelques escadrons. Il ne put parvenir à les ramener au combat, quoiqu'il leur dit mille injures et frappât même de sa main plusieurs capitaines*. Il n en chargea pas moins l'ennemi, suivi tlu peu d'hommes quil avait déterminés à le suivre : mais cet effort suprême échoua devant la supériorité numéri(|ue des Français. Renversé de son cheval au moment où son écuyeret plusieuis de ses domestiques tombaient morts à ses pieds, frappé de deux coups d'épée à la tète et d'un autre coup qui lui fendit le nez jusqu'à la bouche, le comte ne voulut pas encore se rendre : un coup du yniesso de carabine l'étendit par terre, et il fut fait prisonnier par un soldat du régiment de Gassion. Le comte de Beaumont, qui n'avait pas voulu 1 ahandoiiiier, fut également pris.

' Diciondo : » TiriMi à cslo. que es el encmigo. .\iiui i|ui( i'i> iiioiir con los scnoros ilalianos. "

A que rcspoiuliù diclio clicvalicr Viîconli : » Nosolros quoronin'î aqui nioi-ir lodo^ por el scrvicio dcl ' rcy nuosiro scHor y di! V. E. -

• <• El conde de Iscmburque corrio à todas partes pai'a juntar algunos gruessos de su cavallciia,

siii que puniesse jarnâs haciTics volvcr cara , aunque dio ordeii y lierio algunos capilanes, dicicridolos mil injurias •

PIIILIPPK l\. 283

La cavalerie de Sa Majesté étant entièrenienl rompue, les Français attaquèrent avec toutes leurs forces l'infanterie italienne et espagnole. La première plia bientôt: mais les Espagnols, au milieu desquels don Francisco de Mello s'était mis. firent une résistance opiniâtre. Attaqués par trois cotés en même temps, ces valeureux bataillons demeurèrent fermes, et firent avec leurs piques de grands ravages dans les langs de la cavalerie ennemie. Le duc d'Enghien leur fit dire qu ils se i-endissent et qu'ils obtiendraient un bon quartier; que, sils s opiniàlraient, il ferait avancer de l'artillerie chargée avec des balles de mousquets, pour les mettre tous en pièces à coups de canon, ajoutant qu'il lui peinerait beaucoup de tuer de si braves et valeureux soldats '. Ils acceptèrent le quartier qui leur était ofîert. Les mestres de camp comte Garcies et don George de Casteivi, les sergents-majors don Juan de Rocafoul et Juan Ferez de Peralla et le peu de capitaines qui demeuraient en vie furent faits prisonniers. Don Francisco de Mello resta jusqu'au dernier moment sur le champ de bataille, suivi de ses secrétaires d'Etat et de chambre, don Gerônimo de Àlmeyda et don Fadrique de Uraca. ainsi que de son écuyer don Fadrique de Mendoça, qui ne le quittèrent pas un instant.

L'armée française poursuivit d abord avec chaleur sa victoire : mais, apercevant le baron de Beck. qui sapprochait -.nvc ses troupes, elle s'arrêta.

Le comte d'Isembourg, qui, comme on la vu. avait été pris par un soldat du régiment de Gassion, passant à côté dune troupe de cavalerie espagnole qui se retirait, se jeta au milieu d'elle, emmenant le soldat dont il était le prisonnier.il rejoignit ensuite les troupes du baron de Beck. et de là il se rendit à Charlemont. Ce fut une chose (jui émer>eilla toute l'armée, que, malgré ses graves blessures et la perte considérable de sang qu'il avait faite, il eût encore la force et le courage de faire sept lieues à cheval avant (le se faire soigner '.

' Lo (|uc vicndo cl diiquc de .'\uguicn, les cmbid à dccir ipio se ri'iidicsscn ; ([iic losdaria

linoii qiiai-tcl, y dondc no, que haria traer artillcria cargada cou balas de mosquclcs, para matarlos à caùonazas d todos, y que le pcsan'a niucho inalar taii bravos y valerosos soldados "

' >' Siendo cosa cspantosa, que no obstantc sus grandes lieridas y la grande pénlida de su

sangrc, luvo aun la fuerça y cl ànimo de haccr sicle leguasà cavallo liasla diclio Carlonionlc, ailles que fuessc eurado ■•

Des cavaliers volontaires qui étaient avec don Francisco de Mello comme ses camarades', savoir: le comte Charles du Rœulx. le baron de Saven- Ihem. fils du chancelier de Brabant, et le S' Jean de Monroy, les deux premiers furent pris en allant porter des ordres, ayant eu leurs chevaux tués. Le baron de Saventhem étant par terre, une troupe de cavalerie lui passa sur le corps: il se releva et courut à pied pour se mettre entre l'infanterie espagnole: mais il fut pris par quatre Croates, qui le menèrent à leur quartier. Après qu'il se fut fait connaître, on le conduisit au duc d Enghien à Vervins, et de là à Guise. Sur les sollicitations de son père, la reine de France le fit mettre en liberté, et, comme les Croates l'avaient dépouillé entièrement, lui envoya cent pistoles, pour se rhabiller.

Le chapelain-major de don Francisco de .Mello, don Carlos de Landriano. fut blessé de cinq coups de mousquet, fait prisonnier et conduit au quartier des Croates, comme il allait confesser le comte de Villalva, qui était mourant. Dès que le duc d'Enghien le sut, il le fit venir chez lui et manger à sa table. Là le chapelain entendit discourir de la bataille. Le duc disait qu il plaignait don Francisco de Mello davoir été ainsi abandonné de sa cavalerie, et que, si son infanterie s'était avancée en même temps que ses escadrons, il eût couru risque, lui, de perdre la bataille. Le maréchal de canq) La Ferté Senneterre. vieux soldai, disait que jamais il n'avait vu un généralissime déployer une telle valeur que le marquis de Tordelaguna, faisant lolfice de mestre de camp général et, sans se ressouvenir qu'il était le gouverneur du pays, s'attaquant aux escadrons de ses ennemis, se pla- «ant au milieu des coups de canon et de mousquet, conduisant lui-même ses escadrons au combat, et lui et son frère restant jusquà la fin sur le champ de bataille, doù ils se retirèrent les derniers. Le duc crut. |)endant deux jours, qu'il tenait prisonnier le généralissime de l'armée du roi catholique, et que son frère don Alvaro était mort '.

' Ci.nicï sus t-nmarailas

'■ .. Oyii que (lisclirriaii dr In balalla, y que cl diiqiii' docia que ténia làslinia al sefior marqués

que ia cavallen'a le avia assi abaudunado, y que, si la iiirauteria se ubiesse avançado cou la cavalleria, corria peligro de pcrdcr êl la batalla. Y el niarcscbal de camp La Ferté Scnelcrrc, suldado vicjo, dix<i que jaiiiàs avia Visio tal valor en un generalissimo , haccr el offîcio de maestre de campe général, y sin aeiierd.'irse que él rra (jovernador dcl pays, cmpefiarse en los esquadrnncs de sus enemigos, cslarse en medio de los caflonassos y nios(]uetassos, y llcvando el niismo sus esquadrones à pelcarj y él y su liiTMiaiiii (picdando liasla los iillinios eu ri eanipo di' la balalla, y sidi) los nostreros que se reliraroii.

Ce qui ^aliit ce succès à la cavalerie française, ce fui tl abord (|uc ses escadrons élaient mêles avec des bataillons d'infanterie. Lors(|u un escadron était rompu, il se retirait derrière le bataillon dinfanteiie placé à son côté; là il se refaisait, puis il revenait à la charge.

Ensuite ce fut le grand nombre de chefs et dolTiciers de la ca\alerie française. Outre le général, les lieutenants généraux et les maréchaux de camp, qui sont comme les sergents-majors de bataille en Allemagne, cette cavalerie est formée en régiments; chaque régiment ne fait qu'un gros de cuirasses et un petit nombre de carabines : de manière que chaque gros de cuirasses a son colonel, son lieutenant-colonel et son sergentmajor, et chaque compagnie son capitaine. Tous ces officiers font aisément demeurer ferme un escadron, et, sil est rompu, ils le reforment aussi avec facilité. Les gruessos et escadrons sont ainsi beaucoup plus forts que les gritessos et les escadrons de la cavalerie de Sa .Majesté '.

L'armée française, après cette victoire, se retira dans son pays, pour se rafraîchir et réparer les pertes considérables quelle avait faites en morts et en blessés, pertes plus grandes que celles de larmée espagnole ^

Don Francisco de Mello alla rallier ses troupes à Fontaine-l'Evèque. où il fil venir les corps du baron de Beck et du comte de Fuensaldafia. Il lira aussi des garnisons quelques compagnies, et eut bientôt une nouvelle armée prèle à s'opposer à tout ce que I ennemi pourrait entreprendre.

Y l'sluvo cl dlio duque dos dias on el créer qui; leiiia preso al gepieralissioio del exércilu ealiilicii, y qiu' su Iierniano don Alvaro ora niueito »

' « Lo que dio tanla vcnlura à la cavalleria faneesa fué, priniero. que los csquadroncs vcnian mesclados con los batallones de infanleria, y cslando un esquadron de cavalleria roinpido, se reliro Iras del halalloii de infanten'a que cstava à su lado, y assi si; rehizo y bolvio à pelear.

» En scgundo, los niuchos cabos y oilicialcs que leuia la dha cavalleria : que, dénias del gênerai , de los lenientes générales y ite los niaroscbales de camp, que son como los sargentos mayores de batalla en Alemania, esta la cavalleria francesa rcducida en rcgimientos . y cada reglmlcnto no hace que un gruesso de corassas y un pequeno gruesso de carabinas, de manera que cada gruesso de eorassas tiene su coronel, su tenienle eoronel y su sargento niayor, y cada conipania su capilan, los quales, por ser lantos olBciales, haccn facilmentc quedar un esquadron cerrado, y rehaccrse cslando rolo; y los gruessos y psquadrones vienen à ser niucho mas grandes que los gruessos y esquadrones de la cavalleria de Su Mag"*. "

* " Haviendo la armada francesa lenidn esta ventura,se retlrii en Franeia , para rcfresearse y rehaccrse de la mucha pcrdida de gcnlc que avia perdido en la batalla, tanto de inuertos como heridos, en mayor iiûincro que la armada de Su .Mag''. "

286 HISTOIRES. RELATlO^S. MEMOIRES.

Cependant les Français ne tardèrent pas à pénétrer dans le Hainaut. Ils s'emparèrent des cliàteaux d'Aymeries et de Berlayniont et mirent le siétçe devant Binche, qui se rendit après deux jours de défense, pendant lesquels les bourgeois leur tuèrent plus de SOO hommes. De là le maréchal Gassion se porta sur JNivelles : mais, comme cette ville avait une garnison d'infanterie espagnole, il revint sur ses pas.

Don Francisco de Mello, qui avait rétabli son armée, alla prendre position près de Mons. aux prairies du monastère dEpinlieu, afin de s'opposer aux desseins ultérieurs du duc d'Enghien. Ce que voyant le duc, il abandonna Binche, Aymeries et Berlaymont, et reprit une seconde fois le chemin de la France.

Ce mouvement cachait le dessein d'assiéger Cambrai : mais don Francisco de Mello fit à temps entrer dans cette place le régiment de don Alonso d'Avila avec quelques compagnies de cavalerie. Le duc d'Enghien alors se porta sur Avesnes, dont il trouva le gouverneur, le baron de Crèvecœur. d'autant plus résolu à se défendre que, la veille, le comte de Bucquoy. gouverneur de Hainaut, lui avait envoyé SOO hommes, et que le comte de Fuensaldana marchait à son secours.

Reconnaissant que, du coté de cette frontière, leurs entreprises auraient pou tic succès, les Français résolurent d'assiéger Thionville. Le duc d'Enghien fit prendre à toute son armée le chemin du Luxembourg; il envoya en avant le maréchal de camp marquis de Gesvres, avec 4,000 hommes do pied et 5,000 chevaux ; ces troupes arrivèrent devant la place le 16 juin. Le duc d Enghien v arriva peu de jours après. Ses forces étaient estimées à 20,000 hommes.

.\u premier avis du dessein de l'ennemi, le comte disembourg, qui s était fait transporter de Charleroi è» >iamur, avait envoyé des détachements des régiments de Ribaucourt et de la Motterie, sous les ordres du sergent-major Dorjo, pour renforcer la garnison de Thionville, et don Francisco de Mello avait expédié un courrier au baron de Beck., afin qu'il \ joignit tout ce (ju'il pourrait rassembler de monde. Beck désigna 600 hommes, tirés des régiments des colonels Béer et Metternich et commandés par les sergents-majors Rodrigucz et Boleim, quatre compagnies de chevaux des capitaines Navarra, Bredmus(?), Wavre (?) et Longucval, cl quatre compagnies de Croates. Ce secours entra dans la place sans autre

perte que celle de quaire hommes, quoique le marquis de Gesvres la tint investie depuis plusieurs jours.

Résolu d'aller en personne secourir Thionville, don Francisco de Mello dépêcha aux ducs de Lorraine et de Bavière, pour leur représenter 1 importance de cette place et réclamer leur assistance. Le duc de Lorraine lui promit la sienne : mais le duc de Bavière, qui avait à se défendre contre Tarmée du maréchal de Guébriant et les troupes de Weymar, s'excusa.

Sur ces entrefaites, don Francisco de Mello reçut la nouvelle que le prince d'Orange se préparait à débarquer en Flandre, avec l'intention d'assiéger Huist ou le Sas de Gand, ou de marchei" par terre jusqu'à Dunkerque. Considérant combien il était essentiel de conserver la Flandre, et que don Andréa Canteimo et le marquis de Sfondrato. qu'il avait chargés de la défense de cette province ainsi que du Brabant, n avaient pas des forces sullisantes pour tenir tète à larmée hollandaise, il jugea qu'il lui fallait changer sa première résolution et se porter vers ce côté-là.

Abandonnée à elle-mémeja garnison de Thionville se signala par une défense énergique et qui coûta cher aux Français. Après la prise de la demilune, le duc d'Enghien fit dire au gouverneur, le colonel Mortuez, qu'il s'était acquis assez de gloire, et que, s'il voulait rendre la place, il lui serait accordé de bonnes conditions. Le colonel répondit qu'il ne voulait entendre à aucune capitulation. Le même jour il fut tué d'un coup de mousquet, et le sergent-major Rodriguez d'un coup de canon. Le sergent-major Dorjo fut proclamé gouverneur par les soldats et les chefs: il déclara qu'il défendrait la place jusqu'au dernier homme. Il se vit forcé toutefois de capituler le 10 août, après un assaut général dans lequel sept de ses capitaines et un grand nombre de ses soldats furent tués : cet assaut coûta aux Français plus de 1,S00 hommes et2D de leurs capitaines. Quelques jours auparavant le marquis de Gesvres, par suite de l'explosion d'une mine, avait sauté avec 30 volontaires et quelques soldats des plus intrépides de larmée assiégeante, et le maréchal de camp Gassion avait reçu un coup de feu à la tète. On calcula que dans ce siège les Français avaient eu 3.000 hommes tués et 6,000 blessés.

En Flandre le prince d'Orange débarqua au polder de Namur,et se logea avec ses troupes dans le pays de HuIst; son dessein était d'assiéger

cette place : mais, grâce aux bonnes dispositions prises par don Andréa rantelino, selon les instructions du gouverneur général, il se rembarqua peu de jours après, et alla descendre à la Philippine, d'où il se porta sur Assenède.

Don Francisco de Mello,qui était venu loger à Exaerde. puis à Loochristi, suivait tous ses mouvements. II disposa l'armée espagnole de manière à lui disputer le passage partout où il se présenterait.

Cependant l'armée du prince s'augmentait de jour en jour en hommes, en artillerie et en munitions; jamais auparavant on n'avait vu tant de cavalerie hollandaise débarquée en Flandre '. Après avoir tenu un conseil de u^uerre avec le duc d'Albuquerque. don And?-ea Canteimo, don Alvaro de Mello, le marquis de Sfondrato, le marquis de Lède, le prince de Ligne, don Juan de Borja. don Carlos Guasco et le mestre de camp Ribaucourt, le gouverneur général résolut d'opérer une diversion , pour voir s il ne pourrait ainsi faire partir l'ennemi de la Flandre -. Le mestre de camp général don Andréa Canteimo entra, par son ordre, dans la Campine hollandaise, prit Eindhoven. y mit garnison, et de là se dirigea vers Venlo.

Pendant ce temps 180 chevaux et 200 hommes d'infanterie de la garnison de Maestricht avaient pénétré jusque dans le Wallon-Brabant et pris le château de Jauche. Don Andréa Canteimo revint sur ses pas, fit attaquer la troupe de cavalerie sortie de Maestricht par le commissaire général <ion Francisco Pardo. ({ui la défit et tua ou fit prisonniers tous les hommes dont elle se composait, et investir, par le baron d'André et le mestre de camp Henri Gages, le château de Jauche, dont ils s'emparèrent, faisant prisonniers les 200 hommes d'infanterie qui l'occupaient. Alors il reprit le chemin du Brabant hollandais.

Cette diversion ne produisit quune partie de l'effet quon s'en était promis. Le prince d Orange se borna à détacher de son armée un corps de cavalerie et d'infanterie, sous le commandement du colonel Alard . pour arrêter dans la Campine les progrès des Espagnols : il continua d'oc-

' Nuiica ailles los eiieniigos liolainloses so aviaii lii-soiubarcado en Flàndes cou laiila Mval-

Irria... •

' • l'ara ver si poilri.i sacar cl cnoniigo de Flàndes... •

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cuper la forte posilioii tl Assenèile. doù il menaçait la Flandre. Dans celte conjoncture, don Francisco de Mello crut devoir rappeler à lui don Andréa (^antelmo, et il chargea le prince de Ligne, général des compagnies d ordonnance, de mettre le Brabant à couvert des insultes du colonel Alard.

Le reste de la campagne se passa en Flandre sans autre résultat. Le prince d Orange se rembarqua à la Philippine et se retira à Berghes.

Cependant le duc dEnghien, quelque temps avant la reddition de Thionville, afin de réparer les pertes que les assiégés lui avaient fait subir, avait mandé le duc d'Angoulême. qui était à la tète d'un corps de 10,000 hommes vers Guise. Don Francisco de Mello. voulant, par une forte diversion, mettre obstacle à la jonction des deux armées, donna Tordre au comte de Fuensaldana d'envahir le Boulonais. Le comte pénétra dans cette province, s'empara des châteaux de la Gauchie et de Fouxoles ?), qu'il fit sauter, cl ravagea tout le pays. Le duc d'Enghien se vit obligé par-là d'y envoyer le duc d'Angoulo.me. A son approche, Fuensaldana se retira du coté de Béthune, non sans avoir fait beaucoup de butin et mis en déroute toute la cavalerie qui tenait garnison à Dourlens.

Le duc d'Angoulême alla alors rejoindre le duc dEnghien, qui. après avoir fait réparer les fortifications de Thionville et pourvu la place de gens et de munitions, marcha du côté de Trêves, laissant entre Longwy et Verdun, pour couvrir Thionville, le duc dAngoulème avec un corps de troupes, et envoyant le maréchal de camp .Manicanip a^ec un autre corps, . entre Landrecies et Guise, pour couvrir la frontière de France

Don Francisco de Mello expédia aussitôt des courriers au duc de Lorraine et au comte de Hatzfelt. afin qu avec leurs troupes auxiliaires ils se portassent au secours de Trêves. Pour forcer le duc d'Enghien à revenir sur ses pas, il résolut de faire attaquer, par son armée, renforcée des troupes de Fuensaldana. le corps du maréchal de camp Manicamp, et confia le soin de cette expédition au général de la ca\alerie duc d'Albuquerque. assisté du général de I artillerie don Alvaro de Mello.

Ce mouvement eut tout le succès que don Francisco de Mello s'en était promis. Le duc d'Enghien, averti, par des courriers que Manicamp lui expédia coup sur coup, du danger qu'il courait, abandonna le pays de Luxembourg et de Trêves pour venir à son secours. Toute son armée rentra ainsi

en France, et lui-même il se rendit à Paris. Peu après la reine régente lui donna l'ordre d'aller, avec les meilleurs régiments d'infanterie et de cavalerie qu'il avait eus sous ses ordres, renforcer l'armée d'Allemagne, commandée par le maréchal de Guébriant.

Don Francisco de Mello, n ayant plus rien à craindre de ce côté, fit prendre les quartiers d'hiver à ses troupes , et, ayant tenu sept mois la campagne, il rentra dans Bruxelles le 20 octobre.

Quelque temps auparavant, et tandis que larmée hollandaise était retirée près de Berghes et don Andréa Cantelmo était campé près d'Anvers, le fils du prince d'Orange avait voulu signaler sa prise de possession de la charge de général de la cavalerie par quelque action d'éclat : il avait, à cette fin, tenté de surprendre le général espagnol dans ses quartiers. Sans y réussir complètement, il avait, avec des forces supérieures, attiré en rase campagne la cavalerie de Cantelmo et l'avait battue, faisant prisonnier le lieutenant général don Juan de Borja avec sept de ses capitaines.

La Relation se termine par un magnifique éloge de don Francisco de Mello.

76. — Histoire de Bourgogne et de Flandre, depuis la fondation du royaume de Bourgogne jusqu'en

Pplil iii-i", pnp., relié m maroquin, 160 feuillets dorés sur tr.

On lit en (été : Des Estais de Bourgogne el de Flandreti . et à la marge : Faicf i6S9.

L'auteur trace un Abrégé de l'histoire du duché de Bourgogne et du comté de Flandre jiisquà leur réunion sous le duc Philippe le Hardi. Il fait ensuite Thisloire des PaAS-Bas jusquen 1659, mais d'une manière fort sommaire. Il ne se nomme pas et n'indique point les sources où il a puisé.

Pour les faits dont l'auteur a été contemporain, on pourrait consulter son livre s'il entrai! dans plus de détails. L'écriture est française.

L'auteuiMébiite ainsi :

Le siècle de Tan de Jésus-Chrisi 400 fut IV-sgoul des nations barbares, par lesquelles Dieu ebasiia justemenl l'injuste orgueil des Romains. La pluspart vint d'Asie, s'arrestans premièrement en Allemagne; de là, comme chenilles et sauterelles, s'espanchans en la Gaule, Italie et Espagne, à sçavoirGots, .\lains, Huns, Suèves et les autres du septentrion, Bourguignons, Normands, Lombards.

Il termine en ces termes la relation de la campagne de 1659 et son

.Après la prise de Hesdin, le maréchal de la Milleraye, grand maistre de l'artillerie, avança dans le pays, pour ruiner les foriz qui estoicnt entre Gravelines et S'-Omer. Comme il estoit à l'attaque de celuy de S'-Nicolas, le plus grand et le mieux fortilié, les Espagnols s'avancèrent, au nombre de 9,000 à 10,000 hommes, sous la conduite du comte de Fuentes, le 9 aoust, pour le secourir : mais, trouvant l'armée du roy en bonne résolution de les recevoir, ils se retirèrent en désordre, pour estre chargez vivement par les François, de manière qu'ils laissèrent plusieurs des leurs tués sur la place, quantité de prisonniers, six pièces de canon poiu' buiin.

Cet Abrégé parait avoir été fait pour servir de cahiers à un professeur.

Orat. 247.

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