‹ La Blessure intérieure de Janvier à fin Mai 1916Chapitre 128 sur 221 · EUGÈNE JACQUET · texte numérisé non relu

EUGÈNE JACQUET

15 mars 1916.

Il était naturel qu'un Français, un Lillois, tombé sous les halles de rcnvahisseur pour avoir fait évader les soldats des armées françaises et alliées fût ici salué d'un juste hommage. D'abord, par ce sentiment de profonde cohésion nationale qui, sous les noms les plus divers, gratitude, piété, respect, admiration, ne doit pas cesser d'être affirmé parce qu'il affirme l'unité nécessaire de la patrie. Nous parlons la même langue, nous sommes de la môme terre, nous avons en commun les mêmes traditions, puisque dans les mêmes tombeaux gisent les mômes morts; voilà le fait primordial qu'il faut rendre sensible et présent à l'esprit et au cœur de tous. De la force de ce sentiment et de cette pensée naît la résistance de nos armes. De la force de ce sentiment et de cette idée sortira la libération des concitoyens envahis.

Sans aucun paradoxe, j'ajouterai aussi que la mémoire de ce membre de la Ligue des Droits de l'Homme, qui est mort en si bon Français, doit nous être d'autant plus précieuse que nous ne partageons pas ses idées. C'est à Eugène Jacquet, c'est ù tous ceux qui lui ressemblent par le cœur, c'est à tous les Français révolutionnaires, mais menés et conduits par un patriotisme de feu, que s'adressent les adjurations pressantes de nos doctrines. Ceux à qui la patrie française est indillerente, ceux qui se moquent de sa durée et de son avenir, sans échapper

aux prises de la vérité, sont cependant aussi éloignés d'elle que possible et, pour ceux-là, il faut reprendre dans le principe et dans le fondement les raisons d'existence de la société humaine, de la cité et de la nation. Ce circuit justificateur existe, mais il y a tant de tangentes pour en éviter et en fuir les évidences qui déplaisent!

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