‹ La bienheureuse Thérese de l'Enfant-Jésus (volume 2)Chapitre 7 sur 115 · D OR RER SE RER RER RE EEE · texte numérisé non relu

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Jésus m'a fait sentir qu’en obéissant simplement je lui serais agréable. Je vais donc commencer à chanter ce que je dois redire éternellement : les miséricordes du Seigneur !.… Avant de prendre la plume, je me suis agenouillée devant la statue de Marie ‘ : celle qui noùs a donné tant de

- preuves des maternelles préférences de la Reine du ciel ; je l'ai

suppliée de guider ma main, afin de ne pas tracer une seule ligne qui ne lui soit agréable. Ensuite, ouvrant le saint Evan-

(gile, mes yeux sont tombés sur ces mots : « Jésus, étant |\monté sur une montagne, appela à lui ceux qu'il lui plut*.»

(Voilà bien le mystère de ma vocation, de ma vie tout entière; et surtout le mystère des privilèges de Jésus sur mon âme. Il n’appelle pas ceux qui en sont dignes, mais ceux qu'il lui plaît. Comme le dit saint Paul : « Dieu a pitié de qui il veut, et il fait miséricorde à qui il veut faire miséricorde *. Ce n'est donc pas l'ouvrage de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde *.».

Longtemps je me suis demandé pourquoi le bon Dieu avait des préférences, pourquoi toutes les âmes ne recevaient pas une égale mesure de grâces. Je m'’étonnais de le voir prodiguer des faveurs extraordinaires à de grands pécheurs comme saint Paul, saint Augustin, sainte Madeleine et tant d’autres qu'il forçait, pour ainsi dire, à recevoir ses grâces. Je m'’étonnais encore, en lisant la vie des saints, de voir Notre-Seigneur caresser du berceau à la tombe certaines âmes privilégiées, sans laisser sur leur passage aucun obstacle qui

1 La « Vierge du Sourire » qui surmonte aujourd’hui la châsse de la Bienheureuse. Réduction (o m. 88 de hauteur) de la magnifique Vierge que le sculpteur Bouchardon (1698-1762) exécuta pour l’église Saint-Sulpice de Paris. Bien que d'un moulage assez grossier, le visage conserve cependant une expression exquise. M. et M“ Martin avaient cette statue en particulière vénération, et la mère de Thérèse, surtout, reçut par elle, en diverses circonstances, des grâces signalées.

? Marci, 111, 13. — # Exod., xxx, 18, 19. — #* Rom., 1x, 16.

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pe.

Histoire d’une âme. — Chapitre premier. D

les empêchât de s'élever vers lui, ne permettant jamais au péché de ternir l’éclat immaculé de leur robe baptismale. Je me demandais pourquoi les pauvres sauvages, par exemple,

. mouraient en grand nombre, sans même avoir entendu

prononcer le.nom de Dieu.

Jésus a daigné m'instruire de ce mystère. Il a mis devant mes yeux le livre de la nature, et jai compris que toutes les fleurs créées par lui sont belles, que l’éclat de la rose et la blancheur du lis n’enlèvent pas le parfum de la petite violette, n’ôtent rien à la simplicité ravissante de la pâquerette. J'ai compris que, si toutes les petites fleurs voulaient être des roses, la nature perdrait sa parure printanière, les champs ne seraient plus émaillés de fleurettes. |

Ainsi en est-il dans le monde des âmes, ce jardin vivant du Seigneur. Il a trouvé bon de créer les grands saints qui peuvent se comparer aux lis et aux roses; mais il en a créé aussi de plus petits, lesquels doivent se contenter d’être des pâquerettes ou de simples violettes destinées à réjouir ses regards divins lorsqu'il les abaisse à ses pieds. Plus les fleurs sont heureuses de faire sa volonté, plus elles sont parfaites.

“7 J'ai compris autre chose encore. J'ai compris que l'amour:

de Notre-Seigneur se révèle aussi bien dans l’âme la plus simple, qui ne résiste en rien à ses grâces, que dans l’âme la plus sublime. En effet, le propre de l’amour étant de s’abaisser, si toutes les âmes ressemblaient à celles des saints Docteurs qui ont illuminé l’Eglise, il semble que le bon Dieu ne descendrait point assez bas en venant jusqu’à elles. Mais il a créé l'enfant qui ne sait rien et ne fait entendre que de faibles cris; il a créé le pauvre sauvage n'ayant pour se conduire que la loi naturelle; et c’est jusqu’à leurs cœurs qu’il daigne s’abaisser |

Ce sont là les fleurs des champs dont la simplicité le

ravit ; et, par cette action de descendre aussi bas, le Seigneur montre sa grandeur infinie. De même que ie soleil éclaire à la fois le cèdre et la petite fleur, de même l’Astre divin illumine particulièrement chacune des âmes, grande ou petite, et tout correspond à son bien, comme dans la nature, les saisons sont disposées de manière à faire éclore, au jour marqué, la plus humble pâquerette.

Sans doute, ma petite Mère, vous vous demandez avec étonnement où je veux en venir; Car, jusqu'ici, je n'ai rien dit encore qui ressemble à l’histoire de ma vie; mais ne m'avezvous pas ordonné d'écrire sans contrainte ce qui me viendrait naturellement à la pensée ? Ce n’est donc pas ma vie proprement dite que vous trouverez dans ces pages ; ce sont mes pensées sur les grâces que Notre-Seigneur a daigné m’accorder. j

Je me trouve à une époque de mon existence où je puis jeter un regard sur le passé; mon âme s’est mürie dans le creuset des épreuves intérieures et extérieures. Maintenant, comme la fleur après l'orage, je relève la tête, et je vois que se réalisent pour moi les paroles du psaume :

« Le Seigneur est mon Pasteur, je ne manquerai de rien. Il me fait reposer dans des pâturages agréables et fertiles ; IT me conduit doucement le long des eaux. Il conduit mon dme sans la fatiguer... Mais, lors même que je descendrais dans la vallée de l'ombre de la mort, je ne craindrais aucun mal, parce que vous serez avec moi, Seigneur ! ! »

Oui, toujours le Seigneur a été pour moi compalissant et rempli de douceur, lent à punir, et abondant en miséricordes ? ! Aussi, j'éprouve un réel bonheur à ‘venir chanter

MES MxAT Nez 304 —12 PS. iCIr, 18:

Histoire d'une âme. — Chapitre premier. 7

près de vous, ma Mère, ses ineffables bienfaits. C’est pour vous seulè que je vais écrire l’histoire de la petite fleur cueillie par Jésus; cette pensée m'aidera à parler avec abandon, sans m'inquiéter ni du style, ni des nombreuses digressions que je vais faire; un cœur de mère comprend toujours son enfant, alors même qu'il ne sait que bégayer. Je suis donc sûre d’être comprise et devinée par vous qui avez formé mon cœur et l’avez offert à Jésus.

Si une petite fleur pouvait parler, il me semble qu’elle dirait simplement ce que le bon Dieu a fait pour elle, sans essayer de cacher ses dons. Sous prétexte d’humilité, elle ne dirait pas qu'elle est disgracieuse et sans parfum, que le soleil a terni son éclat, que les orages ont brisé sa tige, alors qu’elle reconnaîtrait en elle-même tout le contraire.

La fleur qui va raconter son histoire se réjouit d’avoir à publier les prévenances tout à fait gratuites de Jésus. Elle reconnaît que rien n’était capable en elle d’attirer ses divins regards ; que sa miséricorde seule l’a comblée de biens. C’est lui qui l’a fait naître en une terre sainte et comme tout imprégnée d’un parfum virginal; c'est lui qui l’a fait précéder de huit lis éclatants de blancheur. Dans son amour, il a voulu la préserver du souffle empoisonné du monde : à peine sa corolle commençait-elle à s’entr'ouvrir, que ce bon Maître la transplanta sur la montagne du Carmel, dans LE jardin choisi de la Vierge Marie. | .

Je viens, ma Mère, de résumer en peu de mots ce que ts bon Dieu a fait pour moi; maintenant je vais entrer dans le détail de ma vie d’enfant : je sais que, là où tout autre ne verrait qu’un récit ennuyeux, votre cœur maternel trouvera des charmes.

Et puis, les souvenirs que je vais évoquer sont aussi les vôtres, puisque c’est près de vous que s’est écoulée mon enfance et que j'ai le bonheur d’appartenir aux saints parents

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8 La Bienheureuse Thérèse de l’Enfant-Jésus.

qui nous ont entourées des mêmes soins et des Lune tendresses.

Oh ! qu'ils daignent bénir la plus petite de leurs enfants et lui aider à chanter les divines miséricordes !

Dans l’histoire de mon âme jusqu’à mon entrée au Carmel, je distingue trois périodes bien marquées : la première, malgré sa courte durée, n’est pas la moins féconde en souvenirs ; elle s’étend depuis l’éveil de ma raison jusqu’au départ de notre mère chérie pour la patrie des cieux ; autrement dit : jusqu'à mon âge de quatre ans et huit mois.

Le bon Dieu m'a fait la grâce d'ouvrir mon intelligence de très bonne heure, et de graver si profondément dans ma mémoire les souvenirs de mon enfance que ces événements passés me semblent d’hier. Sans doute, Jésus voulait me faire connaître et apprécier la mère incomparable qu’il m'avait donnée. Hélas ! sa main divine me l’enleva bientôt pour la couronner dans le ciel.

Toute ma vie, le Seigneur s’est plu à m’entourer d'amour; mes premiers souvenirs sont empreints des sourires et des caresses les plus tendres. Mais s’il avait placé près de moi tant d’amour, il en avait mis aussi dans mon petit cœur, le créant affectueux et sensible. On ne peut se figurer combien je chérissais papa et maman ; je leur témoignais ma tendresse de mille manières, car j'étais très expansive ; toutefois, les moyens que j'employais alors me font rire aujourd’hui quand j'y pense.

Vous avez voulu, ma Mère, me mettre entre les mains les lettres de maman, qui vous étaient adressées en ce temps-là, tandis que vous étiez pensionnaire à la Visitation du Mans; je me souviens parfaitement des traits qu’elles contiennent, mais il me sera plus facile de citer sim-

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