‹ La bienheureuse Thérese de l'Enfant-Jésus (volume 2)Chapitre 31 sur 115 · Û NOR · texte numérisé non relu

Û NOR

M: Mère vénérée, le bon Dieu m'a fait cette grâce de pénétrer les 4 mystérieuses profondeurs de la charité.

| Si je pouvais exprimer ce que je com- 7 - prends, vous entendriez une mélodie du ciel. Mais hélas ! je n’ai que des bégaiements

enfantins, et, si les paroles de Jésus ne me

servaient d'appui, je serais tentée de vous demander la permission de me taire.

Quand le divin Maître me dit de donner à quiconque me demande et de laisser prendre ce qui m'appartient sans le redemander, je pense qu’il ne parle pas seulement des biens de la terre, mais qu’il entend aussi les biens du ciel. D'ailleurs les uns et les autres ne sont pas à moi : j’ai renoncé aux premiers par le vœu de pauvreté, et les seconds me sont également prêtés par Dieu, qui peut me les retirer sans qu'il me soit permis de me plaindre. :

Mais les pensées profondes et personnelles, les flammes de l'intelligence et du cœur forment une richesse à laquelle on s'attache comme à un bien propre, auquel personne n’a le droit de toucher. Par exemple : si je communique à l’une de mes sœurs quelque lumière de mon oraison et qu’elle la révèle ensuite comme venant d’elle-même, il semble qu’elle s’approprie mon bien ; ou si l’on dit tout bas à sa voisine, pendant la récréation, une parole d’esprit et d’à-propos et que celle-ci, sans en faire connaître la source, répète tout haut cette parole, cela paraît comme un vol à la propriétaire qui ne réclame pas, mais en aurait bien envie et saisira la première occasion pour faire savoir finement qu’on s'est emparé de ses pensées.

Ma Mère, je ne pourrais vous expliquer aussi bien ces tristes sentiments de la nature, si je ne les avais éprouvés moimême ; et j'aimerais à me bercer de la douce illusion qu'ils n'ont visité que moi, si vous ne m’aviez ordonné d’entendre les tentations des novices. J'ai beaucoup appris en remplissant la mission que vous m'avez confiée ; surtout je me suis vue forcée de pratiquer ce que j’enseignais.

Oui, maintenant je puis le dire, j'ai reçu la grâce de n'être pas plus attachée aux biens de l'esprit et du cœur qu'à ceux de la terre. S'il m'arrive de penser et de dire une chose qui

CS

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