ACTE DEUXIÈME
Au contraire !
HENRIETTE
Je l'accomplirais !...
M. LEPIC
Ahl le beau mensonge !
HENRIETTE
Papal J'accomplirais ce sacrifice, tant je crois au danger inévitable des idées qui ne sont pas communes.
M. LEPIC
Des idées religieuses!
HENRIBTTB.
Surtout des idées religieuses qui ne sont pas partagées.
PAUL
Nous partagerons tout ce que vous voudrez, Mademoiselle 1
M. LEPIC
Oh I oh t Elle est effrayante ! Où as-tu pris cette leçon?
HENIilETTE.
Sur ta figure des dimanches, papa 1
PAUL
Elle est exquise, monsieur Lepic 1
M. LEPIC
Aujourd'hui !
HENRIETTE
J'aurais dû parler plus tôtl... Tu ne m'aurais pas enlenduel... Et puis, il fallait l'occasion. C'est la présence d'un fiancé, d'un ami, d'un protecteur qui me donne de l'énergie. ïu ne sais pas quel homme tu est
M. LEPIC
Je suis si imposant?
HENRIETTE
Tu ne peux pas savoir I (comique.) Tu me ferais rentrer dans un trou de souris.
M. LEPIC
Toi aussi! Comme la tante Bâche! C'est ma spécialité : ça flatte un père !
HENRIETTE
Ohl papa! Désormais je serai brave!
M. LEPIC
Alors! C'est ce que tu as dit qui te fait trembler?
HENRIETTE
Je me suis énervée.
M. LEPIC
Ah ! dame I C'était un peu fort ! Malgré le conseil de ta mère, tu n'as pas l'habitude!
HENRIETTE
Maman ig-nore ce qui se passe en moil
M. LEPIG.
Si le curé t'avait entendue !
HENRIETTE
Oh! Je crois qu'il m'aurait comprise, lui I
M. LEPIC, faux jeu.
Justement! Il vient.
PAUL
Oh! Monsieur Lepic, vous êtes méchant.
M. LEPIC, il rit.
Cruel I
HENRIETTE
Tu m'as fait peur. (Avec reproche.) Oh I papa, tu me tourmentes !
PAUL
Mademoiselle! Mon amie!... Oui, il vous tourmente! Tout ça n'est rien. Des mots. Des mots!
M. LEPIG.
En effet, ce n'est qu'une crise. Ça passera!... Le temps de se marier !
HENRIETTE
Tu ne me crois pas?
M. LEPIG.
Mais si, mais sil Ta mère m'a rendu un peu défiant!
HENRIETTE
Je suis si sincère 1
M. LEPIC
Pour le moment, c'est sûr.
HENRIETTE
Pour le moment!
M. LEPIC
Tu fais effort, comme un pauvre oiseau englué qui s'arrache d'une aile et se laissera bientôt reprendre par toutes ses plumes.
PAUL
L'essentiel est que je vous croie, mademoiselle Henriette, et je vous 'crois.
M. LEPIC
Mais oui, va! C'est l'essentiel! Ne te mets pas dans cet état! Tu te fais du mail et tu me fais de la peine. Je n'aime pas voir pleurer la veille d'un mariage. C'est trop tôt! (ii l'embrasae.) Calmc-toi, ma fille, tu soupires comme une prisonnière I
HENRIETTE
Sans reproche, ce n'est pas gai, ici!
Tu vas sortir S
HENRIETTE
Oh! oui, et je veux être heureuse! Ne penses-tu pas que je serai heureuse ?