SALON CORNE RP SE EE ENS UE PPS AS RE EEE RE
à faire ma volonté au lieu de la sienne. Je compris de plus que, le jour de ses noces, une fiancée ne serait pas agréable à son époux si elle n’était parée de magnifiques ornements, et moi, je n’avais pas encore travaillé dans ce but. Alors je dis à Notre-Seigneur : « Je ne vous demande plus de faire profession, j’attendrai autant que vous le voudrez ; seulement je ne pourrai souffrir que, par ma faute, mon union avec vous soit différée; je vais donc mettre tous mes soins à me faire une robe enrichie de diamants et de pierreries de toutes sortes ; quand vous la trouverez assez riche, je suis sûre que rien ne vous empêchera de me prendre pour épouse. »
Je me mis à l’œuvre avec un courage nouveau. Depuis ma prise d’habit, j'avais reçu déjà des lumières abondantes sur la perfection religieuse, principalement au sujet du vœu de pauvreté. Pendant mon postulat, j’étais contente d'avoir à mon usage des choses soignées et de trouver sous ma main ce qui m'était nécessaire. Jésus souffrait cela patiemment ; car il n’aime pas à tout montrer aux âmes en même temps, il ne donne ordinairement sa lumière que petit à petit.
Au commencement de ma vie spirituelle, vers l’âge de treize à quatorze ans, je me demandais ce que je gagnerais plus tard, je croyais alors impossible de mieux comprendre la perfection ; mais j'ai reconnu bien vite que plus on avance dans ce chemin, plus on se croit éloigné du terme. Maintenant je me résigne à me voir toujours imparfaite, et même j'y trouve ma joie.
Je reviens aux leçons que me donna Notre-Seigneur. Un soir, après complies, je cherchai vainement notre lampe sur les planches destinées à cet usage; c'était grand silence, impossible de la réclamer. Je me dis avec raison qu’une sœur
croyant prendre sa lanterne avait emporté la nôtre. Mais:
Histoire d'une âme. — Chapitre septième. 129
fallait-il passer une heure entière dans les ténèbres, à cause de cette méprise ? Justement ce soir-là je comptais beaucoup travailler. Sans la lumière intérieure de la grâce, je me serais plainte assurément ; avec elle, au lieu de ressentir du chagrin, je fus heureuse, pensant que la pauvreté consiste à se voir privée, non seulement des choses agréables, mais indispensables. Et dans les ténèbres extérieures, je trouvai mon âme illuminée d’une clarté divine.
Je fus prise à cette époque d’un véritable amour pour les objets les plus laids et les moins commodes : ainsi j’éprouvai de la joie lorsque je me vis enlever la jolie petite cruche de notre cellule, pour recevoir à sa place une grosse cruche tout ébréchée. Je faisais aussi bien des efforts pour ne pas m'’excuser, ce qui m'était très difficile surtout avec notre Maîtresse à laquelle je n’aurais rien voulu cacher.
Ma première victoire n’est pas grande, mais elle m’a bien coûté. Un petit vase, laissé par je ne sais qui derrière une fenêtre, se trouva brisé. Notre Maîtresse me croyant coupable de l'avoir laissé traîner, me dit de faire plus attention une autre fois, que je manquais totalement d'ordre; enfin elle parut mécontente. Sans rien dire, je baisai la terre, ensuite je promis d’avoir plus d’ordre à l’avenir. À cause de mon peu de vertu, ces petites pratiques, je l’ai dit, me coûtaient beaucoup, et j'avais besoin de penser qu’au jour du Jugement tout serait révélé. Fois
Je m'appliquais surtout aux petits actes de vertu bien cachés ; ainsi j’aimais à plier les manteaux oubliés par les sœurs, et je cherchais mille occasions de leur rendre service. L’attrait pour la pénitence me fut aussi donné; mais rien ne m'était permis pour le satisfaire. Les seules mortifications que l’on m’accordait consistaient à mortifier mon amour-propre ; ce qui me faisait plus de bien que les pénitences corporelles.
Cependant la sainte Vierge m'’aidait à préparer la robe de mon âme; aussitôt qu’elle fut achevée, les obstacles s’évanouirent, et ma profession se trouva fixée au 8 septembre 1890. Tout ce que je viens de dire en si peu de mots demanderait bien des pages; mais ces pages ne se liront jamais sur la terre.
cUREUX ES TU, p T'A Ére RCE