CHAPITRE XI
Sa confiance en Dieu. — Une visite du Ciel. Elle trouve son repos dans l'amour.
Sublime enfance.
Appel à toutes les « petites âmes ».
O ma Sœur chérie, vous me demandez de vous laisser un souvenir... Puisque Notre Mère le permet, c’est une joie pour moi de venir m’entretenir avec vous qui êtes deux fois ma sœur, avec vous qui m’avez prêté votre voix, promettant en mon nom que je ne voulais servir que Jésus, alors qu’il ne m’était pas possible de parler.
Chère petite Marraine, c’est l’enfant que vous avez offerte au Seigneur qui vous parle ce soir, c’est elle qui vous aime comme une enfant sait aimer sa
1 Cette troisième partie du manuscrit est adressée à Sœur jVlarie du Sacré-Cœur. (Sa sœur aînée , Marie,)
HISTOIRE D’UNE AME
mère... Au ciel seulement vous connaîtrez toute la reconnaissance qui déborde de mon cœur.
O ma Sœur chérie, vous voudriez entendre les secrets que Jésus confie à votre petite fille; ces secrets, il vous les confie aussi, je le sais, car c’est vous qui m’avez appris à recueillir les enseignements divins. Cependant, je vais essayer de balbutier quelques mots, bien que je sente qu’il est impossible à la parole humaine de redire des choses que le cœur peut à peine pressentir...
Ne croyez pas que je nage dans les consolations; oh ! non, ma consolation, c’est de n’en pas avoir sur la terre. Sans se montrer, sans faire entendre sa voix, Jésus m’instruit dans le secret; ce n’est point par le moyen des livres, car je ne comprends pas ce que je lis 1 Parfois cependant, une parole comme celle-ci — que j’ai tirée ce soir, à la fin d’une oraison passée dans la sécheresse — vient me consoler :
Voici le Maître que je te donne, il t’apprendra tout ce que tu dois faire. Je veux te faire lire dans le Livre de vie où est contenue la science d’amour L » La science d’amour ! Ah 1 cette parole résonne doucement à l’oreille de mon âme. Je ne désire que cette science-là 1 Pour elle, ayant donné toutes mes richesses, comme l’épouse des cantiques, j’estime n’avoir rien donné 2. Je comprends si bien que l’amour seul est capable de nous rendre agréables
1 Notre-Seigneur à S1" Marguerite-Marie.
’ Cant., vin, 7.
LA Bse THÉRÈSE DE L’ENFANT-JÉSUS - XI 249
au bon Dieu, que cet amour est le seul bien que j’ambitionne.
Jésus se plaît à me montrer l’unique chemin qui conduit à cette fournaise divine : ce chemin, c’est l’abandon du petit enfant qui s’endort sans crainte dans les bras de son père. « Si quelqu’un est tout petit, qu’il vienne à moi », a dit l’Esprit- Saint par la bouche de Salomon ; et ce même Esprit d’amour a dit encore que la miséricorde est accordée aux petits *. En son nom, le prophète Isaïe nous révèle qu’au dernier jour le Seigneur conduira son troupeau dans les pâturages , qu’il rassemblera les petits agneaux et les pressera sur son sein 2. Et comme si toutes ces preuves ne suffisaient pas, le même prophète, dont le regard inspiré plongeait déjà dans les profondeurs éternelles, s’écrie au nom du Seigneur : « Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein et je vous balancerai sur mes genoux 3. »
O ma Sœur bien-aimée ! après un pareil langage, il n’y a plus qu’à se taire, à pleurer de reconnaissance et d’amour... Ah 1 si les âmes faibles et imparfaites comme la mienne sentaient ce que je sens, aucune ne désespérerait d’atteindre le sommet de la montagne de l’Amour, puisque Jésus ne demande pas de grandes actions, mais seulement l’abandon et la reconnaissance.
i Sag., vi, 6. — 2 Is., xl, ii. — 3 Id., lxvi, 12, i3.
HISTOIRE D’UNE AME
« Je n’ai 'nul besoin, dit-il, des boucs de vos troupeaux, parce que toutes les bêtes des forêts m’ appartiennent et les milliers d’animaux qui paissent sur les collines ; je connais tous les oiseaux des montagnes.
« Si j avais faim, ce n’est pas à vous que je le dirais , car la terre et tout ce qu’elle contient est à moi. Est-ce que je dois manger la chair des taureaux et boire le sang des boucs ? Immolez a Dieu