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Le courant extraordinaire de popularité, qui se développe autour de la B"“ Thérèse de l’Enfant-Jésus, porte à rechercher, avec une sorte d’avidité, tous les faits et textes inédits qui la concernent.
Il devient nécessaire de mettre les écrivains en garde contre la publication indiscrète de certains détails touchant l’entourage de la Servante de Dieu, et en particulier sa famille et sa communauté.
Si la Sainte Eglise permet la libre consultation du Summarium des procès instruits pour les Causes des Saints, elle ne dispense pas des règles de convenance et de discrétion dans l’usage qu’on fait de ces documents. Cinquante ans est le délai normal minimum pour la conclusion de tels procès. L’Eglise croit parfois devoir abréger ce temps, en vue de hâter la glorification d’une sainteté notoire, et de rendre légitimes les instantes démonstrations de la dévotion publique. Mais, dans ce cas, les détails intimes de la Vie des Serviteurs de Dieu, surtout quand l'intérêt ou la réputation des tiers y sont engagés, ne sauraient passer de sitôt dans le domaine de « l’Histoire » ; du fait de la survivance des contemporains, ils restent « de l'Actualité ». — La dispense du délai de cinquante ans, accordée à la Cause de la B“ Thérèse de l’Enfant- Jésus, ne peut donc autoriser les écrivains à se départir d’une discrétion qu’imposent le seul bon sens et le tact, tant naturel que religieux.
Dans la publication des Lettres et textes divers joints à l'Histoire D'UNE ÂME, On a tenu compte de cette opportunité. Quelques « informateurs » minutieux déplorent qu’on n’ait pas reproduit là, dans leur intégrité, toutes les lettres et tous les textes originaux de la Bienheureuse Thérèse. On n’a pas prétendu, dans les appendices de l'Histoire D’UNE AME, non plus que dans la brochure intitulée Esprit DE LA B* THÉRÈSE, offrir au public une édition des « Œuvres complètes de S' Thérèse de l’Enfant-Jésus ». On a voulu donner une connaissance exacte de sa physionomie morale et de sa doctrine spirituelle, en vue d’éclairer la dévotion des fidèles envers la Bienheureuse, et de procurer l’avancement des âmes dans la pratique
de la perfection. Au fait, ces deux ouvrages, en laissant parler THÉRÈSE, nous livrent absolument son âme, et il est difficile, croyons-nous, de donner d’elle un portrait plus fini et plus vrai. Les quelques suppressions ou retouches qu’on a cru sage d'opérer tendent, pour la plupart, à éviter des redites ; quelques-unes ont
été inspirées par un souci de discrétion à l’égard des tiers, ou par’ le respect des intimités de famille. Mais ces Changements ne sont.
ni fréquents, ni considérables, et n’intéressent d’ailleurs ni la vérité substantielle du récit, ni le fond de la doctrine. Tous les textes originaux ont été versés au dossier du Procès où ils sont inté-
- gralement reproduits en copies authentiques collationnées par le
tribunal. Ce même tribunal a comparé avec les textes originaux le texte des éditions imprimées, et reconnu que les très légères modifications de forme ou les quelques suppressions opérées n’aflectaient pas la vérité foncière des textes publiés.
Enfin, il importe de noter que ces menues retouches ont été faites sur la demande formelle de la Bienheureuse Thérèse. En effet, peu de temps avant sa mort, sachant qu’on se proposait de publier ses manuscrits, pour entraîner le$ âmes dans sa voie de confiance, elle dit à la Rde Mère Agnès de Jésus (sa sœur Pauline) : « Ma « Mère, il faudra que vous revisiex tout ce que j'ai écrit. Si vous « trouvez bon d’en retranchér quelque chose, ou d'ajouter ce que « je vous aurais dit de vive voix, c’est comme si je le faisais « moi-même. Rappelez-vous cela dans la suite, et n'ayez aucun « scrupule à ce sujet. » Et elle ajoutait encore : « Ma Mère, vous « connaïssez tous les replis de mon âme, vous seule 1... » — Les juges ecclésiastiques reconnaissent que Mère Agnès de Jésus n’a usé de cette licence qu'avec une extrême réserve et une discrétion vraiment scrupuleuse.
Ces remarques suffiront, croyons-nous, pour guider tout esprit droit dans l’emploi à faire des documents, et pour le rassurer sur la valeur des textes édités par le Carmel de Lisieux.
Bayeux, le 6 mars 1024.
T THomas, é». de Bayeux et Lisieux.