‹ La Blessure intérieure de Janvier à fin Mai 1916Chapitre 120 sur 221 · L'AVENIR MEILLEUR · texte numérisé non relu

L'AVENIR MEILLEUR

9 mars 1910.

Certes, il y a des « projets » déposés. Ils ont le défaut d'être les uns purement matériels, les autres relatifs aux seuls individus : on n'y pense pas aux collectivités éprouvées. Cependant, à la paix, la paix victorieuse qui nous est promise à Verdun, il y aura, au nord et à l'est de la France, une succession de villes et de pays dut le commoun martyre appellera des distinctions et des récompenses communes aussi. La croix dans les armes de la Cité ou du Pays abondera sans doute. Mais à quoi bon s'en tenir là? Pourquoi des avantages matériels ne seraient-ils pas inscrits en regard des avantages moraux ?

La vieille France n'était pas si bégueule que de marchander les satisfactions de cet ordre, tintantes et trébuchantes, aux pays qui s'étaient vaillamment tenus devant l'ennemi. Une ville frontière était exemptée d'impôts et de charges lorsque sa vaillance lui avait mérité le titre de noblesse; une province était récompensée en privilèges perpétuels, dont tous ses citoyens' avaient part, profit et honneur.

Sans doute, ce régime suppose un particularisme provincial que nous ne connaissions plus, mais nous le connaissons de nouveau aujourd'hui. Pendant que certaines parties de la France vivent dans la tranquillité et la paix, sinon dans la joie, d'autres sont déchirées par la plus héroïque des luttes : elles tienueut, elles résistent, elles restent fidèles au sang et

au nom français. Sous les obus et la mitraille, elles perdent tout, sauf leur titre éternel à la reconnaissance de la pairie. A cette inégalité cruelle, une inégalité heureuse devra répondre. Les premiers au deuil doivent être placés les premiers dans la considération et dans le respect. Je vois fort bien, dans la ceinture de forteresses endolories qui va de Nancy et de Toul à Verdun, à Reims, à Soissons, à Arras, une ligne de pays et d'agglomérations, urbaines ou villageoises, qui seraient désormais tenues éternellement pour les hauts lieux de la patrie.

On a parlé d'y faire, avec les ruines entassées, une sorte de musée sur route pour les étrangers curieux qui viendraient y respirer l'horreur de la guerre et le dégoût de l'Allemagne. Sans avoir rien à dire contre ce projet, je voudrais qu'il fût au moins complété par un hommage permanent de la patrie française à la race et à la terre de tant de douleurs.

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