EMPLOI DES VÉHICULES ET DES RÉACTIFS
L'examen des préparations nécessite l'emploi de ces deux classes de corps. Il faut dire, pourtant, que très souvent un seul et même liquide sert à la fois de véhicule et de réactif; aussi est-on obligé pour en parler de les réunir sous une rubrique commune.
Un bon véhicule doit rendre la préparation visible, mais à la condition sine qua non de ne pas l'altérer.
Nous avons déjà parlé du premier de ces caractères (^). On voudra bien aussi se rappeler ce que nous avons dit p. i38, du rôle que les réactifs eux-mêmes peuvent jouer dans la visibilité des objets. Nous n'y reviendrons plus.
L'innocuité des véhicules vis-à-vis de l'objet à examiner est de première importance. Quand le micrographe utilise des matériaux durcis et conservés, le choix du véhicule exige moins de précautions. Nous savons ce que nous avons à faire dans les diverses circonstances qui peuvent se présenter (*). Mais nous savons aussi que l'étude de la
(') Voir plus haut, p. i36 et suivantes. (2) Item, p. 124.
cellule réclame d'urgence l'emploi de matériaux frais (') ; et alors, il importe de régler le choix des véhicules au point de vue de leur innocuité.
Commençons par distinguer entre les recherches d'analyse organique et les recherches d'analyse microchimique. Les premières ont pour but d'élucider la structure ou la constitution organique de la matière vivante; les autres ont trait à la nature chimique des corps figurés ou dissous qui s'y trouvent.
§ I. Analyse organique.
Le grand principe qui doit nous guider dans les recherches organiques est le suivant : maintenir pendant l'observation les cellules dans leur état naturel, sans y amener la moindre modification de structure.
I. Le moyen le plus simple, celui qui est naturellement indiqué, c'est de choisir pour véhicule le liquide même qui baigne les cellules pendant leur vie. C'est pourquoi on emploie le sang des invertébrés, qu'on se procure d'ailleurs facilement en les piquant; grâce au système lacunaire, ce sang est uniformément répandu autour de tous leurs éléments. Dans les animaux supérieurs , à part quelques cellules qui sont naturellement plongées dans un liquide ou un plasma, comme les globules blancs, les globules du pus; à part aussi quelques productions plasmatiques , telles que les globules rouges des mammifères, il est assez difficile de maintenir les objets dans un milieu identique à celui où ils vivent. Sans doute il n'est pas difficile de se procurer certains liquides organiques naturels : le liquide amniotique et sous-arachnoïdien , le sérum du sang, l'humeur aqueuse, l'urine, seule ou tenant un peu de sucre en dissolution, la lymphe de la grenouille ; et de fait, tous ces véhicules sont souvent utilisés. Mais il faut remarquer que, dans ces animaux, la composition des humeurs varie notablement d'un endroit à un autre ; d'où il suit que les cellules qu'on y place sont parfois bien loin de se trouver dans leur milieu habituel. Aussi ne faut-il pas s'étonner si les liquides que nous venons de nommer déforment souvent les éléments délicats. On s'étonnera moins d'apprendre qu'ils altèrent plus profondément encore les cellules des invertébrés et les protozoaires qui vivent dans l'eau.
On a cherché depuis longtemps à remplacer ces liquides naturels par des véhicules artificiels, qu'on tient plus facilement sous la main et dont on peut varier la densité. Tels sont les sérums artificiels (^) et les nombreux liquides au chlorure de sodium, qui ont été préconisés tour-à-tour. En général les formules données par les micrographes ne réussissent que pour les cellules qu'ils ont observées.
(1) Voir plus haut, p. 109 et suivantes.
(2) Voir tableau des réactifs, p. gS.
POUR l'analyse organique h3 Souvent, même ensuivant exactement leurs indications, on ne parvient nas à maintenir les éléments sans altération. ' Quoi qu'U en soit, tous ces véhicules naturels ou f ^^-f infiniment préférables à l'eau. L'eau en effet est le plus detestaWe de tous les véhicules en cytologie animale. Elle pérjétre ---f-^^ dans les cellules et y produit les altérations les plus profondes. Aus i quand il s'agit d'observer une cellule vivante, dans son état naturel, ou seulement un détail de structure interne du protoplasme ou du noyau, l'emploi de l'eau doit-il être absolument écarté.
La raison de ces altérations cellulaires dans les liquides neutres, servant de véhicules, est facile à trouver : elle réside tout entière dans les phénomènes d'osmose et de plasmolyse. Tantôt à force de soutirer l'eau du véhicule , la cellule se gonfle , devient vacuoleuse , méconnaissable, et finit même par crever. C'est ce qui a lieu lorsqu'on emploie l'eau pure. Tantôt au contraire c'est le véhicule qui soutire l'eau de la cellule : celle-ci se ratatine, perd sa forme et avec elle toute trace de structure normale. Cela se présente, lorsqu'on emploie un milieu trop chargé de sels ou d'acides avides d'eau, d'albumine, de sucre, de gomme, etc. En réalité, l'observateur en est réduit à chercher lui-même un meditim approprié au genre de cellules qu'il étudie, c'est-à-dire un milieu capable de maintenir leur osmose dans son équilibre normal. Or, ce n'est pas toujours chose facile que la confection d'un pareil médium. Nous y avons eu rarement recours.
II. Il existe d'ailleurs un moyen plus simple et plus sùr de maintenir l'intégrité des éléments anatomiques : c'est l'emploi d'un liquide fixateur dont la fidélité a été reconnue. La nature de ces véhiculesréactifs et leur mode d'utilisation nous sont connus : le lecteur voudra bien se rappeler spécialement ce que nous en avons dit à propos de notre méthode favorite de dissociation ('). Nous n'avons plus qu'à parler de leur fidélité, ou propriété qu'ils ont de maintenir les éléments dans leur intégrité naturelle. Voici ce que l'expérience nous a appris à ce sujet.
L'eau alcoolisée ne vaut rien : les éléments s'y recoquillent et y deviennent indistincts. L'acide chromique vaut mieux; mais employé seul, il n'est pas non plus d'une fidélité satisfaisante. Il agit trop lentement à petite dose : les cellules ont le temps de prendre l'eau et de s'y gonfler outre mesure. Au contraire, en y ajoutant une goutte d'acide osmique, il est excellent et la coloration jaune qu'il imprime aux cellules rend souvent leurs détails plus visibles. Le bichromate de potassium n'est pas recommandable : à maintes reprises nous avons vu les infusoires finir par y crever.
Mais le véhicule-réactif par excellence est l'acide osmique, surtout employé en mélange, comme nous venons de le voir à propos de l'acide chromique. Nous avons été amené à la suite d'une
(') Ci-dessus, p. 114.
longue et minutieuse pratique, à mettre une goutte de cet acide (i o/o à I o/oo) dans toutes nos liqueurs.
Un véhicule d'une fidélité également remarquable, est la liqueur de RiPART et Petit. Elle conserve parfaitement les éléments les plus délicats ; une goutte d'acide osmique ou de bichlorure de mercure n'y produit aucun trouble, et ne fait qu'augmenter son pouvoir fixateur. '
Nous devons encore mentionner le vert de. méthyle. D'abord il fait mourir instantanément les cellules , sans doute parce qu'il s'y insinue avec une facilité étonnante ; ensuite, il les fixe jusqu'à un certain point, et les empêche de se déformer pendant des heures entières. Avec l'acide osmique, qui ne l'altère nullement, il devient un des meilleurs fixateurs. Ajoutons que c'est le réactif le mieux approprié pour le noyau, soit pour le déceler, soit pour le conserver dans sa forme' et sa structure normale.
Nous avons renoncé à l'usage du picrocarmin comme véhicule. Les cellules y dem.eurent vivantes trop longtemps : ce qui leur permet de se gorger d'eau et de se détériorer d'une manière notable. Un grave inconvénient de ce colorant c'est qu'il précipite par l'alcool et par les acides, par l'acide osmique en particulier; on ne peut donc l'utiliser en mélange avec les bons fixateurs.
La liqueur de Merkel maintient bien les protozoaires.
Nous terminerons en disant que l'eau chargée de chlorure de sodium à divers états de concentration donne aussi de bons résultats, à la condition d'y joindre une goutte d'acide osmique. On conserve convenablement par ce moyen les éléments délicats, tels que les globules du pus et du sang, les hématoblastes de la moelle, les cellules de la rate, etc.
§ IL Analyse microchimique.