CHAPELLE DE S. PIE V
Celte salle était autrefois une chapelle dédiée sous le vocable de S. Pierre martyr. Elle servit au pape S. Pie V, qui y fit représenter en fresques, peintes par des élèves de Vasari, au XVI e siècle, quatre traits de la vie du saint dominicain :
S. Pierre prie devant un crucifix; fait voler un cheval en l’air; chasse les démons par la vertu de la sainte Hostie et prêche la croisade.
Tout autour sont rangées dans des vitrines les Adresses, magnifiquement reliées, qui furent envoyées à S. S. Pie IX, lors de l’invasion et occupation de ses états par le Piémont, au nom des royaumes, villes, chapitres, etc. du monde catholique.
Une des fenêtres est close par un grand et magnifique vitrail de couleur, offert à Sa Sainteté par un peintre d’Aix-la-Chapelle. Le pape Pie IX y est représenté assis sur son trône et vêtu des ornements pontificaux, qui étincellent de pierres précieuses. On aperçoit dans le lointain la coupole de S. Pierre.
La porté, qui conduit aux chambres Borgia, est décorée de marqueterie et aux armes de Pie IX.
Le même pape a donné une cassette incrustée d’écaille et de nacre, ainsi que la copie d’un tableau de la fin du XV e siècle.
Au milieu de la salle est exposé le remarquable prie-dieu offert à S. S. Pie IX par la province ecclésiastique de Tours (France). Voici de cette œuvre d’art une description aussi exacte que possible faite par M. le chanoine Bourassé :
• Ce monument, dû à M. Blottière et à ses neveux, n'a pas coûté moins de vingt cinq années d’un travail assidu.
• Le style adopté pour la composition de ce prie-dieu est celui du commencement du XVI e siècle, qui précéda immédiatement la renaissance française. Ce style permet une grande
richesse d’ornementation, et laisse à l’artiste assez de liberté pour que son œuvre ait un caractère à la fois traditionnel et original.
» Le prie-dieu, en bois de chêne, est établi sur un plan carré, avec des contreforts d’angles très-saillants. L’ordonnance générale en est aussi élégante que régulière. Les quatre côtés sont libres et destinés à rester visibles. Les quatre panneaux en retraite sont encadrés dans des moulures nombreuses, dont les profils sont d’une finesse et d’une pureté admirables. Pour abréger, nous dirons que toutes les lignes d’architecture, tant du prie-dieu que du retable et du couronnement, sont irréprochables sous le rapport de l’ajustement, de la précision et de l’exécution.
» La décoration végétale est traitée avec une extrême délicatesse. C’est là que le talent de M. Blottière est sans rival. Les grandes feuilles de chou frisé qui ornent les accoudoirs, les rinceaux qui courent autour des panneaux, les feuilles de chêne qui couronnent le retable, les feuilles grimpantes qui couvrent les angles des clochetons, sont sculptées avec cette exactitude et cette perfection que l'on ne rencontre que dans les chefs-d’œuvre.
» Les figures en haut-relief qui décorent les panneaux représentent l’Espérance et la Charité : sur le panneau antérieur sont les armoiries du Souverain Pontife Pie IX, accompagnées des insignes pontificaux. Les sculptures de chaque panneau sont entourées d’une guirlande qui déploie ses fleurs et ses feuillages dans une gorge profonde faisant partie des moulures d’encadrement. Elle est composée de plantes symboliques : la passiflore, ou fleur de la passion, emblème de la foi ; l'aubépine en fleurs, emblème de l’espérance; la mauve, emblème de la bienfaisance et de la charité; le chêne, emblème de la force.
• Les contreforts d’angle reçoivent, dans de petites niches surmontées de pinacles, douze statuettes en ivoire représentant les douze apôtres. Chaque personnage lient en main une banderole, sur laquelle on lit son nom, avec un article du symbole des Apôtres.
» Le retable offre une disposition non moins régulière et non moins élégante que le prie-dieu proprement dit. Au centre,
s’ouvre une chapelle, formée de trois travées en perspective, avec leurs voûtes à nervures, terminée par un délicieux petit reliquaire en ivoire. Sous les arcs des travées se trouvent dix statuettes d’anges en ivoire. A l’entrée de la chapelle, on voit S. Louis, roi de France, en manteau royal, à genoux devant la couronne d’épines. Ce prie-dieu avait été, dans le principe, destiné au comte de Chambord.
• De chaque côté de l’ouverture de la chapelle, sous des dais richement ciselés, sont placées deux statuettes en ivoire, représentant l’une la Ste. Vierge, tenant l’enfant Jésus entre ses bras; l’autre, S. Pie V, l’un des plus grands papes qui aient occupé le siège de S. Pierre , le patron du glorieux Pontife Pie IX, actuellement régnant.
• Voilà pour la partie antérieure du retable. La partie opposée présente deux niches à baldaquins sous lesquels s’abritent deux statuettes d’évêque, en ivoire : à droite, S. Martin de Tours; à gauche, S. Julien du Mans. Entre ces deux statuettes et au dessous d’une fenêtre simulée à meneaux flamboyants, dans un large écusson , entouré d’une guirlande de chèvrefeuille, on lit l’inscription suivante, gravée sur ivoire :