‹ La bigote, comédie en deux actesChapitre 24 sur 80 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

il me semble que pour un cas aussi grave que ton mariage, on se dégèle.

HENRIETTE

Ecoute, ma chérie, M. Paul m'écrit de temps en temps. Or chaque lettre que je reçois, je la montre à papa. Il ne la regarde même pas!

MADELEINE

Eh bien! après? M. Lepic pen>e que les lettres de M. Paul sont à toi seule.

HENRIETTE

C'est la même chose pour mes réponses. Je les lui offre à lire; il ne les regarde pas.

Je trouve ça très délicat. M. Lepic vous laisse écrire librement. Moi, je ne montrerai mes lettres à personne. Tu ne peux pas reprocher à ton père sa discrétion.

HENRIETTE

Je lui reproche de ne pas s'apercevoir de mes efforts, dû me paralyser, de me faire peur. Oh! et puis, je ne lui reproche rien.

MADELEINE

Oui, tu me répètes souvent que tu as peur de ton père. Comme c'est drôle 1

HENRIETTE

Depuis ma sortie de pension, depuis quatre années

que je vis dans cette maison, au milieu des miens, entre mon père, qui n'aime que la franchise, et ma mère, qui s'en passe volontiers, je ne fais qu'avoir peur. J'ai peur de tout, j'ai peur de lui, j'ai peur...

MADELEINE

De ta mère?

HENRIETTE

Oh! non. Mais à chaque instant, j'ai peur pour elle! Si tu savais, Madeleine, comme il est facile à une femme d'être insupportable à son mari ! Alors j'ai peur de moi, peur de mon mariage, de l'avenir, de la femme que je serai.

MADELEINE

Tu as peur d'être une femme insupportable à M. Paul?

Je ne suis pas sûre de rendre mon mari heureux.

MADELEINE

Qu'il te rende heureuse d'abord! On s'occupera de lui après.

HENRIETTE

Je ressemble beaucoup à ma mère.

MADELEINE

Quoi de plus naturel?

HENRIETTE

Je m'eniends!

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