GUÉRISON D'UN MISSIONNAIRE DU CONGO
Lokandu, Congo belge, le 28 février 1920.
MA RÉVÉRENDE MÈRE
Volontiers, pour la glorification de Sr Thérèse de l’Enfant-Jésus, je vous envoie le récit de ma maladie, et de la guérison que J'ai obtenue par l’intercession imméritée de votre petite sainte.
I1 convient d’abord de jeter un regard en arrière, et en particulier sur les années douloureuses de la guerre, où les épreuves ne furent pas épargnées à notre Mission de Lokandu. J’y restai seul avec un de mes confrères d’une santé débile, et le surcroît de fatigues assumées alors le contraignit, en juin 1919, à rentrer en Europe pour se refaire un peu.
La Providence, que j'invoquai par l'intermédiaire de Sœur Thérèse, Æ daigna bien m'envoyer un jeune missionnaire, mais nonobstant la bonne volonté de celui-ci, son ignorance de la langue et des usages du pays | rendait son concours insuffisant. Toujours est-il que le samedi, 5 juillet dernier, je me sentis épuisé, à bout de forces. Pris de fièvre, de vomissements, j’eus de plus, vers deux heures de l’après-midi, une première crise d’hématurie.
Je mandai, à défaut de docteur, quelques agents de la colonie, qui. constatèrent bien, en effet, les symptômes de ce mal dangereux. Je me résignai, priant beaucoup le Sacré-Cœur, la sainte Vierge et Sœur Thérèse d’avoir pitié de la pauvre mission. Deux jours après, une amélioration se produisit, et je me remis assez pour aller moi-même, le 15 juillet, au devant de notre Provicaire apostolique, auquel j’avais par radio demandé du secours.
Sur ces entrefaites, nous apprîmes la présence d’un médecin à Kindu, station à 62 kilomètres de Lokandu. On le fit appeler, et après examen, il me prescrivit une dizaine d’injections d’arsenic.
Le mieux se maintint jusqu’au 2 août, puis, à cette date, une rechute d’hématurie se déclara, accompagnée, cette fois, de toutes les complications mortelles qui caractérisent cette maladie : anurie, hoquets d’agonisants, température très élevée, 40-419, vomissements. Du coup, le docteur et tous me jugèrent perdu. J’invitai alors mon confrère à commencer avec les chrétiens une neuvaine à Sr Thérèse de l’Enfant-Jésus, pour implorer ma guérison, si elle était utile au bien de la mission, et je fis déposer une image de la Servante de Dieu près du Tabernacle, afin qu'elle plaidât ma cause. Un autre de ses portraits demeurait fixé à portée de,ma vue, et je ne cessai d’adresser ma supplique à l’aimable sainte.
Or, le deuxième jour de la neuvaine, le 4 août, à 6 heures du soir, pendant que nos fidèles priaient à l’église, et que je m'’unissais à eux, l'image de Sœur Thérèse que j’avais sous les yeux grandit et m’apparut vivante : j’entendis alors une voix très distincte me dire avec douceur : « Non, mon Père, vous ne mourrez pas encore, il vous faut continuer de travailler pour les noirs. » Ici, ma Révérende Mère, je ne me tenais plus je pleurais d'émotion.
Cependant, aucun changement dans mon état physique, et le lendemain le Rév. Père Provicaire me proposait de m’administrer les derniers Sacrements. Je lui confiai alors la promesse céleste qui m'avait été faite. Il demeura sceptique, mais n'’insista pas. Quelle heureuse surprise pour lui quand, à la fin de la neuvaïine, il me vit hors de danger ! Enfin, le 24 août, j’assistais à la sainte messe. C’était un dimanche ; à l’issue de l'office, ne pouvant plus retenir le secret de ma guérison, d’une voix entrecoupée de pleurs et de sanglots, je publiai les bontés dont m'avait gratifié la chère petite « grande » sainte.