ACTE PREMIER
tu es taquin ! Je te remercie quand même, va, de tout mon cœur. Je te dois déjà le pain que me donne la commune. Tu as beau avoir l'air méchant, tu es bon pour les pauvres comme nous.
MADAME LEPIC
Il ne suffit pas d'être bon pour les pauvres, Honorine, il faut encore l'être pour les siens, pour sa famille.
HONORINE
Oui, Madame, (a monsieur Lepic) Mais tu as supprimé la subvention de M. le Garé : ça c'est mal.
FÉLIX
C'est avec cet argent que la commune peut vous donner du pain, ma vieille Honorine.
HONORINE, à M. Lepic.
Alors, tu as bien fait; j'ai plus besoin que lui.
JAG.JUES.
Merci pour la place, mronsieur le Maire I
HONORINE
Jacquelou avait peur, parce que de mauvaises langues rapportent qu'il a eu le bras cassé en nourrice et qu'il ne peut pas manier une pioche. C'est de la méchanceté.
JACQUES, stupide.
C'est de la bêtise !
HONORINE
Je lui ai dit : Prends ta pioche et tu montreras à monsieur le Maire que tu sais t'en servir.
JACQUES
Venez dans votre jardin, monsieur le Maire, et je vous ferai voir.
M. LEPIC
Pourquoi au jardin? Nous sommes bien ici. Pioche doncl
Jacques lève sa pioche.
MADA.ME LEPIC, se précipite.
Sur mon parquet ciré!
JACQUES
Je ne l'aurais pas abîmé! Je ne suis pas si bête! Je ne ferais que semblant pour que vous voyiez que je n'ai point de mal au bras.
HONORINE, à M. Lepic.
Et tu ris, toi! Il rit de sa farce... (m. Lepic pique une
prune dans une assiette.) Tu CSt tOUJOUrS friand de prU-
nes?
Il en raffole.
M. Lepic laisse retomber sa prune.
HONORINE
J'ai des reines-claude dans mon jardin, faut-il que Jacquelou t'en apporte un panier?