‹ La bienheureuse Thérese de l'Enfant-Jésus (volume 2)Chapitre 38 sur 115 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Le Calvaire. — L’essor vers le Ciel.

PT

« Il est de la ‘plus haute importance que l'âme s'exerce beaucoup à VAMOUR, afin que, se consommant rapidement, elle ne s'arrête guère ici-bas, mais arrive promptement à voir son Dieu face à face. »

S. JEAN DE LA CRoIx.

B:: des pages de cette histoire ne se liront jamais sur la terre... » La

Bienheureuse lhérèse de l’Enfant-Jésus la dit; et nous le répétons forcément après elle. Il est des souffrances qu'il n’est pas permis de révéler ici-bas ; seul le Seigneur s’est jalousement réservé d’en découvrir le mérite

e— SS enêtre de ss Lau A vue du jardin.

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et la gloire dans la claire vision qui déchirera tous les voiles,

Et les souffrances qui atteignirent le cœur sensible de la Servante de Dieu sont presque toutes de ce domaine, si bien que, pour beaucoup, peut-être, elle semble avoir passé sur la terre au milieu de sourires et de chaude tendresse, n’avoir connu que les doux rayons d’un soleil printanier, sans éprouver les pluies mélancoliques de l’automne et les rafales glacées de l'hiver.

La Bs Thérèse de l’Enfant-Jésus a beaucoup souffert ici-bas, elle recommandait en ses derniers jours qu’on le fit savoir aux âmes après sa mort, n'ignorant pas que ce cachet de la croix, apposé sur sa vie, serait pour plusieurs le signe de l’authenticité de sa mission.

Ce n'est pas toutefois à cause de ce martyre du cœur qu’elle se crut agréée comme victime d’holocauste à l'Amour miséricordieux du Seigneur ; elle le crut bien, plutôt, parce qu'elle sentit « déborder en son âme les flots de tendresse infinie renfermés dans le Cœur divin ». Elle a dit, il est vrai, pour répondre au besoin de certaines âmes qui manquaient de souplesse à l'égard des vouloirs, parfois crucifiants, du céleste Epoux, que « s'offrir en victime à l'Amour, c’est s'offrir à toutes les angoisses »: mais elle a dit aussi, à une âme qui représentait à ses yeux l’humanité régénérée, assoiffée de perfection et d'amour, mais tremblante toujours devant la croix : « Pourquoi craignez-vous de vous-offrir en victime à l'Amour miséricordieux ? Si vous vous offriez à la justice divine, vous pourriez avoir peur, mais l'Amour miséricordieux aura compassion de votre faiblesse, il vous traitera avec douceur, avec miséricorde. »

Nous avons vu combien fut grand le sacrifice de Thérèse lorsqu'elle quitta pour toujours son père, qui

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l’aimait si tendrement, et la maison de famille où elle avait été si heureuse; mais on pensera peut-être que ce sacrifice lui était bien adouci, puisqu’au Carmel elle retrouvait ses deux sœurs ‘aînées; ‘les chères confidentes de son âme : ce fut au contraire pour la jeune postulante l’occasion des plus sensibles privations.

La solitude et le silence étant rigoureusement gardés, elle ne voyait ses sœurs qu’à l'heure des récréations. Si elle eût été moins mortifiée, souvent elle aurait pu s’asseoir à leurs côtés ; mais « elle recherchait de préférence la compagnie des religieuses qui lui plaisaient le moins »; aussi l’on pouvait dire qu’on ignorait si elle affectionnait ses sœurs plus particulièrement.

Quelque temps après son entrée, on la donna comme aide au réfectoire à Sr Agnès de Jésus, sa « Pauline » tant aimée : ce fut une nouvelle source de sacrifices. Thérèse savait qu'une parole inutile est défendue et jamais elle ne se permit la moindre confidence. « O ma petite Mère! dira-t-elle plus tard, que j'ai souffert alors! Je ne pouvais vous ouvrir mon cœur, et je pensais que vous ne me connaissiez plus !.. »

Après cinq années de ce silence héroïque, S' Agnès de Jésus fut élue Prieure. Au soir de l'élection, le cœur de la « petite Thérèse » dut battre de joie, à la pensée que désormais elle pourrait parler à sa « petite Mère » en toute liberté, et, comme autrefois, épancher son âme dans la sienne. Dieu permit cependant que Thérèse fut celle de toutes les religieuses qui vit sa Mère Prieure le plus rarement...

Quelques années après, son grand esprit surnaturel lui permettra de se dire « heureuse de mourir entre les bras d’une autre Prieure, afin de pouvoir exercer davantage son esprit de foi en l’autorité. »

La Bienheureuse voulait vivre la vie du Carmel avec

toute la perfection demandée par sa sainte Réformatrice. Lorsque le genre de travail auquel elle se livrait n’absorbait pas forcément son attention, la pensée du bon Dieu lui revenait naturellement. Un jour une novice entrant dans sa cellule s'arrêta, frappée de l'expression toute céleste de son visage. Elle cousait avec activité, et cependant semblait perdue dans une contemplation profonde.

« À quoi pensez-vous? lui demanda la jeune sœur. — Je médite le Pater, répondit-elle. C’est si doux d'appeler le bon Dieu notre Père !... » et des larmes brillaient dans ses yeux.

«Je ne vois pas bien ce que j'aurai de plus au ciel que maintenant, disait-elle une autre fois, je verrai le bon Dieu, c'est vrai; mais, pour être avec lui, j'y suis déjà tout à fait sur la terre. »

‘Une vive flamme d'amour la consumait. Voici ce qu’elle raconte elle-même :

« Quelques jours après mon offrande à l'Amour miséricordieux, je commençais au Chœur l'exercice du Chemin de la Croix, lorsque je me sentis tout à coup blessée d’un trait de feu si ardent que je pensai mourir. Je ne sais comment expliquer ce transport; il n'y a pas de comparaison qui puisse faire comprendre l'intensité de cette flamme. Il me semblait qu'une force invisible me plongeait tout entière dans le feu. Oh ! quel feu ! quelle douceur ! »

Comme la Mère Prieure lui demandait si ce transport était le premier de sa vie, elle répondit simplement :

« Ma Mère, j'ai eu plusieurs transports d'amour, particulièrement une fois, pendant mon noviciat, où je restai une semaine entière bien loin de ce monde; je ne puis exprimer cela, j'agissais, me semblait-il, avec un corps d'emprunt; il y avait comme un voile jeté pour moi sur toutes les choses de la terre. Mais je n'étais pas brûlée d’une réelle flamme, je

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pouvais supporter ces délices sans espérer de voir mes liens se briser sous leur poids; tandis que, le jour dont je parle, une minute, une seconde de plus, mon âme se séparait du ‘corps. Hélas ! je me retrouvai sur la terre, et la sécheresse, immédiatement, revint habiter mon cœur ! »

Encore un peu, douce victime d’amour ! La main divine a retiré son javelot de reu, mais la blessure est mortelle.

Dans cette intime union avec Dieu, la Bienheureuse Thérèse acquit sur ses actes un empire vraiment remarquable; toutes les vertus s’épanouirent à l’envi dans le délicieux jardin de son âme.

Et qu’on ne croie pas que cette magnifique efflorescence de beautés surnaturelles grandit sans aucun effort.

« Il n’est point sur la terre de fécondité sans souffrances, souffrances physiques, angoisses privées, épreuves connues de Dieu ou des hommes. Lorsqu’à la lecture de la vie des Saints germent en nous les pieuses pensées, les résolutions généreuses, nous ne devons pas nous borner, comme pour les livres profanes, à solder un tribut quelconque d’admiration au génie de leurs auteurs; mais plus encore songer au prix dont, sans nul doute, ils ont payé le bien surnaturel produit par eux en chacun de nous *. » Ÿ

Et, si aujourd’hui « /a petite sainte » opère dans les cœurs des transformations merveilleuses, si le bien qu’elle fait sur la terre est immense, on peut croire en toute vérité qu’elle l’a acheté au prix même dont Jésus a racheté nos âmes : la souffrance et la croix.

Une de ses moindres souffrances ne fut pas la lutte courageuse qu’elle entreprit contre elle-même, refusant toute satisfaction aux exigences de sa fière et ardente nature. Tout

1 Dom Guéranger.

qe

enfant, elle avait pris l'habitude de ne jamais s’excuser ni se plaindre; au Carmel, elle voulut être la petite servante de ses sœurs.

Dans cet esprit d’humilité, elle s’efforçait d’obéir à toutes indistinctement.

Un soir, pendant sa maladie, la communauté devait se réunir à l’ermitage du Sacré-Cœur pour chanter un cantique. Bien que minée déjà par la fièvre, la Servante de Dieu s’y était péniblement rendue ; mais, en arrivant, elle avait dû s'asseoir, quand une religieuse lui fit signe de se lever. On la vit alors obéir aussitôt, et, malgré la lassitude et l'oppression, rester debout jusqu’à la fin.

L’infirmière lui avait conséillé de faire tous les jours une petite promenade d’un quart d'heure dans le jardin. Ce conseil devenait un ordre pour elle. Une après-midi, la voyant marcher avec beaucoup de peine, une sœur, lui dit : « Vous feriez bien mieux de vous reposer, votre promenade ne peut vous être profitable dans de pareilles conditions, vous vous fatiguez, voilà tout! — C’est vrai, répondit cette enfant d’obéissance, mais savez-vous ce qui me donne des forces P... Eh bien! 7e marche pour un missionnaire. Je pense que là-bas, bien loin, l’un d'eux est peut-être épuisé dans ses courses apostoliques ; et, pour diminuer ses fatigues, j’offre les miennes au bon Dieu. »

Elle donnait à ses novices de sublimes exemples de détachement :

Une année, pour la fête de la Mère Prieure, nos familles et les ouvriers du monastère avaient envoyé des gerbes de fleurs. Thérèse les disposait avec goût, quand une sœur converse lui dit d’un ton mécontent : «On voit bien que ces gros bouquetslà ont été donnés par votre famille; ceux des pauvres gens vont encore être dissimulés ! » Un doux sourire fut la seule réponse de la sainte carmélite. Aussitôt, malgré le peu d’har-

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monie qui devait résulter du changement, elle mit au premier rang les bouquets des pauvres.

Pleine d’admiration devant une si grande vertu, la sœur alla s’accuser ‘de son imperfection à la Révérende Mère Prieure, louant hautement la patience et l'humilité de la Bienheureuse.

Aussi, quand la « Petite Reine » eut quitté la terre d’exil pour le royaume de son Epoux, cette même sœur, pleine de foi en sa puissance, approcha son front des pieds glacés de la Servante de Dieu, lui demandant pardon de sa faute d’autrefois. Au même instant, elle se sentit guérie d’une anémie cérébrale qui, depuis de longues années, lui interdisait la lecture et l’oraison mentale.

Loin de fuir les humiliations, elle les recherchait avec empressement ; c’est ainsi qu’elle s’offrit pour aider dans un emploi une religieuse que l’on savait difficile à satisfaire ; sa généreuse proposition fut acceptée. Un jour qu’elle venait de subir bien des reproches, une novice lui demanda pourquoi elle avait l’air si heureux. Quelle ne fut pas sa surprise en entendant cette réponse : « C’est que ma Sœur ‘”* vient de me dire des choses désagréables. Oh ! qu'elle m'a fait plaisir ! Je voudrais maintenant la rencontrer afin de pouvoir lui sourire. » Au même instant cette sœur frappe à la porte, et la novice émerveillée put voir comment pardonnent les saints.

« Je planais tellement au-dessus de toutes choses, dira-t-elle un jour, que je m'en allais fortifiée des humiliations. »

A toutes ces vertus, elle joignait un courage extraordinaire. Dès son entrée, à quinze ans, sauf les jeûnes, on lui laissa suivre toutes les pratiques de notre règle austère. Parfois, ses compagnes du noviciat remarquaient sa pâleur et essayaient

de la faire dispenser de l’Office du soir ou du lever matinal ; la Révérende Mère Prieure ‘ n’accédait point à leurs demandes : « Une âme de cette trempe, disait-elle, ne doit pas être traitée comme une enfant, les dispenses ne sont pas faites pour elle. Laissez-la, Dieu la soutient. D'ailleurs, si elle est malade, elle doit venir le dire elle-même. »

Mais la Bienheureuse Thérèse avait ce principe qu’il faut aller jusqu’au bout de ses forces avant de se plaindre. Que de fois elle s’est rendue à Matines avec des vertiges ou de violents maux de tête! « Je puis encore marcher, se disait-elle, eh bien ! je dois être à mon devoir. » Et, grâce à cette énergie, elle accomplissait simplement des actes héroïques.

Son estomac délicat s’accommodait difficilement de la nourriture frugale du Carmel ; certains aliments la rendaient malade ; mais elle savait si bien le cacher que personne ne le soupçonna jamais. Une de ses voisines de table dit avoir, en vain, essayé de deviner quels étaient les mets de son goût. Aussi, les sœurs de la cuisine, la voyant si peu difficile, lui servaient invariablement les restes.

C’est seulement pendant sa dernière maladie, lorsqu'on lui ordonna de dire ce qui lui faisait mal, que sa mortification fut dévoilée.

« Quand Jésus veut qu’on souffre, disait-elle alors, il faut absolument en passer par là. Ainsi, pendant que ma sœur Marie du Sacré-Cœur (sa sœur Marie) était provisoire, elle s’efforçait de me soigner avec la tendresse d’une mère, et je paraissais bien gâtée. Pourtant que de mortifications elle me faisait faire! car elle me servait selon ses goûts, absolument opposés aux miens! »

Révérende Mère Marie de Gonzague, décédée le 17 décembre 1904, à l’âge de 71 ans.

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Son esprit de sacrifice était universel. Tout ce qu'il y avait de plus pénible et de moins agréable, elle s’empressait de le saisir comme la part qui lui était due; tout ce que Dieu lui demandait, elle le lui donnait, sans retour sur elle-même.

« Pendant mon postulat, dit-elle, il me coûtait beaucoup de faire certaines mortifications extérieures, en usage dans nos monastères ; mais jamais je n'ai cédé à mes répugnances : il me semblait que le Crucifix du préau me regardait avec des yeux suppliants et me mendiait ces sacrifices. »

Sa vigilance était telle qu’elle ne laissait inobservés aucune des recommandations de sa Mère Prieure, aucun de ces petits règlements qui rendent la vie religieuse si méritoire. Une sœur ancienne, ayant remarqué sa fidélité extraordinaire sur ce point, la considéra dès lors comme une sainte.

Elle se livra peu aux pénitences corporelles en dehors de la Règle, l’Esprit-Saint lui faisait entendre que la mortification de l'esprit et du cœur est incomparablement plus sanctifiante. Il arriva pourtant qu’elle fut malade pour avoir porté trop longtemps une petite croix de fer dont les pointes s'étaient enfoncées dans sa chair. « Cela ne me serait pas arrivé pour si peu de chose, disait-elle ensuite, si le bon Dieu n'avait voulu me faire comprendre que les macérations des saints ne sont pas faites pour moi, ni pour les petites âmes qui marcheront par la même voie d'enfance. »

La privation du feu, pendant l'hiver, fut la plus rude de ses souffrances physiques au Carmel. On devinera aisément ce que cette enfant délicate dut éprouver au cours des longs hivers de Normandie, dans le climat humide de Lisieux.

Lorsque la température était plus rigoureuse, après avoir été transie de froid tout le jour, la Servante de Dieu allait le soir, après Matines, se réchauffer quelques instants à la salle de Communauté. Mais, pour regagner sa cellule, il lui fallait

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faire cinquante mètres au grand air, sous les cloîtres; le reste du trajet, dans l'escalier et le long corridor glacial, achevait de lui ôter le peu de chaleur si parcimonieusement accordé. ;

Aussi, lorsqu'elle s'étendait sur sa paillasse, s’enveloppant de ses deux pauvres couvertures, ne trouvait-elle qu'un repos coupé de fréquentes insomnies. Il lui arrivait même parfois de passer la nuit entière à trembler de froid sans pouvoir dormir. Elle aurait obtenu aussitôt un soulagement, si, dès les premières années, elle l’eût dit à la Maîtresse des Novices, mais elle voulut accepter cette rude mortification sans se plaindre, et ne la révéla que sur son lit de mort par ces mots expressifs : « Ce dont j'ai le plus souffert physiquement, durant ma vie religieuse, c'est du froid ; j'en ai souffert jusqu’à en mourir |! »

Si dans sa générosité, pourtant, elle avait embrassé avec joie cette pénitence austère, dans sa sagesse et sa discrétion toutes saintes, elle sut faire entendre alors, avec obéissance et respect, que cet excès permis par le bon Dieu n'était pas voulu de lui, et que l’on ferait bien, dans l'avenir, d'y apporter des adoucissements. Elle pensait que ne pas tenir compte, en, faisant observer la Règle, des différences de latitudes et des diversités de tempéraments, était tenter Dieu et pécher contre la prudence.

Nous connaissons l’appel du Vendredi Saint, 3 avril 1806, où, suivant son expression, la Bst Thérèse de l’Enfant Jésus entendit « comme un lointain murmure qui lui annonçait l'arrivée de l’Epoux ». De longs mois, bien douloureux, devaient s’écouler encore avant cette heure bénie de la délivrance.

Le matin de ce Vendredi Saint, elle sut si bien faire croire que son crachement de sang serait sans conséquence, que la

RS

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Révérende Mère Prieure, aveuglée sur son état, lui permit d'accomplir toutes les pénitences prescrites par la Règle, ce jour-là. Dans l'après-midi, une novice l’aperçut nettoyant des fenêtres. Elle avait le visage livide et, malgré son énergie, semblait à bout de forces. La voyant si épuisée, cette novice qui la chérissait fondit en larmes, la suppliant de l’autoriser à demander pour elle quelque soulagement. Mais sa jeune maîtresse le lui défendit expressément, disant qu’elle pouvait bien supporter une légère fatigue en ce jour où Jésus avait tant souffert pour elle. Ses sœurs ne connurent ce premier accident qu’en mai 1897; et comme Mère Agnès de Jésus lui reprochait doucement de le lui avoir caché : « O ma petite Mère, s’écria-t-elle, remerciez-en le bon Dieu ! Connaissant mon état et me voyant alors si peu soignée, vous en auriez eu trop de chagrin! »

Bientôt une toux persistante inquiéta la Révérende Mère. Elle soumit la Servante de Dieu à un régime fortifiant, et la toux disparut pour quelques mois.

« Vraiment, disait alors notre chère petite sœur, la maladie est une trop lente conductrice, je ne compte que sur l'amour. »

Fortement tentée de répondre à l’appel du Carmel d'Hanoï qui la demandait avec instances, elle commença une neuvaine au Vénérable Théophane Vénard, dans le but d'obtenir sa complète guérison. Hélas! cette neuvaine devint le point de départ d’un état des plus graves.

Après avoir, comme Jésus, passé dans le monde en faisant le bien; après avoir été oubliée, méconnue comme lui, Thérèse allait à sa suite gravir un douloureux Calvaire.

Habituée à la voir toujours souffrir, et cependant rester toujours vaillante, sa Mère Prieure lui permit de suivre les exercices de communauté dont certains la fatiguaient extrêmement.

Le soir venu, la pauvre enfant devait monter seule l’escalier du dortoir; s’arrêtant à chaque marche pour reprendre haleine, elle regagnait péniblement sa cellule, et y arrivait tellement épuisée qu'il lui fallait parfois — elle l’avoua plus tard — une heure pour se déshabiller. Et, après tant de fatigues, c'était sur sa dure paillasse qu’elle devait passer le temps du repos.

Aussi les nuits étaient-elles très mauvaises ; et, comme on lui demandait si quelque secours ne lui était pas nécessaire dans ces heures de souffrance : « Oh! non, répondit-elle; je m'estime bien heureuse, au contraire, de me trouver dans une cellule assez retirée pour n'être pas entendue de mes sœurs. Je suis contente de souffrir seule; dès que je suis plainte et comblée de délicatesses, 7e ne jouis plus. »

On lui faisait souvent des pointes de teu sur le côté. Un jour qu’elle en avait particulièrement souffert et se reposait pendant la récréation, elle entendit ces paroles, venant de la cuisine : : « Ma sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus va bientôt mourir ; et je me demande vraiment ce que Notre Mère en pourra dire après sa mort. Elle sera bien embarrassée, car cette petite sœur, tout aimable qu'elle est, n’a pour sûr rien fait qui vaille la peine d’être raconté: »

L’infirmière qui, elle aussi, avait tout entendu, dit à la Bienheureuse :

«Si vous vous étiez appuyée sur l'opinion des créatures, vous seriez bien désillusionnée aujourd’hui !

— L'opinion des créatures ! ah ! heureusement que le bon Dieu m'a toujours fait la grâce d'y être absolument indifférente. Ecoutez une petite histoire qui a achevé de me montrer ce qu’elle vaut :

« Quelques jours après ma prise d’ bb j'allais chez Notre Mère. Une sœur converse qui s’y trouvait dit en m'’apercevant : « Ma Mère, vous avez reçu là une novice qui vous

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fait honneur ! A-t-elle bonne mine ! J'espère qu’elle suivra longtemps la Règle! » J'étais toute contente du compliment, quand une autre sœur du voile blanc, arrivant à son tour, me dit : « Mais, ma pauvre petite sœur Thérèse de l’Enfant- Jésus, que vous avez l’air fatigué! Vous avez une mine qui fait trémbler ; si cela continue vous ne suivrez pas longtemps la Règle !... » Je n'avais pourtant que seize ans; mais cette petite aventure me donna une expérience telle, que depuis je ne comptai plus pour rien l'opinion si variable des créatures. |

— On prétend que vous n’avez jamais beaucoup souffert ? »

Souriant alors, et montrant un verre contenant une potion d’un rouge éclatant :

« Voyez-vous ce petit verre, dit-elle, on le croirait plein d’une liqueur délicieuse; en réalité, je ne prends rien de plus amer. Eh bien, c’est l’image de ma vie : aux yeux des autres, elle a toujours revêtu les plus riantes couleurs; il leur a semblé que je buvais une liqueur exquise ; et c'était de l'amertume ! Je dis, de l’amertume, et pourtant ma vie n’a pas été amère, car jai su faire ma joie et ma douceur de toute amertume. |

— Vous souffrez beaucoup en ce moment, n'est-ce pas P

— Oui, mais je l’ai tant désiré! »

« Que nous avons de peine de vous voir tant souffrir, et de penser que peut-être vous souffrirez davantage encore », lui disaient ses novices.

— Oh! ne vous affligez pas pour moi, j'en suis venue à ne plus pouvoir souffrir, parce que toute souffrance m'est douce. D'ailleurs, vous avez bien tort de penser à ce qui peut arriver de douloureux dans l'avenir, c'est comme se mêler de créer! Nous qui courons dans la voie de l’amour, il ne faut jamais nous tourmemter de rien. Si je ne souffrais pas de

minute en minute, il me serait impossible de garder la patience; mais je ne vois que le moment présent, j'oublie le passé et je me garde bien d'envisager l'avenir. Si on se décou- - rage, si parfois on désespère, c’est parce qu'on pense au passé et à l'avenir. Cependant, priez pour moi : souvent, lorsque je supplie le Ciel de venir à mon secours, c’est alors que je suis le plus délaissée !

.— Comment faites-vous pour ne pas vous décourager dans ces délaissements ?

— Je me tourne vers le bon Dieu, vers tous les saints, et je les remercie quand même; 7e crois qu'ils veulent voir . jusqu'où je pousserati mon espérance... Mais ce n'est pas en vain que la parole de Job est entrée dans mon cœur : « Quand même Dieu me tuerait, j'espérerais encore en lui! ! » Je l’avoue, j'ai été longtemps avant de m'établir à ce degré d'abandon; maintenant j'y suis, le Seigneur m'a prise et m'a posée là! »

« Mon cœur est plein de la volonté de Jésus, disait-elle encore ; aussi, quand on verse quelque chose par-dessus, cela ne pénètre pas jusqu’au fond; c’est un rien qui glisse facilement, comme l'huile sur la surface d’une eau limpide. Ah! si mon âme n'était pas remplie d'avance, s’il fallait qu’elle le fût par les sentiments de joie ou de tristesse qui se succèdent si vite, ce serait un flot de douleur bien amer ! mais ces alternatives ne font qu'effleurer mon âme ; aussi je reste toujours dans une paix profonde que rien ne peut troubler. »

Pourtant son âme était enveloppée d’épaisses ténèbres : ses tentations contre la foi, toujours vaincues et toujours renaissantes, étaient là pour lui enlever tout sentiment de bonheur à la pensée de sa mort prochaine.

4 Job, x111, 15.

Histoire d'une âme. — Chapitre douxième. PEN

« Si je n'avais pas l'épreuve qu’il est impossible de comprendre, disait-elle, je crois que je mourrais de joie à la pensée de quitter bientôt cette terre. »

Le divin Maître voulait, par cette épreuve, achever de la purifier et lui permettre, non plus seulement de marcher à pas rapides, mais de voler dans sa petite voie de confiance et d'abandon. Ses paroles le prouvent à chaque instant :

« Je ne désire pas plus mourir que vivre ; si le Seigneur m'offrait de choisir, je ne choisirais rien ; je ne veux que ce qu'il veut ; c'est ce qu'il fait que j aime !

« Je n’ai nullement peur des derniers combats, ni des souffrances de la maladie, si grandes soient-elles. Le bon Dieu m'a toujours secourue : il m’a aidée et conduite par la main dès ma plus tendre enfance. je compte sur Lui. La souffrance pourra atteindre les limites extrêmes, mais je suis sûre qu'il ne m'abandonnera jamais. » ce 2

Une telle confiance devait exciter la fureur du démon qui, aux derniers moments, met en œuvre toutes ses ruses infernales pour essayer de semer le désespoir dans les cœurs.

Elle avouait un jour à Mère Agnès de Jésus : « Je fus prise hier soir d’une véritable angoisse et mes ténèbres augmentèrent. Je ne sais quelle voix maudite me disait : « Es-tu sûre d’être aimée de Dieu ? Est-il venu te le dire? Ce n'est pas l'opinion de quelques créatures qui te justifiera devant lui. »

« Il y avait longtemps que je souffrais de ces pensées lorsqu'on vint m'apporter votre billet vraiment providentiel. Vous me rappeliez, ma Mère, tous les privilèges de Jésus sur mon âme; et, comme si mon angoisse vous eût été révélée, vous me disiez que j'étais grandement chérie de Dieu, et à la veille de recevoir de sa main la couronne éternelle. Déjà le calme et la joie renaissaient dans mon cœur. Cependant je me dis encore : « C'est l'affection de ma petite Mère pour moi

qui lui fait écrire ces paroles. » Immédiatement alors je fus inspirée de prendre le saint Evangile, et, l’ouvrant au hasard, mes yeux tombèrent sur ce passage que je n'avais jamais remarqué : « Celui que Dieu a envoyé dit les mêmes chôses que Dieu, parce qu’il ne lui a pas communiqué son esprit avec mesure 1. »

« Je m’endormis ensuite tout à fait consolée. C’est vous, ma Mère, que le bon Dieu a envoyée pour moi, et je dois vous croire, puisque vous dites les mêmes choses que Dieu. »

Dans le courant du mois d’août, elle resta plusieurs jours comme hors d’elle-même, nous conjurant de faire prier pour elle. Jamais nous ne l’avions vue ainsi. Dans cet état d’angoisse inexprimable, nous l’entendions répéter :

« Oh! comme il faut prier pour les agonisants ! si l’on savait!»

Une nuit, elle supplia l'infirmière de jeter de l'eau bénite sur son lit, disant :

« Le démon est autour de moi; je ne le vois pas, mais je le sens... il me tourmente, il me tient comme avec une main de fer pour m'empêcher de prendre le plus léger soulagement ; il augmente mes maux afin que je me désespère. Et je ne puis pas prier! Je puis seulement regarder la Sainte Vierge et dire : Jésus! Combien elle est nécessaire la prière des Complies : « Procul recedant somnia, el noctium phantasmata ! Délivrez-nous des fantômes de la nuit. » :

« J'éprouve quelque chose de mystérieux, je ne souffre pas pour moi, mais pour une autre âme... et le démon ne veut pas. »

Joan., nr, 34.

Histoire d'une âme. — Chapitre douxième. 239

L’infirmière alluma un cierge bénit et l'esprit de ténèbres s'enfuit pour ne plus revenir. Cependant la Servante de Dieu resta jusqu’à la fin dans de douloureuses angoisses.

Un jour, tandis qu’elle regardait le ciel, on lui fit cette réflexion :

« Bientôt vous habiterez au delà du ciel bleu; aussi avec quel amour vous le contemplez! »

Elle se contenta de sourire et dit ensuite à Mère Agnès de Jésus :

« Ma Mère, nos sœurs ne savent pas ma souffrance! En regardant le firmament d'azur, je ne pensais qu’à trouver joli ce ciel matériel ; l’autre m'est de plus en plus fermé... J'ai d’abord été affligée de la réflexion que l’on m'a faite, puis une voix intérieure m'a répondu : Oui, tu regardais le ciel par amour. Puisque ton âme est entièrement livrée à l'amour, toutes tes actions, même les plus indifférentes, sont marquées de ce cachet divin. A l'instant j'ai été consolée. »

En dépit des ténèbres qui l’enveloppaient tout entière, de temps en temps le Geôlier divin entr'ouvrait la porte de son obscure prison ; c'était alors un transport d'abandon, de confiance et d'amour.

Se promenant un jour au jardin, soutenue par une de ses sœurs, elle s'arrêta devant le tableau charmant d'une petite poule blanche tenant abritée sous ses ailes sa gracieuse famille. Bientôt ses yeux se remplirent de larmes, et, setournant vers sa chère conductrice, elle lui dit : « Je ne puis rester davantage, rentrons vite... »

Et, dans sa cellule, elle pleura longtemps sans pouvoir articuler une seule parole. Enfin, regardant sa sœur avec une expression toute céleste, elle ajouta :

« Je pensais à Notre-Seigneur, à l’aimable comparaison qu'il a prise pour nous faire croire à sa tendresse. Toute ma vie, c'est cela qu'il a fait pour moi : 1] m'a entièrement cachée sous

240 La Bienheureuse Thérèse de l’Enfant-Jésus.

ses ailes ! Je ne puis rendre ce qui s’est passé dans mon cœur. Ah! le bon Dieu fait bien de se voiler à mes regards, de me montrer rarement et comme « à travers les barreaux ‘ » les effets de sa miséricorde ; je sens que je ne pourrais en supporter la douceur. »

Le 5 juin 1897, nous commençâmes une fervente neuvaine à Notre-Dame des Victoires, ne pouvant nous résigner à perdre ce trésor de vertus. Nous espérions, qu’une fois encore, la très sainte Vierge relèverait par un miracle la petite fleur de son amour. Mais elle nous fit la même réponse que le saint martyr Théophane, et nous dûmes accepter la perspective amère d’une prochaine séparation.

Au commencement de juillet, son état devint très grave, et on la descendit enfin à l’infirmerie,

Voyant sa cellule vide, et sachant qu'elle n’y remonterait jamais, Mère Agnès de Jésus lui dit :

« Quand vous ne serez plus avec nous, quelle peine j'aurai en regardant cette cellule !

— Pour vous consoler, ma petite Mère, vous penserez que je suis bien heureuse là-haut, et qu’une grande partie de mon bonheur, je l'ai acquis dans cette petite cellule ; car, ajoutat-elle en levant vers le ciel son beau regard profond, j'y ai beaucoup souffert; j'aurais été heureuse d’y mourir. »

En entrant à l’infirmerie, les yeux de Thérèse se tournèrent d’abord vers la Vierge miraculeuse que nous y avions installée. [l serait impossible de traduire l'expression de ce regard : « Que voyez-vous P » lui dit sa sœur Marie, — celle-là même qui, dans son enfance, fut témoin de son extase et lui servit aussi de mère. — Elle répondit :

Cant., 11, 9.

Histoire d’une âme. — Chapitre douxième. 241

«Jamais elle ne m'a paru si belle !... mais aujourd’hui c’est la statue ; autrefois, vous savez bien que ce n'était pas la statue...»

Souvent depuis, la Servante de Dieu fut consolée de la même manière. Un soir elle s’écria :

« Que je l'aime la Vierge Marie! Si j'avais été prêtre, que j'aurais bien parlé d’elle! On la montre inabordable, il faudrait la montrer imitable. Elle est plus mère que reine! J'ai entendu dire que son éclat éclipse tous les saints, comme le soleil à son lever fait disparaître les étoiles. Mon Dieu! que cela est étrange! Une mère qui fait disparaître la gloire de ses enfants! Moi, je pense tout le contraire ; je crois qu’elle augmentera de beaucoup la splendeur des élus... La Vierge Marie ! comme il me semble que sa vie était simple! »

Et, continuant son discours, elle nous fit une peinture si suave, si délicieuse de l’intérieur de la sainte Famille, que nous en restâämes dans l’admiration.

Une épreuve bien sensible l’attendait. Depuis le 16 août jusqu'au 30 septembre, jour de sa communion éternelle, il ne lui fut plus possible, étant sans cesse menacée d'hémoptisies, de recevoir ici-bas la sainte Communion. Et cependant, qui donc avait plus désiré le Pain des Anges que ce séraphin de la terre? Combien de fois, même en plein hiver de cette dernière année, et après des nuits de cruelles souffrances, l'avait-on vue voler dès l’aube à la Table sainte ! Elle ne croyait jamais acheter trop cher le bonheur de s'unir à son Dieu.

Mais avant d'être privée de cette nourriture céleste, Notre- Seigneur la visita souvent sur son lit de douleur. La communion du 16 juillet, fête de Notre-Dame du Mont-Carmel, fut particulièrement touchante. Pendant la nuit, elle avait composé le couplet suivant qui devait être chanté le lendemain :

242 La Bienheureuse Thérèse de l'Enfant-Jésus. le |

Toi qui connais ma petitesse extrême, Tu ne crains pas de t’abaisser vers moi !

Viens en mon cœur, Ô Sacrement que j'aime ; Viens en mon cœur... il aspire vers toi.

Je veux, Seigneur, que ta bonté me laisse Mourir d’amour après cette faveur ; Jésus ! entends le cri de ma tendresse,

Viens en mon cœur |

Le matin, au passage du Saint Sacrement, le pavé de nos cloîtres disparaissait sous les fleurs des champs et les roses effeuillées. Un jeune prêtre, devant célébrer, ce jour-là même, sa première Messe dans notre chapelle, porta le Viatique sacré à notre douce malade. Et Sr Marie de l’Eucharistie, dont la voix mélodieuse avait des vibrations célestes, chanta selon son désir:

Mourir d'amour, c’est un bien doux martyre, Et c’est celui que je voudrais souffrir.

‘ O Chérubins ! accordez votre Iyre, Car, je le sens, mon exil va finir.

Divin Jésus, réalise mon rêve :

Mourir d'amour |

Quelques jours après, la petite victime de Jésus se trouva plus mal ; et, le 30 juillet, elle reçut l’'Extrême-Onction. Toute radieuse elle disait alors :

« La porte de ma sombre prison est entr'ouverte, je suis dans la joie, surtout depuis que notre Père Supérieur m'a assuré que mon âme ressemble aujourd’hui à celle d’un petit enfant après le baptême. »

Sans doute, elle pensait s'envoler bien vite au Ciel. Elle ne savait pas que deux mois de martyre la séparaient encore de sa délivrance !

Histoire d'une âme. — Chapitre douzième. 243

Un jour, elle dit à la Mère Prieure :

« Ma Mère, je vous en prie, donnez-moi la permission de mourir. Laissez-moi offrir ma vie à telle intention. »

Et, comme cette permission lui était refusée :

« Eh bien, reprit-elle, je sais qu’en ce moment le bon Dieu. désire tant une petite grappe de raisin, que personne ne veut lui offrir, qu’il va bien être obligé de venir la voler. Je ne demande rien, ce serait sortir de ma voie d’abandon, je prie seulement la Vierge Marie de rappeler à son Jésus le titre de Voleur qu'il s'est donné lui-même dans le saint Evangile, afin qu’il n'oublie pas de venir me voler. »

Un jour, on lui apporta une gerbe d'épis de blé. Elle en prit un tellement chargé de grains qu'il s'inclinait sur sa tige, et le considéra longtemps. puis elle dit à la Mère Prieure :

« Ma Mère, cet épi est l’image de mon âme : /e bon Dieu m'a chargée de grâces pour moi ei pour bien d'autres !.... Ahl je veux m'incliner toujours sous l'abondance des dons célestes, reconnaissant que tout vient d’en haut. »

Elle ne se trompait pas : oui, son âme était chargée de grâces. et qu’il semblait facile de distinguer l’Esprit de Dieu se louant lui-même par cette bouche innocente!

Cet Esprit de vérité n’avait-il pas déjà fait écrire à la grande Thérèse d’Avila :

« Avec une humble et sainte présomption, que les âmes arrivées à l'union divine se tiennent en haute estime, qu'elles aient sans cesse devant les yeux le souvenir des bienfaits reçus et se gardent bien de croire faire acte d'humilité en ne reconnaissant pas les grâces de Dieu. N'est-il pas clair qu’un souvenir fidèle des bienfaits augmente l'amour envers le bienfaiteur? Comment celui qui ignore les richesses dont il est possesseur pourra-t-il en faire pari et les distribuer avec libéralité ? »

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