‹ La bienheureuse Thérese de l'Enfant-Jésus (volume 2)Chapitre 40 sur 115 · LA B5* THÉRÈSE DE L’ENFANT-JÉSUS EXHALANT LE DERNIER SOUPIR · texte numérisé non relu

LA B5* THÉRÈSE DE L’ENFANT-JÉSUS EXHALANT LE DERNIER SOUPIR

« Mon Dieu... je vous aime ! »

(Ses dernières paroles.)

Histoire d'une âme. — Chapitre douzième. 255

Alors, d’un ton résigné :

« Eh bien. allons. allons. ok / je ne voudrais pas moins souffrir ! »

Puis, regardant son crucifix :

< On !... JE L’AIME !... Mon Du, 5... vous... ame ll!»

Ce furent ses dernières paroles. Elle venait à peine de les prononcer qu'à notre grande surprise elle s’affaissa tout à coup, la tête penchée à droite, dans l’attitude de ces vierges martyres s’offrant d’elles-mêmes au tranchant du glaive ; ou plutôt, comme une victime d'amour, attendant de l’Archer divin la flèche embrasée dont elle veut mourir.

Soudain elle se relève, comme appelée par une voix mystérieuse, elle ouvre les yeux et les fixe, brillants de paix céleste et d’un bonheur indicible, un peu au-dessus de l’image de Marie.

Ce regard se prolongea l’espace d’un Credo, et son âme séraphique devenue la proie de l’Aigle divin s’envola dans TERRA AN D TE VAN MERE ER A ESS AS À PRE

La Servante de Dieu avait dit quelques jours avant de quitter ce monde : « La mort d'amour que je souhaïle, c est celle de Jésus sur la croix. » Son désir tut pleinement exaucé : les ténèbres, l'angoisse accompagnèrent son agonie. Cependant, ne pouvons-nous pas lui appliquer aussi la prophetie sublime de saint Jean de la Croix, touchant les âmes consommées dans la divine charité :

« Elles meurent dans des transports admirables et des assauts délicieux que leur livre l'amour, comme le cygne dont le chant est plus mélodieux quand il est sur le point de mourir. C'est ce qui faisait dire à David que « /a mort des justes est précieuse devant Dieu »; car c'est alors que les fleuves de l’amour s’échappent de l’âme, et s'en vont se perdre dans l’océan de l’amour divin. »

Aussitôt sa bienheureuse mort, la joie du dernier instant

s'imprima sur son front, un ineffable sourire animait son visage. Nous lui mîmes une palme à la main, cette palme que, treize ans plus tard, on devait retrouver intacte dans le cercueil, lors de sa première exhumation.

En même temps, il commença à se produire dans la communauté certains faits extraordinaires dont voici quelques exemples : le premier, déjà raconté plus haut, est celui de la religieuse converse qui, baisant les pieds de l’angélique vierge, y appuya son front avec confiance et fut instantanément guérie d’une anémie cérébrale.

Une autre religieuse jouit d’un parfum de violettes très accentué, dans sa cellule où ne se trouvait aucune fleur. Üne autre eut l'impression suave et fraîche d’un baiser donné par un être invisible. Deux sœurs encore aperçurent, l’une un rayon dans le ciel, l’autre une couronne lumineuse qui s'élevait de terre et se perdait dans les hauteurs du firmament.

Le samedi et le dimanche une foule nombreuse et recueillie ne cessa d’affluer devant la grille du chœur contemplant dans la majesté de la mort « a petite reine » toujours gracieuse, et lui faisant toucher par centaines : chapelets, médailles, et jusqu’à des bijoux.

Dans cette foule, un enfant de dix ans respira un très fort parfum de lis, parfum inexplicable, puisque toutes les fleurs ornant le cercueil étaient artificielles.

Le 4 octobre, jour de l’inhumation, la dépouille mortelle de la Bienheureuse fut entourée d’une belle couronne de prêtres ; cet honneur lui était dû : elle avait tant prié pour les âmes sacerdotales !

Enfin, après avoir été solennellement bénit, le précieux

Histoire d'une âme. — Chapitre douzième. 257 grain de froment fut jeté dans le sillon par les mains maternelles de la sainte Eglise. |

Et depuis, elle s’est réalisée magnifiquement la parole du

- divin Moissonneur : « Si le grain de blé étant tombé à terre ne vient à mourir, il demeure seul: mais s’il meurt, IL PORTE BEAUCOUP DE FRUITS. »

Le plus souvent, ici-bas, ces fruits demeurent cachés, mais le Seigneur, cette fois, devançant l’heure des révélations éternelles, veut que nous contemplions la moisson splendide qui blanchit de tous côtés sur la face de la terre.

Que la divine miséricorde en soit louée à jamais! Elle, l'Auteur adorable de toutes ces merveilles.

Gonseils et Souvenirs.

Dans les entretiens de la Bienheureuse avec ses novices, nous trouvons les plus précieux enseignements.

Je me décourageais à la vue de mes imperfections, raconte l’une d’entre elles, Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus me dit :

« Vous me faites penser au tout petit enfant qui commence à se tenir debout, mais ne sait pas encore marcher. Voulant absolument atteindre le haut d’un escalier pour retrouver sa maman, il lève son petit pied afin de monter la première marche. Peine inutile! il retombe toujours sans pouvoir avancer. Eh bien, soyez ce petit enfant; par la pratique de toutes les vertus, levez toujours votre petit pied pour gravir l'escalier de la sainteté, et ne vous imaginez pas que vous pourrez monter même la première marche! non; mais le bon Dieu ne demande de vous que la bonne volonté. Du haut de cet escalier, il vous regarde avec amour. Bientôt, vaincu par vos efforts inutiles, il descendra lui-même, et, vous prenant dans ses bras, vous emportera pour toujours dans son royaume où vous ne’ le quitterez plus. Mais, si vous cessez de lever votre petit pied, il vous laissera longtemps sur la terre. »

« Le seul moyen de faire de rapides progrès dans la voie de

262 La Bienheureuse Thérèse de l’'Enfant-Jésus. À

l'amour, disait-elle, est celui de rester toujours bien petite; c'est ainsi que j'ai fait; aussi maintenant je puis chanter avec notre Père saint Jean de la Croix :

Et m'abaissant s1 bas, si bas, Je m'élevai si haut, si haut, . Que je pus atteindre mon but! »

Dans une tentation qui me semblait insurmontable, je lui dis : « Cette fois, je ne puis me mettre au-dessus, c’est impossible. » Elle me répondit :

« Pourquoi cherchez-vous à vous mettre au-dessus ? passez dessous tout simplement. C’est bon pour les grandes âmes de voler au-dessus des nuages quand l’orage gronde; pour nous, nous n’avons qu’à supporter patiemment les averses. Tant pis si nous sommes un peu mouillées ! Nous nous sécherons ensuite au soleil de l'amour. |

« Je me rappelle à ce propos ce petit trait de mon enfance : un cheval nous barrait l'entrée d’un jardin ; on parlait autour de moi cherchant à le faire reculer; mais je laissai discuter, et passai tout doucement entre ses jambes. Voilà ce que l'on gagne à garder sa petite taille! »

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